Le Vent de la Chine Numéro 38

du 23 au 29 novembre 2009

Editorial : Un sommet sino-américain à l’issue indécise

A l’issue de sa visite en Chine, les 16-18/11, B. Obama et son hôte Hu Jintao firent chacun à la presse un monologue sans sourire, et refusant toute question. Ces hommes parmi les plus puissants de la Terre venaient de constater le passé qui les séparent, les obstacles à écarter avant de pouvoir influencer ensemble les autres nations. Et de fait, nos sources font état d’un accueil chinois froid, confirmé par l’absence de «cadeau» ostensible durant la visite. La presse américaine ne s’y trompe pas, parlant d’occasion ratée.

A l’arrivée du jeune Président, la Chine multipliait les signaux ombrageux, comme pour dire qu’elle ne se laisserait rien dicter par personne.

[1] Liu Mingkang de la CBRC (tutelle des banques) dénonçait les taux d’intérêt zéro de l’Amérique «menace à la convalescence globale». C’était bien sûr pour faire contre-feu à la demande mondiale de réévaluer le RMB. [2] Des dizaines de dissidents étaient mis au vert, pour éviter leur contact avec Obama. [3] Plus grave, K. Tsephel, artiste tibétain venait d’être condamné à 15 ans. [4] A Pékin, Microsoft était condamné pour piratage – quatre de ses systèmes d’exploitation Windows étaient interdits à la vente…

A l’issue du meeting, malgré un style constamment conciliant, «main sur le coeur», Obama dut repartir les mains vides. Face au risque de guerre commerciale, les deux bords se promettent d’«apaiser les frictions», mais Hu Jintao refuse net ce que la Banque centrale semblait offrir huit jours plus tôt : découpler la «monnaie du peuple» d’un dollar en pleine chute, permettant à la Chine de moins réduire que d’autres son parc industriel excédentaire.

Pourtant, la marche vers la convertibilité est bien engagée entre 365 firmes de Hong Kong et de quatre villes. Sous cinq ans, pense HSBC, 50% de ses échanges se traiteront en yuan, devenu 3ème monnaie globale.

Ce malaise révélé par la rencontre est une réelle surprise: tous les signes des jours précédents, allaient dans l’autre sens, d’une bonne volonté refondatrice. Au reste, le passage d’Obama porte des fruits manifestes: une profusion de coopérations nouvelles ou renforcées, mine de rapprochement pour de longues années.

On voit naître entre Chine et USA un dialogue spatial (qui devrait à terme faire participer la Chine à la station orbitale internationale), des coopérations aéronautique, ferroviaire, agricole, médicale. Les policiers vont renforcer leurs liens (anti-drogue, mafia, terrorisme). En matière scolaire, les pays veulent quintupler en 4 ans les 20.000 actuels étudiants américains en Chine, renforcer les 100.000 Chinois aux USA. Enfin, le plus grand effort va au domaine climatique et énergétique, et à la préparation du sommet COP 15 de Copenhague (voir en p.2).

En marge du sommet des géants, comme se doit, apparaissent des contrats industriels.

Signe de montée en puissance chinoise, ils vont cette fois dans les deux sens. A Phoenix (Arizona), le chinois Suntech s’apprête à monter des panneaux solaires de cellules chinoises, faites en polysilicone texan, histoire d’augmenter ses 14% de parts du marché local. A-power (Liaoning) et REG (USA) vont monter ensemble des éoliennes aux USA. GE-aviation et AVIC préparent une JV chinoise d’avionique intégrée, pour le marché du futur gros porteur chinois C919, et pour les modèles d’Airbus, Boeing et autres. GE annonce aussi une usine pékinoise de moteurs pour motrices turbo diesel (marché chinois) et de TGV (marché US). Avec le charbonnier Shenhua, il négocie encore une JV de gazéification de la houille et de capture/séquestration du CO2… Immenses marchés, dont on ne voit pas les bornes…

 

 


A la loupe : Nouveaux besoins industriels—nouvelles routes de matières premières

Troisième sidérurgiste national, Wuhan Steel signe un contrat à long terme d’achat de minerai avec le groupe d’Etat vénézuélien CVG. Ni prix, ni volumes ne sont cités.

L’important ici, est que la Chine ouvre un front contre le cartel des trois géants Vale (Brésil), Rio Tinto, BHP-Billiton (anglo-australiens). En 2008, pour au moins la 2de fois, son Association interprofessionnelle a perdu la bataille, refusant le prix de -33% convenu avec les groupes coréens et nippons. Du coup, ses membres ont été obligés de se fournir sur un marché libre en hausse de 70% en 12 mois, tandis que ses stocks s’évaporaient.

