Le Vent de la Chine n° 25(XIII)
21 au 27 juillet 2008
Doha –l’embellie, JO –le marasme
Les
hauts faits de la semaine sont sans conteste la séance finale (21/07, Genève) de la ronde de Doha, accord commercial planétaire négocié depuis 2001, et la perte
apparente du régime des espoirs qu’il plaçait en ses JO.
① Concernant Doha, le meeting de 35
cadres représentant 95% du commerce
aurait dû s’ouvrir sans illusions, vu l’infructuosité des échanges des années précédentes. Le Nord veut sa part des marchés industriels des pays
émergents. Le Sud revendique la levée des barrières
agricoles d’Europe et d’Amérique. Pourtant à la veille de l’ouverture, un optimisme prudent prévaut : Pascal Lamy, Secrétaire Gal de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) voit «plus de 50% de chances d’accord». Discrètes mais efficaces, ses missions dans le monde ont
rapproché les positions. 50MM$ de taxes/an
disparaîtront, dont 2/3 entre UE/US, 1/3 entre émergents tels Inde ou Chine.
L’Europe démantèle ses aides vertes de 54%. Le «paquet» de concessions réciproques est mûr. En outre, le
monde s’inquiète d’une crise financière historique -on parle
d’une sortie de crise fin 2009, après 2000 MM$ de pertes. Il ne peut plus faire
la fine bouche sur son ultime chance de relance: de plus en plus, les
frontières commerciales apparaissent comme un luxe que les nations ne peuvent
plus se permettre.
②
Concernant les JO, une ambiance tragi-comique se diffuse, escamotant la gaieté
sans frontières que tous attendaient, par la discipline et les interdictions.
Pour des raisons inintelligibles, les espoirs de Pékin semblent fanés. La
mairie ne parle plus des «meilleurs Jeux de l’histoire
olympique», mais de «JO de haute qualité, aux couleurs
de la Chine» : le recul est frappant.
La rue a un regard plus
cru. Alors que le Bocog (Comité d’organisation des Jeux Olympiques à Pékin) a créé pour ces Jeux cinq mascottes, elle s’est amusée à les coupler avec les calamités
de l’année : Beibei le poisson avec le blizzard de
février au Sud, Jingjing le panda avec le séisme du
Sichuan, Huanhuan la flamme avec son relais mondial
(l’opinion commence à réaliser le
désastre qu’il infligea à l’image du pays), Yingying l’antilope tibétaine avec l’émeute
de Lhassa, Nini l’oiseau avec l’inflation. Pour
le Chinois, l’allégorie traduit la perte du mandat du ciel, ce qui explique les mesures
urgentes, autoritaires, souvent vexatoires, parfois contradictoires. Ainsi, en
plus des 100.000 agents antiémeutes et des 400.000 volontaires, des milliers de
policiers locaux montent à Pékin pour aider à débusquer les pétitionnaires. A
Kashgar (Xinjiang), deux Ouighours ont été exécutés
pour terrorisme - 12 groupuscules démantelés. Pékin rémunère la délation (jusqu’à 73.000$) de terroristes embusqués. Mais il
appelle aussi les 2300 cantons et leurs secrétaires du Parti à « écouter la population » et « régler les conflits dans l’harmonie»… avant les Jeux ! Autour de
Pékin, trois «lignes de défense» et des centaines de postes
filtrent toutes les routes, transformant la ville en camp retranché...
Certaines de ces mesures,
seraient des excès de zèle de cadres intermédiaires déterminés à tout verrouiller,
pour s’affranchir de toute critique, au cas où le pire devait arriver. Mais
quel pire, alors que rien, sous l’angle olympique, n’est arrivé, sauf dans les
têtes? La Chine paie au prix fort son absence de liberté de presse, qui empêche le pays de sortir du
cauchemar où il s’est seul plongé. Car cette peur cristallise moins une menace
sur les Jeux, que l’exaspération face aux problèmes sociaux et environnementaux
auxquels on n’a pas de réponse...
