Le Vent de la Chine Numéro 20

du 27 mai au 2 juin 2007

Editorial : Sommet de Washington : la crise s’approche

Sommet de géants à Washington les 22-23/05, entre Chine et USA.

La vice 1er ministre Wu Yi rencontrait le Secrétaire au Trésor Henry Paulson, avec leurs gouvernements quasi-complets, pour la 2de session du Strategic Economic Dialogue, dialogue inventé par Paulson afin d’endiguer ensemble le déficit commercial américain (+88% au 1er trimestre, à 63MM$). Il y avait urgence, pour éviter un clash entre une Chine déterminée à repousser tout forcing de réévaluation de sa monnaie, et un Congrès préparant un projet de taxe de 27,5% sur tout import chinois, en rétorsion d’un RMB jugé « 35% trop bas ».

Pékin cherchait l’accommodement, et avait envoyé 15 ministres, pour montrer sa bonne volonté. La volonté chinoise de concessions est visible à travers les résultats.

En aviation, les vols vers les US passeront de 10 à 23/jour avant 2012.

En énergie, la Chine hébergera 15 projets US de capture de méthane de houille, la technologie américaine de désulfurisation, et négociera avec Washington une coopération tous azimuts en énergie et dépollution.

D’autres collaborations démarrent, en matière de traçage des grumes de bois, ou de droit du travail.

En matière de finances, Pékin dès le 18/05 acquérait 10% du fonds d’investissement Blackstone, pour 3MM$. Aux banques étrangères, il promettait de nouvelles JV et licences de courtage boursier, l’entrée en lice des cartes de crédit en Yuan et triplait le quota d’achat de parts boursières étrangères en « QDII » (Qualified Domestic Institutional Investors), à 30MM$.

Wu Yi quittait Washington, avec en poche 12MM$ de commandes en machinerie, électronique, aviation. Enfin, Li Guoru et J. Lambright, les Présidents des deux Eximbank, convenaient de financer tout export vers les US, de plus de 20M$, afin de faciliter le rééquilibrage des échanges.

Et pourtant, au final, « rien ne va plus » : Wu Yi n’a pas ouvert davantage le marché des services. Elle n’a pas autorisé des maisons de courtage à 100% étrangères, ni le rachat étranger à plus de 25% des petites banques locales. Elle a aussi refusé de rouvrir la porte au boeuf texan, accusé de vache folle. Elle a surtout re-jeté toute réévaluation du ¥ —qui pourtant, ne fait que monter, aujourd’hui à 7,67/1$,  bien parti pour une hausse de 9%  dans l’année. D’où les cris d’orfraie au Congrès, et le soupir d’un George Bush « déçu ». Le Congrès avertit désormais du « risque » de sanctions, qui semblent toujours moins évitables…

Et pourtant, pas de doute, les Etats-Unis ont tout fait pour dépasser leurs divisions—Paulson admet même, in petto, que la monnaie n’est pas la seule cause, ni le remède au dérapage commercial – ne serait-ce, parce que l’export chinois est en fait assemblé à partir de pièces du Japon, de Corée ou de Taiwan qui empochent l’essentiel du profit. Punir la Chine serait compromettre la croissance de l’Asie entière, voire celle des USA eux-mêmes, puisque la pompe chinoise en bons du trésor cesserait de tourner. C’est ainsi que le Congrès apparaît comme le danger N°1, amateur populiste, prenant en otage l’économie mondiale, au nom de ses intérêts de politique intérieure 2008!

 

 


A la loupe : Histoires de Golden Boys et d’enfant prodigue

Depuis des mois, les frappes anti-corruption semblent en recul. Pas question pourtant que s’essouffle cette campagne, ce serait un mauvais message à la veille du XVII. Congrès : les meules de la justice se remettent lentement en branle !

A Shanghai, l’enquête sur le fonds de pension fait chuter 4 nouveaux vassaux de Chen Liangyu, « roi » de la ville tombé en septembre 2006. Chen Chaoxian, maire d’arrondissement de Changning, Ling Baoheng, vice-directeur à la SASAC State-Owned Assets Supervision and Administration Commission (tutelle des Grandes entreprises d’Etat) et Yin Guoyuan, patron des HLM et du cadastre, tombent pour pots-de-vin : rayés du Parti !

