Le Vent de la Chine n° 23(XIII)
7 au 13 juillet 2008
Tempête autour d'une jeune morte
A part le sac de Lhassa, l’émeute de Wengan
(Guizhou) est le pire incident social de l’année. Il commence par un
fait divers, le 22/06 : une lycéenne de 15 ans se noie dans une rivière. Puis
une série de rares maladresses des autorités aboutit à l’explosion. D’abord,
l’enquête est bâclée : en moins de 24h, la police conclut à un suicide – par
« protestation contre des parents ayant favorisé leur fils aîné »
(sic). La famille elle, affirme que Li Shufen a été
tuée, pour cacher un viol !
Or, l’un des trois suspects est fils d’apparatchik, intouchable. En huit jours, des
dizaines de cadres font pression sur les Li pour qu’ils enterrent leur fille,
moyennant 9000¥ de “compensation” payée par les suspects. Deux autopsies
suivent, négatives mais douteuses. L’oncle (professeur) est pris à partie et
blessé par des policiers, puis des gangsters. Ses étudiants sont aussi frappés:
s’ensuit l’émeute de 30.000 gens en colère. De vieux griefs ressortent:
licences minières de complaisance, expropriations frauduleuses… Bilan :
150 blessés, 165 bureaux mis à sac, 40 véhicules publics brûlés. Ordres locaux
et contre-ordres centraux s’enchevêtrent : Guiyang clôt l’enquête; Pékin la
rouvre, limoge deux commissaires. Le 3/07, la famille «effrayée»,
accepte 30.000¥, et les obsèques.
Cependant, cet incident confirme l’entrée en jeu d’un élément récemment vu à
Xiamen, Chongqing, Shanghai. De tout le pays, des « netizens »
sont montés à Wengan, citoyens free-lance qui ont
informé la Chine. La censure est en échec.
Tout en sanctionnant le pouvoir local incompétent, Pékin déclare la «guerre»
à l’instabilité. C’est une urgence, car, à 39 jours des Jeux, 3 affaires
aussi graves viennent d’éclater : un attentat à la bombe (2/07, Xixiping, Hunan, 12 blessés), un chômeur kamikaze
(Shanghai, 1/07, 5 morts, 4 blessés), une émeute à Qianjiang (Hubei) suite à la mort d’un lycéen de 13 ans.
Depuis le 1/07, se poursuivent les secondes palabres en deux mois avec les
hommes du Dalai Lama. C’est l’échec; il
était prévisible, tant la question de la souveraineté sur le toit du monde touche
un point sensible. Les parties sont convenues de se revoir après les JO, et que
« 50 ans de climat difficile ne se dissipent pas en un jour »!
N. Sarkozy ne s’est pas donné partie facile: ayant dit que sa
présence aux JO dépendrait du succès de ce sommet, il s’entend répondre le
2/07, via sina.com, que 88% des Chinois lui suggèrent de rester
chez lui. A présent, malgré l’échec du dialogue tibétain, il devrait n’avoir
d’autre choix que de venir, au risque de se déjuger.
Il se trouve que par ailleurs, Sarkozy est vulnérable face à Pékin sur un
autre dossier, en refusant le projet de Bruxelles de concessions
agricoles aux PVD. Le Commissaire responsable, Peter Mandelson espère les mettre sur la table de la ronde
de Doha, afin d’aboutir enfin, le 21 juillet à Genève à un accord
commercial mondial. Sarkozy estime qu’ « on a déjà donné »
- les pays riches sont déjà prêts à couper leurs subventions vertes de 70% et
leurs droits de douanes de 50%. Dans ce combat incertain, Paris risque
de se retrouver de plus en plus seule, et perçue à Pékin comme obstacle à ses
ambitions d’exportations agroalimentaires.
Bilan : sauf un improbable miracle, le fossé franco-chinois
s’approfondit, risquant de prendre des années à guérir, entre deux pays
condamnés à des relations cyclothymiques, soit au beau fixe, soit à l’orage !
