Le Vent de la Chine Numéro 6

du 12 au 18 février 2007

Editorial : Le temps qu’il fait sur la Chine…

[1] Il suffit de regarder par la fenêtre pour constater la dégradation du climat chinois. Le 5/02, on atteignit 16°C, record absolu en 167 ans. Les magnolias de la capitale bourgeonnèrent 30 jours à l’avance. Il fit au Dongbei 4,1°C de trop. Déjà la sécheresse menace.

[2] Shanghai affirme (7/02) qu’elle gagne sa guerre anti-Atlantide, contre sa propre immersion. Dans les années ’60, elle pompait dans ses nappes phréatiques, et s’enfonçait de 10 cm/an. A ce rythme, elle aurait dès 1998 mérité le sobriquet Xiahai (下海, « ville sous la mer »). Cependant les mesures de salut public de l’époque renoncèrent à tout puisage et limitèrent le poids des structures nouvelles en zone sensible. L’affaissement fut donc ramené à 7,5mm, en 2006, et retrouvera une hauteur de 7mm, en 2010. Il est temps : la mer n’est plus qu’à 4m ! Shanghai (20M habitants), affirme avoir assez d’eau, venant de deux sources dont le Yangtzé. Pour 1,6 MM², elle vient de creuser un réservoir de 400Mm3. Assez pour étancher sa soif – tant que les glaciers du Tibet seront là pour alimenter le Yangtzé, soit 35 ans…

[3] Avec un luxe de détails, Caijing, le journal privé des affaires, tire le voile sur une carambouille effarante et sans doute, le record des 10 dernières années: la privatisation de Luneng, grande entreprise dEtat du Shandong. En mai 2006, en secret et en toute opacité, 92% de ses parts passèrent à Shouda et Guoyan (groupes privés), à prix très amical, 373M², pour un patrimoine (mine, immobilier, distribution électrique) estimé à 7,4MM² !

Les vrais repreneurs constituent un trou noir. Guoyan et Shouda n’existaient pas trois ans avant. Guoyan (57% de Luneng), est financé par New Times, Fonds d’investissement, mais les trois groupes ensemble, n’a-vaient pas en caisse, les fonds suffisants pour cette transaction—le vrai argent vient d’ailleurs !

 Protégé par la province du Shandong, Luneng a prospéré dans le pays, en rachetant mines et centrales à des prix qu’elle imposait, grâce à sa position dominante de distributeur.C’est pour cela que la réforme de l’électricité en Chine (2001) obligea la scission entre producteurs et distributeurs. Mais Luneng fut exempté – le seul groupe. Privilège obtenu, révèle Caijing, en cédant ses parts aux employés pour contourner la loi anti-trust. En 2006, il y échappe une 2de fois, en privatisant, après avoir forcé les employés à rendre leurs parts.

10 ans plus tard, son ex-boss Liu Zhenya, promu patron de Stade Grid le réseau national (1er groupe du pays), fait passer le futur réseau national, à travers les bases ainsi acquises par Luneng. 

On voit donc deux victimes (l’Etat, les  employés), et deux gagnants – les vendeurs et repreneurs, réels ou prête- noms. Le journal Caijing réclame un audit, et que soit introduit en Chine la pratique de l’appel d’offres sur les marchés publics -pour que l’Etat protège enfin le patrimoine de la nation, des appétits de ses hauts commis. Pour l’instant, Caijing prêche dans le désert…

 

 


A la loupe : MSN-Chine retrousse ses manches

MSN-Chine, portail Internet de Microsoft, prépare pour les mois à venir un service de recherche d’emploi en ligne, en chinois : une des meilleurs idées pour attaquer son concurrent QQ, du groupe Tencent, le leader en perte de vitesse avec 69% du marché en 2006 contre 79% en 2005. Pour celà, MSN négocie le ralliement d’un chasseur de tê-tes en ligne tel 51job, ChinaHR, Zhaopin, qui tiennent 35 % d’un marché de 115M² en 2006, avec 44% de progression.

