Le Vent de la Chine n° 26(XIII)
du 28 juillet au 31 août 2008
Pour les JO—une harmonie tendue
Deux incidents des derniers jours permettent d’observer les Jeux
Olympiques sous un éclairage neuf.
A Kunming-Panjiawan (Yunnan), le 21/07 à l’aube, deux bus de
la ligne 54 explosent : deux morts, 14 blessés –à 19 jours des Jeux Olympiques.
Dans les heures qui suivent, curieusement, quoiqu’il s’agisse du 1er cas d’attentat prouvé, sur la longue
liste d’autres cas allégués par les autorités, Pékin écarte l’hypothèse d’un
acte terroriste… et offre 10.000€, puis 30.000€ de prime de délation.
Est-ce un hasard ? Huit
jours avant, la province avait connu une
émeute à Menglian. En conflit avec la compagnie exploitante, 500 planteurs d’hévéas, aux mains avec
la police, avaient vu deux des leurs tués. D’autres
incidents avaient lieu à Shenzhen (deux morts), et à Kanmen (Zhejiang (10ainesde blessés). A chaque incident, Pékin envoie
des enquêteurs, ordonne aux provinces de tenter de les régler dans l’« harmonie », parle d’émettre un « sondage » auprès de 80.000 cadres
pour découvrir des fautes des leaders locaux. Mais sur le terrain, les
incidents sont durement réprimés. Trois semaines après l’émeute de Wengan (Guizhou, 30.000 citadins ayant mis
à sac la mairie), 217 suspects ont été arrêtés.
Vu sous cet angle, l’attentat de Kunming, quel qu’en soit l’auteur, permet
au régime de renforcer la répression, donne de la réalité à la menace qu’il
dénonce depuis des mois - mais évite le terme de « terrorisme ».
L’autre phénomène
consiste en ce plan officiel jusqu’alors ultrasecret, paru fugacement sur internet, intitulé « Olympiades paisibles, action
corrections spéciales ». Son but : neutraliser les
cellules terroristes, les forces anti-chinoises et les fauteurs de trouble,
qu’il veut encourager à quitter la capitale, au nom des intérêts
supérieurs de la nation. Agir vite, fort et sans parler. Les restaurants,
maisons de bain, de thé et de karaoké de moins de 100m² ont fermé, comme les
hôtels creusés dans les galeries souterraines, qui hébergeaient 300.000
migrants pauvres. Par ce coup de filet, au 30/07, Pékin avait fait une cure d’amaigrissement autoritaire et écarté des millions de
résidents précaires. Peut-être, dit la rumeur– pour très longtemps, bien après
les Jeux. Les 200.000 caméras des rues, devraient décupler en 2 ans—comme à
Shenzhen, et probablement partout.
Ces Jeux, enfin, seront
nationalistes, trend annoncé par la multiplication des
drapeaux rouges sur les voitures. Quoique non conforme aux normes
olympiques et à l’idéal de neutralité de la ville hôte, ce phénomène est encouragé. Idem, les stades attendent une
foule sélectionnée, enthousiaste et disciplinée, au service de l’Etat, par
idéal, ou sur commande.
A traits encore
grossiers, une stratégie s’esquisse: utiliser les Jeux, la menace d’attentats
pour restaurer l’autorité de l’Etat. L’ennemi est moins le terrorisme que le désordre qui s’emballe, le choc d’un repli
économique planétaire annoncé à l’automne. Dans cette phase vulnérable, le Parti
communiste chinois veut s’appuyer sur sa jeunesse fière de
son pays, en colère contre l’Ouest : le temps de passer à gué la crise
mondiale, et défendre, au passage, la « dictature du prolétariat »
et ses privilèges d’élite !
Autoportrait—la Chine dans son miroir !
L’institut Pew, de Washington, sort son sondage des
opinions de 24 pays sur eux-mêmes. En Chine, 3200 adultes de tout âge et de tout
milieu, reflètent l’image décapante d’un pays jeune, optimiste, patriote, aux opinions tranchées.
