Le Vent de la Chine Numéro 28

du 7 au 13 septembre 2003

Editorial : Conflit monétaire Chine-US: clash, ou entente discrète?

10e Plenum : réformer l’Etat – sans le dire 

C’est un 10. Plenum de l’ANP coloré qui s’est ouvert le 5 mars à Pékin sous le chapiteau du Gd Palais du Peuple : nombreuses, les tenues folkloriques (robes et bonnets des taoïs-tes,caftans et bottes kirghizes,tuniques bariolées et coiffes d’argent) semblaient vouloir pallier l’absence des revendications.

Mais en ce pays porté au paradoxe, ce silence traduisait moins la peur du bâton qu’une prudence liée à l’arrivée de Hu Jintao, au départ de l’équipe de Jiang Zemin (après 12 ans aux manettes), et la conscience des élus d’une chance à saisir, de renforcement de leurs pouvoirs!

C’est que l’enjeu cette fois, est immense. Pragmatique et ouvert, le nou-veau cabinet (Hu Jintao Prsdt, Zeng Qinghong vice-Prsdt, Wu Bangguo à la tête du Parlement, Wen Jiabao, 1er Ministre) a mis sur le métier une très lourde restructuration de l’Etat, dont l’objet est le désengagement des ministères (et du PCC) de la gestion économique, pour se cantonner à un rôle d’inspirateur, de mécène et d’arbitre !

Se définissant comme «plus près du peuple» et plus légaliste, Hu Jintao tente de créer une puissante Commission de l’agriculture, qui troquera les taxes illégales pour un impôt, tout en dissolvant une fraction des ad-ministration de base, cause de la paupérisation de 800M de Chinois des villages. Menée dans l’Anhui, puis dans 20 provinces, cette expérience a fait économiser 23 €/an au paysan –1/11ème de son revenu.

Une autre commission régentera les quelques 180.000EE aux 1200 MM$ d’actifs publics. D’ici 2004, leur propriété (régionale ou nat’le) devrait être systématiquement établie, permettant leur vente sans feu vert préalable de Pékin, et bannissant toute gestion publique directe !

Les ministères passeront de 29 à 21 et huit commissions naîtront, concentrant tous pouvoirs en leurs domaines. Mais les organes devant disparaître (tels Moftec, SETC et SDPC voués à fusionner en un superministère du Commerce) se défendent, et font corps de toute leur influence.

Dans cette foire d’empoigne, l’ANP jouera son atout : appuyer la réforme contre les lobbies technocrates et du PCC, moyennant droit de contrôle sur les nouveaux organes. C’est déjà en partie fait : 20 juristes ou économistes siégeront au prochain Bureau de l’ANP (1/10 des sièges), permettant de décrypter de plus près le travail du Conseil d’Etat !


A la loupe : Dumbo et Sun Wukong enterrés par Ninja

Entre des BD locales telles Science fiction World ou Science Pictorial, et les batailles spatiales made in Japan ou Korea, que choisit l’adolescent chinois?

La question  se posait en 1995, mais plus maintenant, ces 2 titres locaux venant de disparaître des kiosques, faute de clients. D’autres suivront : la BD chinoise ne récolte que 10% de ce marché de 157 M$/an. Désaffection en partie injuste : le produit chinois, légal, est censuré (donc atone), tandis que l’autre, sous le manteau, est libre. Le clandestin est d’autre part piraté, économisant  les droits d’auteurs … La partie n’est pas égale!

Autre BD qui peine en Chine : Mickey, perclus de rhumatismes (à 75 ans!). Seule une reprise de l’édition pour jeunes par le privé donnerait une chance à cet immense marché…  En cours de négociation, le rachat de 100aines de librairies et de la maison d’édition de Xinhua (Shanghai) par Fosun, groupe privé d’ 1,2MM$, annonce t’il l’avenir?

Le dessin animé végète en la même agonie, obligé de faire avec les 6M$/an de son budget chez CCTV et à la production anémique (16h en 2002) des Studios d’animation de Shanghai, dont le dernier succès remonte à 1999. Cet automne, Disney remporte la mise dans les cinémas avec Finding Nemo, co-production avec Pixar, qui vient de faire 1,2M$ en deux semaines. « Succès isolé », préviennent les experts, puisque la coopé Disney-Pixar expire. Disney mise sur l’ouverture de Disneyland à HK en 2006, mais choisissant comme site, au départ, HK contre Shanghai, il a raté l’offre unique de cette dernière, d’une TV-Disney par cable 24h/24 : chance qui sans doute, ne reviendra pas plus que la lampe d’Aladin!

