Le Vent de la Chine Numéro 16

du 11 au 17 mai 2008

Editorial : Un printemps oublié

Omnubilée par ses grandes nouvelles (angoisses terroristes, émeutes tibétaines, attaques sur la torche olympique, pollution, corruption, emploi), la rue chinoise finirait par en oublier d’autres moins spectaculaires mais aussi fortes, et qui occupent au moins autant les esprits :   

[1] La pénurie en grain s’aggrave : le ministère des chemins de fer vient d’ordonner l’envoi d’urgence (avant le 30/06) de 10Mt de blé et de riz du Nord-Est (grenier du pays), vers le Sud. Il faut dire qu’en 4 mois, le cours du grain à l’import, a monté de 62,5% (Chicago futures /juillet).

A ce prix, les ports ont du mal à résister à l’appel à la contrebande, transbordant le riz de nuit en haute mer, avec des complices de Taiwan ou d’Asie du Sud-Est. A Ningbo et Hangzhou en quelques semaines, cinq tentatives ont été avortées, et 170t de grain saisies -mais pour une jonque stoppée, neuf autres passent… Le Conseil d’Etat ordonne aux autorités maritimes de redoubler de vigilance. Presque chaque jour pour sa part, comme un mantra, la NDRC rappelle qu’elle détient dans ses silos «150 à 200Mt de grain dont 70% de riz, assez pour 6 mois de besoins des plus grandes villes ». Mais donne aussi consigne, partout où faire se peut, d’importer (de l’huile), de stocker (de la viande). Prévoyant une pénurie structurelle mondiale, elle prépare l’achat de «mines  vertes » -de vastes terres arables en Sibérie, Amérique latine. Une firme de semences de Chongqing réserve 300ha de rizière en Tanzanie… Mais d’autres pays tels l’Australie voient la démarche avec méfiance !

Reste une dernière voie : les OGM. A Wuhan, le professeur Zhang Qifa annonce la découverte du gène Ghd7, qui détermine à  la fois le volume de l’épi, la durée de floraison et la hauteur de la tige. Permettant de doubler la récolte – à condition de sauter le pas de l’alimentation génétiquement modifiée!

[2] Au Guangdong, face  au déploiement de radars et caméras contre leurs excès de vitesse, les conducteurs s’équipent massivement d’un gadget électronique qui, au 1er signal, change les chiffres de la plaque. Efficacité redoutable : à Yangjiang, un policier admet que plus de 50% des véhicules filmés, plaques maquillées, s’avèrent impossibles à identifier : à bon chat, bon rat !

[3] On se demandait quel prix payait Taiwan, pour ses ambassades qui sont toutes dans des pays pauvres.

La réponse vient de tomber, suite à la révélation de cet appel d’offres manqué, en 2006, à la Papouasie-Nelle Guinée. Comme dans un feuilleton de série B, de très discrets intermédiaires étaient venus négocier, et un cachet de 30M$ avait été déposé sur un compte à Singapour. Puis, Port-Moresby avait fini par rejeter l’offre : c’est alors qu’un des négociateurs s’était évanoui dans la nature «oubliant» de rendre le magot. Pour cette indélicatesse dévoilée trois ans plus tard, Chiou I-Jen le vice 1er ministre et James Huang  le ministre des affaires  étrangères, démissionnent et sont sous enquête judiciaire, interdits de quitter l’île. Ce scandale « applique la dernière couch e» à l’image d’incompétence et de corruption du DPP, le parti indépendantiste, à quelques jours de la passation du pouvoir au KMT, le Kuo Min Tang. Les experts, sur ce sujet, se posent deux questions simples : dans l’échec de 2006, et dans sa révélation en 2008, Pékin tire quelles ficelles?

 

 


Temps fort : Santé : giboulée et … embellie

Signalé à Singapour, à Taiwan et en Asie du Sud Est depuis l’hiver, l’entérovirus EV71 frappe.