Sur les Olympiades, ils sont 96% à dire qu’elles seront un
succès, 93% à croire qu’elles embelliront l’image du pays, et 79% à penser
qu’elles leur apporteront un profit personnel.
Sur la question
capitale du bonheur (vu comme un cocktail de fierté envers le pays et sur
sa vie propre), 86% se
disent comblés, contre 48% six ans avant, et 29% pour les Français. En terme de
satisfaction
économique, ils sont
82%, soit 30% de plus qu’en 2002 (Français = 19%...).
Mais qu’on gratte un
peu, et les nuances viennent vite : parlant de la famille, seuls 14% sont « ravis» tandis que 67% disent « mama huhu » (马马虎虎, «plus ou moins»). Sur l’emploi et le revenu, on ne trouve que 4% au nirvana contre 60% dans le «ça-m’suffit», chiffres immuables depuis 2002.
Autrement dit, cet optimisme du Chinois se réfère plus à la nation et à sa
capacité à l’enrichir, qu’à son existence propre.
Le problème qui lui pèse le plus est la hausse des prix : 96%, dont 72% «très soucieux». Suivent l’écart des richesses (89%), la corruption des cadres (78%) et des businessmen (61%) - mais
l’Etat «fait un bon
travail» de
répression, pensent 65%. Suit la pollution (air, 74% et
eau, 66%). Ici,
quatre Chinois sur cinq pensent qu’il faudrait faire plus, même au prix de
pertes de richesse et d’emploi. Passons sur le chômage (68%), la délinquance (61%) : de 56 à 39% des gens sont sensibles
aux accidents de
travail, à la qualité des produits, aux pensions, à la Sécurité sociale, à l’éducation. Le cadet de leurs soucis va aux coupures de courant (27%)…
A 70%, le Chinois approuve la liberté de marché et la vie moderne : 38% ont leur ordinateur, et 25% vont sur le net. Mais parmi ceux qui
atteignent le pinacle, avec un diplôme, bon job en ville et haut salaire, ils
sont 59% à se plaindre de la perte des traditions : c’est parmi eux que se recrutent les «jeunes en colère contre l’Occident». Trouvant exorbitant le prix payé pour
leur bonne fortune, ils s’érigent en gardiens ombrageux d’un passé que leurs
parents ont jeté aux orties.
A cette racine du nationalisme, vient s’en adjoindre une autre :
candidement, cette Chine qui pompe des millions d’emplois à d’autres pays, ne
croit qu’à 3% leur faire du tort. Elle s’estime à 77% populaire mais distribue
sans complexe, aux voisins, le titre d’« ennemi » : au
Japon (38%), aux US, (34%), à l’Inde (25%). Dans le
même ordre d’idée et de xénophobie montante, ils ne sont plus que 77%, contre
92% en 2002, à croire que l’anglais pour leur enfant, soit un « must ».
En somme, la société chinoise s’éveille à la condition de
nation, et de puissance, avec le passage inévitable par la phase ingrate de
l’adolescence cocardière !
Economie - Pékin cède aux lobbies, bride le ¥uan
Les dix derniers jours ont vu le Président Hu Jintao
au Shandong,
le 1er ministre Wen jiabao
dans les
deltas des Perles et du Yangtzé et Xi Jinping, Li Kejiang (les dauphins
du régime) avec Wang
Jishan (nouvel astre de
l’économie nationale) dans les autres provinces de la côte : en mission d’observation
économique. Puis se tint le plenum du Politbureau, se
demandant si maintenir l’austérité, alors que l’export recule (+17,8%
à 121MM$ en juin contre +28% en mai) et que deux tiers du textile, de
janvier à mai, est dans le rouge. Étouffées entre les coûts qui explosent et
l’export en chute libre, les firmes délocalisent (Centre, Vietnam) ou ferment. Canton octroie 4MM€ aux
firmes Hongkongaises, en eau et électricité subventionnées, pour qu’elles se
déplacent vers ses propres zones low cost...