30 ans après Deng, des semailles de réforme
En
2007, un plan secret de Hu visait à multiplier les innovations démocratiques
bénignes. Il s’agissait de sortir une « feuille de route » de réformes, à temps pour décembre 2008, 30ème anniversaire de la politique d’ouverture de Deng. Dès le XVIIème
Congrès (nov. 2007), Wang Yang, secrétaire du Parti au Guangdong (homme lige de Hu Jintao)
forgeait un slogan en ce sens: « la troisième vague de libéralisation de la pensée». Les catastrophes diverses du dernier
semestre ont découragé, mais non enterré ces velléités: à présent, le Guangdong est appelé à jouer pendant «un à deux ans» le rôle de laboratoire de deux réformes
fondamentales, l’une sociétale, l’autre de genre constitutionnel :
① Shenzhen abolit le Hukou, permis de résidence inéquitable qui fournit jusqu’à présent les villes
en travailleurs à bas prix sans leur reconnaître des droits de citoyenneté. Il
s’agit d’une carte à puce qui décline l’état-civil de son titulaire —santé,
judiciaire, emploi, planning, adresse exacte, données de huit ministères… Au 1er août, elle couvrira 11 des 12M migrants de la ville. Avec elle, le
migrant reçoit un permis de résidence permanent (10 ans
renouvelable), le droit
au logement à bas loyer, au passeport, au permis de conduire. Voire à l’école
pour ses enfants, mais non gratuitement comme le Shenzhenois : le migrant
paiera 2000¥/an. Cette
discrimination mise à part, cette carte est un grand pas vers l’égalité des
chances.
② L’autre réforme consiste en un saupoudrage
d’actions modestes, longtemps envisagées au sein du PCC, mais jamais tentées.
Les hauts cadres devraient être élus en interne, entre plusieurs candidats. Le parlement local devrait pouvoir les «juger et superviser ». On voit bien sûr la faiblesse de la
démarche : les corrompus puissants pourront enrayer toute action qui les lèse.
Et l’expérience manque d’un but tangible, hormis le slogan d’un «socialisme aux couleurs chinoises ».
De bonne source, les initiés
révèlent qu’avec cette formule de « semi-démocratie», l’Etat a tenté de faire un pari à deux réponses gagnantes. En cas de succès, il crée un modèle national lui permettant de
lâcher peu et de gagner du temps, tandis que l’oligarchie des grandes familles
restera aux affaires. En cas d’échec, le modèle ne servira
qu’à Shenzhen, comme « zone politique spéciale » avec Hong Kong, permettant de mieux arrimer cette
dernière politiquement à la patrie…
Le
défaut de ce plan est celui de tous les paris où l’on n’investit rien : on n’y
gagne rien non plus. L’on verra rester vaines les attentes de la bourgeoisie
pour partager le pouvoir. Tandis que toutes les causes nécessitant, pour
avancer, la participation sociale (santé, environnement, défense du patrimoine...) poursuivront leur lente décadence.
Pour
autant, ce plan garde un grand mérite. En 30 ans, c’est la première goutte
d’eau sur la plante anémique de la réforme politique — le premier pas qui coûte
!
Environnement : Chine et monde construisent un consensus
A la veille du sommet du G8, les 7-9/07
à Tokayo (Japon), le Président Hu Jintao adopte soudainement un ton plus
conciliant en matière de coopération sur l’environnement, se disant prêt à adhérer au système de Kyoto… mais plus tard. Il avoue que «le temps presse» et s’inquiète, conscient du risque d’une atmosphère déjà chargée de
385 particules de carbone par million, et qui monte de +2 parts/M/an. Une fois passé le cap des 450
particules, la température augmentera de deux dégrés, causant la disparition d’espèces animales et végétales. Les derniers experts donnent sept ans à l’humanité pour réagir et maîtriser le mécanisme des émissions de CO². Or, dans ce scénario catastrophique, la Chine serait l’une des premières victimes.
Venant d’être reconnue 1er pollueur au
monde avec 24% d’émissions de CO², elle se fait rappeler à l’ordre par Ban Ki-moon, secrétaire Gal de l’ONU à Pékin les 2-4/07: elle doit «prendre ses responsabilités de puissance mondiale».