Au 10/05, 28.000 enfants sont atteints de troubles intestinaux, cloques aux mains, aux pieds et à la bouche—34 sont décédés. Le foyer d’origine est l’Anhui (5151 cas). Shanghai dénombre 2000 cas, et Pékin 1442 -deux écoles maternelles y ont été fermées. Les cadres de l’Anhui se sont vus reprocher d’avoir caché le phénomène. Mais côté national, on a réagi vite—le ministère a tiré la leçon de l’affaire du Sras (2003) qui avait causé 774 morts, ainsi qu’une lourde perte de face pour Jiang Zemin. Les boucliers épidémiologiques ont été dressés, l’alerte nationale est  lancée depuis le 4/05, et le ministre Chen Zhu avertit « toutes les communautés » de renforcer l’hygiène et l’isolement. C’est que ce mal peu meurtrier mais sans vaccin connu, n’atteindra pas son pic avant juin, à la belle saison. Certes selon l’OMS, ce virus ou plutôt, cette famille de 20 virus « HFMD » est connu, et ne constitue aucun risque pour les Jeux Olympiques. Mais Pékin se serait passé de ce problème supplémentaire…

Côté tabac, Pékin serre sa ceinture d’un cran. Au 1/10/07, suivant l’exemple des lieux publics, les taxis étaient déclarés «zone tabagique libérée». Au 1/05 /2008, c’est au tour des hôtels et restaurants de se voir imposer de sérieuses limitations à la fumerie : les non-fumeurs se voient réserver 70% des restaurants et pourront dénoncer (téléphone n°12320) les patrons transgresseurs. Ils encourent jusqu’à 5000¥ d’amende – et 10¥ aux fumeurs en zone interdite. 100.000 inspecteurs battent la campagne pour faire respecter le règlement… Après 60 ans d’immobilisme, le tournant est abrupt – mais la Chine est au pied du mur. 1M (bientôt 2) de chinois fumeurs meurent par an: coût insupportable pour la société !

Enfin, la récente volonté de transparence en matière de santé n’apparaît nulle part plus claire que dans la 3ème étude du ministère de la santé, réalisée en 2 ans à partir des fiches de 210M de citoyens.  Depuis 1978, le cancer du poumon  a quintuplé, celui du sein doublé. Cancer, attaque, troubles cardiaques/pulmonaires, blessures/poisons sont les grandes cause de décès, 85% en ville (dont 47% attribuables aux deux 1ers). Le Chinois a 5 fois plus d’attaques que l’Européen. Sans mystère, la ville de Chine jaune (Ouest) connaît, par nombre d’habitants, 25% de morts de plus que celle de la Chine bleue (Est). D’autre part, le paysan meurt 19% plus que le citadin. Et non du cancer comme en ville, mais de l’attaque cardiaque ou cervicale — lui n’a aucune chance d’être admis en hôpital, pour y recevoir le geste qui sauve… Ici, se devine le prix à payer par la nation, en pourcentage de croissance perdu, pour l’absence d‘un système de santé rural fonctionnel !

 

 

 

 


Pol : Appel à « grâce » olympique

Nettoyage de printemps

Par crainte de violences terroristes (cf édito), et de contestations durant les Jeux Olympiques, le ministère de la sécurité publique lance sa campagne la plus forte depuis 19 ans : arrestations, limogeages ou procès de dissidents, religieux, chroniqueurs.

Vis-à-vis des étrangers, les octrois de visas sont restreints, et la recherche de ceux en situation irrégulière a débuté -même à domicile. L’internet est freiné et sa censure renforcée.

Parmi les actions les plus spectaculaires, le Bureau national des cartes lance une frappe, par 8 ministères et bureaux d’Etat, pour bannir de la toile 10.000 cartes géographiques prêtant à la Chine des frontières fantaisistes (décrivant Taiwan comme indépendante), ou trahissant des secrets militaires – Google Earth serait le 1er visé. Dans le même état d’esprit, Midi, festival de rock pékinois, a été reporté. Comme à Kunming (Yunnan), ce congrès mondial de juillet prochain, où 6354 anthropologues et d’ethnologues s’étaient pré-inscrits.

Curieusement, cette mise sous cloche n’éteint pas toutes les protestations. Les 3 et 4/05 à Chengdu (Sichuan), des milliers de gens «prenaient l’air» des rues, et des 100aines de milliers de SMS circulaient pour tenter de bloquer la construction d’une unité de production d’éthylène (5,5MM$) de la CNPC, la compagnie nationale pétrolière, à Pengzhou à 30km au nord-ouest. Les raisons, probablement infondées : sanitaires, et pour protéger la valeur de leurs propriétés.                                       

NB: méthode de dissidence déjà testée  à  Xiamen (contre une usine de paraxylène) et à Shanghai (contre le Maglev).