Au nom
de la défense de l’exportation, le Ministre du commerce réclamait la
stabilisation du yuan. La réponse a été nuancée. Oui, la hausse du ¥ sera bridée, à 3% au 2d semestre pour atteindre 6,6% en décembre face au dollar. Mais non,
l’Etat ne va pas relancer la planche à billets. Car cette potion amère lui convient tout à fait, seul moyen
pour elle, depuis longtemps attendu, pour forcer les firmes à gravir l’échelle
de la qualité, baisser la consommation d’énergie et la pollution. Pékin est
ravi de sa croissance désormais «modérée» (10,1% au second trimestre
contre presque 12% l’an passé), à l’inflation ramenée à 7,1%, au bâtiment muselé par la coupure du crédit. Le tout, en transition « stable » et sans fluctuations.
Pour
autant, le régime n’ose pas engager la main dans les grandes réformes en
souffrance, dont la libération du prix de l’énergie, du pétrole —puisque la dernière hausse de 18% a maintenu le prix à la
pompe, à la moitié du cours mondial —comme avant !
Le
pouvoir s’inquiète aussi du capital de ses firmes qui voient se fermer le
chemin de la bourse (déprimée), comme
celui de la croissance volumique, faute de marché intérieur, ou à l’export. Le
bas de laine en devise devient très risqué, avec le dollar qui flanche : il
donne donc consigne de foncer dans les achats de ressources hors du pays. Les
boites, à vrai dire, ne l’ont pas attendu : d’avril à juin, elles ont fait 169
acquisitions pour 15,5MM$ : 137% de plus
qu’au trimestre d’avant. 35 de ces achats ont eu lieu hors frontière, dont 55%
dans l’énergie et la mine.
Enfin,
l’optimisme officiel est-il justifié? Reste l’inconnue de la crise des subprimes, qui est là pour rester, avec son lot
futur de mauvaises surprises. Reste le risque d’un éveil post-Olympique
douloureux (mais il ne
devrait toucher que Pékin, qui ne fait que 4-5% du PIB). Reste aussi l’interminable chute aux
enfers de la bourse, et la limitation du marché intérieur, du fait de l’écart
croissant entre fortunes colossales et centaines de M de bourses modestes.
En bref
: l’automne sera chaud. Pékin le sait, mais pour l’instant, fait le dos rond
—méthode Coué.
Irrigation, prélude à une révolution tranquille ?
Cette année, la
désertification et le réchauffement global se traduisent, pour le paysan
chinois, par la perte de 15,8Mha d’emblavures (3Mt de plus qu’en 2007) et 28Mt de grain. 70% des champs sont
irrigués, 70% de l’eau chinoise va aux champs. Or le Chinois ne dispose que de
2700m3 d’eau par an - 25% de la moyenne mondiale. Le nord surtout est assoiffé,
ne détenant que 20% des réserves : dur
bilan, à l’heure où sonne le branle-bas de combat pour faire passer la récolte
de 500 à 600Mt sous douze ans.
De plus, en fait d’irrigation, tout est à refaire. Sur 12MM€ pressentis
pour 402 réseaux depuis 2000, seul 1MM€ a été versé. A ceci, des raisons
complexes, tel le fouillis d’offices concurrents, la propriété floue de ces réseaux
hérités de Mao (donc «à personne»), un prix de l’eau bas (0,065¥/m3 en moyenne, 38% des coûts de maintenance), ruinant toute chance de rentrer dans
leurs frais.
De ce fait, la
majorité des réseaux conçus dans les années 1950 à 1970 avec plus de ferveur
que de technique, est périmée, et perd 50% de son eau sur le Fleuve Jaune, 80% dans le Gansu.
