Le Vent de la Chine Numéro 34 (2019) – Spécial 70ème anniversaire

du 6 au 12 octobre 2019

Editorial : Une parade de première

Le pays s’y préparait depuis des mois… Pour le 70ème anniversaire de la République Populaire de Chine, le Parti Communiste avait mis les petits plats dans les grands pour célébrer ses plus belles réalisations. A Pékin, la fête débutait par un discours de 8 minutes du Président et Premier secrétaire du Parti Xi Jinping, depuis le balcon de la Porte Tiananmen, mettant l’accent sur l’unité de la nation. Pour montrer l’exemple, se tenaient à ses côtés dans la tribune d’honneur les ex-Présidents Jiang Zemin et Hu Jintao, l’ancien vice-Président Zeng Qinghong, et autres hauts dignitaires du régime. Symboliquement, Xi Jinping choisissait de citer Mao, se positionnant ainsi comme son digne héritier après s’être incliné la veille devant sa dépouille – une démarche inhabituelle lors de la fête nationale. Puis, évoquant le siècle d’humiliation, Xi déclarait que « rien ne peut empêcher la nation et le peuple chinois d’aller de l’avant ». Le Président chinois se positionnait ainsi en guerrier paré à affronter tout type de menace, venant de l’intérieur comme de l’étranger. Friand de parades militaires, c’est à travers le toit de sa limousine Hongqi rutilante que le Commandant en chef passa en revue les troupes de l’Armée Populaire de Libération (APL), en un rituel immuable : « Camarades, vous n’avez pas démérité » scandait-il à intervalles réguliers. 15 000 soldats au pas de l’oie défilèrent ensuite pendant 65 minutes sur l’avenue Chang’an. Une unité 100% féminine et un contingent de Casques bleus chinois faisaient une apparition inédite. Et près de la moitié des armements présentés étaient dévoilés au public pour la première fois, comme les missiles balistiques intercontinentaux DF-41 volant à 25 fois la vitesse du son et capables d’atteindre les USA en 30 minutes, ou encore deux modèles de drones (l’un d’attaque furtif, l’autre de reconnaissance supersonique). Dans le ciel, 160 hélicoptères et avions de chasse formaient le chiffre « 70 » et lâchaient des fumigènes de couleur. Seul bémol : le ciel n’était pas aussi bleu que prévu, la pollution de l’air stagnant autour de 150 microparticules par m3.

Enfin, en une chorégraphie parfaitement exécutée dont la Chine a le secret, plus de 100 000 figurants et 70 chars à thème retraçaient les sept décennies de la RPC. Original, un tableau rappelait qu’hier encore, le pays était le royaume par excellence de la bicyclette. Tous les métiers étaient représentés, entrepreneurs, ouvriers, infirmiers, écoliers… Mais c’est la présence de livreurs de repas à domicile (cf photo) qui fit sourire la nation entière.

Plus polémique, un char à la gloire d’« un pays, deux systèmes » faisait son apparition. Sans tarder, Taiwan rejetait immédiatement cet appel plus ou moins subtil à l’unification selon la formule hongkongaise, l’île ayant subi deux affronts diplomatiques deux semaines plus tôt. A Hong Kong, l’ambiance était tout autre. Des scènes de guérilla urbaine avaient lieu dans différents districts de la RAS : pour la première fois depuis le début des manifestations, un lycéen de 18 ans était victime d’un tir à balle réelle dans la poitrine par un policier, craignant pour sa vie. Quatre mois après le début de la crise, une violente escalade est à craindre et la police anti-émeute semble dépassée par les évènements. En réaction, selon une procédure d’urgence, le gouvernement de la RAS interdisait le port de masques. Mais entre les forces de l’ordre et la population, la confiance est rompue. Pendant ce temps à Pékin, la Cheffe de l’Exécutif hongkongais Carrie Lam, assistait tout sourire, aux célébrations, tout comme le sergent Lau Chak-kei, devenu un héros en Chine continentale pour avoir pointé un fusil sur les manifestants assiégeant un commissariat fin juillet… Le défilé de masse se clôturait par un lâcher de 70 000 colombes, symbolisant la paix. Dans la soirée, un spectacle pyrotechnique signé Zhang Yimou parachevait les célébrations.

