Le Vent de la Chine Numéro 1

du 9 au 15 janvier 2006

Editorial : Hu Jintao reprend la main

Les catastrophes de 2005 ne pouvaient rester sans suites : les explosions de grippe aviaire s’alternant aux accidents miniers, aux 74.000 émeutes de 2004, et aux scandales financiers, à la pollution au benzène de divers cours d’eau, évoquaient un contrôle faiblissant de l’appareil.

A faveur de l’hiver,   le Président et 1er Secrétaire Hu Jintao tente une reprise en main.

Sanctions de cadres : entre autres, on note (28/12) la prison à vie pour Tian Fengshan, ex-ministre des mines et gouverneur du Heilongjiang convaincu de corruption et le limogeage (30/12) de deux vice-gouverneurs et 40 cadres, pour 5 catastrophes minières ayant causé 500 morts.

Idem, on serre la vis de la censure : Beijing news, le trop audacieux quotidien perd Yang Bin, son rédacteur en chef et deux  autres cadres (27/12), punition qui déclenche la grève inouïe de 100 journalistes. C’était la 2de frappe contre un média en un mois. Par contre, peut-être en préparation d’une visite de Hu aux USA, le journaliste dissident Jiang Weiping est libéré (4/01) un an avant terme. Mais l’autoritarisme s’exprime dans la rue, par une permissivité en sourdine lors des fêtes de fin d’année – un concert spirituel, un festival gay annulés…

Ces mouvements vont de pair avec des actions de renfort tous azimuts de l’audience du Président.

Auprès du Parti, quatre gouverneurs sont nommés (24/12) dans des provinces- clé – Guizhou, Heilongjiang, Hunan, et Chongqing.

Auprès de l’armée : deux généraux fils de Zhang Zhen et de Liu Shaoqi, leaders historiques, nommés commissaires politiques.

Et auprès de la population, on annonce quelques largesses pour l’an 2006, tels ces 100M² de subventions  aux céréaliers, 550M² pour les fêtes du 春节 Chunjie (nouvel an lunaire, ce 29/1); la renonciation à 10MM² de taxe rurale (totalement abolie!), et affectation de 21MM² sur 5 ans, pour l’éducation rurale

Hu vient d’émettre un nouveau slogan, les San he 三合 (« 3 harmonies »), qui parlent de paix avec monde, Taiwan et société chinoise. De connotation confucéenne, elles rappellent les «3 représentativités» de Jiang Zemin, mais surtout les « 3 tolérances » de son ancien maître Hu Yaobang. Ce slogan constitue probablement un tournant par rapport au précédent, dit de la « modeste prospérité » 小康 (xiaokang). Sa philosophie : contenir les débordements; réformer côté éducation et sécurité sociale (cf article de tête), surtout aux paysans; mais surtout, ne pas prendre de risque en émettant de faux espoirs de démocratie !


A la loupe : La Chine, Soleil vert, contre effet de serre

Face aux cinq continents, Pékin prend un pari à long terme, audacieux mais immédiatement lucratif, en occupant le 1èr rang sur le marché du droit à polluer, un des outils du protocole de Kyoto, consistant à échanger les « crédits d’émissions » de gaz à effet de serre. De ce marché, une partie est trusté par l’UCF, (Umbrella Carbon Facility) émanation de la Banque Mondiale, avec ses fonds d’origine à 75% privée. Encore à l’état natif, ce marché est controversé : les Etats-Unis n’y adhèrent pas, et en pratique, comment vérifier que les fonds sont affectés selon les règles, surtout dans les eaux troubles d’économies non libérales ?

Or, le 19/12, à Pékin, deux firmes du Jiangsu ont signé avec l’UCF deux contrats pour 930M$, le plus gros marché de ce type jamais réalisé sur terre – usant plus de 50% de ses fonds!

Zhonghao (Changshu) et Meilan (Taizhou) produisent des CFC, dont un sous-produit indésirable est le trifluorométhane (HFC-23), 12.000 fois plus nocif que le CO². Pour leurs capacités de 40.000 et 50.000t /an (de technologie fruste, mais au volume énorme – Meilan est n°3 mondial), les 2 usines recevront des chaudières qui réduiront  le déchet gazeux. Par cet investissement, 19M t d’équivalent CO² par an seront détruits.

Pourtant, deux bizarreries vont nourrir la polémique, voire desservir la cause de l’écologie onusienne:

 parce que bâtie après 2004, hors date-limite du protocole de Kyoto, la nouvelle ligne de production de Meilan (20.000t/an), non-éligible à ce filtre crachera librement dans les airs son HC-23.

