Le Vent de la Chine Numéro 3

du 21 au 27 janvier 2008

Editorial : Petits faits, sous le froid…

 [1] La semaine passée vit défiler à Pékin M. Singh, 1er ministre indien (13-15/01, cf colonne droite), le britannique Gordon Brown (18/01), les sous-Secrétaires américains D. Mc Cormick et J. Negroponte —ce dernier, venu pour la 5èmesession du dialogue semestriel bilatéral. Les USA, dont les hauts cadres viennent presque chaque semaine, s’affichent ainsi comme la puissance aux relations politiques les plus étroites avec la Chine.

 [2] Dans le bras de fer avec Singapore Airlines pour la reprise de China Eastern, Air China prend l’avantage en annonçant son offre imminente pour 30% du rival shanghaïen, 30% plus cher que n’offrait Singapore Airlines (SIA). China Eastern se dit désormais «prêt à étudier» ce deal. Il n’a pas le choix : on voit mal, désormais, l’autorité refuser à Air China la chance de fonder le 5ème transporteur mondial, en permettant de concentrer un marché éclaté en 22 compagnies.

 [3] Le fil rouge de la semaine est la multiplication et diversification de la dissidence. A Pékin, l’arrestation fin décembre de Hu Jia fait des remous. L’idéaliste chrétien avait aidé les paysans à défendre leurs terres. Puis en résidence surveillée, il avait appelé au boycott des JO, et aurait reçu, selon des sources, des fonds de l’étranger: il n’en fallait pas plus pour causer l’arrestation, sous un chef d’inculpation encore secret —Pékin l’accuse déjà de « délinquance ». Toutefois, cette arrestation entache l’image, à 7 mois des Jeux, et dément la promesse faite début 2007, d’avancées dans le domaine des droits de l’homme. L’Union Européenne et les USA critiquent le geste. Mais en réalité, Hu Jia ne paie t’il pas pour les autres formes de critique populaire, qui explosent en même temps, déstabilisant le gouvernement ?

– A deux reprises, Shanghai (6, 13/01) vit défiler des 100aines d’opposants à l’extension de la ligne Maglev entre les deux aéroports : petits bourgeois craignant la dévaluation de leur bien, suite à la pollution sonore et électro-magnétique. Organisé, ce lobby inédit a désarçonné les autorités (le nouveau secrétaire du Parti Yu Zhengsheng) et vite obtenu l’ouverture d’un débat public. C’est le même scénario qu’à Xiamen en décembre, suite aux manifs de 10.000 hostiles à une centrale chimique à 1MM$.

– A Dongnangang (Heilongjiang, 19/12), 1000 fermiers proclamèrent la réappropriation de leur terre confisquée 13 ans plus tôt. Peu après, circula une lettre explosive, parlant pour 40.000 fermiers spoliés de 101.000 ha, qui annonça la fin de la propriété collective. L’Etat réagit vite, et condamna (17/01) le leader Yu Changwu à deux ans de camp, tout en annonçant une campagne pour apprendre aux fermiers leurs droits et en rappelant que 30.000 cas d’expropriation abusive allaient être réglés.

NB: Comme on le voit, la dissidence traditionnelle, intellectuelle est relayée par  celle des petits bourgeois, et celle des paysans. Contrairement à la 1ère, elles n’ont rien de politique, mais visent la défense de leurs biens, contre l’arbitraire, et la corruption. Et contrairement à la 1ère, elles cherchent des formes de lutte plus efficaces et inextirpables. Enfin, ce seul détail  peut expliquer  la tension du régime : tel un cancer, le chancre de la dissidence se généralise, et recrute désormais parmi toute la société, et tout le territoire.

 

 


Temps fort : Visite du 1er Ministre Singh : Chine et Inde, « rivaux, plus ennemis » !