Fruits de saison législatifs

De nouvelles lois entrent en activité ou se profilent à l’horizon.

[1] Au 1er mai, une loi de divulgation prend cours, imposant aux instances publiques, à tout niveau, d’informer les personnes physiques ou légales qui le réclament, sur tout sujet les concernant. Cela dit, le test d’application mené depuis 2004 entre Shanghai, Canton et Wuhan, n’est guère concluant : les chances des citoyens d’obtenir leur information pertinente, sont quasi-nulles. Ce qui n’empêche cinq retraités de Rucheng (Hunan) d’attaquer dès le 2/05 leur préfecture sur la base de ce texte, à propos de la privatisation d’un service municipal de retraitement des eaux…

[2] Au 1/06, entre en vigueur la loi des avocats, effort louable pour donner de la crédibilité à l’appareil législatif, en protégeant ses travailleurs : est consigné leur droit à rencontrer leur client, compulser leur dossier, rassembler des preuves. Prison ou police ne peuvent plus enregistrer les propos entre l’avocat et le client.

[3] A noter aussi ces ceux projets qui mûrissent. Un amendement se prépare, à la loi de 1994 sur la compensation aux innocents injustement punis. Aujourd’hui, l’Etat leur promet, mais ne paie pas toujours, 99¥/jour de prison. L’assemblée médite un règlement sur l’achat des banques à l’étranger, qui imposera aux banques commerciales, un rapport capital/actif de plus de 10%.

Appel à « grâce » olympique ?

Mécène énigmatique, le businessman US John Kamm est bien connu en Chine, militant depuis 20 ans pour la libération de prisonniers, avec succès fréquents, attribuables à sa discrétion et à ses contacts en très haut lieu dans l’appareil. Cette semaine (8/05), Kamm rend public l’appel soumis le 24/04 à Wu Bangguo, Président du Parlement (ANP), pour une grâce olympique aux «politiques» soumis à :  une longue peine, ‚ presque achevée, ƒ «ne causant plus de risques pour la société ».

Sans le dire, l’action vise les 60 à 100 hommes toujours en prison depuis 1989, suite à leur participation au printemps de Pékin. Cet appel pragmatique vise le «dialogue» plus que la «critique», sur base de l’article 67 de la constitution et de la charte olympique. Il a ses chances, vu le besoin de la Chine de se refaire une image. Parmi les cas cités, figurent Liu Zhihua, Miao Deshun, Gu Xinghua (d’ethnie Miao), Wang Jun, Yu Rong, Wei Jingchun et Shao Liangchen.

 

 


Argent : Wahaha : le torchon brûle

Wahaha : le torchon brûle

Fin avril, dit la rumeur, Zong Qinghou, le flamboyant patron de Wahaha (la filiale félonne de Danone, ayant créé 39 filiales clandestines ) comparaissait devant la Cour populaire suprême.

Sans prendre directement partie sur son conflit avec Danone, l’État se porterait partie civile contre l’escroc milliardaire, lui reprochant des détournements d’actifs publics (Wahaha ayant démarré comme firme de la province du Zhejiang), une évasion fiscale (cf VdlC n°14) et une corruption active -pour avoir payé les juges de Hangzhou pour bloquer les actions de Danone contre lui.

Dans le prétoire, il serait question d’un fort montant (230M$?) payé par Danone en 2007 pour la rétrocession de Ever Maple Trading, sa holding de Wahaha aux îles Vierges, qui écoulait en Chine les «vrais-faux» produits Danone, par Hongsheng Beverage et Hangzhou Food& Beverage Co interposées.

Son passeport confisqué, Zong risquerait 20 ans de prison au minimum et la confiscation de ses avoirs.

NB : dès novembre 2007, Latham & Watkins, le cabinet juridique californien défendant Zong dans l’action intentée par Danone à la cour de Los Angeles, s’était retiré, «afin de ne pas entacher sa réputation ». En résumé : le torchon brûle.

 

Surchauffe : la médecine chinoise ne marche pas

      Infirmant les prédictions de la presse, les dernières données confirment le maintien de la surchauffe en Chine.