La chute de Yu Zhifei est plus médiatique, flambard fondateur du circuit de F1 (invest en 100aines de M$), et du GP de Shanghai. C’est en sa qualité d’ex-bosco du Shenhua, club de foot local qu’il est inquiété, ayant puisé dans la caisse du club et celle de sa filiale de trading, pour rembourser ses dettes et s’a-cheter une villa. Radié du Parti, il est inquiété pour corruption et détournement de fonds. Suite à ce coup de torchon, l’Office d’Audit National en profite le 21/05, pour rappeler à ses ouailles par voie de presse (la confiance règne !), de s’assurer que l’argent des retraites n’est pas détourné, comme le furent 926M$ en 2006, sur les 36.9MM$ collectés en primes d’assurance vieillesse, maladie, chômage, accident du travail et maternité !

Toujours à Shanghai, passent en procès (22/05) six gangsters ayant lancé 22 Fujianois à bord d’un conteneur de 40 pieds, de Shanghai vers Seattle. Après 15 jours de mer au régime biscuit-eau minérale, les sans-papiers s’étaient faits pincer au sortir de leur « boîte », une nuit d’avril 2006. Chacun avait payé 2.000$ d’acompte, le reliquat, 28.000$ était dû en esclavage futur. On note que ce procès a lieu en Chine, fruit d’une coopération rare mais fructueuse des polices des 2 rivages. Trois des accusés, étaient eux-mêmes d’anciens clandestins, expulsés des USA, en 2003.

A Canton, Liu Weiming, vice-gouverneur de 1988 à 1998, répond du délit d’abus de pouvoir pour enrichir son fils. Il avait truqué un appel d’offres  à Shenzhen pour un lotissement, tout en extorquant à la ville une forte réduction de prix (8M$) et à une entreprise d’Etat de céréales, 12,6M$, à fonds perdus, dans la JV foncière de l’enfant prodigue.

A Pékin (16/05), s’ouvre le procès de Zheng Xiaoyu, ex-chef de la SFDA, l’agence de certification des médicaments. Il aurait reçu 840.000$. Aussi poursuivis, Hao Heping, et Cao Wenzhuang, comparses. Passons sur les frasques des dentistes du Bureau National de stomatologie, ayant en dix ans, palpé 3,5M$ de bakchich des laboratoires (23/05). Pusillanime, Zhang Boxie, un des vice-directeurs, ayant eu vent de l’enquête, avait remis dans la caisse (pourtant noire) la quasi-totalité de ses gains clandestins !

 

 


Joint-venture : Lafarge tisse sa toile

Lafarge tisse sa toile

19 mois après avoir acquis 100% de Sichuan Shuangma (en sept.2005), Lafarge Shui On reçoit l’accord de la tutelle CSRC (China Securities Regulatory Commission).

Un long délai dû à la prudence étatique, dans la cession de biens d’Etat à l’étranger, et aussi au fait que Shuangma, via sa filiale Shuangma Cement Joint Stock, est en Bourse de Shenzhen. En avalisant la reprise, la CSRC dispense Lafarge Shui d’OPA, et lui permet de pénétrer dans ce Saint des Saints financiers, encore quasi-interdit aux étrangers.

Depuis le 11/08/05, Lafarge Shui On est la JV entre le cimentier mondial (55%) et SOCAM (45%) une filiale de Shui On, investisseur Hongkongais. L’affaire lui fait hériter de 2 usines à Jiangyou et Yibin.

A Yibin, outil neuf, il s’agira d’optimiser la production. Jiangyou, unité obsolète sera rénovée, ou reconstruite sous 2 ans. L’intérêt, pour Lafarge, est la complémentarité de ces acquisitions au nord et au sud de Chengdu, avec l’unité existante à Dujiangyan, à l’Ouest. Ainsi élargi, le groupe augmente sa capacité de 15%, passant à 21Mt/an (20 usines). Il vise 40Mt d’ici 2010. Très en dessous d’AnhuiConch le n°1, avec ses 85Mt. Mais pour Cyrille Ragoucy, le PDG-Chine, « il n’y a pas de leader national » en Chine, rien que des leaders provinciaux, vu le morcellement du marché. En acquérant Shuangma, le groupe renforce sa maîtrise sectorielle entre Sud-Ouest et Pékin, et plus que la course au volume, vise une intégration de ses outils.