Après la visite du N°1 indien Manmohan Singh, de part et d’autre, les commentaires furent dithyrambiques. Le Président Hu Jintao la décrivit « courte et productive ». Singh la déclara « constructive, très satisfaisante ». Qin Gang, le porte-parole, y vit un « événement qui fera date dans l’histoire des relations bilatérales ». C’est donc manifestement un tournant. Pourtant, analysant les résultats, ceux-ci se décantent à peu de chose -en apparence…

L’Inde souhaite bénéficier du savoir-faire chinois en énergie nucléaire : Pékin l’encourage, mais sans engagement. Sur le tracé des frontières, les partenaires disent que « 60% des litiges sont réglés », mais avouent avoir glissé sur le 1er contentieux, la récente exigence chinoise sur le monastère de Tawang, dans l’Arunachal. Ils se disent aussi d’accord pour « se consulter » sur la chute aux enfers du Pakistan, et combattre « fondamentalisme et terrorisme »… Bonne intention, mais qui n’engage guère !

Il faut bien le reconnaître, après dix ans de normalisation puis la visite en 2003 de A. Vajpayee, prédécesseur de Singh, entre Inde et Chine, les choses piétinent, faute de confiance. Des promesses pour soumissionner ensemble des droits pétroliers à travers le monde, sont restées lettre morte. En tourisme, les espoirs de décollage n’ont débouché que sur un bilan piteux, 60.000 Chinois en Inde, 400.000 dans l’autre sens : une misère, pour 40% du peuplement mondial.

Et pourtant, ces pays neufs ont tant à échanger, en informatique (où la Chine brille sur le hardware et l’Inde sur le logiciel), en automobile (Tata), aciérie (Arcelor-Mittal), textile, médecine… Ils ont entre eux la base pour créer les biens et services sophistiqués les moins chers, et bouleverser le commerce planétaire.

Seul hante le spectre de la guerre de 1978 dans les Himalaya, gagnée par la Chine, obstacle coriace à tout réchauffement. Aussi ce déplacement était-il avant tout réconciliatoire, destiné à fixer les bases d’une coopération d’avenir, à commencer par le commerce. Les échanges qui faisaient 1,8MM$ en 1999 et à peu près 37MM$ en 2007 (dont les 2/3 en faveur de la Chine), doivent passer à 60MM$ sous trois ans, renforcé par des missions chinoises d’achat dès 2008.

Singh, avec ses hôtes, a signé dix accords de planification économique, de construction de logements, de chemin de fer, de culture, voire de fourniture de fruits et légumes indiens en Chine. Liens renoués du passé antique, et irrévocables. Ce qui faisait dire à un universitaire chinois : « tout a changé… désormais, ils peuvent encore nous voir comme rivaux—mais plus comme ennemis » !

 

 


Pol : Qualité alimentaire—lente remontée

Insidieux, le problème de l’eau

Un des problèmes les moins évoqués, pour les Jeux Olympiques, sera celui de l’eau : pour accueillir 2M de touristes en plus des 15M de résidents, et verdir cette ville au bord du Gobi (arroser gazons, parcs et allées), il faut une ressource que Pékin n’a pas.

Quoique ne disposant lui-même que de 14% de la moyenne nationale en eau, le Hebei voisin a promis 300Mm3 supplémentaires, via le titanesque projet de triple canal Sud-Nord, devant à terme acheminer vers la capitale 1% du Yangtzé. Mais le tronçon central, l’enjeu actuel, est en retard. Les 300km d’ouvrage Shijiazhuang-Pékin ont cinq mois de retard. Zhang Jiyao, directeur du projet s’inquiète publiquement et avertit ses subordonnés d’accélérer, sans pour autant bâcler, ni détourner une part des 1,74MM² affectés à la tranche -Hebei.

Or, hélas, le Yangtzé est à son niveau le plus bas depuis 142 ans, à moins de 14m à Wuhan. Depuis octobre, 40 grands navires s’y sont échoués. L’irrigation est en panne. Il se trouve qu’en décembre, le barrage des Trois Gorges a retenu 50% du débit dans son réservoir. Mais, dit la Commission du Yangtzé, « la pénurie n’a rien à voir avec le barrage ». En tout cas, l’avenir s’annonce sec, comme un coup de trique.

