Le Vent de la Chine n° 22(XIII)
30 juin - 6 juillet 2008
Caléidoscope d’une semaine d’été ordinaire...
①
La meilleure nouvelle de la semaine, consista en la réouverture du tourisme étranger au Tibet (25/06).
Le
régime tenait sa promesse, en cas d’étape paisible de la
torche olympique à Lhassa. A vrai dire, il n’avait pas le choix,
sauf à sacrifier une économie locale largement tournée vers l’accueil de
visiteurs. Au lieu d’une saison espérée de 2millions de visiteurs, le Toit du monde n’en avait reçu que 120.000. Du
coup, hôtels, restaurants, agences de voyage ont licencié trois-quarts de leur personnel!
Comme pour
marquer l’effort de normalisation, Dadrak Tenzin Gelek, Bouddha vivant et n°2 de l’association bouddhiste de Chine (branche tibétaine), déclare que « l’ activité religieuse a
repris dans les cloîtres »: interdites durant la répression, les prières
publiques (pour les JO, le Sichuan), le festival de Sakadawa, battent leur plein.
② Pékin vient
de faire abattre une mosquée à Kalpin (Xinjiang), et accuse son consistoire d’une
longue série d’infractions à la loi : construction puis rénovation du
sanctuaire (10 ans plus tôt, en 1998!),
inscriptions saintes sur le fronton, recel de Corans, activités religieuses
interdites... Depuis son exil à l’étranger, le Congrès ouighour mondial croit la destruction liée au refus
de la paroisse de célébrer l’avènement des Jeux.
Le Xinjiang a
maille à partir avec la loi sur un autre dossier : les drogues.
En
12 mois, quatre réseaux y furent éradiqués.
Le Xinjiang est la nouvelle route du Croissant d’or, acheminant vers la Chine et
l’Amérique son héroïne, croisée dans l’autre sens par les métaamphétamines
de Hong
Kong. En mars, les douaniers chinois ont trouvé à Urumqi 32 tapis bourrés de tubulures
contenant 48kg de poudre blanche. Mais dans l’absolu, dit Yang Fengrui, directeur du Bureau national des
drogues, les saisies baissent : moins 20% en 2007 avec 4,6t d’héroïne et 1,2t
d’opium. C’est grâce au travail de
prévention chinois sur la Birmanie et au Laos depuis cinq ans, où pour 100M$ de
vivres et médicaments ont été distribués aux paysans d’accord pour arrêter la
culture du pavot : au Laos, elle aurait disparu et en Birmanie, elle aurait
reculé de 88% (18.600ha).
③ Viviane Reding, commissaire européen aux télécoms, constate soudain que la censure chinoise
de l’Internet est «inacceptable », vu l’idéal européen de la
libre circulation des données. Cette foi est récente : avant
2001, quand l’Union Européenne négociait avec la Chine son contrat d’entrée à l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, le sujet
n’était pas sur la table.
Nonobstant le
désagrément de Bruxelles, cette semaine, le satellite de télévision Eutelsat, subit sur la Chine une panne, dont une seule chaîne fut
victime : NTDTV, la TV du Falungong, dont le signal ne peut
plus être capté.
En même temps la SARFT, (State Administration of Radio, Film and Television), tutelle
de l’audiovisuel, publiait les 247 sites autorisés à distribuer ce type de contenu sur la toile:
manquaient au rendez-vous, Tudou, Youku, 56.com, qui sont pourtant les chouchous
du public, drainant 220M de fans riches et éduqués.
Ce que la SARFT ou
plutôt derrière elle, les chaînes nationales de télévision, CCTV lui reprochent, est leur
concurrence « déloyale », audace, jeunesse et
transgression. La SARFT a désormais deux options : rétablir ces trois maisons après les Jeux, ou les
laisser périr, au risque d’en voir renaître des clones clandestins, moins
contrôlables, moins sains, comme pour l’alcool aux USA aux temps de la
prohibition. Mais qu’on se rassure. En Chine plus qu’ailleurs, chassez le
naturel, il revient au galop!