Conjoncture—l’alerte rouge !
« Tant crie-t-on
‘Noël’ qu’il vient », chantait
François
Villon: à force
d’attendre le refroidissement, il arrive, mais pas comme on croyait : par
l’explosion des fonds gris étrangers («hot money») attirés par les 6,7% de hausse du ¥ face au $ depuis janvier. En hausse de
+36%, les réserves en devises font 1800 MM$. La réévaluation a été l’œuvre de
la BPdC (Banque Populaire de Chine), afin d’enrayer l’inflation. Mais le Mofcom, Ministère du Commerce met le holà,
soucieux des difficultés d’exports frappés par la hausse du ¥ et des prix industriels (+8,5% en juin, plus que l’inflation à 7,1%).
L’export a donc chuté. A 99MM$, le surplus commercial du semestre perd 12% éreinté par les prix du pétrole et du minerai de fer (+77% chacun). Et pas par hasard, leurs détenteurs
augmentent leurs importations chinoises: Inde +53%, Brésil +86%, tandis que les
US coupent leurs achats de 9% et l’UE de 3,2%. L’export chinois reste positif
de 7%, contre plus de 20% l’an passé : c’est l’alerte rouge !
Autre alerte, du côté de l’alimentaire. Pour faire face à la menace de pénurie,
en mars, la Chine a dû libérer entièrement les importations. Résultat, elles
ont bondi de 59%, entraînant un déficit de 7,6MM$.
Conséquence de la déprime : laminée
de 56% depuis octobre, la bourse attend le miracle et les financiers cherchent
d’autres placements. L’ICBC en est à
offrir des placements en vins de collection. Pour la 1ère fois, l’immobilier neuf dépasse la demande avec 5Mm² neufs pour 3,5Mm²
vendus : -41% de ventes dans dix métropoles. Et les tutelles se disputent : la CBRC (banques) avertit la BPdC (monnaie) de ne plus rehausser le taux des réserves bancaires obligatoires,
aujourd’hui à 17,5% : les banques ne pourraient plus payer leurs dettes !
Dernier regard sur ce ciel qui se
couvre : l’énergie vint à manquer. Rejoignant les douze
provinces déjà en proie aux baisses de tension, Hunan et Guizhou coupent la
distribution urbaine de 20%, et après l’aluminium la semaine passée, c’est au zinc de réduire la
production de 10%, pour ranimer un prix déprimé, et laisser la priorité de
l’électricité aux fermiers. Aussi la croissance a perdu 1,5% en six mois, à
10,4%. D’ici décembre, elle pourrait atteindre 10%, l’inflation 7% et la
balance commerciale devenir neutre, pour la 1ère fois depuis des années.
Pour l’instant sans
réponses, deux questions conditionnent l’avenir : dans la crise sans précédent
qui s’instaure, l’économie chinoise qui perd une part de son export,
garde-t-elle les moyens de son propre contrôle? Les clients émergents
compenseront-ils les pertes sur ses marchés matures? Détail inquiétant, l’Etat,
capitaine dans la crise, est en conflit interne entre ses lobbies, Mofcom et CBRC contre BPdC. En cherchant à protéger ses
parts de marché, Pékin retarde d’autant la remise à jour urgente de son
économie dans un sens soutenable, tournée vers l’intérieur et protectrice de
l’environnement.
Continent noir, or noir, nuages noirs
On parle plus de la diplomatie africaine de la Chine que de celle qu’elle mène
ailleurs, Asie ou Amérique Latine. A juste titre, car le continent noir voit se
fixer bien des projets chinois vitaux pour elle : garantie en matières 1ères, quête d’alliés sûrs aux Nations Unies, constitution d’un «hinterland»
pour vendre ses infrastructures, maintien d’un bloc non-aligné. Or cette
semaine, deux incidents viennent questionner cette démarche.