C’est alors que le Conseil d’Etat
avoue (1/7) que le pays investit trop dans les
industries dévoreuses d’énergie. Il effectue de même un tout petit pas, aux conséquences potentiellement fortes : le bureau de l’énergie - 25 hommes - est autorisé à quadrupler ses effectifs. Ainsi, un ministère de l’Energie sera bientôt en place, définissant et imposant une politique cohérente de l’énergie. Depuis des années tous les lobbies industriels et des transports se liguent avec succès contre son existence. Pékin saute ce pas, car cette année encore, il sait qu’il échouera dans son plan de coupe de 4%/an de sa demande en énergie. Pour maîtriser sa consommation et ses coûts, il doit déréguler rapidement ce marché chez lui :
chose impensable sans un ministère, et une politique.
La
bonne nouvelle pour Hu, est que des étrangers ont déjà commencé à transférer des technologies anti-pollution: ① Avec la Norvège et le PNUD, l’UE vient de fournir 4M€ aux 31 provinces, afin qu’elles formulent d’ici 2010 un plan d’action local anti-réchauffement. Tel le Qinghai qui
présentera des actions contre la fonte de ses glaciers. ② DHL, la messagerie allemande ouvre en Chine et 17 pays d’Asie son service GoGreen.
Celui-ci offre aux usagers de payer 3% de plus, à réinvestir en projets «propres» (éoliennes, reforestation), de manière à rendre leur transport «neutre carbone». Cet effort est déductible
du quota-carbone de la firme et d’une certaine manière, « net de l’impôt écologique » du CDM. ③ Enfin, le stockage souterrain de CO² est testé à Kerstin (Allemagne) avec le soutien de l’UE. En Angleterre, Londres
subventionne le 1er essai de stockage commercial, destiné à rendre le système viable d’ici 2020. On en attend l’élimination de près de 30% des émissions de CO² sur Terre. Ce qui donnera à l’humanité un peu plus de temps pour trouver les sources d’énergie d’avenir et en attendant, de continuer à brûler du charbon, Chine en tête !
La Chine aux prises avec sa finance
Les trêves
estivales sont bonnes pour soulever des lièvres financiers : cet été ne déroge
pas à la tradition, avec deux dossiers sous la loupe de la presse chinoise :
Le Fonds national de pension vante ses performances, ayant presque sextuplé ses gains,
de 19,5MM¥ fin 2006 à 112,9MM¥ fin 2007,
pour un bilan de 516,15MM¥. La profitabilité de ses investissements a quadruplé
au cours de la période, à 39%.
Mais dans ce palmarès, un détail
fait sourciller : il est celui de l’an 2007, bouclé au 31-12. Or, depuis, le
vent a tourné. La bourse shanghaienne a perdu 50% et rien qu’en juin, l’indice
composite a plongé de 20,31%, grillant 4679MM¥ de capitalisation. De cette débâcle,
le Fonds a-t-il pu se protéger? Possible, car en tant que fonds public
politiquement prioritaire, il dispose en temps utile de tuyaux ultra-précieux
et pour lui, point de délit d’initié. Indice d’une marche arrière précoce, fin
2007, le fonds avait (encore) «27MM¥» directement placés en bourse,
soit «+10,8%» qu’un an plus tôt : une hausse qui n’aurait pas pu générer le sextuplement !
A présent, le fonds vient de
recevoir le droit de placer 10% de ses avoirs chez des repreneurs chinois de
firmes en faillite, tels Hony Capital (branche de Legend Holdings), et CDH, l’ancien bras d’investissement de la CICC (chacun 2MM¥). D’autre
part, on sait que 20% maximum iront à au moins 10 fonds étrangers, dont 5 sous
la bannière de MSCI-Barra. Conclusion apparente : dans l’immédiat,
adieu la bourse; le fonds fait toute voile dehors, vers la diversification, la
gestion privée et l’étranger.
Autre sujet sensible, l’avenir des stocks-options aux cadres de direction et experts des
GEE. Outils de motivation éprouvée, elles ont été autorisées en 1999 par la
loi. Ces récompenses avaient permis à nombre de ces «aristocrates
en col blanc» de faire fortune, en vendant au prix fort leurs parts reçues à tarif
symbolique.