[1] En 2008, selon l’institut Antaike (Pékin), la Chine va lancer pour 3,8Mt de capacités nouvelles de fonderies d’aluminium, au lieu des 2,2Mt prévues (+73%). Notamment par des firmes telles Chalco ou CPIC (China power Investment Co). Or, ce secteur est un des plus voraces en énergie. D’autre part, pour nourrir ces monstres, la Chine deviendra importatrice nettement plus vite que prévu, exportant ainsi son inflation : depuis le 1/01, l’aluminium a monté de 21% en bourse de Londres (LME), à 2.930$/t.

[2] En avril, sur 12 mois, l’indice des prix à la consommation (l’inflation) a monté de 8,2%, dit Bloomberg.

Presque le double des 4,8% de l’objectif de l’Etat. Dans cet indice, les aliments entrent pour 33% – en mars, ils avaient monté de 21%. Les prix “usine” eux, ont monté de 8,1% : record en 3 ans. Au FMI, D. Strauss-Kahn affirme que la Chine “doit aller plus loin et plus vite, afin d’éviter au monde de nouveaux dérapages des grandes devises”. Or, depuis début mai, le yuan ne monte plus: “probablement”, croient deviner les experts de J.P. Morgan Chase, “le temps de dévaluer les mérites d’une réévaluation forte et unique”. Action qui bien sûr, n’empêche pas l’inéluctable renforcement des deux autres potions amères, la hausse du coût du crédit (+7,47%) et des réserves bancaires (+16%).

 

 


A la loupe : Japon—timides retrouvailles

« Géant commercial, nain politique » – l’expression résume assez les relations sino-nippones, avant que n’ait eu lieu la visite de Hu Jintao à Tokyo (6-10/05). La visite de Jiang en 1998 avait été un  fiasco : il n’y avait pas eu de déclaration conjointe, et par la suite, le n°1 japonais Koizumi avait souvent visité Yasukuni, le sanctuaire négationniste : endommageant chaque fois la relation.

Aujourd’hui, ces réactions épidermiques sont du passé. Les pays ont fait de la réconciliation une priorité. Hu Jintao passe au Japon sa plus longue visite à un pays, après que l’an passé, juste nommé 1er Min., Yasuko Fukuda avait consacré à Pékin sa 1ère visite, tout en jurant d’éviter à l’avenir tout passage au mémorial.

Durant la visite, Hu et Fukuda ont suivi une intense série de débats et signé un genre de nouveau traité d’amitié, promettant «une relation mutuellement bénéfique»…Sur la question du gaz offshore en eaux mitoyennes, déjà unilatéralement exploité par Cnooc, une JV conjointe est dans les langes – peut-être en mer de l’Est, en zone de Shirakaba (Chunxiao). Sur la question très sensible pour Tokyo, du futur protocole de Kyoto-II, contre le réchauffement climatique, un Hu Jintao encore frileux, se dit prêt à «étudier des moyens de participer à la réduction des gaz à effet de serre de 50%, d’ici 2050 ». Voire, à soutenir la voie préconisée par Tokyo (mais pas par l’Europe!) de quotas modulables par secteurs, en fonction de leur efficacité énergétique.

Dans l’immédiat, les konzern nippons Toyota et JGC (ingénierie) s’engagent à s’associer au pétrolier chinois CNPC, à l’électricien Huadian pour réinjecter 1Mt/an de Co² de la centrale thermique de Harbin, dans le gisement de Daqing en fin de cycle, et d’en fluidifier le pétrole, augmentant ainsi le rendement de 2t/an.

Après cette visite qui marque un tournant, reste entre Chine et Japon… la relation à rebâtir. Les conflits territoriaux à régler, les questions de Taiwan, d’un siège permanent nippon au Conseil de Sécurité. Et par-dessus tout, la méfiance mutuelle, partagée en Chine par 70% des habitants. Mais tout ceci n’est que le signe du passé : les gouvernements ont compris et accepté qu’ils n’avaient pas le choix. Comme pour donner le ton, pour remplacer Ling Ling, le panda du zoo de Tokyo mort de vieillesse (à 22 ans) fin avril, Hu apportait dans ses valises deux de ces ours blancs et noirs : symbolisme à l’asiatique, de volonté de doubler l’amitié !

