Le Vent de la Chine Numéro 27

du 26 août au 1 septembre 2007

Editorial : ‘Odeur du temps…’

«Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark» : chaque jour, la réplique de Hamlet s’entend réverbérée à l’infini, appliquée à la qualité des produits chinois.

Après les pâtées pour chats frelatées, exportées aux Etats-Unis, et le fourrage teinté pour vaches suisses, on voit Bangkok dénoncer les pesticides dans les épinards, la saccharine dans les abricots secs, les algues plombées. La Haye détruit ou rappelle 2000 matelas pollués au benzène. Wellington dénonce des envois de pulls et pantalons souillés au formaldéhyde ou à l’alcali. Moyennant 100M$ de pertes sèche, Mattel rappelle 18M des jouets les plus vendus, telle la poupée Barbie (risque de botulisme, ou d’aimants avalables). Toys’R’Us veut rembourser ses biberons chinois en vinyle. Nokia, après 100 incidents sur ses portables, va rapatrier 46M de batteries.

Mystère : pourquoi cette tempête de plaintes en si peu de temps, alors que les problèmes sont connus (tolérés) depuis des ans? Une source ose envisager une main noire genre CIA, en oeuvre dans le grand jeu des superpuissances pour priver la Chine d’une part de sa gloire olympique. Plus convaincante, une autre rappelle l’attention mondiale qu’obtient tout pays hôte des Jeux, qu’il le veuille ou non : dix fois plus de journalistes, d’industriels et diplomates qui vont analyser cette Chine en termes globaux, alors qu’elle exige de l’être selon les siens propres. Ici, Pékin se retrouve coincée entre ses exportations qui explosent (24Mt en 2006, +13% pour le seul alimentaire) et la faiblesse de ses contrôles publics -la SEPA (State Environmental Protection Administration), par exemple, ne compte que 300 hommes, contre 17.000 chez son équivalent américain.

Prise de court par cette crise, Pékin a raté sa réponse. En quelques semaines, elle a sorti une panoplie contradictoire de réactions, presque toutes sans effets à court terme—qu’on en juge :

[1] une base de données sur les contrôles de l’import-export,

[2] un panel interministériel (présidé par Wu Yi, déjà sollicitée en2003 pour «sauver la nation» lors de la crise du SRAS – le Syndrome Respiratoire Aigu Sévère),

[3] une liste noire des illégaux de l’import-export,

[4] un livre blanc de la qualité des produits,

[5] une série de descentes sur des usines indélicates,

[6] un label (sticker) de qualité à l’export,

[7] une vive campagne télévisée, de défense des produits chinois, accusant l’Ouest de protectionnisme,

[8]  en rétorsion, des renvois de porc, soja, pacemakers américains, accusés à leur tour de mauvaise qualité. En 4 mois de campagne, Wu Yi espère avoir ainsi remonté la pente…

L’essentiel est ailleurs, hors de ce climat polémique.

En 10 ans, la Chine s’est imposée sur le marché mondial, par sa production de masse à bas prix. A présent, elle prend conscience de l’obligation de qualité—bien plus vite qu’Européens ou Américains ne durent le faire en leur temps. La Chine met en place, dans la douleur, son contrôle-qualité. Ses actions lancées prendront 5 à 10 ans à mûrir. D’ici là, dit l’écrivain Orville Schell, il serait bon pour l’Ouest, d’aider la Chine en partageant son savoir-faire. Pour créer la relation de confiance, mais aussi car toujours plus, nous partageons l’air, l’eau, les marchandises —même notre nourriture!

 

 


A la loupe : Energie : deux accords régionaux contestés

Le 27/07, Washington a signé avec l’Inde un accord nucléaire civil, pour lui livrer technologies et uranium en exception au traité de non-prolifération nucléaire, dont l’Inde n’est pas signataire.

En même temps, la Maison Blanche ne laissait nul espoir au Pakistan, réclamant la même faveur. De son côté, la Chine s’inquiète de l’accord, y voyant une tentative américaine de renforcer un glacis militaire pour l’isoler. Étant entendu que le plutonium résiduel de la fission, est le matériau de la bombe.