Ce projet est une des cordes supplémentaires que MSN veut rajouter cette année à son arc chinois, pour gonfler ses 15% du marché et 20M de clients. Parmi les autres services concentrés sur son site (outre le courrier électronique, les blogs et la messagerie instantanée), MSN a lancé en janvier 2007, son agence de voyage, avec la complicité de Ctrip.com, le plus gros voyagiste en ligne du pays. MSN-Chine est une JV à 50/50 avec un partenaire de poids, mais qui pourrait s’avérer encombrant à l’avenir : la Shanghai Alliance Investment dirigée par Jiang Mianheng, fils de Jiang Zemin. Microsoft prend très au sérieux cette étape cruciale de son développement sur le 2e marché Internet du monde (137M abonnés), et annonçait début février, l’ouverture à Shanghai, de son 1er centre de R&D à l’étranger, pour ses services MSN en chinois.

Début 2007, on apprend également l’arrivée de MySpace (mai sibei, en chinois). Le serveur de réseaux et communautés électroniques de Rupert Murdoch sera développé par une compagnie locale, sous la férule de Mme Murdoch, chinoise d’origine. Ce sera un autre concurrent pour MSN-Chine, et pour son service MSN-Space…

Ces bras de fer rappellent ceux de Google avec Baidu (sur le créneau du moteur de recherche), de e-Bay avec Taobao (sur celui des galeries commerciales virtuelles). En décembre, e-Bay jetait l’éponge, cédant la direction de son affaire chinoise au Hongkongais Tom-Com. Maîtres sur leur terrain, en dépit d’un retard technique parfois lourd, les compagnies locales caracolaient en tête jusqu’à hier – mais le vent tourne !

 

 


Joint-venture : Nestlé entre chiens et chats

Le câbleur Nexans branche Hainan

Leader mondial de l’industrie du câble, Nexans (France) signe le 6/02 un contrat ambitieux par son montant et sa technologie. Il s’agit de fournir et de poser une liaison haute tension sous-marine sur les 30km entre Hainan et la terre ferme cantonaise, capable de convoyer vers l’île jusqu’à 600MW d’électricité.

Ce qui suppose un câble de 80cm de section, isolé à l’huile, dont la fabrication sera réalisée par le nippon NVC, filiale Nexans à 66%. Il sera déposé par 100m de fonds en moyenne par le Skaggerak, navire de Nexans, pour les clients CSG (HEV Power Transmission) et Nandian Power Equipment. 

Par ce contrat, Nexans poursuit sa politique de développement sélectif et progressif en Chine, avec un taux de croissance de 33%. Mais optant résolu-ment pour la rentabilité, Nexans s’est recentré sur le câble à énergie, et a cédé pour 32M Eur au groupe Superior Essex, le 31/01, ses usines de fil émaillé au Canada (à Simcoe) et à Tianjin. 350 emplois changent de propriétaire.

Nestlé entre chiens et chats

        Quinze jours avant la fin de l’année du Chien, Nestlé ouvre sa 5ème usine à Tianjin, sa 21ième en Chine : Purina, d’aliments pour chiens et chats.

Ses 7,9M Eur d’invest lui assurent une capacité de 20.000t/an de produits, tels Dog Chow et Friskies : 24,5% du marché mondial. Le site de Tianjin s’est imposé par son abondance de matières 1ères (fève, maïs, blé), les infrastructures de sa zone de Binhai et son port, promesse d’export futur. Mais l’atout majeur, c’est la région, 200M de citadins qui vieillissent séparés de leurs enfants, reportant leur affection sur leurs animaux, assurance contre la solitude. Pékin seul a 1M de chiens. Pour tout le pays, boîtes et croquettes pour chiens et chats, vaudront 600M² en 2008, 1,5MM², cinq ans plus tard. Produire sur place, pour Nestlé, c’est gagner en fraîcheur, en délais et frais de transport. C’est aussi rattraper son rival Mars, Pékinois depuis 1997 («Pedigree», «Whiskas») et le Chinois Tongwei (Chengdu). En Chine, Royal Canin en reste encore au stade de l’importation.

Logiciel – Satyam l’Indien se jette à l’eau chinoise

Satyam, le 4e groupe indien du logiciel, sondait le terrain chinois depuis 2002, ayant recruté 500 chercheurs entre Pékin, Shanghai, Canton et Dalian.