C’est alors que le Ministère de l’eau et celui des finances tentent de
résoudre toutes ces contradictions via un projet pilote audacieux, révélé par la revue Caijing. Cet été sur 1000km², dans un certain
nombre de provinces et de réseaux, il a commencé par financer (par le niveau local et central) la réhabilitation des canaux, ensuite
confiés à une association locale des
paysans, créée pour en assumer la propriété, la gestion et la maintenance -
laquelle vote aussi un nouveau prix de l’eau, pour couvrir ses frais.
Le mot qui fâche,
ici, est « hausse », voire
« multiplication » du tarif. Mais il s’agit bien de cela : créer un
électrochoc pour faire ressentir la ressource conne une valeur, l’épargner pour
irriguer plus, ou vendre plus loin. Par cette technique, les experts espèrent
doubler voire quadrupler la récolte, sur les sites du projet.
La pilule
amère de la hausse du prix est compensée d’avance par la forte montée locale et
globale du cours du grain cette année. En outre, le paysan prend confiance en
ce système qui l’associe davantage : c’est en fait un nouveau droit de l’eau
qui se dessine. Enfin, des subventions aux associations sont évoquées, pour
maintenir les hausses dans les limites du supportable.
Bien sûr, un tel plan anti-gaspi ne peut tout
résoudre à lui seul : ni la question de la qualité souvent déplorable de l’eau (pollution), ni de celle des semences (trop gourmandes en eau). Ni l’incertitu-de
de la hausse des engrais et du carburant (hydrocarbures).
Sans
compter un problème non évoqué par Caijing : le petit ap-paratchik, hier maître de tout, acceptera-t-il la
perte du contrôle de l’eau, source de sa richesse personnelle, au profit du
paysan—la plèble ? Évidemment, cette réforme
courageuse, n’est pas gagnée d’avance, et ne peut être qu’un premier pas !
JO Beijing 2008 - Jour J-12
ª Le dimanche 20/07, usines, chantiers, la moitié des automobiles
furent stoppés. Cinq jours après, c’est à ne rien y comprendre : sur la
capitale, plane un smog laiteux, mauvais pour les poumons sportifs… On attend
plus qu’un miracle – les fameux canons à pluie, peut-être ?
ª Dite “le marteau de fer”, Lang Ping fut capitaine de l’équipe féminine de
volley qui offrit à son pays l’or olympique en 1984, puis en 1996—cette fois
comme entraîneuse. Aujourd’hui en charge de l’équipe américaine, entre les
deux, son coeur balance !
ª Juste à temps, le 19/07, ouvre la
ligne 10 (celle du green olympique) et celle de l’aéroport. Immédiatement
saturées par l’interdit partiel de rouler, elles portent le réseau à 200km.
ª Pas tolérante, Pékin ? Allons donc ! Elle
vient d’ouvrir trois zones “spécial-contestation” aux parcs “Ritan”
à l’Est, “Shijie”(du “Monde”) au Sud-Ouest et de Zizhuyuan
(“Bambou pourpre”) au Nord-Ouest. Mais attention : le
dissident officiel doit avoir son permis de la police, et respecter les lois
locales –donc, pas de politique. Mais dans les lieux-dits, les responsables ne
sont pas au courant.
ª “C’était le pire tirage au sort qu’on
puisse imaginer”, dit un Yao Ming dépité : pour son
équipe de basket, le sort a pêché l’Espagne championne du monde, les USA, la
Grèce, l’Allemagne, l’Angola - qui vient de la battre en amicale à Hangzhou… Mais
qu’à cela ne tienne, le héros national, champion des Houston Rockets, s’en
tient à l’objectif –cap sur les quarts de finale.
Argent - GEE : fusion et perte de mauvaise graisse
GEE : fusion et perte de mauvaise
graisse
Chentong, groupe de gestion d’actifs logistiques et commerciaux (né en 2005, au capital de 2MM€), va dévorer 20 GEE, (Grandes
entreprises d’Etat).
C’est la méthode choisie par la SASAC, l’organisme de tutelle crée en 2003, (à l’arrivée au pouvoir du tandem Hu Jintao – Wen Jiabao)
pour réaliser son mandat : forcer ces mammouths maoïstes à perdre leurs
mauvaises habitudes, à se colleter avec la concurrence capitaliste étrangère.