Téléphonie — à défaut de 3G…

Alcatel-Lucent, producteur de téléphonie franco-américain, poursuit en Chine son bonhomme de chemin, grâce à l’aide logistique de sa puissante filiale shanghaïenne Alcatel-Shanghai-Bell. Le 18/05, il empoche deux contrats d’équipement pour le compte des principaux opérateurs mobile, China Mobile (300M d’abonnés) et Unicom (148,51M d’abonnés). Pour 460M$ dont les 3/5 à China Mobile. Alcatel-Lucent fournira des solutions personnalisées, services et équipements GSM et GPRS/EDGE à Ch. Mobile, le n°1 du portable. Chez Unicom, les fournitures renforceront ses deux réseaux GSM et CDMA. Pour les deux groupes, les équipements permettront aux usagers d’accéder à des services nouveaux, de renforcer la capacité de transmission à haut débit, nécessaire pour internet. Il s’agit aussi d’élargir les réseaux terri-toriaux pour conquérir les clientèles des régions enclavées ou montagneuses, et compléter le maillage national.

NB : depuis 2005, équipementiers et opérateurs se languissent de voir apparaître « l’Arlésienne » – les licences 3G. Or, les fournitures GPRS-EDGE et celles CDMA-2000 pour Unicom (Macao) correspondent aux normes 2,5G, permettant d’offrir déjà des services techniquement proches du 3G, et de nourrir l’attente !

Sport en ligne pour Electronic Arts

1er éditeur planétaire de jeux interactifs pour tous supports (consoles vidéo, portable, PC installé et online), au chiffre d’affaires de 3MM$/an, Electronic Arts salivait de longue date aux portes d’un marché chinois de 31M de joueurs en ligne, y ayant laissé 850M$. Il possédait entre autres 15,4% du Français Ubisoft, installé à Shanghai.

A présent, il se lance et entre sur le marché, en rachetant, pour 167M$ en bourse, 15% de The9, un des leaders, également shanghaïen. Cet arrangement revient pour l’Américain, à confier ses affaires chinoises à un « comprador » local, plus capable que lui de fonctionner sur ce terrain aux manières de faire si différentes, et de vivre sous un cadre réglementaire très pesant. The9 sera aussi le meilleur chien de garde contre toute tentative de piratage par un opérateur concurrent.

Autre prix d’entrée payé par Electronics Arts : la licence exclusive sur FIFA Online, son jeu-phare. L’approche des JO l’an prochain, et de la Coupe du monde de football en 2010, fait de ce produit une valeur sûre, qui a déjà séduit 4,4M d’accros en Corée du Sud. Le partenaire The9 a l’expérience de cette distribution de jeux mondiaux, vendant déjà en ligne World of Warcraft, le jeu célèbre de Blizzard Entertainment, filiale de Vivendi Games.

 

 


A la loupe : Viens chez moi, j’habite chez Skyteam !

750M$ ? 1MM$ ? 2,5MM$ ? Ce 26/05 au soir, le montant de la transaction est resté secret, dans l’attente de l’approbation par l’administration chinoise. Assisté par son actionnaire à 56% Temasek (le groupe d’investissement du gouvernement de Singapour), Singapore Airlines (SIA) a repris 24% de China Eastern, le transporteur shanghaïen perclus de dettes (360M$ pour 2006). Action non décidée de gaîté de coeur, mais dictée par l’impératif de croître ou disparaître.

Air China avait montré la voie, en vendant des parts à Cathay Pacific (cf VdlC 21/XI). Pour SIA, n°1 mondial en valeur, l’entrée dans China Eastern ouvre la porte de Shanghai, marché qui d’ici 20 ans quintuplera ses passagers (160M de passagers en 2006).  China Eastern peut espérer s’arracher à la spirale des dettes, grâce au savoir-faire gestionnaire des «cousins » singapouriens, qui l’aideront à remonter la pente.

