Le Vent de la Chine Numéro 33

du 19 au 25 octobre 2008

Editorial : Une Chine qui cherche son nord…

Une semaine chargée s’ouvre.

Discrètement, l’Etat tente de relancer l’économie pour compenser la chute de régime de l’après-JO et du séisme financier.

Pékin se mue en Babel diplomatique (24-25/ 10) : pour le sommet de l’ASEM (Asia-Europe Eco. Meeting), des dizaines de Présidents et ministres  négocient ensemble un nouvel outil de défense du crédit, un autre contre le réchauffement global, voire, tenter de parachever la maturation de la ronde de l’OMC de Doha, « avant fin 2008 »…

En attendant, la Chine profonde est touchée par la crise : par ses réactions insolites, elle révèle qu’elle aussi, déboussolée, recherche le nord.

[1] A l’université de Wuhan, le séminaire du professeur Ma Wei fait salle comble: intitulé «architecture et fengshui» (风水), il entend rendre les logements plus «harmonieux». Contesté par la génération au pouvoir, taxé de superstition, le fengshui attire des jeunes architectes de moins de 30 ans, désireux de restaurer une tradition mise à mal par le modernisme à l’américaine, et désemparés par une crise de l’immobilier qui les frappera, à peine diplômés…  

[2] Édile au Parlement du Jiangsu, suppléante au Comité Central des Jeunesses communistes, Yuan Jing, 22 ans, s’était présentée au  concours de beauté  de la chaîne hongkongaise TVB… Quoique arrivée n°2 aux présélections, elle doit à présent se retirer, car quand on fait carrière au parti communiste chinois, on ne se montre pas. Par son ingénuité, Yuan Jing voit en outre, sa carrière compromise!  

[3] Un groupement de petits opérateurs pétroliers tente de traîner  Sinopec et Petrochina en justice. Depuis le printemps, faisant la sourde oreille aux ordres du Conseil d’Etat, ces géants ont sciemment privé les 663 petits raffineurs de brut, les 45.064 stations services de carburant, causant la faillite des 2/3 des premiers, du 1/3 des seconds. Les indépendants ont pour eux la loi anti-monopole qui réprime depuis le 1/08 les barrières commerciales, mais Sinopec et Petrochina ont pour eux des pistons autres que ceux des moteurs à explosion -et le législateur les a expressément mis à l’abri de toute sanctions, au nom d’un autre principe (douteux) de droit: l’Etat socialiste ne s’attaque pas lui même. Les indépendants savent donc leur combat long, incertain, et en tout cas  «pour l’honneur».  

[4] A Shanghai le 1/07, Yang Jia, dans la fureur vengeresse de ses 28 ans, avait tué six policiers, qui l’avaient (quelques semaines plus tôt) tabassé, et faussement accusé de vol de bicyclette. Il vient d’être condamné à mort. Lors du procès en appel (14/10), il conteste non le jugement, mais la tentative par son avocat de le faire passer pour fou -les experts, et le juge, avant lui, ont déjà débouté cette ligne de défense: « ce sont les policiers qui avaient un grain », dit-il… Sous 15 jours, le 2d verdict tombera. Si, comme selon toute attente, la peine capitale demeure, la Cour suprême devra encore confirmer on non -gong ultime… Fait remarquable, hors du tribunal, quelques minutes, une dizaine de sympathisants ont manifesté, avec T-shirts à l’effigie  de Yang. Ce qui démontre les progrès de l’opinion chinoise, sous l’angle de l’audace.

 

 


A la loupe : Crise financière : la Chine joue l’autosatisfaction

Face à la crise financière, la Chine baigne toujours dans l’autosatisfaction : force tranquille, protégée par sa monnaie non-convertible renforcée (+15% sur l’² en 2 mois), ses 1900MM$ de réserves de change, et son bas de laine, permettant le relais de l’export vers la consommation intérieure. D’août à septembre, le commerce de détail a bondi de 23%, l’excédent a augmenté à 29,3MM$, tandis que la chute du pétrole assèche l’inflation: de 8,5% en mai à 4,9% en août, voire 3% attendus par la Banque centrale l’an prochain…