De la sorte, les 149 géants sous sa houlette ne seront plus que 130, et d’ici
2010, plus que 30 à 50. Le concept de «groupe de gestion d’actifs» n’est d’ailleurs que provisoire, temps d’intégrer les firmes, les
recombiner, voire résorber leurs mauvaises dettes. Leur vocation voulue est de
devenir des conglomérats bien gérés, de taille mondiale. Problème pratique
cependant: comment avaler des firmes cotées en bourse, pilotées par l’assemblée
des actionnaires?
Patron de l’institut de recherche Guosen, He Chenying nous révèle la méthode, en termes pleins
de pudeur : «remplacer le
contrôle direct, par l’exercice de l’influence directe» -nuance! Au programme, une
mutualisation des coûts, des investissements et programmes de R&D, et la
mise en faillite des déficitaires invétérés. Et si le festin sera «éclair», la digestion sera lente, vu le poids des mauvaises graisses. Mais
ainsi, tout reste sous contrôle, dans la famille -et le temps, en Chine, est ce
qui manque le moins.
Etranger - Pétrole: Exxon déchiré entre Chine et Vietnam
Fusions
& Acquisitions : coup de gong pour Xugong
La saga Xugong-Carlyle s’achève après trois ans sur un coup de gong.
Le californien expert des reprises
hypothécaires (LBO), renonce
à la compagnie publique d’engins lourds.
En 2006 pourtant, il rachetait à la mairie de Xuzhou, pour 375M$, 85% d’un Xugong enchanté de cette chance de résister à la domination
de Caterpillar
et Komatsu. C’était
compter sans Sany, petit rival aux solides appuis, qui dénonça la braderie d’un fleuron national. A ce prix, lui-même rachetait! Si ce deal se faisait, menaçait-il, il était
condamné.
Ces accents cocardiers inquiétèrent Pékin: en
août, le ministère du commerce imposa son feu vert à toute acquisition étrangère d’équipementiers locaux. Douze mois plus tard, ils étaient six
ministères en conclave, pour tenter de sortir de l’impasse. En vain. Carlyle
transigea, haussa son prix, réduisit ses prétentions à 50%, 45%... Rien n’y fit
: le 23/07, prétextant que l’entente est expirée, Carlyle se retire.
Pour autant, il n’a pas attendu pour refaire
sa vie: depuis 2007, il a mis 1,3MM$ dans 30 affaires dont 49% des tubes
d’acier Yangzhou Chengde, 17,3% des assurances China Pacific. Xugong veut se faire racheter par la bourse : sa filiale
cotée à Shenzhen veut y lever 820M$, pour racheter la maison mère, et la
recapitaliser. Le 25/07, les agioteurs patriotes approuvent : Xugong remonte de 9,5%. Quant à Carlyle, il ressasse la
dure leçon, un peu trop tard apprise : en Chine, quand on veut racheter quoi
que ce soit d’importance, on demande d’abord à Pékin !
Automobile : à truand, truand et demi
En 2004, la mariée était belle, cette JV signée
entre Malcolm Bricklin
et Chery, le constructeur de Wuhu, (Zhejiang).
Avec son réseau de Visionary
Vehicles, le businessman flamboyant se faisait fort
d’inonder le marché américain des voitures low cost de Chery. Importateur de Yugo, Fiat et Subaru, Bricklin était orfèvre en la matière. Peu regardant sur l’origine douteuse des modèles du partenaire, il prétendait en importer
250.000 dès 2007, moyennant 200M$
d’investissements de ses revendeurs
franchisés. Trois ans plus tard, ce seraient 1M de voitures qu’il écoulerait,
en faisant 1,1MM$ de profits, grâce à son prix plus bas de 30% en moyenne.