Depuis Canton, China Southern lui aussi cherche fiancé. Ce n°1 national est en meilleure forme, avec 259 avions, 44M de passagers, et son affirmation vague de « profits » l’an dernier. Deux prétendants cognent à l’huis: Air France-KLM, et Emirates.

Air France-KLM tient une foulée d’avance, venant de signer avec China System un système de code-sharing qui lui ouvrira d’ici décembre, en prolongation de ses 69 vols hebdomadaires, 14 lignes intérieures vers Wuhan, Dalian, Nanjing, Kunming et Changchun. AF-KLM négocie aussi avec le Cantonais une filiale de fret, China Southern étant, des trois grands transporteurs chinois, le seul absent sur ce marché en croissance annuelle de 17%. Pour China Southern, l’occasion est belle, puisque AF-KLM, tire déjà 50% de son fret de la région d’Asie-Pacifique.

Enfin, sur le rival Emirates, AF-KLM détient un ultime atout, ayant déjà attiré China Southern vers son réseau Skyteam (dix griffes à travers le monde dont Delta, Continental, Aeroflot ou Korean), qui lui permet de se muer instantanément en joueur mondial ! Air China aussi, d’ailleurs, finalise son entrée dans Star Alliance (United, Lufthansa). Quant à Eastern, pressenti chez One-world (American Airlines, British Airways), son accord avec Singapore Airlines pourrait le faire refluer vers Star Alliance.

Tout ceci ramène à une vérité forte du moment : le transport aérien, plus vite que d’autres, se mondialise ! Ce que remarquait Jean-Cyrille Spinetta, PdG d’AF-KLM au forum « China Aviation Development » à Pékin (9-10/05) : les alliances commerciales sont certes utiles, mais « seuls des rapprochements capitalistiques » font la clé d’un développement efficace et rentable. Pas par hasard, AF-KLM publiait le 24/05 ses (excellents) bénéfices de l’an passé (+32,5%), et son projet de mettre de côté 1,4MM² en 3 ans, à toutes fins utiles : à bon entendeur, salut !

 

 


Argent : Tourisme, bourse, Ouverture OMC !

Tourisme & bourse : ouverture OMC — quand-même !

  Tout en faisant obstruction polie à la plupart des demandes américaines à Washington, la Chine poursuit son ouverture, conformément aux promesses faites à l’OMC il y a sept ans.

Au 1er juillet donc, 4 mois -11 jours avant la dead line, c’est le marché intérieur touristique qui s’ouvre, fort d’1,8MM voyages d’agrément en 2006, dont 49M venus d’ailleurs. Les agences étrangères peuvent s’établir « sans restrictions », tandis que les exigences de capital social (aujourd’hui, 30.000²) seront  « allégées ». Elles ne sont aujourd’hui que 25, et vu la faiblesse des marges et la complexité du marché, les ténors locaux semblent persuadés que cette concurrence ne fera pas choux gras…

Autre arrivée en Chine, à la même date : les bourses étrangères, qui peuvent ouvrir leurs bureaux de représentation, faire leurs recherches, établir leurs contacts à Shanghai et à Shenzhen — démarcher les firmes ! Parmi les 1ers attendus, sans surprise : le New York Stock Exchange, le NASDAQ, le Hong Kong Stock Exchange. En 2006, les 86 titres chinois placés outremer, y ont glané 44MM$, plus du double de l’année précédente !