‚ ce mécanisme est réservé aux groupes à 51% chinois, causant une distorsion de concurrence, contraire à l’esprit de Kyoto et à l’OMC. Des leaders étrangers comme Arkema qui ont pris le risque de venir en Chine, voient leur avance technologique est éradiquée par les subventions des Nations Unies. En somme, « ce sont les mauvais qu’on récompense » ! L’UCF y retrouve son compte, en recevant, sur ce méga-contrat, la crédibilité (le volant thermique financier) qui lui manquait !

Enfin, le grand gagnant est peut-être l’Etat chinois, qui encaissera 65% de la vente des crédits d’émission dans son Fonds de croissance propre, en cours de mise en place avec le soutien de la Banque mondiale.

Ainsi, par un contrat qui lui rapporte sans lui coûter, la Chine s’installe au coeur des initiatives d’avenir de nettoyage de la planète. Revendiquant ainsi un rôle  de « soleil vert » écologique. Un comble, pour un des plus (toujours plus!) grands pollueurs sur terre!

 

 


Joint-venture : JV: La Guangdong Development Bank à Citigroup

n Capuccino arrosé pour Starbucks, qui obtient en justice à Shanghai (2/1) la tête de son rival pirate Xingbake : l’interdiction de fonctionner sous ce nom, et 62.500$ de dédommagement.

En 2005, la marque cévenole Montagut avait gagné à Pékin contre deux groupes cantonais, condamnés à lui verser 43.000$. Le tribunal avait aussi épinglé le marché de la Soie, temple du faux sac – Gucci, des cravates Vuitton et autres ceintures et portefeuilles A. Dunhill. Xiushui Haosen, la firme gérante devra payer 13.000$ à cinq de ces grandes maisons. Montant symbolique : à travers le monde, elles perdent 60MM$/an dans la copie chinoise. Enfin, la thématique du respect de la propriété intellectuelle rejaillit là où le régime ne l’attendait pas : Un membre du Parti se voit accusé de plagiat par un ex-dissident, qui y retrouve sa prose. La censure a passé la consigne de silence sur «l’interprétation constitutionnelle du républicanisme», par Zhou Yezhong, prof de droit à Wuhan.Wang Tiansheng, le vrai auteur a passé 5 ans à l’ombre en 1992. Aujourd’hui dans les affaires, Wang se rebiffe, et veut porter une plainte, que le système fait tout pour étouffer !

 

n Les jeux sont faits (29/12)b: c’est au consortium Citigroup que revient la Guangdong Development Bank (GDB), moyennant 3,2MM$ pour 85% des parts.

Egalement candidats, la Société Générale  (en équipe avec Huawen, Cie d’invest locale) et Ping An, 2ème assureur du pays, n’auraient servi, disent les observateurs, qu’à faire monter les enchères ! Citigroup avait été évincé par HSBC du mariage avec la CCB (la Banque chinoise de la construction) : il a « mis le paquet », rajoutant 1MM$ sur sa mise initiale pour payer le double du prix « étiquette ». Pour combler l’endettement abyssal de la GDB,  la tutelle a fait voler le plafond des 20% de capital autorisés aux étrangers. Le n°1 mondial du service financier s’est aussi donné les moyens de reprendre cette banque aux 500 filiales, en intégrant dans son club d’investisseurs plusieurs GEE, telle la corporation d’import export alimentaire. Citigroup compte garder 50% des parts pour lui-même.

NB : sur la même bande passante, la Banque de Tokyo-Mitsubishi est en négociations finales pour entrer dans la BoC, devenant ainsi son 4ème actionnaire. L’accord serait suffisamment avancé pour être signé d’ici mars – crispations nationalistes mises à part.

 

 


A la loupe : La locomotive folle de l’énergie chinoise

Cela fait ronflant -comme une chaudière bien réglée. Cela contredit toutes les prédictions d’experts étrangers. Mais c’est sans doute vrai : Zhang Guobao, n°2 à la NRDC (la commission nationale de développement et de réforme) affirme que les coupures de courant, endémiques en 2005, réduiront en 2006, et disparaîtront en 2007.