Avec la Corée du Sud, Pékin convient (5/05) de miser 64MM$ dans un Fonds Monétaire Asiatique complété par 16MM$ de l’Asean. Il s’agit, entre Etats de la zone, de créer un outil pour résister aux attaques des fonds de pension. Les US étaient contre, par crainte de voir souffrir le FMI—leur propre fief. Mais  ils n’ont pu empêcher l’Asie, notamment la Corée, de reprendre un peu de liberté.

 

 


A la loupe : Tibet, débacle printanière

Plus qu’un sommet, la rencontre entre quatre diplomates du Tibet extérieur et du Département du Front uni (Shenzhen, 4/04) fut une reprise de contact.

Depuis 2002, Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen côté tibétain, Zhun Weiqun et Sitar côté parti communiste chinois avaient connu six rencontres, toutes infructueuses. Cette fois, Jeux Olympiques obligent, Pékin  voulait convaincre de sa bonne foi. La rencontre n’est plus secrète mais au grand jour : concession forte, vu la qualité de l’interlocuteur, gouvernement en exil d’une ethnie réunifiée à la patrie par les armes. Avant la rencontre, le Président Hu Jintao espérait un «bilan positif », et rappelait que « la porte du dialogue était ouverte  ».

Après coup, les deux camps affichent la satisfaction -le soulagement. Lodi décrit une ambiance de franc-jeu inattendue. Manifestement, des offres ont été faites. Une 2de rencontre est convenue, qualifiée de « formelle ». Et ce n’est qu’un début, promet Pékin!

Pourtant, apparemment, de part et d’autre, on a parlé clair. Les Tibétains ont exigé, libération des prisonniers, droit de visite, même de la presse étrangère, et la fin des campagnes de rééducation.

Apparent paradoxe, Pékin en même temps forçait le ton contre le Dalai Lama, accusé de «crimes monstrueux», de chercher à «noircir son nom» ou d’être l’agent des USA pour isoler la Chine, la diviser ou mener des attaques terroristes. La propagande dénonçait un Tibetan Youth Congress comme fer de lance de la clique du 14ème Dalai… Mais ces accusations manquent de cohérence et donc de crédibilité : en Chine, en cas de palabres avec un adversaire, il est classique de renforcer les attaques verbales, pour se protéger, face à sa propre opinion intérieure, en cas d’échec.

Il serait vain de chercher à deviner ce qui, de part et d’autre, fut proposé. Mais il reste évident que si Pékin parvenait à inviter le Dalai avant l’été, la perspective des JO en serait  bouleversée et bonifiée. Ce qui suppose, de la part du Dalai, de « sauver la mise » du Parti communiste chinois, moyennant évidemment de fortes concessions…

La brise printanière fut « inspirée » par les pays de l’Ouest, en connivence ou non. Mais en tout état de cause, elle fut la décision souveraine de Pékin, entre ses colombes et ses faucons.

Signe d’embellie, on vit le 1/05 le Tibet rouvert au tourisme -chinois, pour commencer. Décision préparée par les procès bâclés, mais aux verdicts (cf VdlC n°15) moins lourds que ce qu’on aurait attendu de la justice socialiste, face à des faits de cette gravité : 19 morts officiels, (203 selon le Dalai), 7 écoles détruites, 5 hôpitaux, 120 logis, 908 échoppes).

Puis après des mois de tractations, l’Orchestre philharmonique national s’est produit au Vatican devant le Pape (7/05, Requiem de Mozart au programme!) : laissant deviner que la normalisation recherchée avec le Tibet s’inscrit dans le tournant, en cours, de toute la politique religieuse du parti communiste chinois !

 

 

 


Joint-venture : L’assurance britannique en pleine gloire

Les entrechats de Mittal

Fort de son rachat d’Arcelor, Mittal assurait l’an passé 13% de la coulée mondiale d’acier, mais seulement 0,7% de celle de Chine, qui veille au grain, ne laissant pas l’étranger acquérir des parts significatives dans sa sidérurgie. Ce qui ne signifie pas que cette dernière ne demeure insensible aux chants des sirènes indiennes !

En mars, Lakshmi Mittal, le PDG proposait à Angang, n°2 chinois (16Mt produites en 2007), d’en acquérir «25 à 30%», pour pas moins de 5,6MM$. En mai (8/05),  Zhang Xiaogang, patron du groupe d’Etat ne dit pas non, mais fait une contre-offre : Mittal ne devrait racheter que 2%, sous forme d’un investissement mixte dans la mine ou les aciers spéciaux. Le but de la manoeuvre est explicite: se lier dès maintenant, à un niveau acceptable par Pékin, dans l’attente d’une dérégulation qui permettrait une participation plus forte, voire une reprise intégrale.