Bourse chinoise — la preuve par neuf…

En son n°19, Le VdlC décrivait le besoin de l’administration de maintenir dans ses places boursières, la hausse effrénée qui a conduit à une plus-value de 55% depuis le 1er janvier. Un délire où tout le monde -pour l’instant – retrouve son compte, l’épargnant de base qui se fait un pécule, les banques ou firmes cotées qui assèchent leurs dettes. Voici deux cas concrets :

[1] Datong Coal, 2eme houiller du pays, va tirer 400M² à HK sous 12 mois, après en avoir gagné 200M à Shanghai en juin 2006. La firme qui avait fait 48M² de profits l’an passé et extrait 104Mt de houille (5% du volume national) veut utiliser l’argent pour racheter à sa maison-mère 4 mines en cours de perçage, d’une capacité unitaire de 10Mt/an. Voire celle de Tashan (Shanxi), de 15Mt…

[2] La Shanghai Pudong Development Bank (SPDP) veut lever en bourse pour 0,8MM² d’épargne, pour les reprêter aux citadins désireux d’acquérir maison ou voiture privée. Ce qui lui vaudra, prévoient ses analystes, un taux de croissance de 18% par an jusqu’en 2010. Pour atteindre cet objectif, aucun problème, il suffit de se laisser porter par le courant. La SPDB a déjà écumé pour 0,6MM² en novembre, et ces parts ont entre-temps pris 29%. Mais pourvu que ça dure !

 

 


Pol : Drogue : le triangle, puis le croissant d’Or

Bobai, pour quelques nouveaux nés de trop…

     Un problème fréquent dans les campagnes chinoises : quand un village dépasse la natalité prévue au Plan, le chef, pour assurer sa carrière, peut être tenté de faire respecter le quota par la force.

Cela avait déjà été le cas à Linyi (Shandong) en mars 2005 où 7000 femmes avaient été avortées ou stérilisées de force. 22 mois plus tard, en appel, Chen Guangcheng, juriste non-voyant, en avait pris pour quatre ans et trois mois pour avoir dénoncé l’affaire. Depuis février, dans sept villes autour de Bobai (Guangxi), des 10aines de mères vécurent le même calvaire, se retrouvant avortées (même d’un 1er enfant !), ou taxées de 500 à 70.000¥, plus que leur revenu annuel. Des familles furent privées de leur mobilier – confisqué ou détruit. Tout cela fut nié par la puissance publique : ces pratiques étant illégales, le rapport ne pouvait être que faux.

Cependant les 17/18 mai, la population s’est révoltée, jusqu’à 50.000 provinciaux dans les rues. Soutenus par leurs fils lycéens en congé, ils bloquèrent les routes, brûlèrent bâtiments et voitures. Bilan, au moins 5 morts et plusieurs dizaines de blessés. En masse, la police armée vint bloquer le district, arrêtant au moins 28 meneurs. Depuis, le monde se terre. Cependant, l’affaire fait du bruit, et contredit le principe de « société harmonieuse » de Pékin, qui a envoyé ses enquêteurs : on attend le verdict !

 

Drogue : le triangle, puis le croissant

L’Asie du Sud-Est semble en passe de gagner sa guerre contre la schnouffe, dit à Pékin (22-24/05), le 14èmecolloque anti-drogue du bassin du Mékong entre 50 experts de Birmanie, Thaïlande, Laos, Vietnam, Cambodge, et de l’UNODC.

En effet, avec 337t en 2006, la récolte d’opium du Triangle d’Or ne fait plus que 5% du total mondial, contre un tiers en 1998. Avec 24.160 ha, la culture du pavot s’est réduite en peau de chagrin, 85% de moins. De ce succès, la Chine réclame sa part : Zhang Xinfeng, commissaire adjoint au contrôle narcotique, a relaté l’effort chinois, surtout en Birmanie, pour reconvertir 40 000 ha d’opiacés en champs de caoutchouc, thé, ou fruits, moyennant 65M$ d’invest et la formation de 300 experts anti-drogues. Zhang cita aussi le lancement en 2006 d’un satellite avec la Birmanie, de détection des champs de pavot… Liu Yuejin, autre superflic, révèle les 45.000 suspects appréhendés l’an passé avec 4,8t d’héroïne, 1,5t d’opium et 4,9t d’ice (méta-amphétamines). Toutefois, d’autres sons de cloche sont moins beaux. Il y a ces 3 policiers abattus à la frontière birmane, prouvant que les bandits défendent leurs vies. Aung Kiaw Zaw, analyste birman, dénonce un flot d’import chinois constant en poudre blanche, soutenu par la collusion locale avec la pègre et la junte birmane. Plus au nord, le Xinjiang jouxte un Afghanistan où l’opium explose (6.100t, 92% du monde) : le Croissant d’Or (Iran, Afghanistan, Pakistan), est en train de remplacer le triangle du même nom !