La raison de l’embellie, est le programme forcené de création de centrales électriques, qui porte ses fruits : avec +60GW nouveaux en 2005 (= un Royaume-Uni) et 500 GW installés, le déficit  baissera, de 25GW l’an dernier, à 9GW en ’06. Le 11. Plan verra éroder l’écrasante domination du thermique (73,7%) par des investissements dans l’hydroélectrique (dont 4 barrages sur le Yangtzé, soit 2 fois les « Trois Gorges »), le nucléaire avec au moins 15 centrales prévues, dont 4 à la mer, entre Dalian (Liaoning) et Haiyang (Shandong) ; et l’éolien2,5MM$ sont mis de côté pour le seul secteur des énergies renouvelables.

Mais bien sûr, la base de l’électricité locale, c’est le charbon: ici aussi, un titanesque redéploiement vient à son terme.

En peu d’années, la production est passée de 1,3 à 2,26MMt. Après 2 années fastes pour les groupes houillers, leur tutelle CEC (China Electricity council)  vient de supprimer le prix-plafond pour charbon-vapeur, à la veille de la conférence de l’interprofession (1-9 janv), priant électriciens et charbonniers de s’entendre sur le cours : on en attend une baisse de 5 à 10%.

Côté pétrole, on note 2 faits signifiants:

[1] une prime d’1,17MM$ à Sinopec (qui assure 60% du commerce intérieur), en compensation de 20% de ventes à perte pour cause de flambée des cours.

[2] Cnooc (China National Off-shore Oil Corporation) paie un prix imprévu pour ses efforts de modernisation : à 59% en Assemblée générale, ses actionnaires minoritaires lui interdisent d’investir à la hussarde à l’étranger. Rejoignant ainsi, étrangement, le Congrès US qui avait lui aussi barré à Cnooc la route du rachat d’Unocal l’été dernier… Ce qui rapproche Cnooc d’une vraie multinationale, moins télécommandée par le Conseil d’Etat, plus par le profit, et ses actionnaires.

Pour revenir au nucléaire, on voit un recul de participation de l’étranger. La Chine tend vers l’indépendance, et joue la concurrence pour forcer le transfert de technologie sans contreparties. Fait notable : le Pakistan lui achèterait jusqu’à 8 centrales de 600MW, pour 7 à 10MM$. Donc plus petites que le module int’l, mais moins cher. Livraison pour 2015. Même si Islamabad dément encore : avant même de maîtriser sa filière, la Chine prépare sa vocation d’exportateur mondial, concurrençant ses maîtres d’aujourd’hui!

 


Argent : Fiançailles pour Sinotrans, China Merchants Holding?

n Malgré quasi-20 ans de Joint Venture avec DHL, Sinotrans, la Grande entreprise d’Etat, la grande entreprise d’Etat de la messagerie n’a pas bien évolué.

 Frappée par la concurrence de groupes tels DHL, Fedex ou UPS, elle voit à présent hanter le spectre de l’ouverture totale du secteur au 1/07, avec des outsiders tel YRC Worldwide qui débarque avec 100 trailers pour la curée de son ex-monopole. Aussi voit-on Sinotrans, ex-dépendance du MOFTEC changer de PDG. Le nouveau n’est autre que Zhao Huxiang, n°2 de China Merchants Holding, Cie portuaire, ex-filiale du ministère des communications. C’est le prélude, dit-on, à une fusion arrangée par leur tutelle commune la SASAC (la State Owned Assets Supervision and Administration Commission), entre le 1er transporteur et le 1er docker. Sinotrans a encore 318 entrepôts municipaux et 40% du marché : de beaux atouts à défendre – à condition d’inclure au ravalement de façade, la chasse à l’esprit rond-de-cuir !

 

n  Dans l’Anhui, additionnez 6 banques urbaines (ruinées), 7coopératives urbaines de crédit (à plat):vous obtenez (28/12) la  banque Huishang, aux 4,6 MM² d’actifs dont 4,4MM² de mauvaises dettes.

Sans en avoir l’air, il s’agit d’une expérience de laboratoire, sur laquelle le pouvoir place beaucoup d’espoir, car Huishang, fusionné, atteint la masse critique qui manquait à ses parents nains. Aussi, les négociateurs ont su trouver l’accord et rompre avec une solide tradition de protectionnisme local. Régénéré, Huishang espère s’implanter sous 24 mois dans 10 villes de la province, et ratisser 10MM² d’épargne ou de participations étrangères, comme celle de l’allemande DEG -déjà présente en Chine, avec 3,6M$ placés dans la banque de Nanchong depuis juillet.  

