LE VENT DE LA CHINE

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Pékin – La fin prévisible d’un marché populaire, le Yashow

Dans les années ‘90 à Pékin, l’hôtel “Kylin” trônait au cœur du quartier de Sanlitun. Médiocre, il avait été longtemps sauvé par la présence sur le parvis de petits commerçants, tailleurs et camelots textiles, parmi les premiers en Chine à tenter leur chance (“descendre à la mer”) pour s’enrichir dans le privé. Beaucoup avaient réussi. C’est pourquoi en 2003, le Kylin céda la place à un bazar, le « 
Yashow ». Et très vite, locaux et touristes se ruèrent, ravis de pouvoir marchander pulls en cachemire et foulards de soie. Le succès fut phénoménal, offrant un gagne-pain à des milliers de vendeurs et de cousettes. 

Pourtant, le soir du 27 décembre, le Yashow ferma, sur ordre de la mairie soucieuse d’ « embellir le site pour garantir la sécurité ». Le bazar réouvrirait en avril 2015. Mais quelque soit l’objet et la qualité des travaux, 8 re-vendeurs sur 10, angoissés par la rumeur d’une explosion des loyers, doutaient de pouvoir revenir. 

Mais pourquoi donc avoir changé cette formule gagnante ? La réponse, disent les observateurs, est systémique. Un à un, les marchés de Pékin, comme de Chine, sont fermés administrativement. Dans le cas du Yashow, comme quelques années plus tôt pour celui du marché de la Soie, des ronds-de-cuir ne peuvent résister à la tentation de prendre leur part d’une affaire privée ayant prouvé son potentiel lucratif. Sous prétexte d’enrayer le contrefaçon, les marchés sont fermés, redécorés puis rouverts avec des prix quadruplés, pour des marchandises toujours aussi fausses. Dès lors, les marchés végètent, ayant perdu leur clientèle. 

Contradiction : en 2012, le Premier ministre Li Keqiang, arrivant au pouvoir, promettait de désengager l’Etat de l’économie, et de donner à la classe moyenne les moyens de déployer son génie des affaires. À ce qui semble, au Yashow, c’est le contraire qui est en train d’advenir. Mais avant d’en juger, il faudra patienter jusqu’à avril, à la réouverture. 

Selon que celle-ci chassera ou non ses occupants par le biais des prix, on vérifiera la capacité du gouvernement à faire appliquer sa réforme économique par son administration. Dans un cas de figure comme dans l’autre, le sort du Yashow pourrait bien servir de baromètre à l’avenir du pays !

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