Qualité alimentaire—lente remontée

La très vive tempête qui partout au monde, depuis mars 2007, s’était abattue sur le « made in China », fut suivie d’une rigoureuse campagne de quatre mois pilotée par Wu Yi, vice 1er min. et «Mme Propre» -déjà sollicitée en 2003 pour régler le problème du SRAS.

Le 16/01, sous sa férule, la GAQSIQ, (General administration for Quality supervision, inspection and quarantine), administration de l’hygiène, présente son tableau de chasse : 1480 escrocs ont été arrêtés pour contrefaçon d’aliments, médicaments ou semences agricoles, y-compris de la fausse albumine du plasma humain, et des faux vaccins porcins. 300 laboratoires furent fermés, et 600 producteurs de jouets, interdits d’exporter. 168 lots de viande, fruits et autres produits importés, avariés ou mal libellés furent détruits ou retournés.

Comme branche « préventive » de l’action, la base de données sous des normes de qualité fut créée pour 10.000 firmes et 33.000 produits…

Loin de triompher, à quelques semaines de sa retraite, Wu Yi adjure ses successeurs de ne pas baisser la garde. Les PME alimentaires gardent un niveau technique bas. Le consommateur ne sait pas distinguer le faux du vrai. Les problèmes sont les plus aigus en monde rural, où « le ciel est haut et l’empereur est loin » (天高皇帝远). Seule solution, pas vraiment miraculeuse : multiplier les contrôles, la peur du gendarme !

 

 


Argent : Barrages—les grands travaux d’urgence

Barrage : les grands travaux d’urgence

La politique des grands travaux est bienvenue, quand approche la bise de la crise. Elle permet à l’Etat d’y employer les masses monétaires gelées des banques et de maintenir des millions d’emplois peu payés, à des tâches utiles. Or, quoi de plus utile, que de réparer les 37.000 barrages sur 87000, (4000 de plus qu’en 1999) classifiés «dangereux» ?

Vieux de 40 à 50 ans, ces ouvrages souffrent de grossières fautes de conception et de la mauvaise qualité des matériaux d’origine. A cette époque «révolutionnaire», les masses avaient répondu à l’appel de Mao de « vaincre la nature », en érigeant trop vite des barrages technologiquement médiocre. Depuis 1949, au moins 3200 de ces retenues ont lâché, causant la mort de 10aines de milliers de villageois. Et le temps travaille contre l’homme, car les ouvrages se dégradent rapidement, battus par les pluies torrentielles du réchauffement global.

Sous trois ans, le ministère de la ressource aquatique compte réhabiliter les 6.240 ouvrages les moins fiables, contre 2.300 au cours des huit années précédentes. Coût du projet : 5,1MM², dont 60% (2,7MM²) à charge du pouvoir central.

 

Chongqing, Bo Xilai au travail

A peine installé dans ses nouveaux murs à Chongqing, Bo Xilai, le flamboyant ex-ministre du commerce, retrousse ses manches-comme pour rappeler à Pékin qu’exil ne rime pas avec pantouflage. Le nouveau Secrétaire du Parti de la ville autonome vient de faire approuver un plan de 10MM² pour réhabiliter le vieux Chongqing.

Effort lourd, qui embolisera 25% d’une année de PIB de la ville, et sollicitera le concours d’architectes internationaux. Ce qui est une première, vu la classe sociale visée : les villes de la côte ont souvent fait venir des architectes de renom, mais pour le haut de gamme. Ici, c’est de 7Mm² d’habitat délabré qu’il s’agit, à reconstruire en HLM pour 160.000 familles démunies. Dès cette année, 1,8Mm² seront rebâties. Dans les mois à venir, Pékin attend de Bo qu’il invente, dans sa ville-province de 33M d’âmes, une zone économique au concept entièrement revu, durable, qui soit un modèle d’avenir pour la nation.

Ce défi n’est peut-être pas étranger à la création (17/01) d’un groupement de 18 ministères pour coordonner la croissance de la « région centrale », 1Mkm² répartis sur six provinces, abritant 450 M de fermiers qui produisent 40% des vivres du pays, tout en assurant sa principale base énergétique.