Chronique de l’après-séisme
ª La confusion règne au Sichuan dévasté par le séisme.Des
milliers de victimes retournent à Beichuan, mais la police ferme la zone. Pour
la ville à rebâtir, pas encore de site—mais le lac qui s’est formé à Tangjiashan, sera redéveloppé
en zone touristique.
ª Épluchant les comptes des secours, les
10.000 auditeurs disent n’avoir trouvé que des maladresses, pas des fraudes. La Chine n’était pas prête à telle
catastrophe : les voies d’acheminement manquaient. Aussi seuls 19% de l’aide (de 10MM€) furent distribués. Aussi, des
fournisseurs ont triché sur les volumes ou la qualité (riz piqué, tentes pourries). Les auditeurs tiquent sur 3,8M€, trouvés sur le compte du min. provincial
du commerce. A l’inverse, les villages trichèrent sur leurs pertes : le 19/06,
le bilan des morts fut réduit de 10.000, à 58.360… Pour toutes ces
irrégularités, 12 cadres ont été limogés, 31 “punis” (24/06).
ª Cependant depuis le 12/05, la zone
sinistrée a reçu 1,58M tentes, 4,9M couvertures, 14M vêtements, 318.000
cabanes. Elle a aussi subi 13538 après secousses.
ª Nouvelle troublante de Reuters, le
pouvoir local fait campagne, experts à l’appui pour nier sa responsabilité sur
la qualité des 130 écoles perdues. Au plan national, la qualité des écoles est
un sujet banni. Localement, les parents qui protestent sont harcelés. Pékin,
pour l’instant, couvre.
La Chine paie son fer à prix d’or
La
bataille mondiale du minerai de fer est engagée : par la Chine, qui dévorait l’an dernier 47% du marché (384Mt, en plus de ses 609Mt de production
locale). La crise
résulte du déséquilibre entre la demande avide du tiers-monde, et les limites
techniques de l’extraction des gisements : depuis 2003, le cours a fusé de 320%.
Curieusement, cette
hausse profite aussi à la Chine en forçant ses centaines d’aciéries à
fusionner. Aussi n’essaie-t-elle plus, comme en 2006, de bloquer ces hausses
inévitables. Elle peut par contre tenter d’enrayer le rachat hostile de Rio Tinto, 2d minéralier
australien, par BHP Billiton, le n°1 minéralier : fusion qui
engendrerait un dinosaure trustant 40% des ressources mondiales.
Heureusement
pour Pékin, Rio partage son refus - pour une raison plus prosaïque : à 170MM$,
BHP mégote. C’est ce qui a convaincu la NDRC, (National Development
and Reform Commission), chef d’orchestre de
l’économie chinoise, d’inciter Baosteel, aciérie n°2, à céder à l’exigence de
Rio, et de lui accorder des hausses annuelles entre + 80% et + 96,5%. Par comparaison,
le Brésilien Vale en février, n’avait obtenu que 71%.
Les experts spéculent que
Baosteel a voulu briser le front australien.
Jusqu’alors, les fournisseurs mondiaux suivaient le prix d’un contrat de
référence. Mais en surenchérissant, Rio a transgressé et à son tour, BHP exige
plus, afin de prouver aux actionnaires qu’il est, face à Rio, le groupe capable
d’arracher la meilleure valorisation du minerai aussie. Prochaine étape: afin de défendre son
alliance avec Rio Tinto, Pékin pousse ses aciéries au boycott de BHP. Et logiquement, l’étape suivante
devrait être, de la part de BHP, un peu de beurre dans les épinards de son OPA…
Autre volet de cette
bataille planétaire, Pékin via son marchand de fer Sinosteel, tente de prendre pour 1,5MM$ une part
majeure dans Murchison, petit minéralier de l’Ouest australien.