Ces festivités du 1er octobre ont donc rempli leur mission, attisant la fibre nationaliste et affichant fièrement les fabuleux progrès accomplis, notamment en matière de technologies militaires made in China – apparaît ainsi, en filigrane, la volonté de Xi Jinping de faire de l’APL « une force armée de classe mondiale » d’ici 2049. Mais à l’international, une telle démonstration de force ne serait-elle pas contre-productive pour une nation désireuse de promouvoir une image de soft-power pacifique ? Les derniers sondages de popularité de la Chine semblent corroborer cette hypothèse.


Société : Tout le monde devant son écran

Célébré en très grande pompe, personne ne devait rater une miette du massif défilé du 70ème anniversaire de la RPC, ni du gala sur la place Tianan’men le 1er octobre.

Pékin, seulement 30 000 habitants étaient conviés, triés sur le volet – une goutte d’eau dans l’océan des 23 millions d’âmes que compte la capitale. Alors, c’est sur les toits des immeubles qu’ils se consolèrent pour tenter d’apercevoir un bout de parade, une poignée d’avions de la parade aérienne et des reflets lointains du grand feu d’artifice. A Shanghai, ceux dont les ardeurs n’avaient pas été rincées par la pluie, s’étaient rassemblés à Nanjing Xi Lu devant l’écran géant… Las ! Celui-ci ne diffusait pas les spectaculaires images de la parade – sans doute pour éviter un remake du mouvement de foule meurtrier lors du nouvel an 2014. Mieux valait donc rester chez soi et profiter de la rediffusion du spectacle en direct à la télévision. Pour ce faire, le Département Central de la Propagande fit distribuer des TV LCD 32 pouces, made in China bien sûr, à 620 000 foyers de 24 régions parmi les plus pauvres du pays : un petit cadeau du Parti, célébrant la prospérité de la nation, et son esprit fraternel !

Difficile d’échapper à l’esprit patriotique de cette fête, même au cinéma ! A la 1ère place du box-office, « 我和我的祖国» ( Mon Peuple, Mon Pays), patchwork de sept courts-métrages retraçait plusieurs faits marquants du régime, sous la direction de l’emblématique réalisateur Chen Kaige . Parmi les étapes ainsi glorifiées figuraient le 1er essai nucléaire chinois en 1964, l’or de l’équipe nationale féminine de volley-ball aux JO de Los Angeles en 1984, la rétrocession de Hong Kong en 1997 ou le retour de la cabine spatiale Shenzhou XI en 2016… En 2ème place figurait « Le Capitaine », histoire romancée du commandant de bord de Sichuan Airlines qui avait réussi en 2018 à ramener au sol son appareil après l’explosion de la vitre du cockpit à 30 000 pieds au-dessus du plateau tibétain, et la perte de son copilote, entrainé dans le vide… Le 3ème film le plus suivi portait encore sur un fait héroïque : joué par Zhang Ziyi et Wu Jing, « Les Alpinistes » relatait la première ascension chinoise de la face Nord de l’Everest, en 1960.

Pour toucher le cœur des jeunes, le géant high-tech chinois Tencent, en partenariat avec le Quotidien du Peuple, lançait le 24 septembre, un jeu vidéo gratuit qui permettait de créer virtuellement sa ville idéale dans la province de son choix. En deux jours à peine, « 家国梦 » se classait en tête des téléchargements sur l’App Store chinois. Une semaine avant les festivités, le groupe proposait d’ajouter à sa photo de profil WeChat un drapeau écarlate ou un autocollant patriotique. 200 millions d’utilisateurs se prêtèrent au jeu, déclenchant ainsi une panne temporaire des serveurs.

Dans la même veine populiste, Didi Chuxing, le maître incontesté du transport partagé, tenta de profiter de l’événement du 70ème anniversaire pour redorer son blason terni par deux meurtres successifs commis par deux de ses chauffeurs en 2018. Didi proposait donc à ses conducteurs membres du Parti d’afficher leur appartenance sur le tableau de bord de leur véhicule. Le message implicite se voulait rassurant, mais ne l’était pas tant : « vous êtes entre les mains d’une personne de confiance, non d’un assassin » !