Cependant, le passage en
bourse a brisé l’équilibre. Les 350M de parts offertes chez China Mobile valaient
9,7MM¥, mais les 500M qui restent à prendre, en valent 57MM¥, au nouveau taux
! Aussi voit-on Petrochina
déconseiller ouvertement de faire valoir ses droits —on fait même signer des
promesses en ce sens. Manifestement, une époque inconfortable débute, où des
ex-PDG tels Ma Fucai (Petrochina), Li Yizhong (Sinopec) ou Wei Liucheng (Cnooc) ont renoncé
à exercer leurs droits, sans les abandonner.
Mais si l’on cesse d’intéresser les
PDG d’Etat aux profits qu’ils ont générés pour leur «boite», comment éviter
leur départ? A l’avenir, les GEE doivent-elles demeurer les locomotives de
l’économie chinoise? Autant de questions qui doivent perturber plus d’un leader
des tutelles des GEE, entre la NDRC et la SASAC !
JO Beijing 2008 - Jour J-32
ª le Centre Nixon le dit
: la dénonciation des JO réconcilie
l’opinion chinoise avec le pouvoir. Des ONG telles
Amnesty ou HRW, qui réclamaient
le boycott, risquent de devoir s’imposer
une sourdine. D’ailleurs, coup de grâce : G.w.Bush vient !
] La dernière consigne, à Pékin, va aux bars et à leurs entraîneuses, qui sont priées d’aller se rhabiller, tandis que
les salles “privées” devront avoir une
fenêtre, et la porte ouverte !
ª Luo Meng, brasseur, Ouyang Kunpeng, lutteur, viennent d’être pris à se doper et sont bannis à vie, avec leurs entraîneurs. Même sort, au niveau provincial
pour 6 autres athlètes. Ayant procédé à 5000 tests “aveugles”, Pékin montre qu’il ne plaisante pas.
ª En plus de la prolifération
d’algues à Qingdao, la Chine subit
une invasion de sauterelles
en Mongolie, menaçant Pékin.
33.000 “exterminateurs” les pulvérisent
dans les champs, ou les recueillent une à une dans des seaux
de chaux vive.
ª Le complexe artistique “798” (七九八) sera un must des JO, à vocation internationale. La maison de la Suisse ouvrira du 1
au 24 (hub, expos, concerts). Ainsi qu’une maison (permanente) de l’Espagne
et l’UCCA, musée privé belge
doté d’une des plus belles
collections d’art moderne chinois
au monde… Et bien d’autres !
Petit Peuple - Chongqing, Changsha : Dehua né perdant, « C » né coiffé
Sous l’angle de ses noms patronymiques, la société chinoise fait pauvre. Elle n’en a que
quelques dizaines, les fameux laobaixing («100 vieux noms»), titre de cette rubrique. En revanche, ses prénoms pullulent comme
les vagues de la mer. Comme chez nous, ce prénom chinois caresse l’ambition
irréaliste d’inspirer le destin de son porteur. La différence tient à la
prétention du pouvoir d’intervenir: le clan et l’Etat se disputent le contrôle
du nom. Bien sûr, il est des parents (de plus en plus) pour
prénommer leur fils comme ils l’entendent : selon le proverbe, «l’ordre de l’Etat est sapé par le
désordre de la base» (上有政策下有对策, shang
you zhengce xia you duice).
Les
porteurs de noms marginaux sont de deux sortes: ceux l’ayant choisi, et ceux
l’ayant subi. Invariablement, face à la masse conformiste, les seconds se retrouvent laminés, sans moyens de défense. Tandis que les autres,
revendiquant leur différence, font trembler l’ordre établi, et gagnent leur
pari !
① Natif de Chongqing, agent commercial à Shenzhen, Liu Dehua (23 ans) est au bout du rouleau, brimé
par le monde à cause de son nom. Il est homonyme d’un célèbre chanteur de
charme. Loin d’avoir été voulu, pourtant, ce patronyme lui vient d’un
malheureux concours de circonstance, d’un destin inclément. Traditionaliste
invétérée, sa mère était d’avis que tout enfant devait refléter, à travers son
nom, celui de son époque. Aussi Dehua aurait dû
s’appeler Jianhua (« construction de la Chine »). Mais à la mairie, le greffier mauvais en orthographe (ou bien fan du chanteur) avait noté un autre caractère : le jeune Dehua
s’appellerait désormais « vertu de la Chine », à l’instar du maestro.