① Le 10/07, ensemble avec Moscou, Pékin bloque au Conseil de Sécurité le projet US et britannique
d’embargo au Zimbabwe de R.Mugabe (qui venait de confisquer les élections) : la sanction aurait fermé le pays aux trafics d’armes, aux voyageurs
et aux fonds. Selon les experts, comme prix de sa protection, Pékin viserait le
platine et le chrome zimbabwéen vitaux à ses industries, et les farms confisquées aux colons blancs. Peu de
pays étaient opposés à cette tentative d’isolation, soutenue même par les
églises chrétiennes locales : Pékin et Moscou auront du mal à maintenir leur
front du refus dans les mois à venir.
② Autre souci, au Soudan : depuis La Haye,
le 14/07, L.Moreno Ocampo, procureur de la Cour Pénale Internationale inculpe le Président O.al-Bachir, le vieil allié de la Chine, qui lui
réserve les 2/3 de son pétrole. Motifs : le génocide au Darfour, les 0,3M de
victimes depuis 2003, les 2,5M de réfugiés selon l’ONU (Organisation des Nations Unies). «Gravement préoccupée», Pékin voit ici un risque d’échec à quatre ans d’action politique.
Pour faire accepter à l’Ouest son soutien à un régime violent, elle s’était
impliquée dans le processus de paix, envoyant au Darfour un contingent de
Casques bleus. Or, un malheur ne venant jamais seul, c’est le moment choisi par
la BBC pour accuser Pékin (images à l’appui) d’avoir violé sa parole en livrant à Khartoum dès 2005 (après le vote de l’embargo soutenu par
Pékin) 212 camions
militaires Dong Feng, et des formations (au pilotage de ses chasseurs A5 Fantan). Par la voix de son ambassadeur
itinérant Liu Guijin, Pékin taxe le reportage de «mauvaise foi »…
NB : Sur le fond, ces deux
affaires risquent d’affaiblir, à l’Ouest et en Chine, les avocats du dialogue.
L’affaire de la Cour Pénale Internationale démontre que même les politiciens
occidentaux prêts à couvrir la Chine, n’ont plus toutes les cartes en main. Le
veto de protection de Mugabe renforce intérieurement, mais affaiblit
extérieurement le front «russo-chinois», dont l’intérêt matériel (à se partager
les richesses des Etats-voyous) apparaît clair. Les deux affaires expriment
avant tout les contradictions d’une politique africaine de la Chine
encore jeune, à fort succès commercial, mais qui se cherche, et trouve ses
limites. Après quatre années d’efforts pour rendre cette politique inattaquable
aux critiques, retour à la case-départ : manifestement, la Chine, en Afrique,
doit cesser de tenter d’être « l’amie de tous », et entre ses projets
hétérogènes, faire des choix.
« Touche pas à mon panda !»
Le 20/06, le film
d’animation Kungfu Panda démarrait en Chine sous les pires
auspices : ① un mois après le séisme du Sichuan, la
Chine en deuil ne devait pas sourire –pas sur les pandas. ② Le long-métrage était signé Spielberg (studios Dreamworks), qui venait de lâcher les JO, accusant
Pékin de complaisance vis-à-vis du Soudan et sa guerre civile au Darfour. ③ Au fond, c’était
un film de culture chinoise, domaine que le pays croit strictement inaccessible
aux étrangers, plus encore aux «marchands de soupe» de Hollywood. ④
Zhao Bandi, «Mr Panda» à Pékin (écrivain, inventeur d une mascotte en peluche) appelait au boycott du film et ameutait
la SARFT (censure du 7ème art chinois), exigeant la protection du monopole sur la plus nationale des
bêtes de Chine. Il accusait Mark Osborne, le réalisateur, de profiter d’un moment
de faiblesse pour faire tourner la tête au chinois, «voler son or»…Hélas pour Mr Zhao, un contrat est un contrat : la Sarft (State Administration of Radio, Film and Television) ayant signé
pour 20 films US/an projetés en Chine, ne pouvait se dédire. Tout ce qu’elle pu
faire, fut de retarder de 15 jours la projection au Sichuan !