Pékin exige un contrat à long terme, contrairement à l’actuel benchmark renégocié chaque année. Il vient de l’obtenir avec CVG, firme d’un allié idéologique. Mais le prix peut s’avérer très élevé, vu l’enjeu -le pays d‘Hugo Chavez sait défendre ses intérêts. D’autre part, CVG ne peut beaucoup fournir, avec ses 23Mt de capacité face aux 410Mt d’imports chinois attendus en 2010 (+11%). Mais Wuhan s’est réservé le droit de préemption sur les capacités futures, et d’autres projets chinois bien plus gros sont en route hors frontière, tel au Gabon. En créant de nouvelles sources et diversifiant ses achats, Pékin croit pouvoir changer la carte minéralière du monde, et imposer son système de prix. Elle pourrait réussir, car la stabilisation des cours est à l’avantage de tous. Mais la tendance haussière est irréversible : d’ici 2025, poussée par la Chine, la demande mondiale aura multiplié par 2,5.

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Fin octobre, Transneft (Russie) inaugure son oléoduc Skovorodino-Amour (Heilongjiang), d’une capacité future de 15Mt/an. La section chinoise jusqu’à Daqing se construit -390km prêts, sur les 1000 du projet.

La Russie fait en même temps parler d’elle avec l’autre branche de cet ouvrage-mammouth «ESPO». Le terminal de Kozmino, en mer du Japon, est achevé, avec 430m de quai, 4 postes d’appontement, 17km d’oléoduc. Le premier train vient d’y arriver, avec 4320t à bord. A terme, il sera remplacé par 4700km de liaison par tube.

La branche chinoise du projet est une affaire très politique, retardée depuis plus de 10 ans par une Russie déterminée à imposer son prix, et à ne pas se lier à un client majoritaire, pouvant devenir rival. Le train a eu longtemps sa préférence, par le moindre investissement, et le fait de ne pas se lier à long terme.

Par cet ouvrage en patte d’oie, la Russie se résigne donc à l’inévitable -une intégration et coopération économique lourde avec la Chine. Mais il signifie aussi un avertissement aux clients « tous azimuts » – bien selon son style. [1] A l’Europe: son pétrole (qui va bientôt l’atteindre via un oléoduc contournant l’Ukraine par la mer du Nord), peut repartir dans l’autre sens, vers l’Asie. [2] A la Chine : elle doit compter avec la concurrence de Japon et Corée, sur ce pétrole sibérien. Moyennant quoi la Chine réalise enfin son rêve ancien d’une nouvelle route d’or noir—mais il lui coûtera cher.

 

 


Joint-venture : L’Italie en enfer à Pékin

Le 17/11, le beau commerce italien ferme à Pékin avec fracas.

Piazza Italia, propriété à 39% du ministère du commerce extérieur, associé aux marques emblématiques, parmesan Grana Padano, jambon San Daniele. Un café, deux bars à vin, cinq restaurants, une galerie de boutiques, un mobilier design, l’école de cuisine… Tout ferme, faute de clients après les visites de Berlusconi en octobre 2008, de l’Inter de Milan et la Lazio de Rome en août 2009.

Dès cette époque, le centre cessait de payer les fournisseurs. Puis il disparaît avec pudeur, prétextant une «restructuration». Adieu, «plus grand centre de restauration italienne au monde », et rêve d’implantation à Shanghai et deux autres villes, pour 49M² d’investissements…

Disons le tout net: ce genre de «bouillon» arrive partout en Chine – rien qu’à Pékin des dizaines d’espaces immenses comme The Place stagnent. D’autres tous construits et équipés n’ouvrent même pas.

Après avoir abattu en 7 ans 60% de la surface de Pékin, rebâti en bureaux et commerces pour les Jeux Olympiques, la débauche de béton ne trouve pas preneur. Seuls survivent ceux bien placés et bien gérés. Comment l’Italie, avec son expérience et sa vieille sagesse a-t-elle pu se laisser prendre au piège ?

 

 


A la loupe : Taiwan — dérive tectonique, vers le continent

Taiwan veut se laisser séduire par la Chine, mais à son rythme, en laissant aux citoyens le temps de «se rendre compte des avantages de l’ouverture». C’est la stratégie du Président Ma Yin-jeou, convaincu de la nécessité pour survivre, de normaliser, mais devant composer avec les peurs d’une population traumatisée par ses divisions et les incertitudes de l’avenir—dont 60% de la jeunesse, selon un sondage de la semaine, pense au suicide.