Durant
sa jeunesse, ses parents firent semblant de rien. Mais au moment d’aller en
fac, le tabellion vérifiant ses papiers se montra intraitable.
La loi, c’était la loi. En matière d’identité, on ne faisait pas n’importe quoi
! A plusieurs reprises, Liu tenta de rétablir son nom. Mais toujours, ses
professeurs, l’avisèrent de ne pas se lancer dans une bataille perdue d’avance: peu combatif, Liu lâcha
pied. C’était pourtant un mauvais
conseil, il le découvrit vite. Dans l’esprit des gens, il n’y avait qu’un Liu Dehua, tout autre ne pouvait être qu’un usurpateur.
Aussi,
une fois dans son négoce, il vit vite ses clients tourner les talons à
l’annonce de son nom trop douteux. Et ses éphémères amies, avant de le plaquer,
n’ont qu’un conseil : « change donc de nom ».
② Pour Zhao «C», c’est le contraire. 22 ans plus tôt à Changsha (Jiangxi), son père a
choisi ce prénom de rupture, «C» comme China, se prononçant comme le 西 «xi» de l’Occident. En cette trouvaille syncrétique, l’Est et l’Ouest se
trouvaient réunis en un seul être ! Bien sûr, « C » aussi, 18 ans
plus tard, dut affronter le petit esprit d’un commissariat refusant de valider
son identité : très clair, le règlement, bannissait les noms claniques féodaux,
alphabétiques ou mathématiques !
D’abord
désarçonné, « C » comprit vite qu’avec son prénom, c’était son
âme-même que l’Etat contestait : le droit du choix de sa propre
affirmation au monde. Mais son père était avocat, et l’un et l’autre obstinés :
ensemble, ils attaquèrent l’Etat, affirmant la préséance du code civil, qui
établit le droit des citoyens à choisir leur nom, sur le règlement.
Le
6/06, contre toute attente, la Cour leur donna raison: « C »
garderait son nom, l’Etat était invité à revoir sa copie… Le juge ne s’est peut
être pas rendu compte de la portée révolutionnaire de son verdict. Car le nom,
en définitif, se révèle comme ce qu’il est : moins la prière propitiatoire pour
la chance d’avenir, que le lien entre individu, famille et autorité, celui qui
définit les droits et devoirs de chacun dans la pyramide sociale. En dénonçant
le règlement, la justice dynamite ce lien, au risque de faire sombrer cette
société autoritaire
mais structurée, dans une jungle de demain !
RdV - A Shanghai : Salon spécialisé dans la transformation alimentaire et l'emballage
09-11 juillet, Shanghai : Salon spécialisé dans la transformation alimentaire
et l'emballage
09-11 juillet, Shanghai : Salon int’l de la machine
outil
10-12 juillet, Wenzhou : Salon int’l de la lunetterie
Etranger - Retour au bercail pour les ours Steiff
Retour au bercail pour les ours Steiff
Producteur d’un ours en peluche célèbre en
Allemagne, Steiff délocalisait en Chine en
2004, séduit par les coûts de production. Quatre ans après, coup de tonnerre :
il retourne à Giengen an der Brenz, au berceau familial. En cause, l’explosion des
coûts de formation (du fait des défections du personnel), de ceux du transport
(3 mois de navigation ou d’attente au port), et les problèmes de qualité
irrégulière, causant trop de déchet. Ebranlé dès 2007 par le scandale de la
peinture au plomb des jouets Mattel, Steiff
abandonne. Sa décision n’est pas représentative: la même année, plus de 75% des
jouets, peluches et poupées vendus en Allemagne restent made in China.
Mais la confédération des industries d’Outre-Rhin signale que 20% de ses
délocalisations aboutissent quelques années plus tard au retour au pays. En
France, Samas, PME de meubles de bureau, a
quitté la Chine qu’elle avait rejointe en 2002, pour retourner à Noyon (Oise).
Tout comme Atol, la coopérative d’opticiens,
qui a rapatrié dans le Jura en 2005 sa ligne Ushuaïa
- pour raison de qualité. De quoi ébranler le dogme jusqu’alors sacré de « sans
délocalisation, point d’avenir » !