Contre toute attente, la réaction
du public au box office déjoua tous les pronostics. Même à Chengdu capitale du
Sichuan (les 2
semaines de deuil une fois révolues), Kungfu Panda battit le record national de fréquentation. Car ce panda
ventru, pataud (l’alter ego
en fait du porc Zhu Bajie dans le voyage à l’Ouest) est l’allégorie du chinois de la rue,
brave, pauvre, plein de travers mais aussi, de rêves de courage. Po (le panda) dirige son échoppe de nouilles, gagnée
50 ans en arrière par un ancêtre au terme d’une mémorable nuit de mah-jong. Et
il rêve de devenir maître de kungfu, pour battre Tailung, le méchant léopard des neiges. Pour ce faire, il lui faudra subir une
initiation sous les griffes des « 5 furieux » animaux mythiques qui lui dispensent l’enseignement des moines de Shaolin.
On
l’a compris, sous prétexte de «cape et d’épée» façon asiatique, c’est avant tout un film initiatique, où légendes et
proverbes chinois défilent. Par respect pour leur sujet, les auteurs se sont
privés le plus souvent du comique facile et des bons mots gratuits.
Or,
au moment du bilan, divine surprise ! Pour la 1ère fois, la Chine se reconnaît dans ce film étranger, et le dit. L’œuvre
suscite même un débat national, au CPPCC (Chinese
People's Political Consultative Conference) où le directeur de l’Opéra de Pékin
demande pourquoi, sur leur propre terrain, les Chinois ne sont pas capables
d’en faire autant. Cette instance de l’Etat conclut en recommandant au régime…
d’alléger la censure !
Pour
autant, le succès sera bref. Au 30/07, Kungfu Panda doit céder sa place à Falaise rouge, peplum moyen-âgeux et grande messe nationaliste qui truste (par ordre du ministère de la culture) 80% des salles du pays. Kungfu Panda
aura juste dépassé 14M€ -les professionnels lui voyaient le potentiel du
triple. Mais c’est bien comme ça : même à l’ouverture d’esprit, il faut un temps d’acclimatation !
JO Beijing 2008 - Jour J-18
- A la veille
des Jeux, Pékin émet moultes interdictions, peu d’assouplissements : depuis le 11/07, les internautes accèdent à des portails hongkongais tel MingPao, et la transmission directe de TV étrangère et chinoise (l’importation de 52
camions émetteurs, le droit
de filmer sur Tian An Men) se débloque enfin.
- Qingdao gagne
sa bataille contre les algues. Dans sa rade, 1.700 bacs ont tiré 1Mt de végétation. Le 14/07, ils
n’en trouvaient plus que 10.000t, permettant aux 37 équipes déjà sur place de reprendre l’entraînement.
- Au 20/07, le chauffeur pékinois ne roule plus qu’1 jour sur 2. Les horaires sont réétalées (EE=9h/17h, cadres= 9h30/17h30, magasins=10h/22h), et la presse vante les beautés du car-pooling.
- Retourné blessé au pays en juin, Yao Ming, la vedette
de la NBA, rejouait
le 17/07 son 1er match, en équipe
nationale contre la Serbie. Score : 96
à 72, dont 11 points par un Yao Ming en grande forme. 1er match olympique
contre les USA, le 10/08.
- R.Dujkovic, entraîneur serbe de l’équipe chinoise de football, est remercié. En juin déjà, Vl.Petrovic pliait bagages,
et chez les femmes, Elis.Loisel (en mars). Souvent
en raison de leur vision du sport: la Chine fait appel aux étrangers pour en acquérir la technique, mais rapidement, n’en supporte plus l’esprit trop libéré.
NB : autre
coach licencié - pour quatre
ans et pour une toute autre raison: celui du marcheur Song Hongjuan, testé positif à l’érythropoiétine. La
Chine n’a pas communiqué son nom.
