Editorial : La Chine, superpuissance de demain ?

Faire de la Chine un pays « socialiste moderne, fort, civilisé, harmonieux, au premier rang mondial », tel est l’objectif du Président Xi Jinping à l’horizon 2049, un siècle après la fondation de la République Populaire – autrement dit une superpuissance. Mais la Chine peut-elle y parvenir ? C’est ce que se demande le politologue britannique Charles Parton, dans les colonnes du Financial Times, le 27 mai.

C. Parton estime peu probable de voir l’Empire du Milieu dépasser dans les décennies à venir le pays de Benjamin Franklin, au nom de deux arguments chocs : il n’en aura pas les moyens, et l’Etat-Parti ne laissera pas passer les réformes nécessaires. Cette thèse faisant curieux écho à Chen Deming, l’ex-ministre chinois au Commerce, avertissant de ne pas « prendre pour acquis que la Chine dépassera les USA un jour ou l’autre » . 

Afin de porter le revenu du citoyen chinois au niveau de celui d’un Américain, la croissance du PIB national devrait se maintenir à 6% constant d’ici 2049, et  le rapport Yuan/USD (« Peg ») devrait rester immuable. Deux paris qui semblent dès maintenant hautement improbables, alors que l’index manufacturier PMI retombait en mai à 49.4 contre 50.1 en avril, démentant des prévisions de baisse à 49.9.

Dans cette thématique de croissance, l’auteur identifie plusieurs problèmes. La dette privée et publique ne cesse de s’alourdir. La démographie qui s’effondre, avec un taux de fécondité d’1,6 enfant par femme, parmi les plus bas du monde. Et la crise de l’eau guette dans les 12 provinces du Nord concentrant 41% de la population, 46% de son industrie et 50% de son électricité. Militairement parlant, même en plein élan de modernisation, l’Armée Populaire de Libération (APL) ne dispose que du tiers du budget de l’US Army, et n’est pas prête à rivaliser de sitôt avec elle, surtout en mer, hors de l’espace asiatique.

C. Parton identifie d’autres faiblesses structurelles susceptibles de contrecarrer ses plans : le coût grandissant de sa police pour maintenir le contrôle sur sa population, une hémorragie des capitaux vers l’étranger si la Chine ouvrait les vannes, une innovation chinoise, qualifiée de « talon d’Achille » par Xi Jinping lui-même dès 2016, la baisse de la population active, des caisses de retraite incapables de faire face aux besoins, et le coût astronomique de la dépollution de l’eau, de l’air, du sol, et de la décarbonisation industrielle…

Pour faire face au problème de l’eau par exemple, une réforme drastique de l’agriculture, de l’industrie et de la consommation des citoyens aurait dû être lancée—mais porter le prix de l’eau à son coût réel est politiquement impossible— et comme le redoute notre analyste, « vu le réchauffement climatique, c’est peut être déjà trop tard ».

Le problème fondamental est celui de la gouvernance. Obsédé par les contrôles, l’Etat a renoncé aux quatre « alliés utiles » qui ont si bien servi l’Europe et l’Amérique : l’Etat de droit (garant du dynamisme d’affaires), une presse libre capable de pourfendre la corruption, une société civile berceau de l’innovation, et une forme d’esprit civique pour encourager le cadre à viser le bien commun plutôt que le sien propre ou celui du Parti. Tout ceci aliénant la confiance publique envers le PCC.

Cinq ans de cette stratégie font soupçonner à Parton que le temps des succès pour la Chine a atteint son plateau.  En témoigne, le récent frein aux dépenses de l’APL, notamment en construction de navires de guerre. L’analyste ne conclut pas pour autant que la Chine va s’effondrer—elle demeure incontestablement une grande nation et un grand succès industriel. Simplement, pour Parton, à moins de changer de système, la Chine n’a probablement guère de chance de devenir la superpuissance de demain ! 

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2 Commentaires
  1. severy

    À lire Charles Parton, on a un peu l’impression d’assister à un match entre le vieux Tirésias d’Oedipe et la jeune Cassandre d’Ilion. Rien de bon n’en résultera quelle que soit l’issue de la confrontation.

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