Vus de plus près pourtant, ces chiffres masquent des tendances récessionnistes. L’export calculé en US$ cache une chute de 0,5% des volumes en août. Des centaines d’usines de jouets et d’alimentaire ferment, faute de crédit et sous les scandales de qualité. De même, l’auto a reculé de 1,44% en septembre, (553.000 ventes), tout comme le luxe. Et les petites banques voient monter le niveau de leurs prêts insolvables de plus de 90 jours…

Aussi, Wang Qishan, vice 1er ministre, (le «golden boy» de l’économie chinoise) est bombardé à la tête d’une commission chargée de relâcher la gangue fiscale et réglementaire aux secteurs dans le rouge -exemple, de permettre aux municipalités de rembourser les promoteurs, pour les terrains à bâtir non utilisés. Wang doit aussi reporter à 2009 l’entrée en fonction d’infrastructures, comme ces trois raffineries géantes (dont Dushanzi, Xinjiang, CNPC, capacité d’1Mt d’éthylène/an). L’objectif général est «une politique prudente» de croissance. Les grandes entreprises d’Etat en difficulté (aviation, aluminium) pourraient être aidées en bourse de Hong Kong. Pour le monde rural aussi, des mesures très précises ont été annoncées lors du dernier Comité central (cf VdlC n°32, et aussi en page 3).

Enfin, la Chine sait, et dit qu’elle doit soutenir l’économie mondiale. Elle n’a pas le choix : tout point de PIB perdu aux USA entraîne 4,75 % de perte pour l’export chinois, et 6M de jeunes diplômés attendus en 2009 sur le marché du travail (+7%) risquent le chômage. Aussi  la Chine veut

[1] conserver ses valeurs américaines en chute libre,

[2] en acheter d’autres (d’aucuns experts américains rêvent jusqu’à 500MM$), assorties de conditions de protection de ses invests, et de pression aux non ventes d’armes à Taiwan.  

NB : cette condition-là est posée, mais sans nul espoir de réussite, à la veille du scrutin US

Une chose en tout cas semble assurée : La Chine évitera de racheter des firmes financières américaines. Elle a déjà assez perdu, et sait le terrain encore « miné » pour des années. D’autre part, de telles ventes, pour réussir, doivent être acceptées des équipes en place, et entrer dans une stratégie d’acquisition cohérente et mondiale – technique que la Chine ne maîtrise pas encore.

 

 


Joint-venture : ICBC reboise le paysage bancaire aux USA

ICBC reboise le paysage bancaire aux USA

Après Sydney et Dubai, c’est au tour de New York de voir l’ICBC, l’Industrial & Commercial Bank of China (15/10) déployer ses tréteaux. 1ère banque chinoise, qui revendique aussi une 1ère place mondiale par ses actifs en bourse de 150MM², 6,4MM² de profits au 1er semestre. A ce grand bond, l’ICBC s’est préparée depuis 2005, en rachetant à Hong Kong (cf VdlC n°26/2005) les 126 agences de Fortis (alors, réseau «Belgian Bank»). Elle en a hérité d’un pool d’experts pour se former en interne à la banque moderne, et pour équiper ses futures filiales à l’étranger. Pour l’heure, ICBC ne tire que 3% de ses revenus hors frontière : elle veut tripler le pourcentage et s’installe aux USA, à un moment favorable -où l’expertise financière ne vaut pas cher. A New York elle offrira des services de règlements internationaux, financement commercial, financement de projets en Chine… pour drainer l’épargne des 400.000 fils du Ciel établis dans la «Big apple ». ICBC se lance dans l’aventure new-yorkaise, en même temps que China Merchants, le n°6 national, fort de ses 80% de hausse de bénéfices nets depuis janvier. China Merchants a ouvert sa succursale le 8/10. Avec la bénédiction du Conseil d’Etat et de leurs tutelles Huijin et Sasac (State-Owned Assets Supervision and Administration Commission), l’une et l’autre s’apprêtent à tailler des parts de marché à une Banque de Chine à la réputation entachée aux USA par des scandales de blanchiment de fonds de Corée du Nord, ou de malversations —le dernier cas, encore en jugement, portait sur 485M$ (cf VdlC n°29).

Mais qu’on y pense : trois banques chinoises à New York, en concurrence, c’est un changement radical du relief bancaire hors frontière, jusqu’alors dominé par une seule Entreprise d’Etat prenant de Pékin ses ordres par télex. Cette banque nouvelle, quoique encore propriété de l’Etat, se bat désormais sur le marché, avec toutes ses concurrences, à armes -presque- égales !

