Le Vent de la Chine n° 31(XIII)
22 septembre - 12 octobre 2008
La Chine en une nouvelle croissance
Redoutée
par les uns, espérée par les autres, il est là pour de bon, le nouveau cycle de
croissance, débarqué en bourse de New York, suite au lundi noir (15/09)!
L’agonie des cinq
banques d’investissement américaines, menace des dizaines de milliards US$
d’avoirs chinois, tels les 500M$ du fonds Hua An, «garantis» par feu Lehmann Brothers. ICBC (Banque de l’industrie et du commerce)
a perdu 241MM$ en 2008 et sa place de 1ère banque mondiale. Pékin (son bras financier Huijin) soutient depuis le
17/09 en bourse, à bout de bras les banques ICBC, CCB (Banque de la construction) et BdC (la Banque de Chine)- ce qui n’empêche la BdC
de reprendre à Paris, pour 236M€, 20% de LCFR Rothschild.
Cette crise inspire à la Chine
deux réactions opportunistes :
① des palabres entre sa CIC et Morgan Stanley (n°2 US, chuté de 67% en septembre,
dont 17% le 17/09) pour en racheter 40%, ce
qui porterait son contrôle à 49% ; et
② l’appel du Quotidien du
Peuple, qui ne représente évidemment pas que lui-même, à créer un nouveau système monétaire et
financier mondial, «indépendant du US$ » et davantage marqué par le yuan
!
La
mutation mondiale était annoncée en Chine, lisible à travers ses derniers chiffres de conjoncture,
tous en retrait. En juillet-août, la courbe de croissance de l’export fléchissait à 21,2% (-5%), l’import à 23,2% (-10%), suivant la chute du
cours du baril. La production industrielle baissait à 12,8% (-2%) et le commerce intérieur stagnait à 23,2%. La croissance de
l’investissement immobilier a chuté de moitié en 3 mois, à 16,5% en août.
Bilan : Oubliant
ses 11,9% de 2007, la croissance fondait à 10,6% au 1er trimestre, de 10,1% au 2nd : l’Etat espère la
maintenir à 9% pour l’année. Le 16/09, pour calmer les peurs d’une bourse
effondrée des 2/3 depuis janvier (1980MM$ de transactions le 14/09,
repassée 4ème mondiale derrière Paris), Pékin annonce la 1ère coupe des taux d’intérêt
en 6 ans, de 0,27% (à 7,20%), et celle de 1% des réserves de la plupart des banques, à 16,5% de leurs actifs. Puis le
18, elle annonce l’abolition de la taxe de 0,1% sur
les achats d’actions : tentative (pour l’instant vaine) d’enrayer l’hémorragie, et de
rasséréner 100M de petits agioteurs ayant tout perdu...
Pour bientôt,
Pékin peaufine un plan de sauvetage, comparable à
celui du Japon: 40MM€, en dépenses publiques,
baisses d’impôt, crédit aux PME. Y manque encore la réforme du marché de l’énergie, faisant perdre
des milliards de US$ aux électriciens comme aux pétroliers et forçant l’Etat à
investir à perte des fortunes, au détriment de causes plus urgentes, telles la
santé ou l’éducation.
Plus pour longtemps
peut-être : la Chine semble se résigner à la perte de ses marchés étrangers, et
à miser sur la consommation intérieure par la relance du ¥ et des salaires. C’est
donc bien un nouveau cycle où elle s’engage, cycle « de détente » du crédit. Elle l’aborde,
entourée de contradictions choquantes, mais aussi auréolée d’un prestige,
intérieur et mondial.
Au vu des 20 dernières années (cycle d’exode rural et
d’industrialisation que l’Europe avait mis un siècle à franchir), des crises systémiques telles
celles du lait ou de la bourse, sont hors contrôle, mais pas pour toujours, et
elles restent en définitive de simples péripéties, induites par la rapidité du
processus : incapables en elles-mêmes de désarçonner ce pays-continent
lancé au triple galop !
Sanlu, la boîte de lait—Pandore
Le scandale de Sanlu (cf VdlC 30) prend de l’ampleur, à mesure que rentrent les rapports des 5000
inspecteurs lancés par l’AQSIQ (l’organe de
contrôle de l’hygiène alimentaire) auprès des 1500 usines laitières et centres de collecte en Chine.