 

 


A la loupe : Charbon, les vivres vinrent à manquer

Lancées dans la course à la croissance, les houillères, dont la Chine tire 78% de son énergie, n’ont plus pu l’an dernier, satisfaire la demande. Elles ont produit 2,58MMt : 40Mt de moins que ce que les centrales ont brûlé. Et encore, pour parvenir à ce résultat, l’Etat a dû puiser sur les stocks, tout en cessant quasiment d’exporter (2Mt, douze fois mois que l’an passé) et en augmentant les importations de 34%, à 51Mt. Ce déficit durera « au moins trois ans ». En 2008, la production est espérée à 2,76Mt, +8%.

Les causes de la tendance sont multiples : la hausse de la demande, exacerbée par un hiver froid ; l’approche du «Chunjie», fête du printemps lunaire (7/02) où les travailleurs rentrent au village, et la fermeture de 11.000 mines pour cause de sécurité des mineurs.

Nb : en décembre, le secteur du gasoil s’est aussi emballé, important le quadruple, 820.000t, pour suppléer à la pire carence en 3 ans. De même pour le pétrole importé : +12,4% et 163Mt.

Au Sud, Guangxi, Guizhou et Yunnan ont dû fermer 6% de leurs centrales, causant 8GW de déficit, aggravé par le bas niveau des barrages. Or, Canton choisit ce moment pour annoncer une baisse des tarifs de 3 centimes d’²/Kw, cadeau escompté de 0,5MM² aux industriels. La province espère ainsi rendre plus raisonnable un tarif « prohibitif », et retarder les délocalisations vers l’intérieur.

Réponse des patrons d’usine : « trop peu, trop tard ». L’énergie reste trop chère, l’embauche trop rare, et la nouvelle loi du travail, avec ses contrats obligatoires, crée des casse-tête insolvables…

Zhou Xi’an, Président du groupe national d’orientation houillère, annonce alors la « bonne nouvelle » inespérée : la crise des subprimes va réduire la demande du continent américain, donc les ventes chinoises: dès l’automne, le pic de demandes en énergie sera franchi. Ce qui laissera à cette économie le temps de souffler et de s’adapter. Trois tendances se dégagent dès maintenant:

– le charbon poursuit sa concentration en une 15aine de groupes de 50 à 100Mt de capacité. Dès 2010, ils assureront plus de la moitié des 2,6MMt de la « récolte », laissant le reste à 80.000 PME.

– le charbon doit davantage être transformé en « carbopétrole ». Grâce notamment au projet du groupe Yangkuan (Shaanxi), juste approuvé, qui produira 5Mt d’ici 2013 (moyennant 6MM²!), puis le double en 2020. Grâce à de tels efforts, en 2015, la dépendance pétrolière, aujourd’hui de 48%, serait contenue à 60%.

– le secteur du bâtiment ne va pas du tout. Faute de conception à la hauteur, et malgré la promesse des promoteurs, 47% des nouvelles constructions ne sont pas aux normes, causant un effrayant gâchis calorique: la construction chinoise (50% du monde), dévore 18% de l’énergie du pays. Mais la patience de Pékin semble désormais proche de l’épuisement, et les sanctions chauffent !

 

 


A la loupe : Surchauffe, subprimes – le taureau par les cornes

Les rouages du Conseil d’Etat ne cessent de tourner, confrontés à ce dilemme : comment réagir à la crise des subprimes aux USA.

Le risque est fort, et la Chine mal préparée. Ayant laissé monter en 2007 ses investissements productifs de 24%, elle se retrouve vulnérable, avec de fortes surcapacités industrielles, pouvant faire faillite si l’Amérique, déjà en récession, réduit ses commandes. La Chine doit donc immédiatement réduire la vapeur.