Argent - La foire d’empoigne de la TV sur téléphone portable
Après des années
d’efforts pour ouvrir un réseau de TV sur téléphone portable à temps pour les JO, la Chine doit déclarer forfait. Non faute de
standard, mais à cause d’en avoir deux. Dérivé du système coréen DMB, le T-MMB est l’enfant de MCCTV soutenu par le MIIT, le tout
puissant ministère de la cybernétique qui l’a fait «recommander» comme standard national par le Bureau de la standardisation. Or, en face, la SARFT, le Goliath de l’audiovisuel pousse son propre bébé, le CMMB. Sûre de sa force, elle n’a pas même participé au concours du standard
national. Par contre, elle a offert 1000 portables aux officiels du BOCOG, (l’organisateur des Jeux), et a investi 20M€ pour qu’ils puissent
marcher à travers 37 villes, d’ici fin juillet. Quoique le MIIT puisse refuser
la licence d’émission. Pour tout simplifier, 140.000 privilégiés pékinois
testent aussi le système nippon DBM, et dans le
camp du MIIT, MCCTV a commencé la construction d’une tour de transmission en T-MMB à Pékin… Faute de la moindre chance de voir les deux titans s’entendre,
il reste deux options à l’avenir : laisser le Conseil d’Etat arbitrer, ou bien
qu’un des deux accède le 1er à la
diffusion directe par satellite, mettant ainsi l’adversaire KO. La SARFT semble
mieux armée...On y reviendra.
Etranger - L’Occitane en bourse de Hong Kong
● Shanxi : le solaire va au charbon
Un groupe public du centre de la
Chine prend une place dominante dans un créneau d’avenir, grâce à une PME
allemande. A Houbu (Shanxi), Lu’an est un poids moyen du charbon, qu’il
extrait à raison de 12Mt/an. 155ème groupe du pays, il a aussi un pied dans la mécanique, le ciment, la
filière bois –et bien d’autres. Le prix du charbon qui s’envole lui assurent
une confortable réserve de cash: assez pour acheter à Centrotherm (Blaubeuren) la chaîne intégrée nécessaire
pour maîtriser la transformation de sa silice en cellules photovoltaïques. Le
contrat du 14/07 pourrait atteindre 160M€, pour un «grand nombre» de
réacteurs et convertisseurs (pour
obtenir 7t/j de polysilice de qualité
solaire), et deux lignes « clé en main » de cellules, d’une capacité de 30MW/an. 1ères livraisons prévues sous 12 mois. Le
marché est évidemment porteur : dès fin 2009, la capacité solaire chinoise
installée atteindra 4MMGW. Mais l’enjeu va plus loin. Des 50 producteurs chinois solaires actuels,
peu survivront dans dix ans, faute de maîtriser toute leur chaîne de
production. Lu’An fera probablement partie des
gagnants, ayant toutes les cartes en main, matière première, fonds et
technologie. La seule question qui intrigue, est quelle énergie poussant une
groupe « baron de province » à s’arracher à sa léthargie : la loi,
peut-être, qui lui impose l’investissement en énergies renouvelables?
● L’Occitane en bourse de Hong Kong
En 1976 en Hte Provence, O.Baussan lança L’Occitane, vendant son huile de romarin sur les marchés du coin. Depuis, bien des
huiles essentielles ont coulé sous les alambics : la PME dégage 417M€ de CA en
2007. Si les savons, shampoings et autres parfums restent produits à
l’usine-laboratoire de Manosque (400 salariés), la France
n’arrive que 3ème dans ses
carnets de commandes, derrière les US et le Japon. Après avoir risqué le rachat par L’Oréal, L’Occitane a réussi à regagner sa
liberté l’an passé, reprenant ses parts chez Clarins, pour ne conserver que 20% de ses actifs en bourse européenne. Et voilà
qu’à présent elle «remet ça», préparant son entrée en bourse de Hong Kong, une des rares places à
résister au typhon financier mondial –elle n’a perdu, depuis janvier, que 3%.