C’est une crise sans précédent que vit cette filière émergée si vite, aux
usines flambant neuves, ayant vendu pour 19MM$ l’an dernier. Sanlu et ses collecteurs mélangeaient à leur lait de la mélamine (succédané de protéine alimentaire, cause de calculs rénaux) : 59 cas étaient alors dénombrés, dont
deux mortels.
Mais ce n’était que la face émergée de l’iceberg :
aujourd’hui, les petites victimes sont plus de 6200, dont 158 cas graves et 4
morts. Et les traces du poison se retrouvent dans les glaces, les yoghourts de
20% des firmes (22 sur 109), jusqu’aux plus célèbres tels Yili (le n°2,
Mongolie intérieure), Mengniu le n°1 national (2,1MM€ de chiffre, le fromager local de KFC et Pizza Hut), Suncare de Qingdao, Bright de Shanghai,
Yashili de Canton, qui exporte vers l’Asie
pauvre (Birmanie,
Yémen, Bengladesh). Tout le monde est là —sauf les étrangers, tel Nestlé qui, pour l’instant, apparaît indemne. Et donc (sous réserve d’inventaire), encore fiable—contrairement à
l’administration chinoise, surprise d’avoir fermé les yeux sur une pratique
indéfendable! Au moins, celle-ci a réagi avec célérité, décrétant l’affaire
comme crise nationale. Déjà, elle promet «pour 2009», la refonte des contrôles toxicologiques et de la traçabilité. Elle offre les consultations gratuites aux parents des victimes, et
les 1ères sanctions tombent, avec 19
arrestations, 4 limogeages, dont un vice maire de Shijiazhuang -capitale du
Hebei, siège de Sanlu.
Au fait
: comment Sanlu a pu attendre le 2/09 pour rappeler ses
produits, quand les 1ères plaintes
dataient de mars? Sa «chance» (à présent son cauchemar), aura été l’ordre d’étouffer toute nouvelle pouvant faire ombrage aux
JO. Il aura fallu la dénonciation par le groupe néo-zélandais Fonterra, son actionnaire à 43% (n°1 mondial) pour forcer Pékin à réagir. Comme
causes structurelles de la fraude,
① La pénurie mondiale depuis 2007, cyclique, en lait comme en
tout produit agri-cole, a coincé l’industriel entre
une ressource limitée et une demande insatisfaite.
② Réintroduit depuis ce
printemps, le contrôle des
prix a coincé
l’industriel entre des frais qui s’envolaient, et un tarif étiquette stagnant.
De
cette affaire, le pouvoir devra tirer des leçons. Pour sortir la Chine de sa
pénurie laitière, il faudra développer la
Mongolie, terre promise du lait asiatique. Pour apprendre aux laitiers à
respecter la loi, il faudra former des générations d’inspecteurs de niveau
mondial. Et placer le haut cadre communiste sous le coup de la loi - rendre son
indépendance à la justice : mesure qu’aucun Politbureau
n’a osé prendre. Mais après avoir tout essayé sans succès, les options se
resserrent...
Tibet, Xinjiang, la radicalisation menace
Six mois
après les émeutes de Lhassa (14/03), le retour
à une vie normale est dur, entre Tibétains et autorités, au Toit du monde et dans les provinces voisines. Les
révélations qui filtrent sur la vague de reprise en main n’ont rien arrangé.
Jigme, moine du Gansu, affirme avoir été laissé pour mort
dans un hôpital après des semaines de mauvais traitements, et évoque des
séances d’endoctrinement forcé en son monastère de Labrang. Défendu par Reporters sans frontières,
un Tibétain retourné de l’Inde, Dhondup Wangchen
est aux
arrêts depuis mars avec son caméraman pour avoir produit clandestinement un
film sur sa terre natale, où des témoins locaux évoquent la perte de leur
culture, la sédentarisation forcée. Washu Rangjong, présentateur TV, est aux arrêts depuis
le 11/09...C’est dans ce contexte de crispation que doit se tenir en octobre le
8ème round des négociations entre les émissaires du Dalai et Pékin.
Désabusés, les 1ers ne sont pas
loin de vouloir jeter l’éponge, face à l’absence alléguée de volonté politique
des 2ds. Karma Chophel, porte-parole du Tibet en exil, croit
que le sommet tournera en débat de procédure.