NB: une étude de l’Université centrale des finances et de l’économie dévoile que 28% de tout prêt financier chinois se fait hors banque, clandestinement, et que 90% des fonds, soit 60 à 70MM² va en bourse ou aux marchés à terme. Manifestement pas l’action de petits porteurs !

 


Pol : Baotou, les pollueurs boivent du noir

n La compagnie de distribution d’eau potable à Baotou (Mongolie Intérieure) vient de gagner (4/01) son procès contre 2 usines de pâte à papier et un centre d’aiguillage des cours d’eau, tous responsables de la pire pollution du chagrin chinois  (surnom du Fleuve Jaune en culture locale), en 50 ans, intervenue en juin 2004.

Durant 5 jours, un déversement accidentel de phénol et de permanganate avait éradiqué jusqu’à 70% de la faune sur 400km du cours. La Cie des eaux avait dû stopper le puisage à ses 3 points de pompage. 2,3M d’habitants et 15.000 firmes avaient dû survivre sur l’ultime réserve, d’une capacité d’une semaine. Le manque à gagner du distributeur était de 280M². En juil. 2005, la cour locale avait astreint les accusés au remboursement intégral.

Le second verdict, le 4/1, réduit la compensation à 230M² : comme quoi faire appel, a du bon. En tout cas, le jugement fera jurisprudence à Jilin, face aux inévitables suites judiciaires de la contamination de la Songhua au benzène, le mois dernier !

 

n A 2 ans du grand RV des Jeux Olympiques, Pékin accélère les préparatifs, et ses 40MM$ d’investissements.

A la Cité interdite, Taihedian, le pavillon de l’Harmonie ferme pour 2 ans -mais la Cité en 2008, comportera 12% de plus d’espaces visitables. Suite au relogement de 600.000 banlieusards et paysans, l’an passé moyennant 12MM$, les espaces verts ont dépassé les 50% du territoire. L’aéroport recevra la 1ère zone nationale de fret sous douane. Une priorité est mise dans la sécurité, avec une force d’intervention spéciale de 150 agents déjà (elle grandira!) et 50 consultants chinois et étrangers pour les entraîner. Trois chantiers sont ouverts : ceux des sites de beach volley (12.000 places assises), de tir à l’arc (5.000 places) et de hockey (17.000 places).

Certains de ces efforts, pourtant, rencontrent l’échec. La construction d’une station de métro, et/ou la rupture d’une canalisation d’eaux usées a fait s’effondrer le 3ème périph. à une section sensible, aggravant les bouchons déjà chroniques. Au même moment, une autre place s’est effondrée : celle de la capitale, dans la liste des villes ou il fait bon vivre. Pékin passe du 4.rang en ’04, au 15ème. Le N°1 étant Dalian, et le 2d Xiamen—pas de surprise. Ce verdict de l’opinion -non censurée- sanctionne la hausse des prix, la pollution de l’air par les chantiers et le trafic, et l’équarrissage de l’habitat traditionnel, hutong et siheyuan.

 

 n Après la révaluation faible de juillet (+2,1%), puis en novembre l’ouverture des marchés de swap (l’autorisation  des prêts croisés), le yuan quitte sa longue marche et pique une pointe vers la dérégulation. Décembre voyait la désignation de 13 banques chinoises ET étrangères (dont Citigroup, HSBC, ABN et Standard Chartered) comme market makers, autorisés à vendre la monnaie nationale sans passer par la BPdC (la Banque populaire de Chine).

Enfin, le 4 janvier,  la vente directe du yuan (« over the counter ») est autorisée. Qu’on ne se fasse pas d’illusion : la BPdC garde sur ces opérations un contrôle total, sous l’angle de la bande de fluctuation. Mais elle argumente qu’ainsi, le yuan sera déterminé non par la seule banque, mais par le « panier » des échanges des 13 opérateurs -avec un reflet du sentiment du marché. En tout cas, emballée par cette réformette, la spéculation va bon train.

En 5 jours du 30/12 au 4/1, le Yuan a monté face au Dollar de 8.0702 à 8.0675 pour un billet vert : effluve de vent dans les voiles de la convertibilité !

 


Temps fort : Vieux jours : les habits neufs de la Sécurité Sociale!

De 1998 à 2005, le budget des retraites est passé de 15 à 40MM², et la pension moyenne, de 41² à 70²/mois.

En 2005, 173M de cotisants supportent 43,5M de pensionnés. On est loin du compte : 4 actifs sur 5, et 2 pensionnables sur 3 restent hors système. Après avoir dilapidé leurs actifs en 50 ans d’expérience maoïste, les Entreprises d’Etat  en faillite lèguent aux jeunes générations des 10aines de M de personnes âgées sans pension! 