Architecture - Urbanisme : Deux cadeaux d’anniversaire
Deux cadeaux d’anniversaire

Pour le 70ème anniversaire de la RPC, la capitale chinoise recevait deux beaux cadeaux : un pont et un aéroport, rien de moins ! Ils ont de nombreux points communs : leur design moderne, leur construction éclair, leur caractère innovant, leur touche française et la rivière Yongding… Surtout, ils sont deux parfaits emblèmes du renouveau national prôné par le Président Xi Jinping, et marquent à jamais le paysage architectural de Pékin.

A l’ouest de la ville, ouvrait à la circulation le 29 septembre le « grand pont du nouveau Shougang » (新首钢大桥), clin d’œil au passé des aciéries de la capitale. Pour ses 1,35 km de long et ses 47m de large, il aura nécessité 45 000 tonnes d’acier, plus que pour le Nid d’Oiseau olympique ! Spacieux, il offre huit voies pour les voitures, deux pour les deux roues et deux autres pour les piétons. Il s’étire dans le prolongement de l’iconique avenue Chang’an, traversant le district de Shijingshan et chevauchant la rivière Yongding vers Mentougou. La perspective de cet ouvrage d’art est bluffante : à travers ses deux arches asymétriques vers l’Ouest, se dresse sur les collines la tour Yongding (cf photo).

Ce pont majestueux est le fruit de neuf ans de collaboration et d’efforts entre des équipes d’architectes et d’ingénieurs de l’institut pékinois BMEDI, du français Bernard Viry et du belge Nicolas Godelet et son bureau NG-Lab. En effet, cet ouvrage a donné du fil à retordre à ses concepteurs, avec son système constructif unique au monde, liant la poutre maîtresse du tablier à la structure des arches. Ainsi, le pont entier devient porteur. Pour cela, il a fallu délaisser les traditionnels plans en 2D pour passer au logiciel 3D CATIA de Dassault Systèmes, initialement conçu pour le design aéronautique ou industriel.

Plus qu’une simple infrastructure, ce pont symbolise la renaissance d’un quartier entier de la capitale. Une zone de 3 km2 sera dédiée aux sports d’hiver en vue des JO de 2022 : la construction d’un tremplin de saut acrobatique (« big air ») depuis une ancienne tour de refroidissement des aciéries est en cours, tout comme une gare et station de métro. Le comité olympique y a également pris ses quartiers. Les berges de la rivière vont aussi être réhabilités en un lieu de balade et de détente pour les habitants…

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A 46km au sud de la Cité Interdite, le Président Xi Jinping inaugurait le 25 septembre le nouvel aéroport de Daxing (PKX), avec une surface totale de 70 hectares et un toit d’un seul tenant de la taille de 25 terrains de football. Faire sortir de terre le plus vaste aéroport au monde en moins de cinq ans, telle est la prouesse des groupes de génie civil chinois. La conception de cet aéroport à 11 milliards de $ est signée ADP Ingénierie, avec l’architecte anglo-irakienne Zaha Hadid et le Beijing Institute of Architectural Design. Le spécialiste français du design d’infrastructures aéroportuaires n’en est pas à son coup d’essai après l’Opéra national de Pékin, le terminal 1 de l’aéroport de Pudong (Shanghai), le terminal 2 de Nankin, le futur aéroport de Chengdu

Au lieu de privilégier une expansion à l’horizontale sur plusieurs terminaux, Daxing s’élève à la verticale sur sept étages superposés pour optimiser les déplacements. Aux deux niveaux du sous-sol, se trouve la plateforme de la ligne TGV Gare de l’Ouest-Xiongan et celle de « l’Airport Express » ralliant en 20 minutes la station de métro Caoqiao (ligne 10). Puis deux étages sont consacrés aux départs (internationaux et domestiques), et deux autres aux arrivées. Le 5ème et dernier niveau est réservé à la restauration.