Sinosteel est déjà en train de contrôler contre son
gré un autre minier, Midwest -Canberra a
donné son feu vert. Mais voilà que Canberra lui interdit pour 90 jours toute
mise sur Murchison (25/06), et
préparerait d’ici là une loi interdisant à tout fonds souverain la prise majoritaire de firmes
nationales : c’est un tournant «anti-chinois» de la part d’un Kevin Rudd qui cesse de revendiquer avec Pékin le rôle d’ami ou arbitre privilégié
: face à l’offensive commerciale chinoise sans précédent, il protège les
intérêts nationaux.
Signalons enfin les
deux outsiders à l’affût :
① Chinalco, le roi chinois de l’aluminium, déjà maître de 9% de
Rio Tinto, espère aller plus loin.
② Arcelor Mittal,
bloqué aux portes de la Chine par la grande muraille d’acier, attend la fin de
la consolidation interne, sous cinq ans, pour reprendre la majorité d’un des
nouveaux géants –voire peut-être, se partager alors avec eux le monde !
Essence : plus c’est cher et plus on prend !
Par une dynamique des fluides propre à la Chine, la hausse
de 16% de l’essence, 18% du diesel, le 20/06 (cf VdlC
21) s’est suivie,
non par une fuite de l’usager comme chacun s’attendait, mais le contraire.
Avant, les pétroliers ne livraient les stations que de
mauvaise grâce, pour limiter leurs ventes à perte (à prix bloqué
sous le cours mondial). Tandis qu’après la hausse, ils ont rouvert le robinet, entraînant la
course aux pleins -« coûte que coûte » !
Cette
impavidité envers l’impératif d’abstinence, vaut pour toutes les énergies,
avertit l’EIA (Energy Information Administration) dans son étude du 25/06 : en 2030, l’Empire céleste
brûlera 85% en plus de charbon et d’hydrocarbures. A +6,8% d’émissions par an,
elle aura ajouté d’ici là 50% de CO² supplémentaires
et 12MMt/an dans les airs. Par bonheur, d’autres experts ne partagent pas ce
pessimisme, argumentant que dans 12 ans, une Chine mûrie, sera passée à un
modèle de croissance durable, renonçant à la voiture pour tous et tout ce qui
s’ensuit -comme par exemple, le redéploiement militaire hors frontières,
indispensable pour sécuriser ses sources d’énergie.
En attendant, en visite à Jeddah (Arabie Saoudite), le vice-Président Xi Jinping réitéra dans l’enceinte de la Conférence internationale de l’Énergie (22/06) la doctrine énergétique chinoise.
Rien de nouveau, ni de bien encourageant : au reste du
monde, il propose de discuter, pratiquer l’exploration collective pour
satisfaire la « demande
normale » (sic) de tous les pays. Il invite les riches à mettre à disposition des
autres leurs technologies, mais ne fait
en revanche aucune allusion à un engagement de la Chine vers une réduction de
ses émissions de gaz à effet de serre. Au contraire, « la
consommation par habitant chinois n’est que de 84% de la moyenne, et en pétrole importé, que de 37%»: il y a de la marge !
L’aspect nouveau
dans ce défi énergétique chinois est l’appel à l’étranger comme bailleur
d’énergie, pour l’appoint que la Chine ne peut plus assurer seule.
On a vu semaine passée la signature du contrat Total (VdlC n°21). A présent, Daewoo (Corée du Sud) signe avec CNPC une intention de livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) birman, depuis ses gisements A1 et A3, sa propriété à 51%. Avec l’Inde et la
Chine, la Corée/sud se partage ce pays aux 2500MMm3 de réserves, que les autres préfèrent ignorer pour cause de dictature.
CNPC offre aussi à Shell et Qatar Petroleum 24,5% (chacun) d’une future raffinerie à Hainan, au coût pouvant atteindre 10MM$. Pour ce type d’outil, la Chine n’a
plus tellement besoin de technologie, ni de financement. Elle ouvre quand même
à ces deux outsiders cette entrée sur un marché qui leur rendra le profit du
raffinage… du pétrole qu’ils lui auront livré. En un mot, face à ses besoins incompressibles et qu’elle ne peut plus
satisfaire seule, la Chine ne peut plus prendre sans donner!