 

Nouveau jouet marin pour l’APL

Avec ses 125MM$ de budget militaire, dont une grosse moitié (non admise) à la recherche et à l’équipement, il était normal que l’armée chinoise (APL) finisse par produire des armements nouveaux. Notamment dans ses secteurs traditionnellement faibles telle la marine et notamment les sous-marins.

Dans son rapport 2007 sur la Chine, le Pentagone s’inquiète de voir faire surface une nouvelle classe de submersible nucléaire d’attaque du type 094. Le pays poursuivrait le développement prioritaire de cinq de ces sous-marins de classe Jin, armés de missiles JL-2 à ogives multiples (jusqu’à six, de 90kt chacune), pouvant frapper à 8.000km de distance. Par rapport à son Xia de 1ère génération, le Jin apporterait des progrès multiples, en portée du missile, et par sa capacité de 2de frappe, renforçant le potentiel de dissuasion nucléaire chinois, tout en faisant évoluer la doctrine opérationnelle de sa marine. Jusqu’à présent, celle-ci reste régionale, limitée à ses côtes et ne s’aventurant guère plus loin que la chaîne des îles, du Japon à l’Indonésie via Taïwan et les Philippines. Le Jin va changer la donne – au déplaisir certain du Pentagone !

 

 


Temps fort : Canton, laboratoire en quête d’avenir

Parmi les 30 entités territoriales de Chine, le Guangdong est «1er de la classe», ayant doublé son PNB en cinq ans à 65MM$, haussé de 80% son revenu par habitant (à 3662$/an), triplé ses échanges à 69MM$. La province pèse 13% du PNB, et dépassera en 2006 les 355MM$ du PIB de Taiwan. D’ailleurs, Zhang Dejiang, le Secrétaire du Parti depuis 2002, a le vent en poupe, déjà au Politbureau, pressenti pour passer vice 1er ministre, voire maire de Pékin.

Pourtant, loin de pavoiser, Zhang exprime des soucis non feints. « Lors du prochain quinquennat », dit-il,   « les défis seront sans précédent, tout comme les chances ». Comme défis qui s’exacerbent, il voit la concurrence interne et mondiale, les conflits sociaux, la pollution, la rareté des ouvriers et des matières premières. Comme atouts, comptent les liens avec Hong Kong et Macao, la fortune en crédits, le savoir-faire et les infrastructures.  Aussi Zhang prône le passage d’une économie de ressources, à celle d’innovation : finie la course au volume, vive celle à la qualité!

Exemple de ces murs contre lesquels se heurte toujours plus Canton : le 7/08/2005, une mine à Xingning fut inondée : 123 morts. Un mois plus tôt, 16 autres mineurs mouraient sur le même site. La mine opérait sans licence—comme des dizaines d’autres, dangereuse, polluante, au seul profit du patron… Puis le gouverneur Huang Huahua, fit dynamiter tous les puits des mines de la province : elles ne produisaient que 8Mt/an—une poussière, face aux 2,1MMt du débit national !

Avec cette même approche volontariste, Zhang veut à présent fermer les industries polluantes (-15% d’ici 2012) et gaspilleuses en énergie (-16%), pour évoluer vers le high tech, la biologie, l’équipement « vert », les nouveaux matériaux, la recherche privée… Seul obstacle à ce programme, et différence entre Canton et Hong Kong : le contrôle sur l’opinion, la collusion entre cadre véreux et mafia. En 2005, sous Zhang, le SRAS débuta à Canton et y fut caché durant 5 mois. Cette année-là, un graphiste sans ses papiers mourut tabassé dans un commissariat. En 2005, à Taishi, 20 paysans décédèrent des frappes des triades, relayées par la police. Les émeutes à Canton seraient en baisse, affirme Zhang, mais sans preuve, faute de justice-arbitre et de presse neutre. Là aussi, il y a besoin d’innovation !