Trois accords financiers ont été signés le 16/11 par Sean Cheng et Liu Mingkang, patrons de la finance des deux rivages du détroit : base du futur ECFA (Economic Cooperation Framework Agreement) à ratifier en janvier par le Yuan Législatif (Parlement).

Grâce à une supervision bilatérale des mouvements financiers, ils entrouvriront les portes des prises de participation dans les banques, assurances et maisons de courtage respectives. Côté taiwanais, Fubon, Taishin et Cathay Financial sont déjà visés par des géants chinois tels Banque de Chine, China Construction Bank et ICBC. Tandis que leurs banques d’Etat Taiwan Cooperative, Hua Nan ou Chang Hwa, pourront ramifier leurs réseaux d’agences sur la terre ferme du Continent.

Les premiers rachats à Taiwan sont en cours d’approbation : la reprise partielle de Far EasTone par China Mobile pour 17,7MM NT$, le rachat total des assurances vie Nan Shan (filiale de AIG) par le consortium Hongkongais Primus Financial/China Strategic, pour 2,15MM$.

L’accord prévoit également pour janvier l’assouplissement des investissements dans les semi-conducteurs, et des bourses de Taipei et Shanghai -le droit d’y investir, sans autre précision. On ignore aussi quels tarifs douaniers seront coupés ou rognés. Même ainsi, la tendance est claire: la bourse de Taipei a bondi de 70% cette année, meilleur exercice depuis 1993.

Ce petit printemps en hiver s’étend au monde de l’éducation où le ministère taiwanais annonce pour la prochaine rentrée, l’ouverture de 2% des places d’études nationales aux étudiants des 41 universités chinoises reconnues par Taiwan—au grand dam de l’opposition du DPP (Parti démocratique progressiste) qui crie au risque de concurrence par ces jeunes continentaux, sur le marché insulaire de l’emploi en col blanc.

Même flux enthousiaste dans le trafic maritime, de Xiamen à l’île taiwanaise toute proche de Kinmen. L’excursion est si populaire que depuis la réouverture en 2001, 4,36M de Chinois l’ont faite, avec hausse de +40% sur 2008, profitant des 32 traversées journalières.

Enfin, le 17/11 à Taipei, en leurs délégations respectives se sont rencontrés Mme Kong Dongmei, apparatchik, et John Chiang, député. Sans en avoir l’air, c’étaient des retrouvailles chargée de symboles électriques, car les deux personnages se trouvaient être les petits-enfants de Mao Zedong et de Chiang Kaichek, rivaux à mort, de 1920 à 1950, pour la conquête du pays, en deux versions de la Chine, nationaliste ou stalinienne. Mais ainsi va la vie : Kong et Chiang, blasés, n’ont pas réagi — c’était de l’histoire ancienne !

 

 

 


Pol : L’enseignement supérieur contre le plagiat

Depuis l’an 2000, l’enseignement supérieur chinois a sextuplé places d’études (à 6millions) et presque doublé ses universités (à 1900) : effort remarquable, sous l’angle du volume. La qualité par contre, a pu stagner, et de vives critiques circulent dans la nation : elles viennent de coûter sa place au ministre Zhou Ji.

Son successeur Yuan Guiren tente de répondre à un de ses reproches, sur la triche aux diplômes, aux mémoires trop souvent «pompés». Un récent scandale éclabousse un Vice Président de l’université du Liaoning, accusé de plagiat en un article de philosophie co-édité avec un étudiant. Celui ci avait pris sur lui le blâme, et le n°2 s’était excusé, sans démissionner. Pour éradiquer ce chancre, le ministère nomme une commission, présidée par son vice ministre Chen Xi.

Cependant Xiong Bingqi, n°2 du centre de recherche pékinois «21. siècle» dit que cela ne suffira pas. Selon lui manque en Chine «une authentique communauté académique»: le droit reconnu aux universités de s’administrer, nommer leurs cadres, faire leur discipline autonome. Autrement dit : le régime perçoit parfaitement son problème, mais n’a pas encore les moyens d’y porter la réponse appropriée.

 

 

 


Temps fort : Obama-Hu, sur le COP15 – entente pour ne rien faire

Après sa rencontre pékinoise avec Hu Jintao, Barack Obama évoquait son objectif pour le COP15 à Copenhague: «un accord intégral, avec effet immédiat sur le terrain».