L’Occitane compte y lever 300M$, avec pour parrains de l’opération UBS, HSBC et CLSA. HK offre surtout une porte d’accès sur
le marché chinois, où la firme provençale possède déjà 35 boutiques en propre -
trop peu, pense-t-elle, en regard à la demande, et à ses 1000 surfaces dans 70
pays…
NB: Starbucks lui, ferme
600 cafés aux US et veut en ouvrir 80 en Chine cette année, cela lui en fera
380. Pour la 1èrefois dans
l’histoire, on peut envisager que des groupes disparaissent du sol natal, pour
renaître à l’autre bout du monde. L’Occitane passe à cet état dès l’enfance,
produisant déjà à 86% pour l’étranger.
● Subprimes : la Chine éclaboussée
Le
11/07, Fannie Mae et Freddy Mac, organismes de crédit sous tutelle de l’Etat américain, détenteurs de
la moitié des hypothèques privées US, furent repêchés par Washington. Mais pas
leurs créanciers ! Peu après, China Daily, levant le coin du voile, évoquait
les conséquences pour la finance chinoise : quatre banques risquaient la perte
de 30MM$, dont 20MM$ à la BdC, le reste étant partagé entre CCB (7MM$), Citic et ICBC. C’était la plus grosse perte en subprimes
jamais admise
en Chine. Mais est-ce bien tout? Non, dit ce récent rapport du Congrès, qui
estime à 400MM$ les bons d’Etat détenus outre Pacifique fin juin 2007 par la BPdC, banque centrale. Et parmi ces positions, Fannie Mae
et Freddy Mac figurent au 1er rang. Or,
depuis juin 2007, les réserves chinoises
n’ont fait qu’augmenter, atteignant 1800MM$ : sur ces réserves, combien de
centaines de MM$ sont grillés, que Pékin cache encore,
ou ignore? Effrayées par ce questionnement, les Bourses d’Asie ont chuté (-3,43% à Shanghai le 15/07): désormais, la finance chinoise, publique
comme privée, ne se sent plus invulnérable, puisque les cloisons avec la
finance mondiale ne sont plus étanches. Mais s’il en est ainsi, quel avantage
reste-t-il, à garder le RMB non-convertible ? La Chine perd des deux côtés.
Politique - Sarkozy, entre l’enclume et le marteau
● Sarkozy, entre l’enclume et le marteau
Selon le sondage IFOP pour Paris Match du 15/07, 78% des Français veulent voir N.Sarkozy
recevoir le Dalai
Lama en août en
France. Plus encore, depuis que la Chine a prétendu le lui interdire, sous
peine de «sérieuses
conséquences».
Quoiqu’indiscrète, la démarche n’est pas spécialement dirigée contre Paris -
chaque projet de rencontre avec le Dalai, voit une
tentative chinoise d’y faire échec, pour isoler le chef politique du Tibet en
exil. Sarkozy, il faut le dire, a pris un risque inutile, en envisageant
publiquement une rencontre avec le Dalai. En
plébiscitant celle-ci, la rue française exprime aussi son dépit de voir Sarkozy
assister aux JO. Mais en face, la rue chinoise est aussi déçue que l’hôte de
marque français ait osé envisager de refuser l’invitation. Plus profondément, elle se croit
« lâchée » par la France, sur les questions du Tibet et des Droits de
l’Homme aux JO : résultat de 15 ans de malentendu, entretenu par tous les
leaders de l’Ouest, ayant suggéré à la Chine qu’ils acceptaient ses vues sur le
monde. La blessure est exacerbée par la relation particulière avec la France : du « pays de la
loi » (=Faguo, 法国), on attend davantage que de tout autre...
Ainsi, tous les ingrédients semblent rassemblés pour que la relation, à
nouveau, s’envenime - chaque bord se retrouvant prisonnier de son rôle.