Petit Peuple - Dongguan – l’avion chasseur du Président
A
Taipei, Liao Darao eut une
enfance à la baguette – plutôt à deux baguettes, celles d'une éco-le dictatoriale et d'un père à poigne.
Pour seule évasion, à 12 ans,
il avait ses BD hebdomadaires traduites de l’américain : dès la 1ère page, magiquement, elles le jetaient dans une guerre aérienne mythique,
dans laquelle lui, Darao, était un as de l'US Air Force, semant la terreur parmi les escadrilles du Mikado ou
de la Luftwaffe, aux commandes de son P-51 Mustang.
En 1978, à 22 ans, il connut le plus beau jour de sa
vie : son baptême de l'air, qui lui révéla l'ivresse de la sustentation.
Après telle émotion,
il se jura d’obtenir son brevet de pilote. Volontaire, endurant, il y parvint
en 10 ans.
En
1991, il ouvrit à Dongguan (Canton) son usine, et se mit à inonder les cinq continents de ses poteries bon
marché, fauteuils en rotin, et autres papiers peints, bâtissant en peu d'années
un florissant empire de l'article de
maison. Ainsi millionnaire, après 20 ans de
labeur acharné, Liao était prêt à s’attaquer à un
très vieux rêve : construire son Mustang, puis faire le tour de Chine avec.
Il s'en rendit vite compte, son
idée transgressait 1000 tabous et exigeait
1000 palabres, surtout avec l'armée, monopole de l'espace aérien : il dut
attendre la fin des années ‘90 pour installer près de l’usine
son héliport privé, doté de balises lumineuses et d’un radar. Il monta le hangar de
200m², commanda aux States des
kilos de plans, ouvrages,
revues. Liao s'était mis en tête de recréer son chasseur à
l'échelle 3:4 pour une envergure de 8,4m et longueur de 6,7m.
Après avoir recalculé les cotes, refait les plans, il les fit valider par
l'association américaine d'aéronautique.
Tout
bien réfléchi, pour contourner l’obstacle de technologies de la seconde guerre
mondiale dont le coût astronomique dépassait les moyens d’un simple hobby (les alliages, par exemple), il opta pour
l’emploi des techniques plus simples de la 1ère : bois de pin
pour la structure, feuille d’aluminium pour le revêtement.
Il recruta huit techniciens, y compris l'ingénieur Ma, Taiwanais déjà auteur de 128
avions de tourisme.
Chef du
projet, Ma sélectionna et commanda (en double) les pièces, toutes certifiées «aéronautiques»: le moteur chinois (vitesse max. 260km/h), le train rentrant, l'hélice, l'avionique.
Au total, il y en avait pour 70.000€, cinq fois moins que les salaires de l’atelier
: une somme rondelette quand même —mais quand on aime, on ne compte pas!
Aujourd'hui,
rutilant, argenté, l'avion est prêt,
jusqu’au parachute dans sa niche. Il ne reste plus qu'à poser moteur, électronique
et tableau de bord – les 1ers essais sont
pour décembre.
Inutile de le dire, désormais notre PDG «aime et ne lâche plus» (爱不释手, aì bú shi shoǔ): il ne quitte plus son bébé des yeux. Chaque matin au bureau, il passe une heure à réviser son test chinois de pilotage -sa licence taiwanaise n'étant pas valable en Chine. Une fois donnée
cette apparence de travail, il s’en va guilleret, passer le reste de sa journée à admirer son joujou, au risque de déranger ses hommes dans leur travail.
Et à l'usine, de son
idée fixe, que pense-t-on ? Le personnel, la famille, lui pardonnent, comme
à l'enfant ses caprices, et comme au père fondateur de leur bien-être à tous.