Pressé par ses
propres troupes, le Dalai-Lama est contraint, une
fois de plus, de parler –beaucoup, et fort. Non seulement ce sommet, s’il en
est ainsi, sera le dernier, mais encore, un congrès des leaders Tibétains en
exil est convoqué pour novembre ou décembre, pour tirer les conclusions de la
série de rencontres stériles, et de l’action des Tibétains des deux bords.
Pourquoi cette radicalisation? La brève faiblesse de santé du souverain-pontife lamaïste n’est sans doute pas fondamentale - le Dalai se donne,
avec ses médecins, une vingtaine d’années d’espérance de vie. Mais 60 ans d’occupation assimilatrice
nourrissent, surtout chez les jeunes, une tentation nihiliste, exacerbée par la
flambée des prix alimentaires. Situation
non sans analogie avec l’évolution au Xinjiang, le voisin
nordique que tout au reste -ethnie, religion, histoire—différencie du Tibet.
Le Xinjiang aussi
porte les stigmates de la tension, après les attentats de l’été. Nuer Baikeli, Président de région, en des termes
mus-clés tirés du glossaire révolutionnaire, vient de désigner la responsable :
Rebiya Kadeer, millionnaire et ex-égérie du pouvoir,
exilée en 2005 et depuis Présidente du Congrès ouighour mondial. Sans preuve,
comme pour désigner aux Chinois un nouvel ennemi public – Dalai
pour les Tibétains, Kadeer pour les Ouighours. Les
signes sont inquiétants : face à ses deux minorités à la dérive, Pékin semble
déterminé à la fermeté, ignorant les signes de dégradation rapide qui couvent.
Signe aussi, il faut le dire, de confiance dans ses propres forces, et
d’attente « au chaud ».
Chine/USA : on s’entend mieux en temps de crise
La
déception chinoise suite à l’implosion du système financier américain, ne doit
pas faire perdre de vue l’essentiel : avec 387MM$ d’ échanges
l’an passé, dont 321,5MM$ d’export, la Chine est 2d partenaire commercial des Etats-Unis, et leurs rapports étroits se traduisent par 19 sommets commerciaux en 25 ans.
Le dernier se tint les 14-16/09 à Yorba Linda (Californie) entre Carlos Gutierrez (Secrétaire
d’Etat au commerce), Susan Schwab (Représentante au commerce), Ed Schafer (Agriculture), Wang
Qishan (vice 1er) et Chen Deming
(Ministre du commerce) : rencontre moins destinée à rééquilibrer
directement la balance, qu’à créer des instruments d’avenir et à lever des
barrières.
Pékin a levé
l’embargo sur le poulet hier accusé
de grippe aviaire, dans six Etats américains, le maintenant sur la Virginie et
l’Arkansas. Sur le bœuf en revanche, tout ce que M. Schafer
a pu obtenir, est la convocation prochaine d’un groupe d’experts paritaire - le
fantôme de la vache folle hante toujours.
Pékin a aussi
concédé en matière de télécoms, baissant le
prix du «pas de porte» aux opérateurs étrangers, de 220M$ à
146M$ - mais ils restent limités à 49% de leur JV en Chine : la concession ne
bouleversera pas ce secteur chasse gardée nationale !
En matière médico-pharmaceutique, Chine et USA s’accordent à employer un
code de standards unique, permettant d’accélérer la certification, tout en
prévenant l’export de produits contaminés, comme l’an passé avec
l’anticoagulant Héparine.
C’est donc un effort
concessionnaire reposant surtout sur la Chine qui fait le succès de ce sommet :
une Chine doit désormais aller de l’avant pour nettoyer tous les passe-droits,
chasses gardées, contrefaçons qui coûtaient l’an dernier 3,5MM$ aux entreprises
américaines de l’audiovisuel sur le marché chinois.
Ce même effort
chinois d’accommoder les doléances du partenaire, se lit aussi côté européen : selon la Chambre de commerce de l’Union
Européenne, la part chinoise dans les contrefaçons saisies l’an dernier, a
reculé de 20%, à 60% - l’Europe, d’ailleurs, nomme un « Monsieur-piratage », pour aider Pékin à réprimer la vague
de fausses cigarettes made in China déferlant sur l’Europe.