 


Joint-venture : Blackboard, le mandarin virtuel

· Ecoles et lycées chinois se connectent sur le net, et le font en grand. Les dépenses des écoles en logiciels atteindront 1MM$ à l’horizon 2005, et auront quintuplé depuis 2001. Visant ce marché, Blackboard (US) vient de traduire en chinois sa plateforme éducative avec polycopiés, cours magistraux, examens et entretiens, toutes les formes de l’enseignement conventionnel, accessible en ligne. Une JV a été  montée avec Cernet, auteur de 95% des services virtuels auprès de 1000 universités chinoises. Dès octobre, 50 à 100.000 étudiants dans 6 universités seront raccordés—Blackboard en tirera 3 à 5M$. D’ici 2005, les usagers seraient 5 à 10M. Pour Blackboard, la Chine, c’est le jackpot, avec 230M d’élèves pour une dépense de 50MM$/an!

— Morose en 2002 sauf en semi-remorques, le marché du camion est aujourd’hui en récession générale : industriels et Cies de transport attendent les nouvelles autoroutes (en construction partout), et les poids lourds de qualité internationale, produits en JV : c’est que l’étranger arrive! Nissan et Volvo s’apprêtent à ouvrir leurs usines de camions lourds et moyens. Renault, GM et Isuzu poursuivent leurs palabres. Daimler-Chrysler signera dans les jours à venir avec Beijing Automotive : son Président, Juergen Schremp est sur le départ, pour Pékin. Le contrat portera sur la production de 25.000 berlines Mercedes de type “C” et “E” ! Enfin, comme d’autres, Daimler a son cheval de Troie en Chi-ne, Mitsubishi Fuso, sa filiale à 43%- qui s’apprête à faire construire 1500 poids lourds de + de 10t, en JV par son sous-traitant Xingma (Anhui) dès 2004 -pour commencer!

 


A la loupe : Transports maritimes-le grand surf !

Drôle de contraste, entre l’économie mondiale  exsangue (dans un redémarrage encore timide) et la formidable vague qui depuis le printemps fait surfer les compagnies maritimes à travers les océans. Leur route unique donne la clé de l’énigme : tous viennent de et vont vers la Chine, lui apportant pétrole et minerais, et en exportant les produits finis. 5,4% des cargos du globe voguent sous le pavillon rouge à étoiles (me flotte mondiale) : ployant sous le cash, les Cies chinoises (comme les autres) investissent!

C’est dans ce contexte faste que Singapour et la Cosco inaugurent une coopé nouvelle, à laquelle aucun des deux n’avait tâté  avec l’étranger précédemment : le 30/8, le 2ème port mondial (17M TEU en 2002) cède une part du nouveau terminal de Pasir Panjang, au 7ème transporteur de conteneurs (100 bateaux, 230000 TEU, 4,2% du marché).  En construction, l’unité comptera 2 quais en 2008, d’une capacité d’1M  TEU.

La JV (investissement secret) sera propriété à 49% Cosco, 51%  à PSA (ne pas confondre avec son homonyme français!). Elle est la réponse à la montée en puissance de Tanjung Pelepas, le port malais en pleine croissance, pour qui Maersk et Evergreen l’ont quitté avec armes et bagages! 

Loin derrière Cosco et sa flotte globale de plus de 600 navires, China Shipping (161 bateaux et un chiffre d’affaires de 207M$/an), vise le marché du pétrole importé (80Mt cette année, +20%), dont seuls 10% transportés par des Chinois. CS investit donc (26/8) 458M$ dans 11 tankers, sans compter 8 vraquiers pour les pondéreux : ils porteront son tonnage à 6,1M TEU une fois livrés, en 2005 (+36%).

NB: Comme pour Cosco, ces années fastes doivent à la conjoncture, mais signent aussi un bouleversement conceptuel. Quittant une mentalité d’«avant-garde» gauchiste, les transporteurs chinois sont repris par une génération de cadres formés dans leurs agences portuaires à l’étranger, et qui se sont aguerris aux usages planétaires de leur métier. 

 


Argent : Portables : bonne et mauvaise nouvelle !

— Selon les prévisions du CCID, le téléphone portable en Chine offre des nouvelles variables.

Côté pile, 150M de portables seront vendus en Chine en 2003 (80M au marché intérieur), 1/3 du marché mondial. Depuis janvier 2003, c’est 36% de mieux.

Mais côté face, la Chine produit 200M d’appareils dans la même période : 25% de trop, par 37 fabricants en lutte à mort.