Problème : si son repli est trop faible, la vulnérabilité va s’amplifier. Mais s’il va plus loin que la récession US, il sacrifiera inutilement des jobs. Aussi sous l’égide de la NDRC (National Development and Reform Commission), au moins trois sommets financiers eurent lieu ce mois (les 9, 11 et 14). Des mesures d’exception furent prises, visant à ramener la croissance de 11,5% en 2007, à 8%, et l’inflation à 4,6%. Il faut dire que les derniers chiffres sont intolérables pour l’étranger, comme pour la population : 6,9% d’inflation, +48% d’excédent commercial, +58% la hausse du prix de l’huile végétale et +40% de celui de la viande!

Révélatrice de l’âpreté des débats, cette mesure fut prise par la Banque centrale (BPdC) seule, sans l’interprofession, contrairement à la pratique : les banques ont vu reconduire leurs quotas de prêts trimestriels. Et si les petites et moyennes ont reçu de quoi nourrir une croissance limitée, les grandes, « quatre soeurs » ont obtenu un quota égal ou inférieur à 2007, signifiant un gel de leur croissance: 365MM¥ à l’ICBC (soit, tout de même, 100M²/jour!), 350 à la CCB (la Banque de la construction), 310 à l’ABC (la Banque de l’agriculture), et seulement 260MM¥ à la BoC (la Banque de Chine), (20MM¥ de moins qu’en 2007- la raison de cette sanction n’es pas connue).  En outre, ces banques viennent de subir deux hausses de leur réserve obligatoire (à 15% des dépôts), et toute infraction sera punie en obligation d’investir en bons d’Etat payés en « clopinettes »…

Mesure plus vue depuis 15 ans : le retour au 15/1 du contrôle d’Etat sur les prix des vivres et des services, imposant l’accord de Pékin et de la province à toute hausse du producteur, et de sévères restrictions à la liberté d’étiquetage au détaillant. Tout manipulateur de prix se verra frapper d’une amende jusqu’à 100.000². Canton va même plus loin, envisageant de réintroduire les tickets de rationnement pour assurer aux pauvres leurs vivres à bas prix. Le résultat combiné de cet arsenal, et de la tempête mondiale des subprimes, a causé en deux jours (16-17/01), un rare effritement de la bourse de Shanghai de 5,3% – et ce n’est qu’un début !  

A noter que ces mesures-choc s’additionnent à celles de l’an passé, qui commençaient à agir dès décembre : la masse monétaire M2 décrut de 18,5% à 16,7%, l’excédent commercial baissa de 14%, à 22,7 MM$… Les choses sont claires : Pékin n’a jamais été si sérieuse, dans le projet de maîtriser sa croissance, et faire les réformes structurelles pour passer à l’économie durable.

 

 

 


Joint-venture : Areva—d’EPR en retraitement

Vale-Baosteel— le bras de « fer »

Comme chaque année à même époque, l’empoignade a repris entre Vale do Rio Croce (VDRC), le géant brésilien du minerai de fer (chef de file des miniers mondiaux) et Baosteel le sidérurgiste shanghaïen – sherpa des aciéries chinoises. Ensemble, ces groupes doivent convenir d’un prix annuel de base, qui fera référence mondiale.

Grosses colères et coups de Jarnac ne sont pas absents de ce tapis vert dont le résultat, il faut le dire, jouera sur une économie mondiale déjà dans tous ses états (chute moyenne des places boursières depuis 1er janvier 2008 = 9%). Ainsi, VDRC, pour exacerber le besoin et justifier ses exigences, a tout bonnement fermé un port d’embarquement et annulé 30 cargos pour la Chine, tout en « retardant » 20 autres bâtiments en février. Du coup, par rapport au 1er janvier, le cours du fret s’est effondré de 18%. En 2007, la hausse avait été « modeste », à 19,5%, faisant suite au « carnage » de  ’06, où les mineurs avaient emporté un butin de +71%. Cette année, selon une fuite australienne, ils attendent 50% – voire 70%. Ainsi le 16/01, comme pour répondre au « lock out » brésilien, Baosteel et ses alliés quittaient solennellement la salle… Pour y revenir le lendemain, toute honte bue, et prétendre qu’ils n’avaient jamais rompu les palabres…                             

NB: à noter l’attitude de l’administration chinoise. En 2007, exigeant le gel du prix de 2006, elle interdisait à ses aciéristes de signer, et aux ports de débarquer du minerai à prix en hausse. Or, il n’a fallu que quelques jours pour atteindre la déroute, des aciéries préférant signer « en douce » pour éviter la rupture de stock, tandis que le port écoutait la province plutôt que Pékin… Ayant appris la leçon, plus question pour Pékin de jouer l’interventionnisme. Par réalisme plus que par coeur, il se soumet à la loi du marché – qui lui sourit, quand même, plus souvent qu’à son tour !