 

 


A la loupe : AIG vend ses bijoux de famille asiatique

Née à Shanghai en 1919, AIA, l’assurance américaine est la plus belle réussite du secteur en Chine.

Evincée en 1949 (comme tout intérêt étranger, pour cause de révolution), elle retournait 30 ans plus tard comme JV, puis dès 1992, en pleine propriété. Elle était et reste la seule à jouir de cet exorbitant privilège, arraché par Henry Kissinger au Président Jiang Zemin—signe de la fascination historique unique qu’exercent sur l’Empire du Milieu les USA, que les Chinois dénomment 美国, « le beau pays », autant dire « le paradis » ! Accédant en 2001 à l’OMC, Pékin renforçait encore les privilèges d’AIA, au nom du « droit du grand-père » – droit d’ancienneté, vis-à-vis de la concurrence entrante…

Aussi en 2007, AIA tenait de loin le haut du pavé, ayant amassé dans l’an pour 1,29MM$ en primes «vie» entre ses huit branches régionales. AIG la maison mère était n°3 mondial (110MM$ de chiffre). Au 2d trimestre 2008, 47% de son chiffre mondial en assurance vie-retraites provenait d’Asie Pacifique (hors Japon).

Mais « sic transit gloria mundi » : ruinée par les fredaines d’une filiale anglaise, AIG, la maison mère doit survivre sous perfusion de deux prêts-relais de 85MM$ (16/09), puis 37,8MM$ de la Réserve Fédérale, en échange d’une nationalisation à 80%. Dès lors, il doit mettre au clou ses actifs asiatiques, Chine comprise—et le faire vite, car ses clients entre Shanghai, Hong Kong et Singapour, se pressent aux guichets pour récupérer leur pension. Dans l’espoir de remonter la pente, AIA promet à chacun de rouvrir son contrat sans pénalité à l’avenir…

Sont à vendre des centaines d’agences à travers Chine, Hong Kong, Singapour, Philippines, Thaïlande, 62.000 emplois. AIG a bien précisé sa volonté de ne céder que 49% du tout. Il veut détailler ces actifs par pays, afin d’éviter de se créer un rival régional d’avenir. Mais le milieu professionnel doute qu’il réussisse à imposer aux concurrents et son prix (20MM$ au total), et ce morcellement. Sans compter le mot que la tutelle CIRC (China Insurance Regulatory Commission) a également à dire… Symptomatiquement, en Chine, la revue Caijing ne voit que deux candidats possibles, tous deux locaux : l’assureur China Life, « pas intéressé », et le n°1 bancaire ICBC (Industrial & Commercial Bank of China), tièdement sur l’affaire – tous deux pensant à Ping An, et aux MM$ imprudemment perdus chez le belge Fortis (cf Le VDLC n°32)…

Reste pour Chen Rongsheng, le PDG d’AIA-Chine, le calice amer à avaler : le démantèlement du plus beau succès étranger d’assurance en Chine. Faute pour AIG d’avoir su appliquer la règle d’or de son président Maurice Greenberg, dans les années ’60 : « quoiqu’il arrive, ne pas toucher à la filiale-Asie »

 

 


Argent : China Life, l’assureur paysan

Wahaha prendrait bien un petit verre… de Sanlu

Quel avenir pour Sanlu, le n°1 chinois du lait maternisé à la dérive ?

Fermé après avoir vendu du lait empoisonné et contaminé 90.000 nourrissons, il agonise sous ses dettes présentes et à venir. Aussi, si sept groupes candidats à la reprise des 13 usines et 600 bureaux de ventes se déclarent, nul ne bouge, tant que l’Etat n’aura précisé sa ligne d’action -pour l’heure, il barre les plaintes judiciaires, et fait retirer les boites de poudre et packs d’UHT vieux de plus d’1 mois.  Parmi les prétendants : Sanyuan (Pékin, 119M² de chiffre), Wondersun (Heilongjiang, 239M²), Feihe (laiterie US), New Hope (Sichuan), et Wahaha désireux de  s’épargner les coûts d’import de 150.000t de lait/an. Cependant, vu le coût social à attendre pour cette choquante faillite, les experts misent plutôt sur deux autres solutions : la réouverture sous régie (sous mandat d’un autre groupe), le rachat groupé par plusieurs firmes. Le tout, faut-il le préciser, sous une nouvelle marque!