Payé par l’employé et le patron, basé sur 2 «piliers» collectif (13% du salaire) et privé (11%), le nouveau régime s’installe depuis 1998, cahin-caha. Mais dès le départ, les fonds sont mal gérés : en 2000, 20MM² ont été pris dans les comptes privés pour alimenter le collectif, et le Fonds national, parapluie des caisses locales, aurait essuyé des pertes en bourse. De plus, les PME privées pratiquent l’évasion des charges patronales, laissant des 100aines de caisses locales presque en faillite.

Aussi l’Etat a-t-il dû mettre de plus en plus la main à la pâte, versant 240M² en 1998, puis 5,4MM² en 2005. Suite à quoi les retards de paiement sont jugulés, et les comptes nationaux équilibrés, avec 42,4MM² de cotisations. Le Fonds national disposerait de 18MM² pour la soif !

Pour le 11. Plan (2006-2010), le ministre Li Yingfu veut maintenir la vapeur et enrôler +6%/an de cotisants, soit 220M en 2010. Pour ce faire, il offre 3 réformes:

[1] à quiconque paie au-delà des 15 ans de cotisation obligatoire, +1% par an, s’ajoutant aux 59% du salaire.

[2] Une ponction individuelle réduite à 8% du salaire et non plus 11%, et

[3] la promesse de ne plus piller les comptes privés.

Il était temps : 1/3 des assurés craignent de voir à la retraite leur compte individuel dilapidé, et 57% des Chinois s’apprêtent à assurer seuls leurs vieux jours —en épargnant. Le véritable enjeu est là : sans Sécurité sociale efficace, pas de fermeture d’usines pourries, et pas de consommation intérieure !

 


Petit Peuple : Pékin – Le capitaliste purgé, puis engraissé

Multimillionnaire en US$, patron d’une chaîne nationale de soins du visage, Zhang Feiyijue vit en 2003 son existence bouleversée par une de ses maquilleuse.

Celle-ci avait parmi ses clients un acteur célèbre, qui jouait Mao dans un théâtre pékinois : elle ne put s’empêcher de remarquer combien Zhang, lui au moins, était le portrait craché du Timonier. Le résultat fut stupéfiant: il lut la pièce, décida illico de financer le film, et d’interpréter lui-même le Père de la Nation! Surgirent alors les difficultés. Jamais personne n’avait joué Mao sur toute la durée de son existence, filiforme à 20 ans, obèse à 70.

Pour entrer dans le rôle, ce patron de choc dut subir 2 mois de purge sous un régime troquant sucre et l’amidon pour des séances d’haltères et de piscine, dont l’une l’enterra presque : en syncope sous l’effort, il resta 40 minutes inconscient à l’hôpital. Une fois tournées les scènes maigres, il dut se remplumer : il regagna 6,5kg en 6 jours, en se gavant de viandes grasses et de bière assorties de somnifères, pour se forcer à des siestes peu dans son naturel. Même sa taille lui fit souci, pour rattraper ses 17 cm de différence avec le Soleil des Peuples. Après la visite infructueuse de 10 usines, il se fit faire des brodequins hauts talons de 5kg chacun, dissimulables sous le pantalon, il lui en coûta 10.000², sans compter les douleurs à ses chevilles, qui durent encore.

Le résultat fut à la hauteur de la peine. Mao à Wuhan vient de passer en décembre à la TV nationale, très remarqué, qui lui valut moult interviews et rencontres, comme celle de Mao Xinding, petit neveu de Mao Zedong. Mais c’est surtout à lui-même que Zhang a prouvé quelque chose. Durant le tournage, il s’est découvert deux passions, au fond banales en Chine : la fiévreuse quête de perfection, et la honte de s’enrichir.  Ensemble, ces  traits de caractères l’ont forcé à un défi surhumain, à

死去活来siquhuolai, se réincarner, tel le diable en boîte. Il a su exprimer les 2 idéaux dramatiquement opposés de l’histoire chinoise, révolution et capitalisme — tout en restant toujours premier de la classe

 


Rendez-vous : Qingdao : Salon de l’environnement

n 10/01, Pékin : Salon Cuir & Fourrure

 

n 11-13/01, Qingdao : Salon   Environnement 

 

n 12/01, Canton: Salon « Expo & Conférences  »