De même, le dernier (3ème) projet chinois de loi des brevets satisfait 80% des objections de la
Chambre, et dans un rapport imminent, la Commission de Bruxelles salue les «progrès considérables» de la Chine dans sa quête d’un octroi
européen du statut de « pays à économie de marché ». Elle a avancé en matière de comptabilité, de droit de la
faillite, de propriété (privée, ou intellectuelle). Elle doit encore progresser en matière de tarification de l’énergie et d’indépendance des banques.
NB : Tout ceci pour suggérer qu’en période de
crise, de blocs à blocs, le réflexe protectionniste n’est pas une fatalité.
Argent - Automobile : griller les étapes, vers le tout-électrique
Pour Cnooc / Conoco, la plus grosse usine off-shore
Avec ConocoPhillips, Cnooc le monopole pétrolier offshore, vient de lancer en mer de Bohai un des plus gros
Léviathan maritime au monde : un FPSO, plateforme flottante de production, stockage et transbordement.
Mis en service quelques mois à l’avance sur l’agenda, il est le moteur de la phase II du gisement Penglai-19-03, le plus grand de Chine. Construit en trois ans par le
chantier shanghaïen de Waigaoqiao (coût : 200M$), il mesure 323m de long par 63m de large, et peut traiter
190.000 barils/j de tous types de pétroles –sa capacité annuelle est de 10Mt.
Autour du « offshore Oil 117 », cinq plateformes de forage sont en cours d’installation,
qui perceront 200 puits, dont l’or noir retournera au FPSO par canalisations.
Les réserves de la mer de Bohai sont estimées à 20MM de tonnes brutes, dont une
partie seulement découvertes.
Pour Cnooc, l’association avec Conoco,
3ème pétrolier américain, reste profitable—quoique le groupe
chinois progresse très vite en capacité de financement et en technologie. Conoco lui garantit de rester en pointe de la technique
mondiale, et du développement de plus de gisements ensemble. Le prix à payer,
est le rachat à l’Américain de 49% du pétrole extrait. Mais l’essentiel,
désormais sur Terre, est moins le prix du pétrole, que son accès.
Agriculture : le
cochon fait de l’oseille
En été‘07, les marchés chinois regorgeaient de viande porcine à prix
cassés. Arrivait l’épidémie de l’oreille
bleue éradiquant 1million de truies.
S’enclenchait alors la spirale de la hausse des prix de l’aliment pour élevage,
décourageant le paysan: dès décembre, c’était
la valse des étiquettes du porc +80% dans l’année.
Mais voici qu’en septembre, le marché est guéri, avec un 1er semestre où les Chinois dévorèrent 10% de
plus de porc que l’année précédente, 470M de têtes. Ce « miracle » est en réalité le fruit d’une stratégie
tous azimuts du Conseil d’Etat, qui distribua 100¥ de subvention par truie pour décourager
son abattage—au total 886M$ et sans doute plus. Il incita les opérateurs à
l’étranger à se montrer particulièrement actifs, achetant à tout-va
entre Canada, Hollande ou France, avec par ex. 170.000t de carcasses au 1er semestre rien qu’aux USA (+324%).
Mais le risque de cette incitation est bien sûr la saturation et une nouvelle
chute des prix sur un marché saturé. Dès aujourd’hui, le profit qui surfait à 400¥/quintal en décembre n’est plus que de 160¥, tandis que
les 23¥/kg du prix de vente de l’époque, ont
chuté de 3¥ à présent. Comme quoi la politique très dirigiste de l’Etat, ne réussit
pas plus que celle de l’Union Européenne, avec ses montagnes de porcs, de bœuf
ou de lait -subventionnés sans rapport avec le marché. Ainsi au moins, Pékin
comme Bruxelles achète-t-il sa paix sociale.
Automobile : griller les étapes, vers
le tout-électrique
Ancien ingénieur chef durant huit ans chez Audi en Allemagne, depuis 2007, ministre des sciences et technologies, Wan Gang voit grand pour l’auto
électrique en Chine.
Dès 2012, il veut 1M de voitures neuves (10% du total) à énergies nouvelles, surtout électriques. Dès 2010, 10.000 véhicules
hybrides ou à piles à combustible doivent tourner dans 10 métropoles. Et pour
2020, un véhicule sur deux, devra répondre à ce type de motorisation.