Or, selon la rumeur, la Chine serait en train d’envisager d’offrir à Islamabad la même faveur, après avoir dans le passé installé au Pakistan deux réacteurs civils de 300Mw à Chashma. Pékin a démenti (21/08), laissant apparaître trois objections majeures à telle décision :

Œ l’accord sino-Indien peut encore échouer au Parlement de New-Delhi, suite à une campagne de la gauche hostile à l’accord.

 Pékin réfléchit à deux fois, pour son image, avant de renforcer la force de frappe d’un pays faible et corrompu, en pleine fièvre fondamentaliste et préélectorale.    

Ž Enfin contre cet accord, la Chine a d’autres armes, en tant que membre du Groupe des fournisseurs de nucléaire de l’AIEA, qui devra valider l’accord.

Autre accord énergétique contesté: Hu Jintao et son collègue kazakh N. Nazarbaïev ont passé un accord (18/08) visant à prolonger vers la Caspienne leur oléoduc Atasu-Alashan, ouvrage de 962km inauguré en déc. 2005. Par cette extension, les deux pays croient pouvoir acheminer 400.000 barils/j, 5% de la demande chinoise. La veille, ces pays convenaient de faire passer sur terre kazakhe un gazoduc du Turkménistan pour livrer en Chine «dès 2009, 30MMm3 de méthane sur 30 ans ».

En réalité, comme tout investissement en Asie Centrale, ces accords sont à prendre avec prudence : l’arrangement turkmène prévoit 12 explorations, car les réserves ne sont pas établies. Prix du gaz et même tracé de l’ouvrage manquent à l’appel.

Il n’empêche, même ainsi, l’accord gazier est un échec pour Moscou qui a tout fait pour l’empêcher, et il marquera la fin du monopole russe régional de livraison d’hydrocarbures face à ses ex-républiques vassales, qui s’émancipent.

NB : la veille des deux accords (17/08), Poutine, Hu et les leaders des quatre pays d’Asie centrale se retrouvaient à Bichkek (Kirghizistan) pour le sommet de l’OCS – l’organisation de coopération de Shanghai, puis à Chelyabinsk (Russie) pour des exercices militaires grand spectacle à 80M$. Affichant ainsi tous ensemble une « amitié » de façade, non exempte d’arrière-pensées !

 

 


Joint-venture : Empire Goldman en Chine

HSBC se met au vert

La Chine, qui vient de payer 45MM$ l’an dernier pour refinancer ses campagnes, compte sur ses banques pour leur rouvrir le robinet du crédit —le paysan ne pouvant aujourd’hui, guère espérer plus de 5000¥. Sur ce marché exsangue, les banques étrangères sont aussi conviées, dans un programme pilote sur six régions du pays, «partout où le service financier est absent ou inadéquat ».

HSBC, la grande banque Hongkongaise relève le gant, recevant le 9/08 l’approbation de la CBRC (China Banking Regulatory Commission) pour créer une filiale à 100%, HSBC Rural Bank. HSBC sera ainsi la 1ère étrangère « aux champs » : à Suizhou (Hubei), en préfecture de Cengdu qui compte 2M d’âmes, dont 80% de paysans authentiquement indigents et d’urbains plus prolétaires que bourgeois. Ouvrant en décembre, l’agence comptera 25 salariés et servira à la fois de carte de visite d’HSBC face aux autorités, et de banc d’essai pour les créations futures.                                                                

NB1 : hormis ce projet rural, HSBC se développe vite dans le pays : aux 2700 guichetiers dans 35 agences de fin 2006, se sont ajoutés depuis lors sept nouvelles filiales et 800 employé(e)s.                             