Avec son aîné aux commandes, son cadet au marketing et sa femme à la caisse, la
boite n'a plus besoin de lui. La famille se prête au jeu. Son hobby est cher, mais
valorisant pour l'image du clan. A tout prendre, il vaut mieux qu'entretenir
une danseuse, ou griller sa fortune sur les tapis verts de Macao, le temple du
vice à 30 minutes d'hélicoptère.
Surtout, la Chine, pays de jouvence éternelle, ne peut
que voir avec sympathie son industriel, après avoir si bien réussi, rester
fidèle à ses rêves d'enfant !
RdV - A Canton : Salon destiné aux bébés et enfants, et accessoires de mode
30 juin-02 juillet, Canton : Salon destiné aux bébés et enfants, et accessoires de mode
02-05 juillet, Shanghai : Salon pour les équipements et les
technologies de la publicité
02-05 juillet, Shanghai : Salon de l’industrie du papier
03-06 juillet, Shenzhen : Salon de l’horlogerie,
bijouterie et cadeaux
Etranger - Finance : les banques étrangères se sinisent
Finance : les banques étrangères se
sinisent
Hankou Bank, ex-Wuhan Bank (25/06) cherche
partenaires étrangers.
Peut-être plus aisé à dire qu’à faire, dit le sondage de PricewaterCoopers
auprès de 42 banques non chinoises, qui avouent avoir perdu l’appétit pour
leurs sœurs célestes. C’est que depuis 2007, au titre de l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, il leur suffit de se faire incorporer comme firmes locales, pour se
passer de leurs partenaires hier obligatoires. Et pourtant, en même temps, 50%
de ces maisons vont continuer, sous trois ans, à racheter des actifs —mais hors
des banques. Car le secteur se fait moins lucratif, en
période de surchauffe. Il y a les contrôles stricts anti-spéculation sur le ¥, les
entraves au prêt (les réserves
obligatoires), les délais, règlements, et bien sûr,
l’écrasante concurrence locale…
A ce moment, la finance trouve d’autres terrains pour prospérer : le
courtage boursier (des bourses
nationales et internationales), pour
contourner la non convertibilité du ¥, les marchés à terme (sur des produits de plus en plus rares et chers),
le tout constituant autant d’outils à disposition pour la gestion de fortunes
privées. Et c’est là que la banque étrangère se déverse, profitant d’une avance
en savoir faire sur la locale. Crédit Suisse
et CLSA obtiennent (15/06) pour leurs JV avec Founder et Fortune (chacune à 33%) la licence en gestion de portefeuille -ticket d’entrée pour le client
: 100 000€. BNP-Paribas
achève (25/06) son incorporation avec 4 filiales et sous
2 ans, 650 emplois. KBC (belge) opte pour
le fonds de placements boursier pour étranger en ¥, sous licence QFII.
Le batave ING prend le
plus de risques avec son fonds de 750M$ qu’il espère porter à 2MM$ pour
reprendre (une bouchée de pain) les actifs faillis des promoteurs. Tous ces sondés de PwC gardent un moral d’acier, ils croient doubler leur
croissance cette année et conserver un rythme de +40 à 60% dans les années à
venir.
Agroalimentaire: Cargill met la gomme
L’histoire chinoise de Cargill se confond avec
celle des relations sino-US: suite à la visite de R. Nixon en 1972, la
multinationale agroalimentaire s’était installée à Pékin, important et
exportant grains, huiles, sucre, jus de
fruit, aliments pour bétail, et même l’acier, pour arriver à sa force actuelle,
avec 25 firmes en propriété ou en JV dans 16 provinces, et 3000 employés
assurent 3MM$ de ventes annuelles. A présent, Cargill
duplique à Zibo (Shandong) un de ses produits les plus modernes,
le xanthène, gomme polysaccharide émulsifiante-E415 selon le code européen.
Deux versions sont produites : le Satiaxane CX800 stabilise,
épaissit ou améliore la texture d’un aliment. Le CX801 réhydrate instantanément les
lyophilisats. Les deux finiront en assaisonnements, sauces, desserts congelés,
produits laitiers, préparations à base de fruits, etc. Le site de Baupte (France) assurait
jusqu’alors la production mondiale : Zibo sera trois fois plus grande, pour un
marché allant de la Chine aux USA, en passant par l’Asie et l’Europe de l’Est.