NB : à l’étranger, potentiellement, un gagnant et un perdant. Gagnant, Danone, chassé du marché par Wahaha, y prépare son retour, riche d’une image sans tâche (contrairement aux autres). Perdant, Fonterra, l’actionnaire néo zélandais à 41% de Sanlu, va certainement revendre.

BHP-Rio: la Chine, ça eût payé – mais ça ne paie plus !

A 24h d’intervalle, BHP-Billiton et Rio Tinto, plus grands minéraliers de la planète, annoncent la fin de leur âge d’or en Chine —et un temps de pause pour un secteur hors d’haleine, assommé par son propre succès. BHP, le fournisseur des médailles aux JO, ferme son bureau pékinois (14/10) et interrompt ses explorations en Chine, où il prospectait depuis 15 ans. A ce geste, bon nombre d’explications raisonnables : BHP n’a pas découvert les gisements qu’il aurait espéré et les derniers règlements miniers de l’an passé permettent à Pékin de restreindre l’investissement étranger dans le sous-sol chinois. BHP n’avoue pas cette autre motivation possible, le fait que la Chine (oublieuse du don par BHP des médailles des JO) cherche à bloquer auprès de la Commission de Bruxelles sa tentative de rachat de Rio Tinto. BHP « oublie » aussi que comme Rio, il vient de voir son titre en bourse dégringoler de 50% en 4 mois, ce qui force l’un et l’autre à réduire leur train de vie. Par la voix de son PDG Tom Albanese, Rio lui, n’en fait pas mystère, avouant des résultats trimestriels décevants, partiellement dus au recul des commandes des fonderies chinoises. Conséquence : Rio, aujourd’hui, ne « vaut plus » les 3,4 parts BHP contre 1 Rio de l’offre initiale de rachat par BHP. Mais comme pour le pétrole, la chute des matières premières n’est que momentanée, vu les besoins mondiaux incompressibles. La croissance des pays émergents ne peut que reprendre – on n’en restera pas là.  

China Life, l’assureur du paysan

L’Etat chinois met cette année la priorité sur l’assurance rurale, à l’aide de maisons comme China Life, le n°1 détenteur de 43% du marché, ayant engrangé de janvier à juillet, 22MM² de primes « vie » (+54%). En échange de ce marché captif, China Life a développé une police à bas prix combinant « santé » et « vie », pour un paysan dont le revenu annuel ne dépasse pas les 440². Le marché se limite d’abord à 9 provinces pilotes, terres encore vierges à ce marché tels Guangxi, Henan ou Qinghai. D’ici  décembre, il compte avoir vendu 3M de ces polices -dans le seul Shanxi, au 20/9, il en avait déjà écoulé 112.000. Comme revendeurs, China Life recrute les membres d’associations de village. Il leur assure en commissions le double du revenu moyen rural : un fort argument de fidélisation. Selon une étude du banquier HSBC, le jeune assureur (né en 2003) collecte déjà 30% de ses primes à la campagne. Souvent, ces contrats ruraux sont à perte – mais il anticipe sur l’augmentation du niveau de vie, la priorité politique nationale, et cette fidélisation de M d’agriculteurs à prix de « dumping » lui permet de pratiquer la «stra­tégie de la terre brûlée» envers la concurrence. Voici trois de ses offres de contrats, rencontrées par le VdlC:  à Dongbao (Shanxi), Dai Yongsheng paie 150¥/an, moyennant quoi son foyer toucherait 75.000¥ en cas de décès de chacun de ses cinq membres. ‚ En primes groupées, les trois hameaux de Xishantou paient 10.000¥ /an, à 10¥/personne : tout accidenté recevra 5000¥ directement, et ses frais hospitaliers seront remboursés jusqu’à 50M¥/an (pour le groupe). ƒ En cas de décès, pour 100¥ payés, China Life offre 8 fois plus.

Enfin, il n’y a pas que les Chinois qui fassent dans l’assurance rurale : depuis 2005, Groupama (n°1 européen de l’assurance rurale) est dans la place, à Chengdu notamment!