Cinq ans plus tard, le temps de la décision est venu : Satyam ne peut être absent de cette place forte de l’industrie globale du XXI. siècle. Il installe à Nankin (Jiangsu), son site le plus important en dehors de l’Inde. Dans une zone high tech conçue pour 300 implantations de software, il crée son campus de 2500 ingénieurs et techniciens, regroupant en plus des bureaux et laboratoires, des logement, un restaurant, un supermarché et espaces de détente. Satyam s’apprête ainsi à réduire ses coûts, et diversifier sa clientèle – Europe et USA représentent plus de 85 % de ses recettes. Le campus de Nankin ouvre dans 12 mois. Cette initiative a aussi pour but de ne pas laisser la place libre à ses grands concurrents.

Infosys, n°2 du logiciel dans la péninsule indienne, prépare en Chine deux campus du même genre, pour 6000 employés. Quant au leader indien de l’informatique, Tata Consultancy, il attend au chaud, ayant créé avec trois partenaires chinois et Microsoft, une JV qui prépare son débarquement au Céleste Empire !

 

 


A la loupe : OMC : anti-dumping acier… et loi du Talion

Dans notre dernier numéro, nous annoncions le dépôt d’une plainte des Etats-Unis le 2/02 contre la Chine devant l’OMC, (l’Organisation mondiale du commerce). La Chine soutient ses industriels exportateurs, par le biais d’aides fiscales, de restitutions de TVA sur les aciers, textile et électronique, made in China, secteurs ainsi subventionnés sur les marchés extérieurs.

La réponse de Pékin marque l’embarras, voire sa vulnérabilité à l’offensive américaine. Dans les heures suivantes, la presse locale affectait de brocarder la démarche « pitoyable » de Washington. Mais dès le 5/02, avec luxe de détails, elle faisait marche arrière,annonçant la «probable» suppression ou réduction de 136 positions tarifaires sidérurgiques : annulation pure et simple des ristournes de TVA (de 8%) sur l’acier bas de gamme, entaille drastique dans la prime de 13% à 5% aux aciers de qualité. Ces mesures seraient applicables au 18/02, jour du Chunjie—autant dire que concernant l’acier, la plainte américaine s’éteint d’elle-même.

Rétrospectivement, ces primes semblent compenser les sidérurgistes chinois des 79% de hausse de prix du minerai, imposé l’an dernier par le cartel des exportateurs australo-brésiliens. En 2006, ces grâces de TVA avaient fait doubler l’export chinois (vers Etats-Unis, Union-Européenne, Corée), de +110% à 43Mt, tandis que l’import chutait de 28% à 18,5Mt. Depuis des mois, Pékin préparait leur élimination, tant pour refroidir l’économie que pour prévenir des gestes d’impatience des blocs partenaires, et laisser faire le ménage dans sa sidérurgie hypertrophiée et souvent non-rentable.

Coïncidence ou non, le ministère du commerce impo-sait le même jour un droit anti-dumping de 17 à 35% pour 5 ans, sur l’amidon de pommes de terre de l’Union Européenne, pour (sic) « sauver du désastre » son industrie, frappée d’une réces-sion de 30% en 2005—mais elle a rebondi de +60% en 2006, suite à l’annonce de cette taxe. La publication du droit anti-dumping, au  jour ouvrable suivant la plainte US, est faite pour rappeler que la défense anti-dumping chinoise veille, pour protéger son offensive commerciale. En 2006, 86 enquêtes anti-dumping/ antiprotectionniste ont été lancées de l’étranger, +37%, pour une valeur de 2,05MM$. La Chine, à son tour, s’exerce au maniement de cet outil !

 

 


Argent : Fonds de pension—la Banque de la Communication éponge

Fonds de pension—la Banque de la Cmmunication (BoComm) éponge

 Après le scandale du fonds de pension de Shanghai, qui fit chuter, en octobre 2006, le Secrétaire du Parti Chen Liangyu, la mairie fit rapidement savoir que les 400M$ manquants, prêtés à une douzaine de projets avaient été «récupérés jusqu’au dernier yuan ».

C’est certainement vrai pour les projets étrangers, tels les 1,5MM¥ prêtés au Hongkongais Shui On qui remboursait dès décembre, en empruntant 875M¥ à sa banque concitoyenne HSBC.