NB : très respecté en ce pays, Cargill
lançait en mars un programme en JV avec l’AQSIQ,
tutelle de l’hygiène chinoise, pour former les industriels aux normes
mondiales, incluant des stages dans ses usines. Manière d’aider la Chine à
interdire à l’avenir, tout remake de la vague de scandales de l’été 2007 !
Droit du travail : IBM, épinglé
Le 18/06, la cour d’arbitrage du travail de Pudong (Shanghai) émit un verdict qui fera date.
IBM devait réintégrer Yuan Yipeng, 26 ans, licencié pour «viol des règles d’entreprise» - il souffrait d’une dépression. Recruté en 2006, l’ingénieur était
bien portant, jusqu’à la crise de neurasthénie qui le frappa en mars 2007. En
juin, il offrit de démissionner : fort «classe», l’employeur
lui offrit un congé-maladie. Deux mois après,
requinqué, il demanda sa réintégration, mais le centre de soins précisa un
besoin de «soins
réguliers». C’est
alors qu’IBM lui interdit l’accès au bureau et lui notifia son licenciement
après 6 mois– juste après sa tentative de suicide. En mars, il porta plainte et
obtint gain de cause. Concluant à un cas de discrimination pour maladie mentale
–une 1ère en Chine-, ce conseil « des Prud’hommes» cassa le licenciement et octroya au
plaignant 5700€ de dommages –IBM est en appel.
NB : selon un avocat chinois, la dépression
ne peut constituer un motif valable. La procédure juste aurait dû consister à
démontrer l’incapacité de travail. Mais quoique de bonne volonté, le verdict
apparaît impraticable et en fin de compte, nuisible aux deux parties:
① après 12 mois de litige amer, la
réintégration apparaît irréaliste, faute de confiance.
② Pour IBM, quel type d’emploi confier à
un suicidaire, quid de son utilité technique? Ce que le verdict IBM débusque,
avant tout, est un vide juridique.
Argent - Taipei-Shanghai — la paix des braves
Taipei-Shanghai — la paix des braves
Le ciel des relations sino-taiwanaises
se dégage à grande vitesse.
Différentes mesures unilatérales de Taipei vont accélérer
l’intégration du marché boursier insulaire avec ceux de Hong Kong et de la
Chine, par exemple en dispensant ses maisons de courtage d’un minimum de 25%
des actifs chinois qu’elles représentent. Le 4/07, les charters hebdomadaires semi directs relieront une dizaine de villes du détroit.
Le
gouvernement nationaliste de Ma Ying-jeou encourage désormais ses fonctionnaires à voyager en Chine,
pour s’ébrouer de leurs préjugés.
Et
surtout, dès le 24/06, Hau Lung-bin, maire de Taipei, en visite à Shanghai, reçut de son
homologue Han Zheng, le privilège d’une place à l’Expo universelle de 2010, supposée attirer 70M de visiteurs. Taipei se mesurait à
130 autres villes, pour ce pavillon de 800m² qui présentera ses technologies
d’Internet sans fil et de recyclage des déchets. Ce sera sa 1ère Expo universelle depuis Osaka, en 1970—la malédiction s’arrête !
Pour
faire bon poids, Hau Lung-bon
invita Han comme hôte personnel à l’Expo Internationale d’Horticulture de Taipei, en novembre 2010 !
NB : Paris, comme Taipei est candidat à un pavillon à thème à Shanghai. Et quoi qu’en
termes détestables avec la Chine (notamment avec la mairie de Pékin), des
sources prétendent que ses chances demeurent.
Politique - Délocalisations : le Sud de la Chine menacé
Tourisme français : grève perlée !
Le souvenir
de l’étape parisienne de la torche (07/04), empoisonne
les relations
franco-chinoises.