NB2 : pour accélérer la réforme de cette centaine de banques et 20.000 mini-coopératives (ruinées) rurales, au service de 800M de campagnards, la CBRC a allégé en janvier les conditions d’implantation, baissant le seuil de capital enregistré à 3M¥ pour des banques en préfecture et 1M¥ en ville et village

Empire Goldman en Chine

Goldman Sachs est un cas d’école, de ces banques américaines rachetant à marche forcée des firmes chinoises à bel avenir.

A partir de 2005, il a pris des participations, avec licence ultérieure, dans trois entreprises : Midea, entreprise moyenne d’électroménagers, dont il a acquis 11% pour 94M$ ; Fuyao, n°1 du verre auto, dont il a repris 10% pour 113M$ : puis Shanghui (Henan), 1ier abattoir du pays dont il a acquis 51% pour 235M$.

A présent, l’investisseur américain fait savoir ses pourparlers « avancés » avec le cimentier Hongshi (Zhejiang) pour entrer dans son capital à hauteur de 25%, moyennant 80M$. L’indiscrétion calculée a pour but de faire monter le cours, avant entrée de Shuanghui en bourse locale, hausse dont un quart lui reviendra alors. Seul -bien minime- souci du banquier : depuis le « tope-là » avec Fuyao en novembre et son approbation le 23/08, 9 mois se sont passés, durant lesquels l’action Fuyao a fusé, incitant le groupe local à exiger une renégociation. Ce qui n’empêche Goldman de goûter son succès : avec ses pieds dans l’auto, le ciment, la viande et le climatiseur, il a jeté en 18 mois les bases d’un empire industriel dynamique.

 

 


A la loupe : Surchauffe : deux mesures vieilles, une neuve !

Heureuse bourse chinoise, qui reste zen face aux désarrois de ses soeurs étrangères plongées dans leur crise du subprime (technique boursière douteuse, de recyclage de prêts hypothécaires faillis)… Au pire de la tempête, mi-août, elle perdait 4,5%, pour rebondir le 20/08 à +5,33%, et passer le 23, la barre des 5.000 points, 74% de plus qu’au 1er janvier 2007.

C’est le reflet d’une économie aveugle, vivant d’exports énormes – 1231MM$ cette année, dépassant les USA, mais à sens unique, recevant l’argent sans le réexporter. La hausse du PIB a encore frôlé les 12% au 2d trimestre, record de 10 ans, l’investissement d’infrastructures a monté de 26,6% (24,6MM$) en juillet, et l’excédent commercial, de 67% à 24,4MM$… Face à tels chiffres, il faut plus que les 20MM$ de placements en « subprime américains » admis par les quatre grandes banques publiques, pour décourager les agioteurs!

Bien sûr, de tels circuits monétaire, industriel et commercial, ne sont pas durables. Aussi le temps est-il mûr, pour l’autorité bancaire, de favoriser la sortie de ses devises :

1.         au 20/8, le citoyen peut aller en bourse étrangère sans plafond via la nouvelle place financière de Binhai (Tianjin),   

2.         le 21/08, s’ouvre l’échange interbancaire du ¥ en devises, c’est la libre convertibilité, réservée aux banques agréées.

Cependant, l’inflation gronde, +5,6% en juillet, son pic depuis 10 ans, portée par la flambée du panier de la ménagère (+15,6%) et de l’immobilier (+7,1% en juin). Dans l’alimentaire, c’est le porc qui se fait le plus cher (+86%, cf rubrique politique). Autre produit incriminé : les pâtes jusqu’à +40%, phénomène certes mondial (climatique), mais qui selon la NDRC (National Development and Reform Commission) serait aussi dû au cartel des trois principaux producteurs chinois de pâtes. Face à cette inflation, la Banque centrale prend la 3ème mesure de la semaine (21/08) : la hausse des taux d’intérêt du prêt à un an (à 7,02%/an) et du dépôt (à 3,6%). C’est la 4ème depuis janvier.