Pour l’hypermarché Super Brand Mall, du groupe thaïlandais Chia Tai,l’affaire se complique: 2,5MM¥ ont été prêtés, pour renflouer les caisses de ce dinosaure déficitaire, depuis son ouverture en 2002. Ici, c’est la BoComm, (la Banque de la Communication) – 6eme banque du pays, qui a été priée d’intervenir, comme leader d’un syndicat de prêteurs, pour rembourser au fonds ces 2,5MM¥. La seule bonne nouvelle pour Chia Tai, c’est qu’il a huit ans pour dédommager ses créanciers -qui ont été forcés à l’être, et devraient maintenant avoir du souci à se faire…

Yuan : la Banque centrale « suit son plan » !

Au cours du 9/2, à 7,7476 contre 1US$, la « monnaie du peuple » (Renminbi) a gagné 6,7% depuis juillet 2005, date d’abandon de l’index au USD.

L’«appréciation graduelle» (comme l’appelle l’économiste Fan Gang) s’accélère, battant un record d’un seul jour le 1/2 avec 0,24%. Une hausse bridée par la Banque centrale, mais imposée par la pression des 177MM$ d’excédent commercial (+70%) et la fusée des réserves de change, qui atteint 1070MM$.

D’autant que décembre 2006 a connu 2,8% de hausse de l’indice des prix à la consommation, record en deux ans, dû à une forte demande en grain, que trois récoltes plantureuses de suite ne satisfont pas. Que fera la Banque centrale, durant la « trève des jiaozi » durant les fêtes du Chunjie ? elle a promis (6/02) d’éponger plus vite les liquidités en circulation. Mais s’est refusée à an-noncer une nouvelle hausse des taux d’intérêts. Une réévaluation radicale du Yuan est à exclure, dit Lin Yifu, boss du China Center for Economic Research, car elle profiterait avant tout à la spéculation, mais causerait le crash de secteurs ne survivant que du renouvellement de leur dette. Le pari de la Bank of America : +4,5% d’ici décembre prochain, à 7,4 yuans pour un billet vert…

 

 


Pol : Marché des droits de carbone : Mittal anticipe

Marché des droits de carbone : Mittal anticipe

Secret de polichinelle : la Chine, qui va dépasser  en 2009 les Etats-Unis comme 1er émetteur de dioxyde de carbone, lance le mois prochain, avec la NDRC (National Development and Reform Commission) et le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) de l’ONU, la 1ère bourse asiatique des droits d’émission de ce gaz à effet de serre.

En revendant des crédits de pollution aux pays développés, elle financera sur son propre sol les équipements de captation de tels gaz. Le projet inclut en amont du circuit, la création de douze maisons de courtage dans le grand-Ouest, entre Xinjiang et Mongolie intérieure, pour y négocier l’introduction de filtres et autres systèmes, dans les usines locales. Le coût global de cette bourse et de ses courtages serait 1,7M$ en trois ans.

C’est ici que Mittal, 1er sidérurgiste du globe, prend le monde par surprise en  se portant volontaire pour contribuer au plan, pour un montant non précisé. Ce faisant, il en tire trois avantages.

[1] il se fait accepter de la Chine, jusqu’à présent soucieuse de lui barrer la route du rachat de ses aciéries.

[2] Il s’implante dans l’Ouest, région moins courue, mais aux plans ambitieux et prioritaires.

[3] Il s’initie à ce marché encore dans les langes, appelé à revêtir une importance énorme à l’avenir (l’agent commercial de notre ciel bleu de demain) et dont l’épicentre sera la Chine.

Religion : regain pour l’ « opium du peuple »

Selon les statistiques officielles, les Chinois fidèles d’une religion ne pouvaient dépasser les 100M. Mais selon le sondage de Tong Shijun et Liu Zhongyu, professeurs à l’Université Normale de Shanghai, auprès de 4500  adeptes à travers le pays, ils seraient en réalité 300M, le triple!