Mais la déclaration était infirmée 3 jours plus tôt à l’issue du sommet de l’APEC (Coopération Economique de la zone Pacifique) à Singapour (14-15/11) , d’où sourdait cette rumeur insistante: Obama et Hu s’ étaient entendus pour ne pas fixer de quotas de coupe de leurs émissions de CO2. De la part des deux grands pays pollueurs (40% du CO2 global), cela revenait à sacrifier les chances d’entente au COP15: faute d’offres de leur part, les 192 nations ne pourront pas s’entendre sur les objectifs de coupe, les coûts et les transferts des technologies à bas carbone des pays riches aux pauvres. A Pékin, Obama défendit l’offre du 1er Ministre danois L. Rasmussen de retarder la pendule d’un an, et promit une offre à Copenhague, «si la Chine faisait de même».

En attendant, Chine et USA se dotent d’une puissante coopération bilatérale visant à accélérer leur préparation à la charte mondiale et à partager les technologies. Les deux pays sont convenus d’un plan de 7 actions en énergies propres, surtout axées sur le charbon, source 1ère d’électricité de la Chine (pour 800Gw) comme de l’Amérique (pour 1000Gw). Les technologies d’énergies renouvelables restent à l’écart, car les Etats-Unis ne souhaitent pas partager leur avance en la matière.

Les deux pays vont coopérer sur les moyens de renforcer l’efficacité énergétique en usines et bâtiments, sur la capture/séquestration du CO2, la récupération du gaz de houillère. Un Centre de recherche en énergies propres va voir le jour, avec têtes de pont sur chaque continent. Financé par 150M$ à frais partagé, il réunira «les meilleurs chercheurs des deux pays», par exemple, sur la voiture électrique. Pour mettre sous peu d’années sur les routes des deux pays des millions de véhicules sans essence, 12 de leurs métropoles recevront des réseaux de démonstration des modèles de leurs industries.

Cependant la faiblesse de cette stratégie sino-américaine face au COP15 n’a pas tardé à apparaître, depuis un étranger ne supportant pas cet accord immobiliste. Le 15/11 à Paris, le leader brésilien Lula et son hôte N. Sarkozy dénonçaient leur choix de «laisser faire les autres, en remettant leurs propres efforts à demain». Fixant ensemble des objectifs en forme de «Bible climatique» (-80% pour les pays riches, -50% pour les autres, d’ici 2050 par rapport à 1990), ils reprochaient à la Chine et aux USA de faire frein à la future charte globale et les sommaient de réviser leur copie. Ils appelaient aussi dès 2012 la création d’un organe climatique mondial et prétendaient ameuter avant Copenhague les autres nations : les pays du Commonwealth en conclave à Trinidad, dix Etats amazoniens à Manaus, les Etats africains…

NB : Cette fronde a aussi un motif stratégique. Le G2 climatique Hu-Obama et sa coopération industrielle, avec échange de marché chinois contre technologie américaine, pourraient aboutir à un Yalta commercial planétaire et à l’étranglement des filières concurrentes, autres que chinoises ou américaines, de l’aéronautique brésilienne à l’éolienne indienne ou au TGV français. Et pour les pays consommateurs, à l’assujettissement à ce nouveau monopole. Contre une telle tentation, Brésil et France lancent un signal d’alarme.

 

 


Petit Peuple : Panjin : réveil au bord de l’abîme

Ma Honggang vivait à Panjin (Liaoning), friche industrielle et région pauvre s’il en est, aux villages sans services, aux éco-les sans matériel ni maîtres bien formés. D’une telle précarité, on ne rêve que d’en sortir à tout prix. Jusqu’à 6 ans en 1977 l’écolier Ma faisait preuve d’une intelligence aigue, quand il vit dans la cour, des copains taper le carton à un jeu magique, américain qu’ils lui dirent: au puke—poker. Comme en un éblouissement, il se découvrit la rage du vice, et dans ces 5 cartes qui lui brûlaient la main, la vocation de sa vie.

Les années s’écoulèrent, où il fit l’école buissonnière plus souvent qu’à son tour jouant sans cesse, insouciant des remontrances des parents et des maîtres. A 12 ans, la projection d’un film au village ajouta de l’huile sur le feu: «Roi des blouseurs aux cartes», avec la vedette Zhou Runfa. Ma retourna le voir des centaines de fois, moins pour la psychologie ou la beauté du 7. art, que pour tenter de repérer les coups et les triches.