Vers un empire
sino-US du porc ?
Avec 500M de porcs, (1er éleveur
mondial), la Chine voit depuis 3 ans son cheptel régresser de 6M de
têtes, à 42M. En cause : la maladie de l’oreille bleue (en 2007, 20% de
truies perdues), ainsi que les intempéries et le séisme. Mais joue aussi la
structure productive en centaines de M d’élevages familiaux, limitant
l’investissement vétérinaire et les infrastructures. Aussi, l’Etat encourage
l’émergence de groupes d’élevage aux dimensions mondiales comme Cofco, l’ex-monopole de l’import-export alimentaire,
qui vient de payer 139M$ pour 4,95%, de Smithfield Foods,
1er producteur de porcs US (18M de têtes/an). Il lui achetait déjà
0,3M de carcasses cette année. Consommant 41,9Mt de porc/an, Pékin est obligé,
en cette année de «porcs maigres», de forcer sur l’importation (+ 8%
en 2008) aux US, en Europe et au Canada. Ainsi, les prix flambent toujours
sur les marchés (+37,8% en mai). Avec son nouvel élevage, Cofco vise d’ici 5 ans, 10 à 15M de têtes, et le 1er rang
national (2-3% du marché). Dans ce projet, le partenaire virginien lui apportera
experts, technologie et souches sélectionnées. Il l’aidera aussi à intégrer
l’activité verticalement, de la reproduction à la distribution, en passant par
l’abattage, la transformation, et le conditionnement sous une meilleure chaîne
du froid et d’hygiène.
Argent - Aéronautique: Avic 1 déploie ses ailes
Aéronautique: Avic 1 déploie ses ailes
Avic-1 et Avic-2, les constructeurs aéronautiques
chinois se positionnent sur tous les créneaux. Ils s’apprêtent à tester l’ARJ-21, jet de 90 places. Ils développent leur « jumbo » (de 150 places) qu’ils espèrent sortir en 2015,
moyennant 5MM€ de budget de R&D. Et voici qu’à présent (29/06) Xi’an Aircraft, filiale d’AVIC-1 présente son MA 600,
turbopropulseur de 60 sièges. C’est sur ce court et moyen courrier d’une
vitesse de 514km/h et au rayon d’action (minima) de 2400km, que la Chine parie
pour percer sur le marché mondial. Car Boeing et Airbus ont tout misé sur le «tout-réacteur». Or, en matière de consommation et de
respect de l’atmosphère, le turbopropulseur se comporte mieux. En réinjectant
dans sa turbine le souffle de l’hélice, il économise presque la moitié du kérosène et 3/4 des
émissions en CO² sur lesquels les transporteurs sont désormais taxés en Europe
—comme tous les pollueurs (Kyoto oblige). Depuis deux ans, cet avantage vaut au turbopropulseur un brusque
retour de faveur sur les carnets de commandes d’ATR (franco-italien) et Bombardier (canadien), prenant de court les géants mondiaux, mais non Avic qui s’y prépare depuis 10 ans. Issu d’une version plus
ancienne, son MA 600 pèse 300kg de moins et consomme 40% de moins. D’ici 2010, Avic-1 veut sortir 10 à 15 appareils/an, puis le double —il
affiche déjà 122 commandes, surtout vers l’Afrique et l’Asie du Sud-est. Sans
compter son MA 700 (70 sièges), qui doit sortir en 2013. Idéalement, l’appareil est conçu pour des
vols d’une heure ou moins, où l’écart de vitesse est négligeable. Avec un
kérosène venant d’augmenter de 31% en 30 jours, la Chine prétend sous dix ans à
40% du marché mondial, ce qui donnerait, d’ici 2028, 760 appareils vendus.