67% appartiennent à quatre confessions mondiales – bouddhistes, taoïstes, chrétiens (40M, entre protestants et catholiques) et musulmans. Les 33% restants—chiffre énorme – croient en des divinités populaires tels le Dragon (« noir », ou « Roi ») ou le Dieu de la Fortune, et en une myriade de sectes et syncrétismes historiques et locaux. Ce nouvel élan de ferveur est nourri par l’exigence de repères et la crainte de solitude : 24% s’y adonnent par besoin spirituel et envie de fuir le matérialisme dominant, en quête d’un sens à leur vie. Mais plus encore de fidèles (28%) prient  pour se concilier la divinité, obtenir protection contre maladies et catastrophes, face à un examen, avant un voyage etc.

Pour autant, la sociologie des fidèles réserve des surprises : une large proportion provient des zones côtières, les plus riches et éduquées. Ils sont surtout jeunes :  plus de 60% ont moins de 40 ans. Quant aux fruits qu’ils tirent de leur foi, ils ont de quoi faire réfléchir : 72% se disent plus heureux que du temps où ils étaient athées. Forme de désaveu  pour ce régime qui tente toujours, comme depuis 60 ans, de détourner sa société de la « superstition » vers les valeurs « scientifiques »…

Le coup de boule du foot chinois

Lourdes difficultés rencontrées par l’équipe olympique, en tournée «amicale» en Europe depuis le 9 janvier : trois matchs « amicaux » (!) sur neuf ont dégénéré.

Le dernier (9/02) contre le Queens Park Rangers (Londres) vit 30 joueurs échanger boxe anglaise contre kung fu. La partie fut interrompue à 2-1 pour le QPR. Un Chinois fut hospitalisé, machoire cassée. D’autres matches contre Chelsea et une équipe de Marseille, furent émaillés d’incidents. Déjà en juin 2006, un « France-Chine » de préparation à la coupe du monde avait vu briser la jambe de Djibril Cissé, l’international marseillais…

Après l’incident de Londres, la Chine a réagi dans le bon sens. Le capitaine du onze olympique s’est excusé. Sept de ses joueurs ont été rappatriés sous 24h. La Fédération chinoise promet enquête et sanctions. Reste à résoudre l’énigme du comportement agressif sur le terrain. A l’évidence, les joueurs ne sont individuellement en cause. Il faut chercher dans la formation : une crise de croissance d’un sport neuf, d’un jeu exporté hors de son berceau d’origine, en n’en reprenant que la technique, dans l’ignorance de sa philosophie d’épanouissement individuel et d’esprit d’équipe. Une maladie qui s’explicite aujourd’hui dans le ballon rond, mais qui est présente dans toutes les disciplines sportives.

 

 


Temps fort : Agriculture : Regarnir la tirelire du paysan

Le 6/2, Tang Shuangning, vice-Président de la tutelle bancaire CBRC (China Banking Regulatory Commission), a dressé le bilan des prêts aux paysans par les banques et coopératives de crédit en 2006 : 260MM², 20% de plus qu’en 2005, incluant 120MM² aux industries rurales (+15%) et 92MM² (+23%) aux fermiers. C’est un rythme de croissance plus rapide que celui des autres types de prêts (20%), qui traduit l’effort du pouvoir central pour encourager la redynamisation du monde vert chinois.

Cet univers reste pourtant l’oublié du crédit chinois, avec trop peu d’acteurs et de produits financiers pour paysans. Pour combler la soif des campagnes en argent, la CBRC garde sa priorité à cette réforme de la finance rurale. Elle se donne « 5 à 10 ans » pour assainir les coopératives, source n°1 d’argent aux paysans, et les refondre en groupes à capitaux mixtes. Neuf autres canaux de crédits devraient naître ou réémerger, dont l’ABC, la Banque de l’Agriculture, désendettée, (4ème banque du pays) qui créera un réseau d’agences cantonales, trait d’union bancaire entre ville et village. Telle aussi la Banque de développement de l’agriculture, organe « politique », dont le mandat sera le financement d’infrastructures à fonds pedus pour zones déshéritées. Les banques « de la ville » arrivent après l’assouplissement, fin 2006, des conditions d’établissement à la campagne. Sept locales ont déposé leur demande, dont Minsheng, Beijing Rural Commercial et Tianjin Rural Cooperation Bank. Deux étrangères—les Hongkongaises HSBC et Standard Chartered  ainsi que le Grameen Trust (groupe de micro-crédit du prix Nobel bengali Muhammad Yunus) expriment aussi leur « intérêt » – avec la bénédiction de la China Banking Regulatory Commission.

