Editorial : Xi Jinping-Obama, la retraite au désert

La semaine de Xi Jinping en Amérique centrale et aux Etats-Unis (01-08/06) avait quelque chose d’une gageure. 

[1] Catholique, l’Amérique centrale est jusqu’à 5 ans en arrière anticommuniste et pro-Taiwan. C’est aussi un fief des USA : 8 jours avant, Obama et son N°2 J. Biden précédaient Xi sur place, histoire de resserrer les boulons. 

Autant de raisons pour Xi d’avancer prudemment et d’« éviter les erreurs faites en Afrique ». Au contraire, Xi joua du charme débonnaire, «oncle d’Amérique» distribuant les cadeaux et re-portant le « business » à plus tard. 

Au Costa Rica, seul pays caraïbe ayant une ambassade à Pékin (depuis 2007), Xi offrit quasi 2milliards de $ pour réhabiliter la raffinerie d’El Limon et une route. A Trinidad & Tobago, il promit un hôpital à 250 millions de $, l’envoi de 100 médecins, et offrit à six pays voisins 1milliard de $ pour divers projets de développement. En échange, A. Carmona, le Président de Trinidad & Tobago, promit d’ouvrir une ambassade dans l’année. 

A Mexico, la partie était encore moins gagnée, suite à la disparition de millions d’emplois de «maquilladoras», usines low cost pour les USA, tuées par les produits chinois à prix imbattables. De plus, les échanges sont déséquilibrés en faveur de la Chine, 36 milliards de$ en 2012 dont 5,7milliards de$ d’export mexicain… 
Xi Jinping offrit à Pemex, le monopole d’Etat, 1 milliard de $ en prêts pour l’achat de navires et d’équipements, pour l’exploration des réserves d’or noir du Golfe du Mexique. Il signa avec le Président Nieto un « partenariat stratégique intégral », pour aider le pays à décoller. L’« âge d’or, dit-il, se levait pour l’Amérique Latine ».
D’ici 2017, Pékin investirait 500milliards de $ hors frontières, et y lancerait 400 millions de touristes, y compris vers « les temples Maya, les plages d’Acapulco». Mais après tant de belles paroles, quand il proposa un accord de libre échange, la réponse fut courtoise, mais sans équivoque : « nous ne sommes pas prêts » !

[2] La seconde forte étape, aux USA, se tint dans un ranch californien sans veston ni cravate, ni même (pour Obama), de 1ère dame : du jamais vu.
Préparée depuis des mois (par les visites pékinoises de J. Kerry le 13/04 et T. Donilon le 28/05), cette étape était la pièce de résistance : ni Mao, ni Deng n’avaient été si loin dans la détente. Le seul précédent étant l’amitié entre Jiang Zemin et Jacques Chirac, qui a pu d’ailleurs servir de modèle : elle fut précieuse, mais moins décisive que celle visée ici, vu la puissance des pays respectifs.
Il s’agissait donc moins à Rancho mirage de produire des accords formidables, que de créer un « nouveau modèle de relation », pour régler des différends lourds et croissants entre Chine et USA, voire le monde. 

Ce cahier de charges explique la discrétion des deux Présidents, à l’issue de leurs huit heures d’entretiens. Très à l’aise, parfois en tête à tête sans interprètes, les 2 hommes ont tout mis sur la table.
Ils ont trouvé des accords sur la Corée du Nord (pour Pékin, faire passer la dénucléarisation de la péninsule avant les nostalgies socialistes), et sur le réchauffement global. Ils vont ouvrir des négociations sur l’éradication globale d’ici 2050, des réfrigérants et isolants thermiques HFC qui pèsent, en gaz à effet de serre, autant que 10 ans des émissions des USA. 

Sur les cyber-attaques chinoises contre l’internet américain, Xi fut moins flexible car c’est l’APL qui est désignée coupable, ce qui pour la Chine, est inacceptable. Xi aura besoin des voix de la caste militaire pour faire passer de lourdes réformes du régime, lors du 3ème plénum d’octobre. Mais même ici, le blocage est plus matière de forme : les deux hommes restent d’accord pour, selon Obama, «doter leurs espaces virtuels de protections et de règles, et de le faire ensemble et non l’un contre l’autre ».
Enfin bien sûr, on n’en est qu’au début : ce sommet, véritable percée, sera suivi de « communications étroites » à l’avenir, et d’une prochaine rencontre en bras de chemise—cette fois en Chine !

Avez-vous aimé cet article ?
Note des lecteurs:
0/5
10 de Votes
Ecrire un commentaire