Mais fin 2006 tout à trac, Chery tourne
casaque, et s’en va à la concurrence Chrysler, avec armes et bagages : adieu,
veau, vache, cochon, couvée ! A présent, Bricklin accuse le Chinois de l’avoir trompé de n’avoir
feint leur coopération que pour attirer les grands du secteur : un Chrysler, un
pied dans la tombe, ne pouvait pas laisser le Chinois pénétrer sur son marché
-sauf comme son partenaire, produisant ses propres voitures sous licence,
créant une synergie entre qualité américaine et bas prix chinois, ce qu’ils ont
fini par convenir, sur le dos de Bricklin. Au
tribunal, Bricklin accuse aussi Chery d’avoir soudoyé un de ses employés pour obtenir son
plan d’investissement. Dindon de la farce, il réclame entre autres les 26M$
qu’il avait placé dans l’affaire. Le seul gagnant, en finale, pourrait être Chery : si dans quelques années, il lâche Chrysler, une
fois sa technologie acquise, son marché phagocyté !
Pétrole: Exxon déchiré entre Chine et Vietnam
Concernant la souveraineté sur
« sa » mer, les choses sont simples pour la Chine : tout est à elle
sauf une bande de 12 miles marins aux riverains. En pratique, Pékin admet
l’aspect inacceptable de sa revendication mythique, et elle a convenu de
négocier.
Mais quand le Vietnam, assoiffé d’hydrocarbures, invite Exxon Mobil, 1er pétrolier de
la planète à s’associer à PetroVietnam dans l’exploration des Paracelses, au sous-sol
très prometteur, Pékin avertit que sa souveraineté est violée. Dès 2007, Hanoi
avait invité British Petroleum (BP) à explorer un autre bloc. La pression de Pékin l’avait fait
reculer, mais il comptait revenir.
Pékin avertit les firmes que si elles insistent, ce sont leurs contrats
futurs en Chine qui en souffriront. Argument qui fait réfléchir : Exxon monte
avec Sinopec
une raffinerie dans le Fujian, et aurait
beaucoup à perdre (et réciproquement) d’une rupture avec la Chine. Mais Hanoi
tient bon : la géographie et le droit de la mer (la convention de l’ONU de 1982) lui donnent
raison. Tout en suggérant un compromis possible : une fois sa souveraineté
admise, tout partenaire, même Chinois, est bienvenu pour venir développer la
ressource. La différence étant que les taxes, comme le pétrole, regagneront la
terre ferme par le chemin le plus court —vers le Vietnam !
RdV - 8 – 24 août : Beijing, les 29 ième Jeux olympiques d’été
28-31 juillet, Qingdao :
Salon int’l pour la machine-outil et l'instrumentation
industrielle
4-6 août, Dalian : Salon
de l'industrie
chimique en
Asie
8 – 24 août : Beijing, les
29 ième Jeux olympiques d’été
20-22
août, Shanghai : Salon int’l des fournitures automobiles
28-30
août, Shanghai : Salon int’l de l’industrie de l’emballage
Petit Peuple - Pékin, 3ème dimension des JO - la peur de la face
Les Olympiades, côté cour, c'est le feu d'artifice des tours futuristes, de
la Cité Interdite restaurée, des parcs pimpants surgis dans la nuit. Côté
jardin, c’est la souffrance cachée du million de maçons migrants brisés à la
tâche, ou des expropriés. Mais il existe encore une 3ème dimension qui touche tous les Pékins de la rue comme les apparatchiks :
le trac, la peur de perdre la face.
Dans l’obsession du terrorisme, Pékin s'est retranchée: trois « lignes de défense », des centaines de check-up armés jusqu’aux
dents sur les routes. Elle vient aussi de bannir les banderoles dans les
stades.
Le chien est banni des rues, et de la casserole. Dans les «hutong», les ruelles
pékinoises, la fourrière rode en quête du toutou errant, ou trop grand, ou sans permis : pour survivre aux mois d’été, haletant sous sa toison rasée, le million d'amis du Pékinois
reste cloîtré. Comme par compensation (en réalité, pour éviter la critique étrangère), les restaurants doivent rayer le chien de leur menu. Idem, les terrasses de Sanlitun seront bannies. Durant les festivités, l’aéroport
sera fermé, forçant l’annulation de centaines de vols, pour empêcher l’avion suicide
de s’écraser sur les 80 rois, présidents et CEO de ces Jeux Olympiques déjà
surnommés le « Davos des muscles ».