Pékin veut pénaliser l’investissement, rafraîchir la bourse, apaiser l’inflation. A la veille du XVII. Congrès, elle veut paraître avoir agi pour alléger les coûts du citadin modeste, aujourd’hui obligé de dépenser 1/3 de son salaire pour nourrir les siens. Mais comme les trois dernières hausses, cette mesure ne semble pas devoir changer le cours des choses : le swap inter banques et la levée de la frontière boursière vers l’extérieur sont de véritables tournants !

 

 


Argent : La seconde mort du Maglev ?

Une nouvelle chance pour le Dongbei ?

Grand comme trois fois la France, avec ses 125M d’habitants, le Nord-Est reste la « ceinture de rouille » chinoise, affligée d’un secteur public hypertrophié (64%) et anémique (8,47% de chômage urbain, record national).

Aussi, à quelques semaines du Congrès, Zhang Guobao, vice Président de la NDRC (National Development and Reform Commission) sort-il un plan de revitalisation, succédant à celui lancé en 2003. L’effort portera sur les infrastructures, chemin de fer notamment, et sur le renforcement de la sécurité sociale afin d’attirer les employeurs privés.

On attend d’eux qu’ils portent d’ici 2010 leur secteur à 48% du PIB, qui devrait doubler par habitant, à 21,889¥. Quatre bases d’innovation et R&D seront créées dans la région (sans doute une par province, Heilongjiang, Jilin, Liaoning et certains territoires de Mongolie Intérieure). Les industries qui seront ainsi attirées, viseront la machine-outil de haute précision, les supertankers de 300.000t, les équipements de raffinage pétrolier et quatre centrales nucléaires, dont la 1ère voyait semaine passée son chantier lancé à Dalian (Liaoning), aux quatre générateurs de 1000MW. Seul ombre au tableau : pour l’heure, pas de budget officiel- quoiqu’un projet de telle envergure, se mesure en dizaines de MM$ !

Sinopec rit et PetroChina pleure

Les deux grands pétroliers noir chinois alignent des bilans du 1er semestre opposés.

Premier explorateur et producteur, PetroChina annonce (23/08) à peine +1,4% de profit net, à 10,8MM$. En fait, les financiers attendaient une baisse, logique après celle de son prix de vente (57,66$ le baril) et la hausse de 20% de son coût d’extraction (+7,1$/baril), sur des gisements souvent en fin de course. La taxe sur les grossistes, imposée en mars pour indemniser les raffineurs de leur manque à gagner, aurait aussi dû jouer. Mais cela a été compensé par la soif insatiable de la Chine en or noir, laissant PetroChina au 1er semestre avec des ventes de +20%, à 51,8MM$, pour une production de 552,7M de barils équivalent pétrole (+3,7%). Pendant ce temps, le groupe investissait 6,7MM$ en exploration et développement de sites, chiffre qu’il prévoit de porter à 24MM$ (+24%) d’ici décembre, soit plus que les 21% du n°1 mondial Exxon. A l’inverse, Sinopec qui détient près des 2/3 du marché et importe 70%, mangerait son pain blanc : ses profits seraient de 4,6MM$ (+64%), grâce à la baisse du cours mondial de 8,1%. Sur cette période, il a vendu 57,9Mt de carburant (+6.6%) et raffiné 76,3Mt de pétrole brut (+6.4%). Mais surtout, semble t’il, c’est à sa gestion entièrement reformatée à l’américaine, que Sinopec tire ses souriants résultats !

La seconde mort du Maglev ?

A Pudong, sur son rail de béton, le Maglev voit venir sa mort annoncée.

Aux années ’90, pour cet outil de rêve signé Krupp et Siemens (entre Pudong-Airport et Longyang, 37km à 450km/h en 7 minutes), Bonn avait payé 500M² -la moitié du coût, moyennant la promesse secrète d’extensions futures. Mais bientôt les pépins arrivaient, causant des mois d’arrêt ruineux : un câble d’alimentation à changer, un wagon ayant pris feu… D’où des pertes de 100M² – les 10² du ticket n’arrangeaient rien.