Avec son obsolescence intégrée, le téléphone portable ne se garde pas. Or, le marché est déjà engorgé de 20M d’invendus, suite à l’épidémie du SRAS.

Bilan: une violente guerre des prix. Nokia (14,2%) du marché vient de souffler à Motorola la 1ère place : son CDMA de la “2,5. génération” se vend à 108$. Au bas de l’échelle, on brade à 36$. Un autre “gagnant” est le groupe télécom Unicom, avec ses abonnements assortis de portables CDMA gratuits. Soutenu par cet incitatif, cette filière récolte la meilleure part des ventes : en juin, 0,88M d’appareils partirent (+22%), contre 4,9M de GSM (+3,8%).

— Les Cies boursières  viennent d’obtenir de la CSRC dès le 8/10 le droit d’émettre des obligations. Deux types de titres sont ouverts : ceux des Cies “qualifiées”,disposant de 120M$ de capital, accessibles au grand public (émissions à concurrence de 40% de leur capital), et ceux des firmes moyennes (60M$ d’avoirs, à condition de justifier d’un “casier judiciaire” vierge depuis 2 ans auprès de la CSRC), vendus hors bourse, en placement privé (avec interdit de revente).

En pratique, seules 10 maisons sur 130 pourront répondre aux conditions, dont le géant Galaxy. Ainsi, elles devraient racheter les courtages les plus faibles, la 60aine endettées par la débâcle boursière  (-37% depuis 2001).

Entre-temps, fort de ses 347MM$ de devises comme garantie, l’Etat va placer pour 1,5MM$ de bons étrangers en US$ et en ²uro : moins par besoin de monnaie étrangère (!), que pour aider ses GEE,  Sinopec, Petrochina et China Mobile, qui préparent leur propre émission : cette vente leur permettra de tester le coût des fonds levés par ce biais, par rapport à la valeur-phare en la matière, les bons du trésor US!

 


Pol : APL : 200 Généraux limogés !

· En juin, quand le SRAS disparut comme il était venu, experts, entreprises et administrations prirent leurs dispositions pour un retour du virus à l’automne avec le retour de la fraîcheur. Nous y sommes : qu’en est-il du SRAS?

Nombre de bruits et de questions circulent, telle l’interrogation par l’OMS sur la présence de cas suspects dans 6 hôpitaux de Pékin: le ministère dément (3/9). A HK, le 30/8, 11 patients et 3 employés de l’hôpital Castle Peak sont mis en quarantaine pour une grippe. Quelques jours après, Baotou (Mongolie Int.) connaît un jour de fièvre, avec barrages de police et contrôles généralisés de température. D’autres cas sont signalés à Canton… Sans preuve ni suivi. En fin de compte, à ce jour, aucun cas n’est répertorié. Par contre, la Chine est sur le qui-vive, ayant accumulé expériences et matériels nouveaux pour circonvenir dans l’oeuf toute nouvelle attaque. Elle est prête — sauf en cas de nouvelle mutation du virus!

— Vestige des décennies de guerre froide qui imposaient une présence militaire massive aux frontières soviétiques, indiennes et vietnamiennes, le volume de l’APL, à 2,5M de soldats sous les drapeaux reste le frein essentiel à sa modernisation. Cette force distendue, peu équipée et peu formée mais qu’il faut nourrir, compromet même les rêves continentaux de contraindre Taiwan à rejoindre la mère patrie. Voilà pourquoi après avoir écarté 0,5M de soldats entre ’97-’99, Jiang Zemin, sous son ultime casquette de Prsdt de la CMC (patron des forces armées) annonce le 1er Sept. à Changsha (Hunan) le dégraissage de 200.000 effectifs de plus. 85% des limogés sont des officiers, dont 200 généraux ou amiraux. Les autres viendront de l’infanterie, 75% des troupes et 1,7M d’hommes (contre 220.000 à l’aviation et 420.000 à la marine). Un mois avant, l’APL annonçait la création d’un 2d Corps aéroporté, qui se veut calqué (avec les moyens locaux) sur la force de déploiement rapide US engagée dans les conflits d’Afghanistan puis d’Irak. Le Corps n°16 sera basé à Hangzhou (Zhejiang), à une heure de vol de Taïwan. 

NB: En face, l’île accomplit ses exercices annuels, et teste (04/09) un arsenal de Mirages 2000, missiles Hawk, frégates de classe Perry.  Tout un matériel sinon à la pointe mondiale, du moins d’excellent niveau et maîtrisé :  montrant de loin à l’APL, à toutes fins utiles, le chemin qui lui reste à parcourir!