NB : En plus de cette assurance commerciale qui constitue à ce jour 90% du marché, l‘Etat tente de redresser la couverture mé-dicale rurale par d’autres moyens, telle la création d’une sécurité sociale pour tous, de portée modeste mais obligatoire, d’ici 2020.

Réforme rurale – une vraie liberté en route

Le 3ème Plenum du 17ème Comité Central (12/10) avait débouché sur une bizarre impasse : la réforme du droit foncier rural, qui en était le clou et le grand-oeuvre du Président Hu Jintao, brillait par son absence au communiqué final. Quoique cette réforme, (d’abondantes fuites l’avaient spécifié), porte la durée des baux publics de 30 à 70 ans et permette aux fermiers de (sous-)louer et d’hypothéquer, recréant sans le dire la propriété privée. Un lobby des cadres provinciaux (principaux bénéficiaires du système finissant) avait bloqué le vote, arguant du fait que cette avancée légale priverait les mairies des ressources pour le bien public… Un point d’achoppement était de limiter le pouvoir d’expropriation discrétionnaire des caciques ruraux. Un autre tenait en un bouleversement administratif, l’idée de ressusciter les collectifs ruraux (en fait, les clans, réalité culturelle millénaire) pour leur permettre de gérer la terre avec l’accord direct du niveau supérieur, privant le pouvoir local d’une partie de ses droits (droit d’exproprier, ET de redistribuer). Mais le 16/10, l’Etat lance le message, pour rassurer. Dans Caijing, Chen Xiwen, un des artisans de la réforme rurale, annonce la naissance d’une bourse de transfert des droits fonciers, basée sur «la loi, le libre arbitre et une compensation équitable des terrains repris». Présidée par Qin Shikui, la 1ère de ces places, destinées à louer et hypothéquer à l’encan ces terres, existe depuis le 13/10 à Chengdu : un élan de ferveur et d’espoir, dit la presse, traverse les foules paysannes, avides d’expérimenter cette nouvelle liberté, qui les met à l’abri de l’expropriation et leur permet même de  mettre volontairement en vente.

Analyse : On note au passage la délicatesse du mandat de M. Chen et Qin, interdits de toucher au statut collectif du sol (gravé dans la constitution), mais aussi au type de valorisation inscrite au plan d’occupation des sols, arable, commerciale, résidentielle ou industrielle, comme au droit d’usage contractuel du paysan : typiquement, une réglementation transitoire, faite pour réconcilier l’inconciliable, deux projets idéologiques opposés par l’histoire.

 

 


Pol : Pakistan : Zardari, même vin, nouvelle bouteille

Pakistan : Zardari, même vin, nouvelle bouteille

Depuis près de dix ans, la Chine était l’alliée indéfectible du général P. Musharaf, l’indélogeable leader kaki du Pakistan. A présent elle s’apprête à devenir l’alliée d’Asif Ali Zardari son successeur, veuf de l’ex-1er ministre B. Bhutto, assassinée (dec 2007) alors qu’elle s’apprêtait à reconquérir le pouvoir par les urnes. Il faut dire que la diplomatie régionale est dictée par la géopolitique, en l’occurrence, par la présence de l’Inde, géant émergent et rival potentiel des deux. Leur méfiance ne s’est en rien atténuée avec la signature en septembre d’un pacte indo-américain sur le nucléaire civil. Et Islamabad tolère de moins en moins les incursions américaines sur son sol depuis l’Afghanistan, qui viennent de lui valoir un attentat terroriste (20/ 09) causant 60 morts. Aussi Zardari, pour sa 1ère visite étrangère, vient rediversifier les alliances, voire peaufiner des commandes d’équipements militaires anti-guerilla. Il vient aussi se faire une stature internationale, et dissiper tant que faire se peut une réputation de playboy au passé corrompu.

D’autre part, la visite dont il espère un chèque (0,5 à 1,5MM$) lui est vitale pour maintenir le pays à flot en honorant les dettes contractées, malgré une inflation galopante (+25% cette année).