Chez ses parents, il s’entraînait jour et nuit, s’initiant à toutes les techniques, comme celle de brasser le jeu en faisant gicler chaque carte en l’air avec rattrapage d’une main, sans que l’oeil nu puisse suivre le mouvement au demeurant entièrement sous son contrôle.

Puis il se mit «au travail», à 18 ans, se mêlant de parties où l’on jouait gros. Le 1er soir, en 30 minutes, il perdit les 15.000 yuans prêtés par des amis. Charitablement, les blouseurs qui le plumaient lui expliquèrent: il avait encore tout à apprendre de la grammaire de l’arnaque. Il fallait en passer par le job en équipe, à leur service. C’est ce qu’il fit, et il apprit vite. Conscients du génie de leur poulain, les parrains de Shenyang et Dalian se mirent à le roder à travers les clandés de haut vol de tout le pays.

En 1993, premier grand succès : à Xi’an, à coups de bluffs et de tours de passe-passe, il fit sa 1ère martingale: 780.000 yuans, ratissés en juste 10 minutes. Assez pour rembourser les triades et se mettre à voler de ses propres ailes. Dès lors, à 22 ans il vécut en flambard, ne se montrant plus que dans des parties très juteuses, préparées de longue date par des syndicats de joueurs. En 1995, à Shenyang, après 48h de jeu enragé sans dormir (une douche au milieu, quelques sandwichs par ci par là), il sortit avec 4,3 millions en poche. En 1997, il fit 2,1millions en 2heures à Tieling (Liaoning). Toujours plus haut, en 2003, il se renfloua à Kaohsiung (Taiwan), avec 9 millions empochés en une nuit. 2004 le vit gagner 6,65 millions au Lisboa à Macao puis 5,4 millions à Ruili (frontière birmane). 2005 fut l’année de sa tournée triomphale en Europe, mine de flambards naïfs où les piles d’oseille gonflaient sur le tapis vert : 580.000² à Spa (Belgique), 2,76M² au Grand Casino de Monte Carlo, où il avait été introduit par les soins officieux d’un interprète chinois pilier de l’établissement.

Observez son talent : en 13 ans de blouse, au poker et mahjong, il n’a jamais perdu et surtout, ne s’est fait prendre qu’ une fois la main dans le sac. A Hainan en 2002, par justice expéditive, ses victimes le séquestrèrent, pour ne le relâcher que contre une taxe de 600.000 ¥, rassemblée et livrée par des amis après quelques jours.

Sa carrière aurait pu continuer longtemps, s’il n’avait décidé de plumer un industriel millionnaire, ami de longue date. Il lui avait fait croire qu’ils faisaient équipe contre des blancs-becs, alors que la situation réelle était l’inverse – l’équipe était avec notre tricheur, contre le richard imprudent. Le coup marcha au-delà de toute espérance, mettant le copain littéralement à la rue. Et c’est alors que Ma se mit à ressentir, contre toute attente, un sentiment qu’il croyait éradiqué en lui : une honte brûlante, perlée de remord face à sa trahison.

Depuis lors, il ne dort plus, ni ne joue. En quête de rédemption, il s’est mis à dévoiler, à toutes ses anciennes victimes ou celles d’autres tricheurs, tous ses trucs pour les ruiner -le miroir-bouton de manchette, le vibreur radio sous la manche (avec message émis par un comparse une main dans la poche, derrière la table)…Au 1er septembre, ce sont plus de 800 joueurs qui ont été édifiés, perdant ainsi l’illusion que contre un pro, on pourrait gagner.

Evidemment, la nouvelle vocation de Ma en bon samaritain ne plait pas à tous, surtout pas au syndicat, avec qui il a rompu. Peu de jours se passent sans menaces de mort. Mais Ma, les ailes brûlées, persiste et signe: « Je suis déjà mort depuis si longtemps—je n’ai plus rien à perdre ». Si lourd est le prix à payer, pour «arrêter le cheval au bord de l’abîme » (悬崖勒马 xuán yá lè mǎ) !

 

 


Rendez-vous : Canton, Salon de l’automobile

24-30 novembre : Canton, Salon de l’automobile

25-27 novembre : Shanghai, APPLAS, Salon des plastiques et du caoutchouc pour la région Asie Pacifique

25-27 novembre : Canton, All in Glass, Salon du verre

26-28 novembre : Chengdu, PharmChina

26-28 nov. : Canton, INTERFOOD China