Temps fort : De l’eau dans le gazoduc Ouest-Est!

Pourquoi les contrats du gazoduc Ouest-Est, entre le consortium  mené par Shell et Petrochina, ne sont pas signés un an après leur présentation, à 3 semaines de l’ouverture (1er octobre) de la section Shaanxi-Shanghai (1.516km)?

Le projet souffre de sa finalité politique (désenclaver le grand-Ouest) qui a fait sous-estimer  les problèmes liés à l’absence de cadre juridique et financier: aujourd’hui comme 18 mois plus tôt, plane le spectre de sa rentabilité.

Fond du problème: le prix commercial du gaz, rendu Shanghai. Afin d’amortir son investissement en dix ans au lieu des quinze usuels pour ce genre de projet, Petrochina tablant sur une forte demande exige 1,35Y /m3, 0,25 de plus que le cours mondial, et prétend avoir 35 clients à ce prix -mais les contrats doivent encore être avalisés par le ministère de tutelle.

Sans doute pour faire pression sur le groupe, à Londres, Sir Philip Wats Président de Shell révèle (31/8) des désaccords persistants entre les 2 parties. D’aucuns concluent à la tentation pour Shell de se retirer. Le géant  anglo-hollandais dément formellement : le consortium refuse simplement d’avaliser des prix qui ruineraient les chances de viabilité de l’ouvrage et compromettraient son investissement.

Une question plus fondamentale est celle de la volonté de Petrochina de conserver son partenariat étranger sur ce 1er chantier géant d’un secteur gazier chinois encore dans les langes : l’esprit de profit et la tradition socialiste d’autonomie nationale peuvent pousser le groupe étatique dans la tentation de faire cavalier seul : Petrochina ne manque que de savoir-faire, mais pas de finances pour mener à terme le projet…

Dans cette affaire, les intérêts de l’Etat ne se confondent pas avec ceux du pétrolier : Pékin s’achemine vers une tarification nationale par type de clients (industriels, distributeurs et électriciens), afin de tripler la consommation de cette énergie propre, de 2 à 6% d’ici 2010!

 


Petit Peuple : Roses- faire sauter la banque!

— Au marché des fleurs de Laitai (Pékin), le jeune homme en costume blanc et Borsalino arriva à l’heure la plus discrète, à 2:00 du mat le 13/8, pour passer à m. Liu, du stand n°5, la plus grosse commande de sa vie: 1M de roses. Pour prouver son sérieux, il ouvrit une mallette de grosses coupures, pour payer d’avance… Liu objecta qu’un tel nombre de roses n’existait pas en Chine : l’acheteur transigea alors à 99.999 roses, à livrer avant 18:00. Le secret devrait être gardé, ou le marché était caduc! Le dandy à peine parti, Liu recruta 10 collègues partis dévaliser le marché de gros de 110.000 roses, presque tout l’arrivage de la capitale. Tout le jour, ils trièrent les plus belles, et discrètement, livrèrent toute la journée à la barbe des paparazzi ameutés. Liu finit par les semer en leur donnant, pour tout potage, un faux n° de portable. Entre-temps dans Pékin, le cours de la rose avait triplé ou plus, aux imprécations des amoureux et des marchands incapables de satisfaire la demande… Ce n’est que 48h après, qu’un reporter finit par retrouver le lieu de la fête : Qian Gui, un karaoké de luxe. Les roses avaient servi à l’anniversaire d’une fille, dont le nom, comme celui du soupirant, restèrent dans l’ombre.

La presse du coeur eut plus de chance, face à l’énigme du nombre extravagant des fleurs achetées. La suite des chiffres « neuf » est traditionnellement propice, et rappelle (moins une unité) la devise de 爱情万岁aiqing wansui, « vive l’amour » (littéralement : « dix mille années à l’amour »). Mais pourquoi l’unité en moins? Parce que l’unité 万, 10.000, symbolise le Ciel, et que même l’empereur avait limité sa Cité interdite à 9999 salles et demie, histoire de ne pas offenser les Dieux. A cette lumière, l’extravagance du playboy s’explique mieux : avec 99.999 roses, il se voulait aussi pieux que l’empereur, mais dix fois plus grand que lui!

 

 


Rendez-vous : Cancun, la nouvelle ronde de l’OMC

10-14 sept. Cancun: Sommet des ministres OMC

13-16 sept. Dalian: Foire de la mode

12-15 sept. Beijing/CIEC: China International Hi-tech