En somme, c’est en fait à une mutation que Canton se prépare. Le modèle post -socialiste, l’alliance entre business ultralibéral et ordre politique montre ses limites. Or, cette province de pointe est le laboratoire social de la Chine, qui dans 10 ans, sera en demande des mêmes solutions : vu l’enjeu, on ne peut que lui souhaiter de réussir !

 


Petit Peuple : Changsha – Zou Kaiyun quitte sa voie

Le problème de Zou, c’était sa beauté «trop plus qu’humaine», son apparence d’ange de Raphaël mâtiné de Vénus de Botticelli. La fatalité de ses gènes, sa chaîne ADN. Dès le berceau, tous les gens de Xinyu, son village du Jiangxi, irrésistiblement attirés vers lui, ne cherchaient qu’à l’entourer, le toucher, palper ses  mèches brunes, caresser son front gracile, ses yeux de poupée, ses joues de velours. Ce si bel enfant décidément, méritait bien son prénom de Kaiyun, « qui-attire-la-chance » !

Au coeur de cette adulation, Zou se faisait des idées, rêvait d’être star. Et ça commençait fort : dès 11 ans, il tournait une pub TV, quelques feuilletons. Aussi en 2002, à 18 ans, la famille s’était cotisée, avait fait les fonds de tiroirs pour lui offrir le conservatoire de Changsha -une de ces écoles d’arts dramatiques qui foisonnent par 10aines en Chine pour nourrir l’appétit insatiable des 2000 chaînes, en téléfilms et séries.

Les 1ers temps, Zou déchanta: les contrats restèrent aux abonnés absents. En attendant l’improbable imprésario, la chimérique consécration, il faisait les bouche-trous, avec de maigres figurations pour tout potage, et s’en retournait chez ses parents plus souvent qu’à son tour, pour manger à sa faim.

Jusqu’au jour où hantant un studio, en quête d’un petit rôle pour payer son loyer, la chance vint : la diva tête d’affiche étant clouée au lit, le régisseur à brûle-pourpoint, lui offrit de la remplacer. Or, à ce jeu de travesti, Zou fit mieux que se défendre, et obtint un triomphe, le soir de l’émission, le standard de la chaîne ployant sous le poids des appels des fans !

Le sort en était jeté : Zou accepta de gagner sa vie en jouant la femme, et assuma sa destinée d’androgyne.

Depuis, c’est ainsi que les média l’aiment, en robe qipao et en talons aiguilles, dans les productions TV comme dans les quinzaines commerciales, les salons et les événements des grandes entreprises : partout, il déplace les foules. Parfois même, à mauvais escient, comme chez cet écrivain célèbre, dont il devait décorer la séance de signatures : ensorcelé et perdu,  un acheteur sur deux se tournait vers lui pour l’autographe de Zou, provoquant la grimace furieuse d’un gratte-papier insensible au comique de répétition…

Zou l’admet bien volontiers, sa vie ne comporte pas que des bons moments. Combien de fois, dans les toilettes, des hommes prirent la fuite, croyant s’être trompés de porte ? Pas plus tard qu’en mars, au check-in de l’aéroport, l’agent de sécurité, finaud, ne voulut jamais croire qu’il était homme, et faillit lui faire rater son avion.

Le pire, qui l’afflige et le déstabilise ces derniers temps : sa petite amie vient de le quitter, ne supportant plus cette inversion des genres. Le voir ainsi émaner, dans ses salons comme dans ses feuilletons une sensualité troublante, une féminité plus forte que la sienne, voilà une concurrence déloyale et dévoyée : 阴错阳差 «yin cuo, yang cha » – le yin (féminin) est faux, et le yang (mâle) absent !

 

 


Rendez-vous : A Canton, le Salon de l’agroalimentaire, et de l’emballage

29 – 31 mai, Canton : Dairy China et Salon des procédés agroalimentaires et de l’emballage

30 mai – 1er juin, Pékin : Salon des textiles pour l’hôtellerie

1 – 3 juin, Shanghai : Millionnaire Fair, produits de luxe