Justement, State Grid, le distributeur d’électricité sur 22 provinces, se met à bâtir un
réseau de stations services électriques, à 25.000€ pièce, dans des mégapoles telles Pékin, Shanghai et Tianjin,
capables de charger (ou d’échanger) les batteries des nouveaux bus et des voitures. C’est ainsi un 2d réseau qui se lance sur les routes de
Chine–concurrence aux rois du pétrole CNPC ou Sinopec.
Concernant les futures automobiles, l’Etat n’est pas pressé d’adopter les
technologies diesel ou hybrides offertes par PSA, Volkswagen ou Toyota trop chères, et Pékin vise le tout-électrique.
Aussi des inconnus tel Wangxiang, entre ses sites de Xiaoshan (Guangdong), puis
Hangzhou, prétend sortir «dès 2010», 50.000 tout-électrique.
A Tianjin, Qingyuan
s’estime capable de produire 20.000 modèles
/an dans les mêmes délais, et de détenir, dès lors, la «plus grande usine mondiale» du genre. BYD, de Canton, peaufine sa F6, d’une autonomie supposée de 160km et
d’une vitesse maximale de 160km/h (prix annoncé
: 14.000€)… La stratégie de Wan
Gang et l’opportunité sont claires : avec déjà 48% de pétrole importé, la Chine
ne pourra pas toujours rouler au pétrole. Par contre, en R&D du tout-électrique, elle est presque au niveau de l’Ouest, et
prête à produire à prix écrasés, sous 10 ans !
Etranger - Nucléaire : la bataille des géants
Nucléaire : la bataille des géants
En 2006,
après des années d’âpre lobbysme -intérieur et étranger-, Pékin choisissait
comme standard pour ses futures centrales nucléaires de 3ème génération, le standard du type AP1000.
Moyennant un transfert complet de technologie (condition que la concurrence Areva avait décliné d’accepter), Westinghouse (et Toshiba, nouveau propriétaire du groupe) retournait à un marché nucléaire dont il était exclu depuis près de 30
ans. Par contrat de juillet 2007 donc, Pékin lui octroya quatre réacteurs à construire entre Sanmen (Zhejiang) et Haiyang (Shandong). Mais il
prit aussi soin d’en accorder un nombre équivalent à Areva,
de sa propre filière EPR, à bâtir à Taishan (Guangdong). Pékin poursuivit aussi avec Areva l’étude
de faisabilité pour la future usine de retraitement des combustibles. L’idée
étant de choisir ensuite entre les deux, sur la base d’une comparaison des
performances.
Or, voici que le journal Caijing annonce le feu vert « prochain » à une
autre série de réacteurs, sur les sites de Daban (Hubei), Taohuajiang (Hunan) et Pengze (Jiangxi), tout en
évoquant la préférence de Wang Binghua, Président de la corporation nucléaire
nationale SNPTC pour la technologie américaine « plus sûre, plus économique, plus adaptée
aux conditions de l’intérieur du pays».
Cela
signifie-t-il que le choix aurait été fait sans attendre?
Au moins, cela évoque un vent en poupe, que Westinghouse explique par un coût réputé moins élevé (lié à une puissance moindre, 1000MW
contre1600 à l’EPR), une construction rapide (3 ans) et un
système de sécurité dit de «sûreté passive», sans intervention humaine.
En attendant, un duel technologique se livre entre les équipes des deux
filières, à commencer par une course contre la montre sur les chantiers. Enjeu : travailler
en Chine à un niveau qu’elle ne maîtrise pas encore. Car elle compte aussi
bâtir 31 centrales de 2de génération
d’ici 2020. Mais sur ces chantiers, l’apport étranger sera mince…
Petit Peuple - Shaoguan—entre Saint François et Figaro
Wu Qingxing eut une adolescence longue, qui, en fait, dure
encore : délai incompressible pour le réconcilier avec la vie
réelle, au prix d’échecs à répétition, et d’une inévitable marginalisation.
Quoique fils de fermier, Wu n'a pas la main verte : dans son jardinet, ses
récoltes, quand elles viennent, tiennent à peine dans un petit panier. Idem, à l’école, il a pu passer pour doué, mais
moins au collège, et plus du tout à l’université.
Idem, quand vint le
temps où l’on s’intéresse aux filles, il resta empoté, rougissant comme pivoine
chaque fois qu’il approchait d’elles à moins de 5 mètres : les rarissimes qu’il
sut entraîner dans sa chambrette au sol en terre battue, à la pauvre
paillasse pour seul mobilier, prirent toutes la fuite comme un seul homme. Et
pour se soustraire aux lazzis, Wu raya le beau sexe de ses tablettes, et se
concentra sur son intérêt d’enfance : les animaux.