● USA, ventes d’armes à Taiwan, la valse hésitation
Réaction thermique : quand les
relations entre Taiwan et Chine se réchauffent, les Etats-Unis gèlent leur
projet à 11MM$ de ventes d’armes à Taiwan. Depuis dix ans, les deux bords
discutent de ce transfert de 3 sous-marins, 12 avions P-3C anti-sous-marins,
des centaines de missiles (Cruise, Patriot, Harpoon), des hélicpotères
Apache, 66 chasseurs bombardiers F-16 C/D. Gw.Bush a
décidé ce gel, dès décembre, au nom de trois raisons: ① ce «contrat du siècle» (dernier) a été bloqué par l’opposition du KMT,
laquelle a pris le pouvoir en décembre. Alors son nouveau Président Ma Ying-jeou réclamait un « report ». ② Déconsidéré,
en fin de mandat, Bush n’est plus demandeur de nouvelles grandes décisions. ③ Elle-même en difficulté financière, l’Amérique n’a nul besoin
d’une crise relationnelle avec Pékin. On assiste donc à un jeu complexe. Sous la pression de Pékin, Washington et
Taipei ne peuvent plus avancer, ni reculer. Sur le fond pourtant, la pertinence
de cette coopération leur apparaît toujours plus claire, alors que la Chine
renforce ou renouvelle ses batteries de missiles vers Taipei. Ma lui-même, vient de réitérer la demande de livraison. Au
moins, la lassitude américaine face à la procrastination taïwanaise, aura eu
pour effet d’imposer à l’île un examen de conscience : nul ne peut être
défendu, contre son gré.
● Harcèlement sexuel : le 1er coup de gong
Le soir du 11/ 03 à Chengdu (Sichuan), Chen Dan, fraîchement diplômée et engagée la veille, fut convoquée au bureau du
chef du personnel. Liu Lun, ce dernier lui déclara tout de go qu’il la voulait pour girlfriend et à son refus, éteignit la lumière, passa à l’acte, lui agrippa le cou. Mais depuis décembre 2005 existait une loi du harcèlement sexuel. Selon la
presse, un collègue resté en heures supplémentaires, alerté par les cris,
aurait appelé la police. 60 jours plus tard, avec une célérité suspecte, un
juge local déclara Liu coupable d’avoir «recouru à la
force pour agir indécemment vis-à-vis d’une femme». Son avocat qui prétendait que Chen l’avait aguiché, n’a pas été
suivi. Privilège évitable, ce butor de 29 ans entre dans l’histoire comme le 1er Chinois condamné pour harcèlement
sexuel. Incidemment, il entre aussi en cellule pour cinq mois. C’est un coup de
gong, qui vibrera. En Chine, seules 21% des femmes déclarent n’avoir jamais
souffert du harcèlement. Selon la CASS (Académie chinoise des Sciences Sociales), 20% des employées en firmes d’Etat déclarent avoir été agressées-
le double en entreprises privées ou
étrangères. Ce verdict peut donc apprendre aux
indélicats le risque pénal induit par leur pulsion. Trop de femmes il
est vrai, gardent le silence, de peur de perdre leur emploi. Enfin, la
proximité du verdict avec l’ouverture des Jeux, n’est peut être pas un hasard:
elle redore le blason du régime, et prouve sa capacité à améliorer concrètement
les droits… de la femme, « moitié du
ciel » !
Petit Peuple - Longting, le percepteur-balayeur
A moins d’un mois des JO, la saga de
Dong Litai a une odeur délicieusement surannée, telle une malle de grand-mère
dénichée au fond du grenier. Ses personnages sont frustes mais droits, animés
d’une inébranlable foi en la morale, dont on se demande encore qui l’inspire
davantage, Mao ou Confucius.
En
20 ans d’impeccables états de services à Longting (Henan), ce fils de paysan s’était hissé de sa condition de soldat à
celle de chef du fonds
de pension et des finances locales :
position besogneuse, mal payée, mais au grand prestige.