Mais le fer de lance de cette démocratisation » reste le système postal, tire-lire du monde rural : Postal Savings Bank (PSP) est née le 1/01, de la scission d’avec la poste, 5ème banque du pays. D’énormes défis l’attendent :

[1] apprendre ce métier (le prêt) qui lui fut interdit depuis toujours ;

[2] créer une chaîne de décision fiable entre maison mère et 37.000 agences dont 60% en zone rurale, malgré deux niveaux intermédiaires ;

[3] gérer 86,6MM² d’actifs mais seulement 1,9MM² de capital enregistré, ce qui peut gêner les investissements futurs, et

[4] prêter aux paysans, affaire à risque, que la Bnque de l’Agriculture limite à 20% de ses prêts totaux… Pour cette première année, la banque PSB limite ses ambitions à un chiffre d’affaires de 6,6MM² soit +5,5% – simple mise en jambe !

 

 


Petit Peuple : La botte secrète de la vieille Teng

En train de nuit de Changsha à Shimen (Hunan), le 26 /03/06, Teng Ziyang joua de déveine. Usée par l’âge (60 ans), elle s’endormit et manqua deux correspondances, transformant un trajet de 4h en une odyssée de 20h.

Teng retournait au village lever des fonds, pour payer les soins hospitaliers de sa petite-fille de 3 ans, atteinte de leucémie. Aussi, dans le wagon, pour tuer le temps, elle récupéra les bouteilles de plastique vides. A l’arrivée, bien pliées dans son sac, elle en avait 28, qu’elle revendrait au total 6¥, autant de gagné pour la gamine, croyait-elle. Hélas elle ignorait la campagne en cours, secrète mais féroce, qui traquait des personnes modestes comme elle, sur des petits délits, comme la collecte des déchets dans le train !

Dénoncée, à la gare, elle fut embarquée et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle fut condamnée en flag’ , à cinq jours fermes. Elle se retrouva en prison, ses cannettes confisquées :  tout était perdu, « et le poulet qu’elle voulait attraper, et ses grains de riz qu’il avait picorés! » (tou ji bu cheng, she ba mi, 偷鸡不成, 赊把米) !

Deux jours après, son fils enfin prévenu vint la libérer, moyennant 475¥ d’amende et frais de séjour. C’est alors que déraille le train de notre histoire : refusant de plier l’échine, le fils défendit sa mère, bec et ongles. Prudente, la presse ignora deux mois durant ses courriers vengeurs. Jusqu’au jour où il mit l’histoire sur internet, ajoutant l’aveu choquant de l’interrogateur de sa mère : on avait fait exprès d’occulter l’interdit de collecte d’ordures, afin de mieux serrer les innocents voyageurs…

Sur la toile, l’annonce fit l’efffet d’une bombe : en une semaine et demi, 280.000 internautes visitèrent le site, se fendant de 11.000 commentaires outragés. Face à la vindicte populaire qui ne faisait que croître, l’officine provinciale se fit vite «remonter les bretelles» depuis Pékin : neuf jours après, dans leurs meilleurs atours, les patrons de la police ferroviaire et municipale, bouche en coeur, toquaient à l’huis de la mère-grand pour lui remettre des fleurs, son décret d’élargissement, et l’argent confisqué lors de l’arrestation.

Ils offrirent aussi 6000¥, en soins pour la petite. La vieille refusa. Elle ne voulait qu’un yuan symbolique, et des excuses -vite obtenues. L’argent des soins pour l’hôpital viendrait plus tard, grâce aux souscriptions des média fascinés par cette histoire, et des citoyens, éblouis par l’audace du fils et de la mère !

 


Rendez-vous : La Chine, en préparation du Nouvel An chinois

La Chine s’apprête à célébrer le Nouvel An chinois (le 18 février)…

Et avant qu’il ne soit trop tard, le Festival des Glaces, à Harbin, jusqu’au 25 février !