En définitive, Wu
était trop humble et doux, rêveur et l’opposé d’un conquérant : inapte au
succès, et qui s'en moquait !
De la sorte, en
toute inconscience, sous le lourd soleil du Guangdong, il laissa filer ses
meilleures années.
Pour gagner sa vie,
il s’était doté d’une palanche portant d’un côté ses ustensiles, serviettes,
rasoirs, ciseaux, et de l’autre, le brasero chauffe-eau pour les shampoings :
Depuis 30 ans, qu'il pleuve, qu'il vente, il va en ville coiffer les gens.
Si vous le voyiez le
soir venu compter sa recette, vous seriez surpris(e) de sa maigreur : 3 à 5 ¥ - 40¥ par beau temps. C'est que Wu ne peut s’empêcher de coiffer les gens, exhibant sur son
chapeau, non une plume, mais un coq: polychrome magnifique, mais qui
effraie. Qu'à cela ne tienne : l'argent du jour est
accueilli d’un cœur égal.
Une fois réglé le problème
de la survie, Wu Qingxing pouvait aborder celui du
monde spirituel : en '84, il éleva son 1er coq, puis le
2d puis 10 d'affilée. A présent, sa ménagerie
comporte 3 chiens, une oie, une pie et bien sûr, son roi-coq,
l'orgueil de ses jours, qu'il cajole et nourrit (quand il peut) de viande hachée. De haute lignée, «Roi»
en impose, par son silence et sa maîtrise de soi.
Même affamé, jamais il ne court vers son bol sous le prétexte minable qu’on
vient de le remplir : lentement et comme par dédain, il ne se sustente que
lorsqu’il en a décidé ainsi. Intelligent, plein de gratitude, il sautille aux
ordres du maître, et garde la maison dans la nuit noire, chantant à pleins
poumons, battant des ailes pour faire fuir le rôdeur.
Loin de soupirer au
confort d’une vie bourgeoise, des enfants, une épouse, Wu partage avec les
siens sa paix joyeuse. Quand il sort, tous lui font fête, les chiens léchant
ses pieds et jappant, l'oie cancanant et dan-sant, la
pie lui récitant des vers. Fier comme César, du haut du couvre-chef, Roi passe
en re-vue les troupes, et ne daigne rien voir.
En chinois, cette union peut se dire 琴瑟和谐 (Qín ce hé xié), «luth et
cithare s’accordent à merveille». Car leur bonheur s’apparente moins aux plaisirs de l’humanité
moyenne, qu’aux harmonies de la musique, de l’art et de la morale ineffable.
Notre « simplet » préfère ses humbles compagnons et leur fidélité
infinie, ignorant mensonge ou trahison. Pour autant, il ne s'est pas retiré de
la société : il vit à sa marge, et à son service. Donnant ainsi l'image la
plus proche d'un sage ayant trouvé la vibration juste, la bande passante exacte
du 道dao !
RdV - Tianjin, Rendez-vous annuel du World Economic Forum
23-25 sept, Shanghai :
IFAT China, Salon int’l de l’eau
23-26 sept, Shanghai : Tube China
24-27 sept, Pékin :
Packaging China
25-27 sept, Tianjin :
World Economic Forum « on the
New Champions », 1500 leaders de 80 pays
9-13
sept, Pékin : CIMES
Salon de la machine-outil
Politique - Porte-avions —longue marche, petits pas
Ces hauts cadres indéboulonnables...
Ce
n’est pas un mince paradoxe, que le scandale de la rupture de la digue de Taoshi
(Shanxi, 8/09) soit relégué dans l’ombre par celui du
lait (cf p.1), quoique celui-ci ait causé 270 décès, contre 4 à celui là. Il s’agit
pourtant d’un cas d’école: tout y est illégal.
La mine de fer de Tashan opérait sans licence. La digue était faite de gravas, en amont d’un
village de 1000 âmes, en infraction à tout règlement. L’accident fut
délibérément minimisé, empêchant les secours d’accourir sauver des vies
ensevelies sous des 100aines de milliers
de tonnes de boue.