Toute
aussi vertueuse et endurante, Ming Qiongnü sa femme partait d’encore plus bas.
Retirée de l’école par des parents trop misérables, elle déchiffrait à peine
trois douzaines d'idéogrammes. Une conjonctivite mal soignée fondait son monde
en brouillard laiteux au-delà d’un mètre. Une faiblesse cardiaque congénitale
lui faisait risquer à tout moment la syncope. Avec un tel CV, on peut
comprendre qu'elle ait dû végéter 20 ans dans des petits boulots, avant de
pouvoir récupérer à Fenghua (leur quartier) l’emploi «stable» dont personne ne
voulait : balayeuse, payée pour aspirer à longueur de journée les fumées et poussières de son
entourage.
En
somme, à part leur fille belle et studieuse, Qiongnü n'avait qu'une chance dans
la vie : son mari qui, après l'avoir vue
deux ans se débattre dans cet enfer, se décida à l’aider : depuis
2004, tous les matins de 5 à 7, il sort avec elle balayer, avant d'aller livrer son sac de déchets au dépôt 2km plus loin,
puis d’enfiler veston et cravate, comme si de rien n’était. Le soir après le
turbin, il fait la vaisselle, la lessive : tout pour alléger l’épreuve de
sa moitié.
Durant
ses heures de balai, Dong n'a qu'une hantise. Non pour sa propre santé, pourtant aussi précaire -
il prend la corvée avec bonhomie, prétendant qu'elle lui fait «faire de l'exerci-ce». Dong a la terreur d'être pincé, lui, le collecteur d'impôts, à collecter trognons de pommes et
crottes. Ce qui finit pourtant par advenir:
ayant glissé, son masque le trahit au pékin de passage, qui n’était autre que
son subordonné. Suite à quoi, deux heures après, tout le bureau ne jasait plus
que sur le chef-trahissant-sa-caste-des-ronds-de-cuir-pour-jouer-les-intouchables.
Incroyable,
mais –peut-être- vrai : à en croire la presse, parmi ses collègues, nul ne
persifla. Le grand patron en personne aurait donné le ton, lui proposant à
l’heure de la pause, assez haut pour être entendu de tous, de venir lui-même
les rejoindre chaque matin, balai en main partager sa tâche.
Son
voisin de bureau–-flagorneur né- lui aurait alors suggéré la solution la plus
rapide, à lui le grand Manitou des retraites : inscrire sa femme au grand livre
des ayant-droits, lui signer son chèque mensuel. L’ennui, c’est que Qiongnü,
justement, n’y avait pas droit. Ni l'âge, ni les années de cotisation. Dong qui
n’avait jamais mangé du pain du népotisme, n’allait pas s’y mettre à son âge,
sacrifiant ainsi son image si péniblement acquise…
C'est pourquoi le percepteur doit
continuer à balayer, côte à côte avec sa femme, en attendant un repos encore
lointain. En retour, elle lui exprime un amour éperdu, par exemple en lui
offrant le meilleur de ses trouvailles dans les poubelles, telles ces trois
paires de souliers pas encore éculés, qu'il porte «avec bonheur». Leur fille aussi le prend pour rien
moins qu'un héros, tout comme une bonne partie de la ville. Sentiment qui fait
deviner, à la base de son sacrifice, sa motivation profonde, le besoin de
dignité : « pour garder la face dans la postérité, on endure mille maux du temps de
sa vie » (死要面子, 活受罪 si yao mian
zi, huo shou zui).
RdV - A Shanghai : Salon international du textile et des machines-outils textiles
26-27
juillet, Shenyang : Salon de l'éducation en Chine du Nord-est
26-28
juillet, Urumqi : Salon international du pétrole et de la pétrochimie
27-31 juillet, Shanghai
: Salon international du textile et des machines-outils textiles
Un avis, un commentaire, des questions? Contactez-nous.