Sa forme de phœnix, d’étoile de mer ou de poulpe selon l’imagination de chacun, permet de réduire les distances à parcourir, chaque branche n’étant éloignée que de 600m de son cœur, soit 8 minutes de marche seulement. Les bagages eux, sont suivis par radiofréquence et étiquetage QR. Cet aéroport affiche des intentions écologiques : 8% de ses besoins sont fournis grâce aux énergies renouvelables : panneaux solaires pour l’électricité et pompes à chaleur géothermique déployées dans le bassin de la rivière Yongding pour la climatisation. En sus, l’eau de pluie est récupérée.

Dans le sillage d’APDI, une flopée d’entreprises hexagonales, de la multinationale à la PME spécialisée : Thales pour des systèmes de gestion du trafic aérien, Airbus pour les télécommunications sécurisées, JC Decaux pour une partie de l’affichage publicitaire, Haulotte pour les engins d’élévation, Acoem pour la gestion de l’environnement sonore …D’ailleurs, l’orientation des pistes d’atterrissage est faite de manière à minimiser les décibels : trois à la verticale et une quatrième inclinée à 20° pour éviter de survoler la ville voisine de Langfang. Trois autres pistes sont prévues.

Sous deux ans, Daxing pourra accueillir 45 millions de passagers. Ce nombre pourra être porté à 72 millions de passagers par an d’ici 2025, l’équivalent du trafic de Roissy-Charles-de-Gaulle et ses trois terminaux l’an dernier. A l’horizon 2040, ils seraient 100 millions à transiter par Daxing. C’est autant que l’aéroport de Pékin Capitale (PEK), n°2 mondial et connu pour ses retards, dus à son engorgement.

Les deux aéroports devraient donc se compléter. Celui construit il y a 61 ans conserve l’avantage d’être le plus proche du quartier des affaires (CBD). Celui tout juste inauguré est deux fois plus éloigné du centre de Pékin mais plus facile d’accès pour les 202 millions d’habitants vivant dans un rayon de 3h en TGV. Il ambitionne donc d’attirer une clientèle touristique, notamment grâce à des billets d’avion à prix plus attractifs pour convaincre les voyageurs de faire le déplacement. Daxing sera le royaume partagé de deux compagnies aériennes chinoises et leurs filiales, qui y déménageront sous 12 mois : China Southern et China Eastern. La première volera quotidiennement vers Moscou, Tokyo et Cheongju, et trois fois par semaine vers Busan. La seconde prendra chaque jour la direction de Paris début 2020 (en partage de code avec Air France), Tokyo et Séoul, et quatre fois par semaine vers Moscou. Le transporteur a également mis au point une solution d’embarquement 100% informatisée, reliée à un réseau 5G (Huawei et China Unicom). Via une application mobile, les volontaires pourront enregistrer leurs bagages et passer la sécurité grâce à une technologie de reconnaissance faciale, connectée à un fichier national d’identification, et ainsi ne pas montrer le moindre document papier !

Quant aux compagnies étrangères, elles pourront être présentes dans les deux aéroports si elles le souhaitent. British Airways, LOT Polish, Royal Air Maroc, Royal Brunei Airlines Finnair, Ethiopian Airlines, Malaysia Airlines et Himalaya Airlines vont s’installer à Daxing. Mais d’autres transporteurs trainent les pieds, à cause des coûts engendrés par une telle relocalisation.

En tout cas, à la vitesse où poussent les aéroports dans ce pays (235 aéroports civils à ce jour, 450 prévus en 2035), l’Empire du milieu est en bonne voie pour dépasser les USA et devenir le plus grand marché du transport aérien – dès 2024 selon l’AITA ! 


Politique : Entre fierté et crispation

Certains observateurs prédisaient au tournant du XXIème siècle que le régime communiste ne survivrait pas sans réforme politique. Or, 70 ans après la fondation de la République Populaire de Chine, celui-ci n’a pas cédé d’un pouce sur ce point et se félicite au passage d’avoir dépassé l’URSS en longévité – celle-ci ayant disparu après 69 ans. 

Cette longévité, la RPC la doit avant tout à la longue et éprouvante marche du peuple chinois. Les égarements du régime ayant coûté la vie à des millions de personnes, particulièrement sous le joug de Mao, sont passés sous silence au profit des spectaculaires progrès des quatre dernières décennies. C’est ce rattrapage accompli en un temps record que célèbre le Parti et qui rend fiers les Chinois – à juste titre.