Comme dans la crise du lait, Pékin, exaspéré de voir l’image du régime
compromise par l’incompétence et l’appât du gain, prend des mesures fermes. Une
série de hauts cadres sont chassés, dont le gouverneur provincial Meng
Xuenong, provisoirement remplacé par Wang Jun, expert de la sécurité au travail.
D’entrée, Wang enquête sur les aspects «corruption» et «dissimulation des faits». L’opinion braque le projecteur sur Meng.
Dès 2003, alors maire de Pékin, avait été limogé une 1ère fois pour avoir nié durant trois mois l’existence du SRAS (Syndrome
Respiratoire Aigu Sévère), permettant ainsi à
sa ville d’en devenir le dernier grand foyer épidémique. Puis Meng, (ami personnel de Hu Jintao) était discrètement parachuté dans le
Shanxi l’été 2007. La Chine entière retient
son souffle : y aura-t-il une 3ème chance pour Meng Xuenong ?
Porte-avions —longue
marche, petits pas !
C’est le monstre du Loch Ness
version chinoise: le céleste porte-avions, merveille de la technique intégrant et miniaturisant tous les
savoir-faire des navigations
maritime et aérienne de combat.
Seules cinq puissances maîtrisent ce concentré technologique. Avec ses
ambitions de redéploiement aéronaval sur au moins deux océans, la Chine ne peut se permettre d’en faire
l’impasse.
Sur la stratégie retenue pour y parvenir, l’armée, l’APL vient
obligeamment de nous fournir des indices.
Le 1er réside dans
cette formation de «capitaine-pilote
de navire de guerre», dispensée
depuis 1987 par l’Académie navale de Canton. Très fermée, cette école ne forme
qu’une poignée d’officiers au plus haut niveau de compétence, tous candidats potentiels
au poste de « commodore ».
Le 2d consiste en
une autre filière de formation de 50 étudiants pilotes d’aéronavale, qui vient
de s’ouvrir au sein de l’Académie de marine militaire de Dalian, destinée à
acquérir la maîtrise théorique (automation,
ingénierie du vol assisté, systèmes aéronautiques et d’armes), le vol à terre, puis embarqué. Le navire-école serait le bon
vieux Varyag, ex-soviétique, ex-ukrainien, coque inachevée, rachetée 20M$ (au poids
de l’acier) en 1997, que Pékin veut motoriser et équiper des catapultes
nécessaires à l’envol et à la réception sur piste confinée. Pour l’avion,
peut-être les 50 Sukhoi-33
« Flanker D » commandés (50M$ pièce) l’an passé? Mon tout devant donner, à l’horizon 2015-2020, le premier
porte-avion chinois d’active.
La
Chine, convertie à Doha
Immuable, la
religion de la Chine face à la ronde de Doha de l’OMC
(l’offre d’échanges de concessions
mutuelles entre pays membres, en matière de services, de produits agricoles et
industriels) se
réduisait à la litanie du « on a déjà donné » : elle refusait toute concession supplémentaire à celles de son
accession au club en 2001. Et lors de la session de juillet, l’échec (à un fil) était attribué à Delhi, mais aussi à
elle.
Dans ces conditions, la position de Chen Deming, ministre du commerce, semble un virage
à 180°, déclarant la reprise des entretiens une nécessité pour tous, pour
affronter la raréfaction raide du crédit mondial: «la Chine qui s’ouvre toujours maintient
son soutien ferme au système commercial multilatéral » - dont acte !
Il est vrai que les 200MM$ d’économies pressenties pour les pays partenaires,
si les accords de Doha étaient signés, sont plus désirables maintenant qu’hier.
Vrai aussi, les 27 pays Européens, fatigués d’attendre, veulent autre chose :
des accords de
libre échange (ALE) bilatéraux. Or, les diplomates chinois ne le savent que trop, ces
mêmes ALE, qu’ils favorisent et négocient depuis des lustres, mettent bien du
temps à se matérialiser.
C’est pourquoi ajoutant l’acte à la parole, la Chine va à Genève le 17/09 pour
rattraper avec 6 autres grands, l’accord échoué 60 jours plus tôt sur la
question d’un droit aux pays pauvres de bloquer l’export vert des pays riches sous certaines
circonstances.
NB : demande chinoise n°1 : l’accès
illimité de ses produits agro-alimentaires en Europe et aux USA; concession n°1
attendue d’elle : l’ouverture de son marché des services.
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