Au plan économique, les relations sont flatteuses, avec des échanges de 2MM$ en 2001 passés à 7MM$ l’an passé, qui devraient doubler d’ici 2011. La Chine suit deux grands projets au Pakistan, le port de Gadwar, à 200M$, qui lui servira de tête de pont (à ses pétroliers, minéraliers voire, plus tard, à ses destroyers) sur l’océan Indien. Elle bâtit aussi, très discrètement un second réacteur nucléaire de faible puissance (325Mw) à Chashma (Penjab), et se dit prête à aller plus loin, mais toujours dans la discrétion, pour tenir compte de l’impécuniosité chronique du partenaire, et des sensibilités des USA, comme de New Delhi… Au total, comme à chacune de ces visites d’Etat, Zardari et ses partenaires ont signé un gros paquet d’accords (11), dont l’un, de lancement d’un satellite de télécom en 2011. Cependant, vu le flou artistique sur les choses qui comptent (le crédit, le réacteur), la visite semble couronnée d’un succès mitigé : Pékin, ces temps-ci, regarde davantage ses provinces, ainsi que sa réponse à apporter à la crise mondiale, que ses petits alliés !

 


Temps fort : Sommet de l’ASEM : les artistes sous le chapiteau, à guichet fermé

Conçu en 1996 comme un « machin » (aurait dit le Général de Gaulle), le sommet de l’ASEM (Asia-Europe Eco. Meeting), ces 24-25 octobre à Pékin, se trouve soudain un  sens et une mission d’urgence. Puisque les USA et le dollar, par leur pratique financière, viennent d’infliger au monde des dégâts dignes de ceux de 1929,  Il appartient à ce forum de 30 langues d’Asie et d’Europe, ensemble, de reforger un système monétaire planétaire plus crédible et fiable. Les 45 pays concernés ne s’y sont pas trompés, dépêchant 38 leaders nationaux, record historique !

Ce sommet sera truffé de huis-clos aux agendas denses, espérant produire des positions communes euro-asiatiques. Avant l’ASEM, un sommet des 27, à Bruxelles (16/10) négociait en interne la refonte du système monétaire mondial. D’ici décembre, un G8 mondial doit en valider l’offre. A Pékin, Angela Merkel, chancelière allemande, prétend faire ébaucher entre les 45 une Constitution financière mondiale et une discipline unique aux aides d’Etat.

Un effort analogue est attendu, à propos du Protocole de Kyoto-II devant entrer en vigueur en 2012 (effort contraignant, librement consenti par les nations signataires, de réduire de moitié jusqu’à 2050 leurs émissions de GES) ; ainsi que sur la prochaine version de convention de l’OMC: ici, Serge Abou, ambassadeur de l’UE, croit « probable » un rapprochement, entre ces deux continents aux plus grands besoins d’un renforcement du cadre d’échanges commerciaux, afin de faire échec au spectre du protectionnisme. Entente sur de multiples concessions mutuelles, qui permettrait aux 137 Etats membres de l’OMC de parapher à temps, d’ici décembre la « ronde de Doha » en panne depuis des années.

D’autres débats visent un renforcement des transferts de ressources et de savoir-faire, pour enrayer la pénurie alimentaire et énergétique, sensible partout sur Terre mais surtout chez les pays les plus pauvres. Ici,  on s’aperçoit qu’un sommet peut en cacher un autre : avant sa clôture du 25/10, l’ASEM verra se tenir en sa marge, une séance spéciale de l’ASEAN, à l’initiative de la Présidente philippine Gl. Arroyo. Une multitude de bilatérales auront aussi lieu, entre Hu Jintao et N. Sarkozy, entre Hu et Taro Aso, le 1er ministre nippon à peine nommé.

Soulevons enfin ce détail curieux : le forum n’a pas d’agenda formel. Renseignements pris, ce sont les leaders qui n’en veulent pas. Pour une raison tout à fait humaine : ils préfèrent se voir sans ministres, ni sherpas, pour deux jours d’escapade. Cette recette est à la fois leur raison profonde d’aller au rendez-vous, et leur chance de faire oeuvre féconde : sans autre garantie que leurs talents propres et créativité les artistes seuls sous le chapiteau, jouant pour eux mêmes. 

 

 

 

 

 


Petit Peuple : Chifeng : le pâtre gigantesque

A 56 ans à Chifeng (Mongolie Intérieure), Bao Xishun présente des affinités avec le vilain petit canard qui dut comme lui attendre l’état adulte, pour découvrir que son infirmité était sa splendeur. Sauf que le souci de Bao n’est pas sa petitesse, plutôt l’inverse: à 2m.36 du plancher, il est le plus grand homme du monde, foi de Guinness. Et le plus bizarre dans cette histoire: jusqu’à 2005, il n’en savait rien!