Citi—c’est fini !

La semaine passée, nous évoquions un quasi-deal pour l’injection dans Citigroup de 2MM$ par la Banque du Développement (CDB), la banque politique juste recapitalisée de 20MM$.

Or, le 14/01, la tutelle décide que non. Par prudence, avant de dépanner des géants financiers américains, une économie en début d’une récession dont on ne voit pas le fond -pas question de risquer ses précieuses réserves. D’autre part, l’Etat ne semble pas avoir arrêté sa religion, sur l’autonomie d’action de la CIC (China Investment Co.), son tout nouveau bras financier.

Intéressant dilemme, alors que Gordon Brown le 1er ministre britannique est à Pékin pour plaider le placement de 200MM$ de la CIC à Londres, la plus vieille et « sure » place mondiale. Mais d’un point de vue chinois, tant qu’à investir, pourquoi City, plutôt que Citi ?

 

Areva, d’EPR en retraitement

« Il n’y a aucun problème avec la commande chinoise de 2 EPR », dit (17/01) un porte-parole d’Areva, le groupe nucléaire. « Le contrat se déroule selon le plan ».

Cette mise au point fait suite à deux bruits.

D’une «source proche du dossier», Pékin, pour honorer ce contrat de 8MM², exigerait l’ «engagement irréversible » du groupe de transférer aussi la technologie du retraitement. En effet, tel que signé le 26/11/2007, Areva et le groupe national CNNC (China National Nuclear Corporation) s’engagent à «étudier» (mais non à « réaliser ») une usine en Chine, pour 15MM².

D’autre part, un cadre cantonais de la CGNPC (China Guangdong Nuclear Power Corp)  serait sous enquête : un ancien d’Areva à Pékin, Paul Felten serait « retenu en Chine pour ses besoins ».

Or selon nos sources, voici quelques précisions :

1] l’enquête porte sur des contrats passés vers 2004, sans rapport avec la filière EPR. Paul Felten a été entendu, retenu quelques semaines pour vérification, puis est retourné en France début janvier.

[2] Il n’y a pas de pression sur le contrat EPR, le chantier est en préparation.

[3] Sur l’usine de retraitement, les négociations progressent « très bien ». Le cahier de charges se prépare, pour cet outil qui retraitera les déchets du programme nucléaire chinois à l’horizon 2020. Le seul obstacle – origine possible de la « fuite » vient de France: la perspective de confier cet outil pouvant être détourné à des fins militaires, ne plairait pas à tous. Toutefois, la signature du contrat EPR rend irréversible le transfert, comme la coopération future avec la Chine -sur le modèle de celle déjà en place avec le Japon !

 

 


JO : Jour J-200

[1] Au moment des Jeux, dans Pékin, se prépare un tournoi de wushu (Kungfu).

A Shaolin (Henan), berceau de ce sport, les moines-athlètes s’entraînent dans le froid, et des dazibao les encouragent à “chérir la culture du wushu et renforcer l’esprit olympique”. Pourtant, le Comité olympique a refusé d’admettre ce sport comme discipline des Jeux, et avertit que ce tournoi n’a rien à voir avec eux. Mais les amoureux du wushu, sourds à l’avertissement, persistent : être maintenus hors des Jeux Olympiques, quand le Japon y a placé son judo, et la Corée son taekwondo, est inacceptable !