On voyait aussi des rivalités avec le métro classique, par ministères de tutelle interposés (« Sciences et Technologies » et « Chemins de fer »). Et les riverains se plaignaient du bruit des rames. Aussi les négociations s’éternisaient pour prolonger la ligne vers l’autre aéroport de Hongjiao (30km de plus) et Hangzhou (220km).

En 2006, Maglev annonçait enfin son « feu vert » pour Hongjiao. Mais le 25/07, c’est la ligne de métro classique n°2 qui débute son chantier vers Hongjiao, et Pudong (12 gares, dont 9 souterraines). Malgré les démentis désespérés de Xia Guozhong, de la compagnie du Maglev, la ligne 2, qui transporte déjà 700.000 passagers/jour, devrait priver l’outil allemand de ses derniers clients -même si, une fois prolongé, il eût relié les 60km entre les deux aérogares, en 15 minutes au lieu de 80 pour le métro. La raison finale à cette décision de la mairie de Shanghai, étant, sans doute, que le Maglev ne pouvait plus tenir le délai de 2010, pour l’Exposition Universelle. Enfin, si le Maglev est ainsi « tué », devrait se poser la question d’une compensation de Shanghai à l’Allemagne -délicate, cet aspect du contrat n’ayant jamais été rendu public !

 

 


Pol : Nouveau fléau porcin caché : ‘les oreilles bleues’

Pékin serre sa poigne

Réaction quasi-instinctive : l’approche du XVII. Congrès conduit les autorités, locales et nationales, à resserrer le verrou sur la presse: c’est que pour les cadres, ce rendez-vous quinquennal du Parti est aussi une «distribution des prix » où ceux ne s’étant exposés à aucune critique sont promus; et les autres voient leur carrière compromise!

C’est pourquoi la SARFT, tutelle de l’audio-visuel, (State Administration of Radio, Film and Television),

vient d’imposer aux mairies d’arrêter les opérateurs distribuant les chaînes étrangères par satellite (comme le très populaire Hongkongaise « Phoenix », de Murdoch), réservés aux hôtels et quartiers d’expatriés. Ce qui signifie, au passage, que cette TV étrangère déborde tranquillement, clandestinement de son cadre étriqué, forçant le régime à faire le nettoyage.

Idem, le «département de la publicité » (propagande) a spécifié que seules seraient désormais tolérées les nouvelles positives. Les journalistes pékinois ont été instruits de manière détaillée sur la juste manière de couvrir le test routier des 17-20/08, prohibant l’interview de banlieusards en rade ou les images de bus pris d’assaut. Idem, pour l’effondrement du pont en construction à Fenghuang (Hunan, 13/08) qui coûta 64 vies au moins. Hu Jintao exigea une enquête (il y avait évidente malfaçon), mais la presse n’en fut pas moins censurée et cinq reporters, y-compris celui du Quotidien du peuple, furent frappés par des nervis. Pour bien montrer que l’heure est sérieuse, Chen Shuqing, cyberdissident connu, vient d’en prendre (16/08) pour quatre ans à l’ombre, pour ses articles sur la toile hostiles au régime. La SARFT exprime cette campagne dans un langage pompier, réminiscence du passé rouge: « renforcer la réglementation, maintenir le contrôle de l’Etat, et bloquer l’infiltration intellectuelle et culturelle des forces ennemies » !

 

100 millions de porcs perdus ?

      Depuis mai 2006, combien de porcs sont-ils morts du « virus des oreilles bleues » qui s’attaque au système respiratoire ? « 68.000, plus 175.000 abattus », déclara le 20/08 Jia Youling, chef vétérinaire au ministère de l’agriculture. « Plus d’un million », compléta un porte-parole 4 jours plus tard. Jia admettait que des cadres locaux avaient « probablement » caché des cas.