Au même moment (2/05), le même Arcelor-Mittal, en bourse de Hong Kong, cède à 17,4% du groupe sidérurgique Oriental, dont il avait racheté 92% entre décembre et février. Une transaction opaque, via deux banques européennes qui font écran (pour des acheteurs secrets), avec clause de droit de rachat. A cette vente, Arcelor-Mittal est tenu par le règlement de la bourse de HK qui  impose 25% de marché « libre » sur toute valeur cotée chez elle. Mais cette vente au rabais (qui a fait chuter le cours de 4,8% ce jour-là), peut avoir un autre but : convaincre le régulateur chinois de donner son feu vert à une reprise partielle, à défaut de totale !

L’assurance britannique en pleine gloire

La plus vieille maison d’assurance au monde, Lloyd’s cingle vers la Chine, poussée par… les catastrophes naturelles, comme les trois semaines de gel au sud, en janvier, qui imposent déjà  pour 613M$ de demandes de remboursement.

Or, la plupart des assureurs locaux, privés de réassurance (un «concept nouveau» en Chine, selon Lord P. Levene, Président de Lloyd’s), doivent assumer ces charges seuls. N°1 mondial, la Lloyd’s réassure 71 assureurs sur les 5 continents, et en partage le risque avec 1300 investisseurs. Elle arrive en Chine derrière Munich-re et Swiss-re, déjà titulaires de la licence. Seul obstacle à sa croissance : vu le risque croissant des catastrophes prévisibles, Lloyd’s s’interdit de casser les prix !

De son côté Aviva, n°1 de l’assurance britannique accélère le pas. Présente en Chine depuis 2003, en JV avec la Cofco, elle vend ses assurance-vie, retraite et produits d’invest. A ses 4500 courtiers déjà présents en Chine, elle veut en ajouter 1000. Grâce à ses 45 bureaux dans 27 villes, surtout à la côte, elle réalisait 500M$ de recettes en 2007. Mais qu’on ne s’y trompe pas : face à des groupes tels China Life (638.000 employés), Aviva est un « petit  joueur », comme tous les étrangers qui, ensemble, n’atteignent que 8% du marché national. Aussi Aviva qui aujourd’hui maîtrise 8,9% du marché « JV », espère atteindre 10% de 10 provinces, d’ici 2010!

 

 


JO : Jour J – 88

ª Par -30°, le 8/05 à 9:16, 19 alpinistes chinois dont au moins 8 Tibétains conquirent l’Everest (8843m). Expédition de prestige, destinée à renforcer l’image du Tibet chinois, et d’un esprit d’équipe entre Tibétains et Hans : Huang Chungui (Han) arriva 1er, suivi de Ciren Wangmu, (Tibétaine), qui alluma la torche.

ª Le 5/05, la vente de la 3ème et dernière tranche de billets (1,38M) par internet, permit de vérifier l’engouement local : en 48h, tout était parti. Détail insolite : ces billets furent remis sans délai—mais ceux vendus en 2007, ne seront livrés qu’en juin !

ª Soucieux que ses Jeux se déroulent dans l’ordre, le CIO durcit sa lecture de la charte olympique : aucun message, verbal ou par badge ou T-shirt, ne sera toléré des athlètes. Tout contrevenant perdra son accréditation, son visa, et risque la détention temporaire. Une décision mal prise par les athlètes de tous pays.

ª Incroyable, mais à en croire le Morning Post (HK), c’est arrivé : à Shenzhen le 8/05, deux 民工 mingong (manoeuvres) se seraient rués sur la torche et l’auraient éteinte, avant de crier “mission accomplie”. Dans la rixe, des spectateurs auraient été blessés. Chargée en minibus kaki, la torche n’aurait été rallumée qu’une heure après. On ignore la raison de l’attaque des agresseurs.

 

 


Petit Peuple : Shuangmiao : le piège à filles

Aux aurores d’une nuit blanche, en septembre 2006 à Shuangmiao (Zhejiang), Li Rifu réveilla sa femme et ses fils, leur servit un bol de zhou (bouillie de riz), avant de les charger à bord de son tricycle à essence. Puis ils s’en furent pétaradant vers Taizhou la grande ville (Zhejiang), direction le garage Geely.