Fut-ce le vif air de Mongolie qui exacerba sa croissance? Une pincée de gènes slaves échappés de Sibérie? Ou simplement, la grande roue du destin ? « Normal » dans son enfance, Bao s’était mis à 15 ans à pousser sans que rien ne puisse arrêter sa course verticale, 2m à 19 ans, 30cm de plus quatre ans plus tard…

L’affolement de ses gènes l’embarrassait, autant que son entourage : durant l’adolescence, point de copains, de filles encore moins. Non qu’elles n’eussent voulu tâter du géant, s’il les eût laissé faire ! Mais craignant les moqueries, c’était lui qui, d’une timidité maladive, préférait  la solitude des steppes, à garder les brebis et les chèvres des autres. Le bétail  lui suffisait comme compagnie. Même la lenteur de sa marche transhumante lui plaisait : handicapé par sa taille, Bao ne se déplace qu’avec une canne.

Cette vie morne dura des décennies, jusqu’à ce matin de septembre 2004 où Xin Xing, patron de restaurant à Chifeng (hameau de 400.000 habitants à l’est de la province) le trouva planté là devant son échoppe, lui offrit un verre. Il venait d’avoir la fulgurante intuition que ce géant ferait sa fortune !

Dès le surlendemain, dans son costume vert criard taillé sur mesure, et son double panneau d’homme sandwich, Bao arpentait les artères de la ville pour attirer les clients -avec grand succès. Les choses dès lors s’accélérèrent : la télévision, les journaux vinrent voir. Il ne fallut qu’un an aux inspecteurs Guinness pour venir le toiser, lui re-connaître son record, assorti de ceux du plus long pied  (33cm), et du plus long orteil de tous les temps (8.4 cm). Après 56 ans d’une vie de pâtre, c’était la consécration !

18 mois plus tard, il fut invité en urgence par le conservateur de l’aquarium de Fushun (Liaoning) : ayant avalé des dalles de caoutchouc du sol, autour de leur bassin, Haihai et Lele, dauphins se mouraient d’inanition – aucune pince n’existait pour délivrer les pauvres bêtes. Or à peine arrivé, sans se faire prier, comme s’il pratiquait ce hobby depuis sa tendre enfance, notre champion de foire engouffrait dans leurs gueules son bras d’1,06m, et extrayait les corps étrangers, un à un !

Célèbre, riche des cachets des télévisions et des publicités, Bao s’était installé dans un pavillon en banlieue de Pékin. Et pourtant, ce Goliath restait sombre, pour une simple raison : il restait seul, aucune femme ne s’était présentée en réponse à ses offres de mariage sur internet. C’est que ses annonces, quoique honnêtes, étaient maladroites.  Là encore, Xin Xing, homme de ressource, devenu son imprésario entre-temps, fit merveille, reformulant l’offre en termes  plus séduisants: il trouva 20 candidates sans peur et sans reproche, et  au chunjie 2007(fête du printemps), Bao connaissait Xia Shujuan, tendron de 26 ans d’1,68m. Quoiqu’elle ne lui arrive qu’au coude, ce fut le coup de foudre. Le mariage fut expédié en 6 mois, depuis quoi, chaque matin, Bao a appris à feindre de rire à l’invariable taquinerie de sa légitime, «quel temps fait-il là-haut?»

L’histoire s’achève la semaine dernière (4/10) sur la naissance de Tianyou, leur fils aux dimensions fort humaines, 4,2kg et 56cm. Pour l’immense père, cette normalité retrouvée résonne comme une promesse du ciel : dorénavant, la malédiction du passé est terminée, celle qui lui avait fait pendant 30 ans离群索居  lí qún suǒ jū , «quitter le monde pour vivre comme un chien» !

 

 


Rendez-vous : Shanghai, Salon des telecom

20-22 oct, Dongguan : 3C Expo, salon de l’électronique

20-23 oct, Shanghai : Salon international du textile

21-25 oct, Shanghai : PT/Expo Comm China, Salon et Conférences sur les télécoms, internet, et sans fil

25-27 oct, Chengdu : Conférence Europe-Sichuan sur l’investissement