Aujourd’hui, loin de se reposer sur ses lauriers, le régime est inquiet face à la multiplication des défis auxquels il fait face – mais sa crispation croissante ne serait-elle pas à l’origine d’une partie de ses problèmes ?

Au niveau national, les challenges ne manquent pas. Après une croissance à deux chiffres pendant des années, elle perd de la vapeur : en 2018, la hausse du PIB était la plus faible depuis 28 ans (6,6%). Il s’agit alors d’éviter de tomber dans « le piège du revenu moyen ». L’augmentation du niveau de vie a entrainé un renchérissement du coût de la main d’œuvre, ce qui rend « l’usine du monde » moins attractive qu’hier. Le vieillissement de sa population pèse lourd sur son système de retraite. L’Etat lutte contre la fuite des capitaux. Il craint l’endettement des gouvernements locaux. La menace de l’éclatement des bulles immobilières plane toujours. Il faut gérer les surcapacités industrielles tout en maintenant le chômage sous contrôle. Des efforts faramineux sont nécessaires pour ressusciter un environnement dégradé par des décennies de pollution. Des scandales sanitaires ou de sécurité alimentaire d’ampleur éclatent encore, menaçant la paix sociale…

En réaction, le régime rechigne à suivre les traces de Deng Xiaoping sur le chemin de la réforme (encore et toujours repoussées) et de l’ouverture (trop lente). Il se refuse à laisser davantage de place au marché et au secteur privé. Au contraire, Xi Jinping semble avoir trouvé une solution unique qu’il applique inconditionnellement : injecter toujours plus d’idéologie et intensifier le contrôle des entreprises, des masses, et des individus. Pour ce faire, l’imminent système de crédit social sera l’outil rêvé. Mais jusqu’à quel point ce carcan sera-t-il supporté par ceux qu’il enserre toujours plus fort ?  Rééducation, répression religieuse, maintien de l’ordre musclé et menaces militaires, que ce soit au Xinjiang, au Tibet, à Hong Kong ou à Taiwan, risquent d’encourager les ardeurs de ceux qui s’opposent à Pékin. A terme, ces politiques pourraient être contre-productives et accroître l’instabilité que le Parti veut à tout prix éviter.

Au plan international, sa politique volontariste et plus affirmée irrite ses partenaires étrangers, notamment le pays de Donald Trump avec lequel la Chine est engagée contre son gré dans un conflit qui va bien au-delà du seul aspect commercial. En un livre blanc du 27 septembre, la Chine se défendait « de toute intention de contester ou de remplacer les USA sur la scène internationale. La Chine n’a aucune ambition hégémonique. Elle souhaite maintenir de bonnes relations avec ses voisins et protéger le commerce international ». Sauf que sa manie de pratiquer le « multilatéralisme bilatéral », semant la zizanie entre les pays d’une même zone ou union (tel le sommet sino-européen « 17+1 »), commence à agacer. De même, la toile d’influence que la Chine tisse à travers le monde via ses Instituts Confucius ou ses projets de l’initiative Belt & Road (BRI) est contestée.

Et cela se reflète dans le dernier baromètre mondial mené par l’institut de recherche Pew auprès de 35 000 personnes entre mai et août, et publié la veille du 70ème anniversaire de la RPC. Sans surprise, au Canada, les opinions positives envers la Chine se sont effondrées de 17% (à 27%), payant le prix de l’arrestation de deux Canadiens en représailles de la détention de la directrice financière de Huawei. Ce n’est guère mieux aux USA, où elles chutaient de 12% (à 26%) par rapport à l’an dernier. La perception négative dans ces deux pays atteint ainsi un record historique.
La Chine enregistre également une forte chute de popularité en Indonésie (-17%), un résultat qui peut être expliqué par la répression que subie la minorité musulmane ouïgoure au Xinjiang. Même situation aux Philippines (-11%), malgré un Président Duterte complaisant à l’attention de son grand voisin, les régulières incursions maritimes chinoises dans les eaux philippines passent mal. En Suède également, l’opinion générale du public envers la Chine est en chute libre (-17%) notamment suite à l’affaire du libraire kidnappé Gui Minhai. Elle se dégrade également en Australie (-12%), aux Pays-Bas (-11%), en Grande-Bretagne (-11%) et en France (-8%).