La maladie est partout, dans au moins 26 provinces. Aux dernières annonces, volontairement lénifiantes, le mal serait sur le déclin et les mesures prophylactiques auraient évité la pandémie. Le cheptel mettrait toutefois longtemps à s’en remettre —comme les prix à redescendre. Probablement fruit d’une mutation, ce virus des « oreilles bleues » est plus virulent que celui connu ailleurs. Cependant, il est inquiétant qu’à ce jour, la Chine n’ait pas transmis d’échantillons de cellules-souches à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), lui permettant d’isoler le virus. Ce qui suscite le « holà » des autorités vétérinaires des autres pays et de l’OMS. Autre fait avéré, affolés par la maladie, les paysans ont vendu avant terme, accélérant la pénurie.

Cependant, nous vient d’Outre Pacifique une information bien différente : 1er producteur de porc aux USA, Smithfield (18M porcs /an) vend à la Chine 60M de livres de porc (300.000 carcasses) avant décembre – pour commencer. Jusqu’à 4% de la production américaine pourrait passer en Chine cette année. Larry Pope, directeur chef du groupe virginien, estime à 100M le nombre des porcs infectés en Chine, et à 20% le risque de perte de ce premier cheptel mondial. A en croire à Smithfield, suite aux achats massifs chinois, le cours mondial va s’affoler.

Mais surtout, face à ce nouveau fléau, on doit retenir une absence de transparence de l’administration locale, fondamentalement peu différente de celle démontrée lors du SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère), en 2003 – leçon non apprise ?

 

 


Temps fort : JO— compte à rebours à l’ombre

Le 8 août 2007, une fête somptuaire était donnée à Pékin à 10.000 invités triés sur le volet, pour marquer le « jour J -365 » des Jeux Olympiques.

Trois heures de danse de masse, feux d’artifice, jeux de laser, aux sons des discours de Wu Bangguo (Président de l’ANP – le Parlement chinois) et de Jacques Rogge (celui du CIO – le Comité international Olympique ). Sur le « Green (village) olympique » et les autres sites, les préparatifs sont quasi prêts, beaucoup trop tôt, aux équipements importés, déjà testés en des matches locaux.

Un grand effort est fait dans les bonnes manières : 400.000 volontaires sont formés (en anglais!), dont des brigades traquent le cracheur ou le resquilleur de files d’attentes. Effort plus grand encore dans la sécurité, avec 200.000 policiers d’élite suréquipés, des centaines de milliers de caméras à reconnaissance faciale, pour détecter le dissident ou suspect ouighour ou tibétain. La Chine se prépare aux détournements d’avions, alors que son trafic aura augmenté de 50%. Elle redoute aussi les actions «droits de l’homme», locales ou venues d’ailleurs : déjà  Reporters sans Frontières a pu tenir (6/08) une conférence de presse clandestine, et six activistes pro-Tibet ont déployé sur la Grande Muraille une banderole contestatrice (« un monde, un rêve, un Tibet libre »), avant d’être tous expulsés.

Au plan olympique, la Chine n’a qu’un souci : la pollution au « jour J », sa compatibilité avec l’effort des 10.500 athlètes. Pékin aspire à dépasser les USA au compteur des médailles d’or, mais faute d’air pur, les experts doutent fort de la possibilité de battre des records, dans les épreuves de plein air. Les 17-20/08,  le test de réduction du trafic urbain, par alternance de plaques pair et impair, n’a pas convaincu. Même si la discipline fut impressionnante (1,3M des 3M d’autos au garage, un trafic merveilleusement fluide), la mairie est bien la seule à croire à un succès, avec un « taux de pollution n°2 sur 5 ».

Second au tour de France 2007, l’australien Cadel Evans, dans une course le 19/08, a souffert. Le laboratoire Argonne (USA) explique: selon les vents, 50 à 70% des particules dans l’air pékinois, viennent des provinces voisines, Hebei surtout. « Même s’ils supprimaient tout trafic et toutes usines », dit Evans, « je doute que ça suffise »…

Rogge a déjà averti Pékin : du fait de la pollution, certaines épreuves d’endurance (cyclisme, athlétisme) pourraient être « reportées ». En écho, le Dr Michal Krzyzanowski, expert auprès de l’OMS – l’organisation mondiale de la santé, déconseille aux malades cardiaques de se rendre à Pékin, à toutes fins utiles.