On ne perdit pas de temps -le contrat était prêt depuis des lustres. D’un blanc immaculé, la  King-Kong Geely fut avancée.  Après inspection, le grossiste-fleuriste tira d’un cabas 63.000¥ (par liasses une à une recomptées), reçut les papiers du véhicule, les clés. Puis tous passèrent à bord – sauf Fenyang, l’aî-né, de corvée pour reconduire la moto au village. Fier comme Artaban, le nouvel aristocrate caracolait au volant de son automobile…

Li réalisait un rêve collectif. Le choix du modèle avait exigé 18 mois de palabres avec le clan entier. Chaque parent avait mis son grain de sel, et craché au bassinet du financement – à charge de revanche. Ils avaient âprement négocié jusqu’à la couleur du véhicule. Li l’aurait voulu noire. Mais ses fils avaient décidé: l’auto serait blanche (teinte 1000 fois plus branchée), ou ne serait pas!

Une fois à bon port, la King-Kong reçut pour 1ère mission d’aller chercher les vivres, puis les convives d’un fastueux ban-quet  pour la grande famille : pour fêter l’admission des Li à la classe moyenne.

Puis telle Shéhérazade, la King-Kong fit le miracle qu’on attendait d’elle : marier les fils! Dans les mois qui suivirent, Fenyang (24 ans) conquit Jin Ya, vendeuse chez China Mobile et d’excellente famille : inlassablement, il la trimballa à bord du carrosse, échangea avec elle (à l’arrêt !) les 1ers baisers, soupirs de feu, joues embrasées. Puis il l’épousa en 4ème vitesse, avant de repasser le volant à Xiaopeng, son cadet (22 ans), qui venait de trouver chaussure à son pied et piaffait de courtiser à son tour. Quand la voiture était libre, le père la prenait pour livrer ses gerbes et passer ses commandes : dominant ainsi ses partenaires de la tête et des épaules ! 

Aussi, comprenez le, ce n’est pas à  Li ni à ses enfants qu’il faut aller chanter la chanson de la voiture-catastrophe, de la pollution, de l’ère de l’après-pétrole. Ils vous traiteraient d’hypocrite, ayant eu un siècle pour jouer au roi de la route, avant de prétendre priver la Chine de son joujou motorisé, quand c’est son tour d’en profiter… Que personne n’aille gâter la fête : demain, c’est encore loin…

Hélas, pour Li et pour les siens, demain était moins loin qu’il ne croyait. Trop enivrés par leur nouvelle déesse, le fleuriste et sa femme, depuis des ans, refusaient d’admettre leurs douleurs lancinantes au bas ventre, qu’ils traitaient par le mépris : ce fut pour découvrir, bien tard, qu’ils souffraient tous deux d’un cancer. Pour payer leurs opérations, les chimio, il fallut s’endetter, revendre la voiture … Le cancer de sa femme fut maté, mais celui de Li s’obstine. Une ultime opération est imminente, du genre, cette fois, «ça passe ou ça casse»…

Qu’importe ? Li marche vers le billard, avec la foi qui déplace les montagnes. A l’instar du « boeuf d’argile qui entre dans la mer » (泥牛入海 ni niu ru hai), il risque de s’y perdre. Mais niant le proverbe, il n’a nul doute de sa capacité à remonter la pente, reprendre ses affaires, guérir. Il voit déjà sa prochaine voiture: plus grande, plus chère, l’instrument idéal pour achever son grand-oeuvre, gagner la partie de sa vie entière !                       

(NB : comme source de cette histoire, merci à Keith Bradsher, du Wall Street Journal).

 

 


Rendez-vous : Shanghai : le Forum asiatique des femmes

15-17 Mai, Shanghai, Forum asiatique des femmes : Yan Lan (Gide), Yee May Leong (Orange Business) Clara Gaymard (GE Fr), Christine Ockrent…

12-14 mai, Canton : Interbake, Salon des équipements en boulangerie, services, ingrédients

13-15 mai, Canton : Expo Bio, sur les biotechnologies

14-16 mai, Shanghai : SIAL/ Packtech/Foodtech,  Salon int’l de l’alimentation, et du 15 au 17 mai, OilChina