Au regard de ces chiffres, la Chine rencontrerait probablement moins de résistance face à sa montée en puissance si elle revoyait ses méthodes, sur son territoire comme à l’international. Si elle persiste sur cette voie, elle doit s’attendre à ce que ses relations avec une partie du monde se tendent encore un peu plus. Certes, la Chine est en passe de reprendre la place centrale qui lui revient sur la scène internationale. Mais selon le Premier ministre singapourien Lee Hsien Loong, Xi Jinping devrait ajuster son discours car « en évoquant à nouveau lors du 70ème anniversaire de la RPC, les torts historiques qui lui ont été infligés par les grandes puissances du XIXème siècle, la Chine se présente comme une victime, ce qu’elle n’est plus aujourd’hui, aux yeux de personne. Elle ne peut donc pas réclamer une part du leadership mondial avec ce statut ». Heureusement pour elle, il lui reste encore du temps pour procéder aux ajustements nécessaires avant 2049, année centenaire de la Chine communiste !


Petit Peuple : Pinggu (Pékin) – Miao Xiaohong, révolutionnaire de l’empire du ciel (1ère partie)

Deux ans après le passage de la Chine sous pouvoir socialiste, Mao décida en 1951 qu’il était temps d’apporter une touche féminine à la branche aérienne de l’Armée Populaire de Libération (APL). Ainsi la première promotion de femmes pilotes, en jupes et corsages bleu marine, voyait le jour : 14 recrues destinées à rejoindre les hommes aux commandes des appareils sous pavillon rouge aux cinq étoiles d’or. 14, c’était peu, et sept décennies plus tard, le régime n’aura finalement formé que 500 femmes pilotes.

En 1956, parmi les 14 heureuses élues de la seconde promotion figurait Miao Xiaohong, 19 ans. Miao présentait pour le régime révolutionnaire un pedigree impeccable. Ardente communiste, elle ne ratait aucune réunion de cellule, et conservait en toutes circonstances un haut degré de discipline du Parti. Le passé prolétaire de ses parents lui aussi était sans faille. Ouvrière elle-même, elle avait été cooptée dans une école pour adultes en cours du soir. Son assiduité lui avait ensuite valu une place dans une école professionnelle, où elle avait pu obtenir, en plus de son diplôme de mécanicienne d’aviation, son gaokao (diplôme de fin d’études). Un parcours sans faute qui lui avait tout naturellement ouvert les portes de l’école des pilotes militaires du Shandong, pour une carrière de rêve. 

Sa formation dura deux années, en cours théoriques, et à bord des biplans hasardeux de l’époque. Ces vieux coucous se faisaient démarrer d’une vive impulsion des deux bras sur l’hélice de bois, au risque non rare de retour de flamme ou de se faire trancher les doigts aussi nettement qu’un scalpel. En 1958, brevet en main, Miao fut affectée à la base de Jinan dans sa province natale. Au gré des promotions, elle eut l’occasion de survoler la quasi-totalité du territoire national, en diverses missions plus logistiques qu’offensives – le commandement faisant plus confiance aux hommes pour les missions les plus ardues. Il arriva néanmoins à la jeune femme d’embarquer des passagers en mission secrète, de faire du repérage de zones sinistrées. 

Miao a toujours gardé le souvenir brûlant de cette mission de 1963 durant laquelle elle parachuta des vivres et des médicaments dans une zone enclavée et inondée en plein Hebei, à 300km de Pékin. Le plafond culminait à 100m du sol, rendant la navigation périlleuse et empêchant toute localisation de la cible – son appareil, un monomoteur léger, n’était pas équipé pour le vol aux instruments. Soudain une trouée des nuages lui permit d’apercevoir la petite ville qui était sa destination : un petit groupe de maisons dans l’eau presque jusqu’aux toits, sur lesquels les réfugiés se serraient les uns contre les autres. Miao put ainsi leur larguer les ballots de vivres et jerricans d’eau potable. Le succès de cette mission lui avait valu une citation, une médaille, et une promotion au rang de capitaine. Suite à cela, on lui avait confié occasionnellement quelques missions plus complexes. 