Et c’est ainsi que le contre la montre pour des Jeux « verts », que Pékin avait promis au monde en 2001, entame sa dernière ligne droite sous un ciel chargé !


Petit Peuple : Shenzhen, la cocotte qui veut la vertu

Magnifique brin de fille cantonaise, Xiang Mengfei détient à 28 ans le privilège douteux d’être la cocotte (ernai,  二奶) la plus célèbre de Chine, bien qu’au chômage et quoiqu’elle ait toujours rêvé de résister à l’empire des hommes.

Ruinant le rêve de ses parents (pauvres), d’un mariage riche, Mengfei voulut travailler. Faute de diplôme, elle ne parvint en 2003 qu’à un emploi d’ouvrière, de caissière en 2005. Jusqu’à cette fête pour célibataires en janvier 2006 où elle rencontra un coureur, bien de sa personne et de sa bourse, pour qui elle craqua dans la nuit.

Découvrant quelques semaines après, qu’il cachait une épouse à Hong Kong, elle tenta bien de le plaquer. Mais A-Sheng (tel était le nom du prince  charmant) sortit alors le grand jeu : un appart grand luxe, 120m² (loué), une Audi C4 qu’elle aurait en son absence : à de telles arguments, elle ne put que se rendre.

Bientôt, un cuisant échange de SMS à travers la frontière, lui décilla les yeux : A-Sheng payait, mais entendait aussi protéger bec et ongles son nid d’amour sur le rocher.

La voie du mariage étant fermée, elle réfléchit à un plan qui lui assure doublement ses arrières, pour lier le traître, et s’en venger si nécessaire : elle publia sur la toile des papiers d’un érotisme glauque, sous des titres scandaleux tels «seule votre semence m’intéresse ! » Le succès fut immédiat, dévastateur  – 100.000 clics/jour, dont peu d’origine féminine. Non contente de ce 1er succès, Mengfei recruta un paparazzo qui l’exhiba sous des angles, où le fard l’emportait sur la nippe: à grands coups de gongs, la célébrité vint alors cogner à son huis, une pub TV locale, une interview à Shenzhen dans un magazine pour hommes.

Jusqu’alors, A-Sheng, opportuniste et n’ayant pas visité le site, était fier de voir sa poule sous les feux de la rampe, et de bien faire savoir qu’il ne dormait pas avec n’importe qui. Il lui manifesta son contentement en l’honorant de plus de présence, en en délaissant des semaines sa légitime. 

Mais ce bonheur la poussa à l’erreur. Le 22 novembre, à la TV de Tianjin, dans une émission-phare, elle s’enhardit à révéler sa vraie identité, puis un peu plus tard, à se montrer nue sur le blog, posant sur le capot de leur voiture : angoissé d’être dénoncé par la plaque, il la plaqua dans les 24 heures! A peine le pleutre décampé, une queue de prétendants se forma à sa porte : elle les repoussa tous -même cet industriel Taiwanais qui offrait 30.000²/an plus une Buick : il frisa l’apoplexie, qu’une grue ose rejeter l’honneur qu’il lui faisait.

Depuis, notre belle se lamente un peu, pour la forme, d’avoir voulu le beurre et l’argent du beurre,« à la fois se vendre, et garder son image de veuve vertueuse»(既要做婊子,又要立牌坊,ji yao zuo biao zi, you yao li pai fang).

Mais sur le fond, elle réfléchit à son vieux dilemne : veut-elle atteindre la fortune en vendant son corps, ou bien la notoriété en faisant parler d’elle ?

 

 


Rendez-vous : Salon de l’aluminium

28-30 août : Shanghai, Aluminium China

28-30 août : Shanghai, MEDTEC China, sur le matériel médical

28-31 août : Shenzhen, NEPCON, salon des semi-conducteurs

30 août – 3 sept : Pékin, Foire Internationale du Livre