Il n’y a pas que les ronds de cuirs à perdre les pédales. La délinquance
aussi explose : voyant passer sous leur nez, des milliards d’euros
d’investissements futiles, toujours plus de pauvres hères tentent d’en saisir
un lambeau, tels au manège, les enfants se dressent sur leur cheval pour
agripper la queue de Mickey.
Dans le Dongbei, le plus grand cercle clandestin de paris mutuels vient d’être brisé : en un an, 42
comparses ayant reçu par internet/Sms,
847M$ de mises, risquent 15 ans de prison. Idem à Chongqing,
un réseau est démantelé, qui reproduisait tous les faux papiers: diplômes bidon, cartes
d'identité, titres de propriétés imaginaires, licences de bar en bois.
Face à l’appétit de lucre sans précédent ni vergogne qu’il voit chez les
puissants, l’homme de la rue sait qu’il ne peut compter que sur lui-même. Ce sentiment apparaît le mieux dans ses lectures - même pauvre, le Chinois est un
redoutable dévoreur de pages.
Beijing Openbook, qui étudie les ventes de 1500 librairies sous toutes les latitudes chinoises, constate que les dix best sellers,
hors-roman, suivent la même recette : tous offrent
des antidotes aux poisons sociaux, par le renforcement de soi.
En seconde et quatrième position, un ouvrage en deux tomes affirme péremptoirement que l’automédication vaut mieux que le médecin. Le sixième
professe «la sagesse de
ne pas tomber malade», et le septième, au cœur du sujet, révèle « 50 moyens d'échapper au désastre ». Le neuvième vous dévoile « ces inconnus pour qui vous travaillez »…
Non-violents, témoignant du goût du chinois pour la paix, les 1er, 5èmeet 7ème enseignent à
ne pas résister à la force du mal, mais à goûter la consolation des sages
millénaires, des Analectes de Confucius, et … des Méditations de Marc Aurèle, l’empereur romain.
Enfin, comme on a vu, les peurs sans fondement, se réfèrent à l’obsession
de ne pas perdre la face. Ce qui apparaît étrange à l’œil étranger, est que
tous, apparatchiks comme Pékin moyen, déforment ces angoisses, les interprètent
comme une armée de traîtres et d’assassins en embuscade, mais qui n’existent
que dans leurs têtes : « derrière chaque touffe d'herbe, derrière chaque frondaison d'arbre, ils
voient briller une arme » (草木皆兵 cǎo mù jiē bīng).
Politique - Russie/Chine : le dégel de l’Amour
OMC : carton jaune pour la
Chine
Depuis
l’entrée de la Chine à l’organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, la période
transitoire est révolue : pour la première fois, elle est condamnée à Genève (21/07) pour discrimination des constructeurs auto étrangers, en
leur imposant l’intégration de 60% de pièces locales dans leurs voitures «made in China», sous peine de les taxer à 25% comme « importées ». Déposée en 2006 par
les USA, la plainte avait été soutenue par Union Européenne et Canada.
L’OMC, donc, montre les dents : il s’agit d’une infraction aux règles du
club mondial, d’autant moins acceptables qu’entre-temps, la Chine est passée 3ème marché automobile mondial, aux ventes annuelles de 12MM$. Elle est le
terrain où se jouera le sort des constructeurs de l’Ouest. Pékin fait appel, se
disant « pas
entièrement d’accord ». D’ici à la fin de l’année, l’OMC
émettra un dernier jugement, exécutoire. Une chose qui frappe, est que les
gouvernements, plus que les firmes, sont montés au créneau, pour la défense de
l’emploi sur leur sol. Dans une logique plus commerciale, les constructeurs, se
sont accommodés de l’obligation de se fournir en pièces locales - leurs
fournisseurs ont fait le grand saut, ou ont été supplantés par des firmes
chinoises.