En 1989 à 52 ans, Miao Xiaohong frappée par la limite d’âge fut rayée des effectifs d’actives, au rang de colonelle. Elle obtint en échange de ses services un logement pékinois dans le secteur des collines parfumées. Elle se lança alors dans une nouvelle carrière, littéraire cette fois. Coup sur coup, elle publia “Une Fille du Ciel” et “Le Premier Groupe de Femmes Pilotes de Chine”. Ces titres obtinrent un grand succès de vente : Miao connaissait déjà la célébrité de par sa légende de femme pilote, et suite à ses publications elle passa encore plus régulièrement à la radio, à la TV et dans les magazines.

En dépit de sa condition de star, Miao fut longtemps poursuivie par un lancinant regret : celui d’avoir été clouée au sol à 52 ans, au nom d’un ridicule règlement : l’armée prétendait que sur leur cinquantaine, les femmes perdaient la vue et les réflexes, contrairement aux hommes qui, eux, étaient supposés ne décliner que dix ans plus tard. Elle avait été maintenue en service, dans l’administration, à comptabiliser les heures de vol de ses collègues masculins et à dispatcher et classer leurs rapports. Que ces collègues conservent leur droit à décoller tandis qu’elle était clouée sur le plancher des vaches la mettait hors d’elle car même dans sa soixantaine, Miao conservait sa vue de lynx et ses réflexes d’acier. 

Un jour, lors d’un banquet d’anciens en l’honneur de collègues retraités étrangers, quelle ne fut pas sa stupéfaction quand elle réalisa que sa voisine australienne, justifiant comme elle de quarante ans de licence, lui appris qu’elle volait toujours. En Australie, non seulement elle possédait son propre avion, mais en plus, elle le pilotait chaque semaine pour aller voir sa fille à 200km. Miao ressentit comme une gifle l’injustice et l’aspect inutilement vieux jeu de sa hiérarchie qui sacrifiait ainsi tant de talents et de capacités, sans le moindre profit pour personne… 

Aussi clairement qu’un ciel en turbulence, Miao réalisa quelle allait être sa troisième carrière, la dernière grande mission de son existence : elle allait militer pour les droits de la femme dans les airs, et faire que se matérialise au sens propre le slogan de Mao : que la femme « supporte la moitié du ciel » (妇女能顶半边天 – fùnǚ néng dǐng bàn biān tiān) !   

Vous découvrirez la semaine prochaine les futures batailles de cette femme pilote extraordinaire!


Rendez-vous : Semaines du 7 octobre au 3 novembre
Semaines du 7 octobre au 3 novembre

14 octobre, Lausanne (Suisse) : Conférence d’Éric Meyer : « L’Europe face à la Chine , Comment vivre ensemble ou se défendre comme continent et individu ? « , Inscriptions avant le 10 octobre en cliquant ICI

9 – 10 octobre, Pékin : Oil & Gas Council China Assembly, Assemblée générale du Conseil pour le pétrole et le gaz en Chine

9 – 11 octobre, Shanghai : Seatrade Cruise Asia Pacific, Salon asiatique entièrement consacré à l’industrie de la croisière

10 – 12 octobre, Shenzhen : CIE – China International Internet & E-Commerce Expo, Salon et Forum Internationaux sur l’internet et le e-commerce

10 – 12 octobre, Shenzhen : CILF – China International Logistics And Transportation Fair, Salon international de la logistique et du transport

10 – 12 octobre, Shanghai : CIHS – China International Hardware Show, Salon du bricolage, jardinage et outillage

10 – 12 octobre, Nanchang : API China / China-Pharm, Salon chinois de l’industrie pharmaceutique et cosmétique

10 – 13 octobre, Tianjin : China Helicopter Exposition, Salon International et convention d’affaires des hélicoptères civils

10 – 13 octobre, Shanghai : Music China, Salon international des instruments de musique et des services connexes

10 – 13 octobre, Shanghai : Prolight + Sound Shanghai, Salon international des technologies de l’événementiel et de la communication, de la production et du divertissement

11 – 13 octobre, Pékin : Beijing Beauty Expo, 35ème salon dédié à la cosmétique et à la santé