[2] Rayon de soleil, campagne du ministère de la culture, démarre dans les salons de karaoké du pays, menée par les hommes de la sécurité publique. Son but : nettoyer ces 200.000  “entreprises de divertissement” de toute chose illégale -musique pirate, alcools frelatés, prostitution. Idem, les grands magasins, tel le Yashow à Pékin, seront purgés de toute copie des créations des grands couturiers. Au moins pour la période des Jeux, question d’image!

ª Pour monter en puissance avant les Jeux, l’équipe nationale  de football s’est mesurée à Munich au Bayern (13/01). Quoiqu’en match amical, le Bavarois écrasa l’hôte sans subtilité—7:2 !    Prochaine étape pour le 11 écarlate : Lyon, leader français de 1ère division, où il effectue 11 jours de stage et trois matchs amicaux.

 

 


Petit Peuple : Harbin : Yang fait de deux pédalos à la fois

Au début des années ’90, afin de survivre à l’extinction des fonds publics, les hôpitaux chinois se sont rués vers le marché de la greffe d’organe, qu’ils facturent au tiers du prix au client d’Asie, d’Amérique ou d’Europe, attirant ainsi chaque année des milliers de candidats à un sursis de vie.

Mais avant de voir débarquer les riches malades, il faut faire ses preuves. En 1998, c’est ce que voulait faire cet hôpital de Harbin (Heilongjiang), s’apprêtant à sa 1ère  transplantation cardiaque. Manquant de pratique, les carabins tremblaient à l’idée d’un échec, qui leur ferait rater leur entrée sur ce marché.

Aussi avaient-ils décidé de limiter les risques. Comme sujet, ils avaient pris un paysan sans le sou, Yang Yuyong (nom d’emprunt), et lui avaient proposé un marché aussi généreux qu’étrange. L’intervention serait gratuite. S’il survivait, il devrait vivre à demeure sur place – pour tester la médication post-opératoire, et comme réclame vivante du savoir-faire de l’hôpital. En compensation, et pour payer les traitements anti-rejets importés à prix d’or, Yang recevrait 4M¥ par an.

Les médecins pensaient faire une bonne affaire : s’il survivait, ce ne serait pas pour plus de quelques mois, peu d’années au plus… L’avenir se chargea de leur démontrer la faiblesse de leur calcul. Non seulement Yang récupéra à vitesse record, mais il fut pris d’une fringale de vie qu’il n’avait pas avant, apprit à danser,  conduire une voiture, se remit à tâter de la dive bouteille, à rechercher les faveurs de jolies demoiselles… Bientôt, n’y tenant plus à cette vie sédentaire, il investit avec son pactole dans une boutique, en plein coeur de l’hôpital (bravant les supplications des toubibs), vendant à prix exorbitant les paniers de fleurs, fruits, et sous le comptoir, les cigarettes et 白酒 baijiu, alcools blancs…

Six ans après, la santé de fer de Yang poussa au désespoir les hommes en blanc, voyant leur profit si durement gagné, dévoré par leur ingrat malade. Cauteleux, tournant autour du pot, ils vinrent le voir dans sa mansarde, pour lui signifier leur décision terminale : Yang allait devoir refaire sa vie ailleurs : ils lui coupaient les vivres, et le priaient de décamper avec son échoppe à roulettes – sur le trottoir d’en face, par exemple.

Yang alors,  leur asséna la réplique qu’il affûtait depuis tant d’années, et qui les acheva: s’ils le faisaient, il interromprait son traitement. Ainsi, sous 3 mois, il quitterait ce monde de douleurs -mais non sans avoir prévenu tous les sites et média médicaux, de la nullité de leur traitement. Après ça, nul riche nippon, canadien ni koweiti, ne viendrait plus jamais leur confier son faible coeur…

Vaincus par son chantage, les chirurgiens capitulèrent. Aujourd’hui encore, tandis qu’il fanfaronne en son commerce dans le hall d’accueil, ils lui versent sa rente. Sans se priver de grommeler que Yang joue les écornifleurs, ayant brouté sur leur dos son sursis de vie, puis sa fortune. En Chinois, on appelle cela  脚踏两条船 (jiaota liang tiao chuan) : faire de deux pédalos à la fois !