NB : à Genève, dans les négociations
de la dernière chance pour la ronde de Doha, la Chine était présente (23/07)
pour la 1ère fois, aux côtés des sept puissances
commerciales mondiales.
Justice: Danone dans la tourmente
A la recherche d’une
sortie honorable dans son litige avec Wahaha, sa filiale félonne, Danone est sur des
charbons toujours plus ardents. Au total, 54 actions judiciaires sont en cours,
dont, au 1/07, l’appel d’un verdict de la cour d’arbitrage de Hangzhou qui
rendait à Wahaha sa marque (et à son PDG Zong Qinghou).
Or, mi-juillet,
c’est de Stockholm qu’une autre cour d’arbitrage internationale refuse à Danone
des mesures en référé pour empêcher Wahaha de
s’agrandir hors de sa JV avec Danone, et de vendre sous la marque conjointe.
Puis tombent d’autres « tuiles » :
alertés par lettres assez peu anonymes, les contrôleurs des taxes de Shanghai
et Canton passent au peigne fin les livres de Qin Peng, patron de Danone-Chine
soupçonné (pour Shanghai) de 6 M€ d’évasion fiscale depuis 1996.
NB: Sur le fond, pourquoi tant de misères au
géant alimentaire et pourquoi la justice chinoise ou mondiale est incapable de
rétablir ses droits face à un partenaire indélicat? De l’avis des experts,
Danone a commis deux imprudences : n’avoir pas fait valider son contrat de JV
en 1996, et avoir cherché délibérément des partenariats avec des firmes
concurrentes, Wahaha, mais aussi Bright et Robust, dont les JV sont en échec. A présent, Danone veut sortir, mais avec sa
vulnérabilité juridique, il aura bien du mal à forcer Zong
à lui payer les 1,62MM€ qu’il réclame : Zong, « par magnanimité », prétend lui en offrir le 5ème !
Russie/Chine : le dégel de l’Amour
Cela faisait près de 80 ans
qu'elle durait, la dispute des îles entre Amour/Heilongjiang et l’Oussouri,
annexées par l'URSS en 1929. Après le dégel en 1989, il fallut presque 20 ans
aux experts pour retracer les 4300km de leur frontière orientale, enterrant
leurs revendications territoriales.
La
Russie ne perd pas tout : elle rend les deux îles Yinlong, mais garde la moitié des Heixiazi, et la moitié (174km²) des territoires contestés. Politiquement, le symbole est fort : c’est
la 1ère fois que Moscou, lâchant ses riverains,
cède un lambeau du sol au nom du bon voisinage.
Au
plan stratégique, les sols rendus n’ont guère d’utilité -le Heilongjiang veut y
instaurer une zone de libre
échange. Mais ceci
intervient alors que la diplomatie sino-russe connaît une éclatante réussite,
donnant la réplique aux US sur les dossiers zimbabwéen, iranien et coréen du Nord. Commercialement, les échanges n'ont
jamais été si bons, pétrole oblige (48MM$ en 2007, +44,3%).
Ce
geste de confiance réciproque pourrait débloquer d’autres méga contrats énergétiques,
le fameux pipeline Angarsk-Daqing en panne depuis dix
ans, des centrales nucléaires de 3ème génération
où pour l’instant, seuls Américains et Européens sont servis… Même au plan
militaire, ces quelques «arpents de neige» sacrifiés des îles de l’Oussouri, pourraient permettre à l’alliance
sino-russe de déployer ses ailes, par exemple pour contrer les ambitions des
USA qui rêvent d’intégrer dans l’OTAN, Ukraine et Géorgie, ex-vassaux de
l’URSS, ex-membres du défunt pacte de Varsovie, que Pékin pourrait aider à
renaître de ses cendres sous la forme du SCO, dit club de Shanghai.
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