Politique - Grippe aviaire : aux grands maux les grands remèdes
Zimbabwe : Pékin garde son cap
Pour
l’instant, Pékin campe sur son refus des représailles proposées (3/07) par Washington contre le Zimbabwe de R.Mugabe, accusé de s’être maintenu au pouvoir (29/06) par un scrutin truqué. Condo. Rice, K. Ruud pour l’Australie et Ban Ki-moon n’ont pu convaincre la Chine de voter ces sanctions au Conseil de
Sécurité, notamment un embargo sur les armes… dont elle lui livrait
elle-même fin avril (VdlC
n°15) 77tonnes
via la Tanzanie. La Chine a pourtant, depuis lors, refroidi ses relations avec
l’embarrassant allié. Et elle préférerait sans doute garder de bonnes relations
avec l’opposant M. Tsvangirai - histoire d’éviter que ce dernier, s’il parvient au pouvoir, ne change
de représentation diplomatique. Il faut dire que dans une optique de
Realpolitik, Pékin n’a nul intérêt à soutenir l’action occidentale. En
protégeant Mugabe, elle le tient sous son influence, et pourrait être en bonne
position à l’avenir pour lui imposer un partage du pouvoir avec son opposition.
Et en attendant, elle le maintient en vie par ses fournitures vitales (189M$ de déficit commercial au 1er semestre 2007). Pour la rembourser, le Zimbabwe au riche sous-sol pourra payer en
concessions minières, ou en terres arables, que Pékin est en train de louer
discrètement en de nombreux points du monde pour y expédier ses brigades de
production…
Pyrotechnique -
Adieu, « oh la belle bleue » !
Du jamais vu depuis des décennies: pour le 4th of July, fête nationale US, il y a eu pénurie de
feux d’artifices, tandis que sur l’autre rive du Pacifique, des villes comme Liuyang (Hunan), aux 900 PME et 1MM$ de ventes d’engins
pyrotechniques (40% à l’export), sont au bord de la faillite, entrepôts pleins. La Chine qui expédiait 9.000 conteneurs
/an, est cette année de 30 à 40% en retard. A ceci, plusieurs raisons. De plus
en plus, les ports n’en veulent plus, soit suite à une fraude découverte par
les douanes (cas de Nanshan), soit suite à une explosion de fusées (cas de Sanshui), soit pour cause de sécurité olympique (cas de Shanghai et HK). La perte de Sanshui
pèse lourd : il traitait 20% des exportations. D’ailleurs, le Guangdong
envisage d’interdire cette marchandise dangereuse et de peu de valeur. Comptent
aussi la suppression en janvier des restitutions à l’export, et la faiblesse du
$. Un coup fatal vient d’être porté par ce rapport de la US Consumer Safety
Commission
qui conclut que 46% des feux d’artifices chinois en 2007, étaient hors-normes.
Au fond : face à la demande croissante
de toutes les sociétés mondiales en davantage de sécurité, les « belles bleues », « belles vertes » et « belles blanches » vont devoir s’adapter, hausser leur prix, investir dans de vraies usines
—ou bien allumer leur propre « bouquet final » !
Grippe
aviaire : aux grands maux les grands remèdes
Malgré les abattages systématiques des élevages contaminés, le virus de la grippe aviaire réapparaît partout en Chine, exacerbant
le risque d’une mutation et d’une transmission d’homme à homme voire, disent
les épidémiologistes, d’une pandémie aux centaines de M de
victimes. La parade consiste à vacciner contre la grippe traditionnelle : le
vaccin actuel protège contre 75% des souches grippales émergeant chaque année.
Mais la Chine n’est encore vaccinée qu’à 1,5%, contre 20% en Europe ou Corée,
et les médecins peu sensibilisés à cette technique. C’est pourquoi lors d’un
Forum International à Pékin (26-27/6), le Centre National d’épidémiologie préventive a annoncé la création d’un mécanisme de surveillance de la diffusion
du fléau, et un plan de vaccination de 20% de la population. Tel projet exigera 400M de doses/an. Cependant, les techniques connues
ne permettent de produire que des dizaines de M par
usine. Celle de Sanofi
Pasteur à Shenzhen,
par exemple, pour 70M€ d’investissement, produira 25M de doses/an. Apparaît
alors Microbix, de Toronto : 200M Can.$ dont la moitié à charge du Hunan. Cette start-up veut produire 100M de doses/an dès 2013, grâce à un
processus révolutionnaire, pas encore testé à l’échelle industrielle. En s’associant à elle, la Chine
démontre sa conscience du danger qui couve à ses pieds, et sa détermination de
s’en protéger à tout prix.
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