14-16 octobre, Tianjin : Ice Cream China, le 22ème salon international de la glace et des produits surgelés

15 – 17 octobre, Meishan (Chengdu) : NEPCON West China, Salon international de l’électronique et de  la micro-électronique

15 octobre – 04 novembre, Canton : Canton Fair – China Import and Export Fair, Foire internationale qui se divise en trois phases :

  • Phase 1,  15 – 19 octobre : produits électriques, électroniques, et industriels
  • Phase 2, 23 – 27 octobre : produits d’épicerie, d’ornement, cadeaux, jeux et meubles
  • Phase 3, 31 octobre – 4 novembre : produits d’habillement, chaussures, accessoires

16 – 18 octobre, Shanghai : Agrochemex, Salon international de l’agrochimie

16 – 18 octobre, Shanghai : China Kids Expo, Foire internationale des produits pour bébés et enfants

18 – 21 octobre, Foshan : CERAMbath, Salon de la céramique et des sanitaires

19 – 20 octobre, Pékin : Chine Education Expo, Salon international de l’éducation et des formations supérieures

19 – 22 octobre, Shanghai : CMEF-China Medical Equipment Fair/ICMD, Salon des équipements médicaux

20 – 23 octobre, Shenzhen : International Gifts And Home Products Fair, Salon international du cadeau et des produits pour la maison

20 – 26 octobre, Tianjin : CFDF – China Food & Drink Fair, Salon chinois bi-annuel renommé dans l’industrie du vin et plus largement dans l’industrie F&B

22 – 24 octobre, Pékin : China WindPower, 12ème édition de ce salon et conférences sur l’énergie éolienne

22 – 25 octobre, Pékin : IEEV China – International New Energy and Intelligent Connected Vehicles Exhibition, Salon et conférence sur les véhicules électriques et sans chauffeur

23 – 25 octobre, Shanghai : Vinexpo, Salon international du vin

23 – 26 octobre, Shanghai : CEMAT ASIA, Salon des matériels de manutention, des techniques d’automatisation, de transport et de logistique

23 – 26 octobre, Shanghai : COMVAC ASIA, Salon mondial de l’air comprimé et du vide

23 – 26 octobre, Shanghai : PTC ASIA, Salon de la transmission et du contrôle de puissance, l’hydraulique et la pneumatique, les techniques de l’air compressé, les moteurs à combustion interne et les turbines à gaz

24 – 25 octobre, Pékin : AT@CHINA, Forum dédié à l’aviation et au tourisme chinois à l’étranger

26 – 27 octobre, Shanghai : CHINA EDUCATION EXPO, Salon international de l’éducation et des formations supérieures

26 – 28 octobre, Qingdao : CIAME, Salon asiatique des machines agricoles

29 octobre, Shanghai : ACCESS MBA, Forum d’information sur les opportunités de MBA dans le monde

30 octobre – 1 novembre, Shanghai : CEF – China Electronic Fair, Salon chinois de l’électronique

30 octobre –  1 novembre, Pékin : ILOPE, Salon international de l’industrie de l’optoélectronique et de la photonique

30 octobre – 1 novembre, Shanghai : ILTM, Salon asiatique du tourisme de luxe

30 octobre – 1 novembre, Qingdao: China Fisheries & Seafood Expo,  Salon chinois des fruits de mer

30 octobre, Pékin : World’s Leading Wines – Pékin, Rencontres d’affaires pour les plus renommés des importateurs et distributeurs de vins de qualité

31 octobre, Pékin : ACCESS MBA, Forum d’information sur les opportunités de MBA dans le monde

1 novembre, Shanghai : World’s Leading Wines – Shanghai, Rencontres d’affaires pour les plus renommés des importateurs et distributeurs de vins de qualité

2 – 4 novembre, Xiamen : WCO – World Ocean Congress, Salon mondial et congrès des ressources de l’océan

4 – 6 novembre, Shanghai puis Pékin : Visite officielle du Président de la République Française, Monsieur Emmanuel Macron

6 – 8 novembre, Shanghai : EP Shanghai & Electrical Shanghai, Salon international des équipements, de la production et de la distribution électriques