Depuis
mai, les agences pékinoises annulent leurs voyages vers la France. L’action
n’est pas présentée comme rétorsion mais comme expression de colère de la rue.
Elle coûte: à l’ambassade, les demandes de visas ont chuté de 70%, à 300-400
par semaine en juin, signifiant autant de pertes pour l’Hexagone. Elle se
limite à Pékin. Shanghai, Canton, Wuhan ne sont
pas touchés.
Constatant
qu’en dépit des assurances, la crise s’éternise, l’Ambassade donne des signes de
nervosité: au Salon du
tourisme à Pékin, aucun
signal n’a été donné aux agences pour les encourager à reprendre les
inscriptions. La France a beau être soutenue par Bruxelles, comme partie indivisible
de l’espace-Schengen - tant que la Chine reste sur
son silence, la France ne peut que pâtir - en silence.
Pour réamorcer la pompe, H. Ladsous, l’ambassadeur, multiplie les gestes, y-compris
une conférence de presse (23/06) réservée à
nos confrères chinois. La rumeur que N. Sarkozy prépare sa valise pour Pékin le 8/08, et le tarif «saison creuse», rétabli par Air France en juillet-août
(vol Paris-Pékin A-R à 4900¥).
Mais ces
efforts pourraient rester vains, en raison de la reconstruction du Sichuan, et
des 10MM€/an à dégager à cet effet. Normalement dotés de 3 sorties tous les 5ans,
les fonctionnaires voient leurs voyages sacrifiés sur l’autel de l’austérité
nationale. Ce qui semble dénoncer une pratique dont l’Etat n’est pas dupe:
leurs missions cachent souvent un voyage d’agrément aux frais du socialisme, abus
aujourd’hui imprésentable.
Délocalisations: le
Sud de la Chine menacé
Dans les années ‘80, le Guangdong (Canton) fut aussi
pauvre qu’un autre, jusqu’à ce que le capital, les technologies et les PME de Hong
Kong,
associés au laisser-faire du patriarche, le propulse dans l’ère digitale et à la fonction de locomotive du
pays.
A présent cependant, cette phase s’achève—bien plus
tôt que prévu. Après avoir vidé Hong Kong de ses
industries, il se voit à son tour miné par sa vie chère, avec ses 300MM€ de PIB
en 2007. Ce phénomène d’usure a été amplifié, cette année, par une série
d’incidents tel le gel de janvier,
la loi du travail (ses salaires minimum et primes de licenciement), la baisse du dollar, la hausse du
fuel, les crues de juin, les coupures de courant, la fin des primes à
l’export…
Désormais, sur la chaussure ou le jouet, fleuron de
Canton, les marges (quand il en reste) se cantonnent frileusement sur la bande à un chiffre. Chez Kam
Pin, firme de
matériaux de construction (300 actifs), les salaires, en six mois, ont monté de 30% : en clair, c’est la fin.
Sur les 70.000 usines Hongkongaises de la province, 20.000 ne finiront pas l’année, prédit D. Lau, Président de l’association des PME du Rocher. Foxconn (iPod, tel. portables) s’est déjà transplanté vers Hebei et Shanxi. Face à cela, les
municipalités de la province tentent d’aider comme elles peuvent, pour retenir
l’emploi qui file comme du sable.
Au 1er juillet,
Shenzhen hausse le salaire minimum à 1000¥/mois (+17%) en ville, 900¥/mois en banlieue (+20%). Canton va suivre et même (perfidement) surenchérir. Dongguan offre aux bas salaires (moins de 600¥/mois) une prime unique de 1000¥ au titre de compensation à l’inflation. Mais ces expédients ne
règleront rien : comme de coutume, fer de lance d’expérimentation sociale,
Canton se trouve au pied du mur, contrainte d’inventer un nouveau
modèle de développement « post-libéral », qui réconcilie haut niveau
de vie, productivité, rentabilité et qualité d’environnement. Comme en Europe
ou en Amérique !
JO Beijing 2008 - En attendant les JO, la Chine sous apnée
A moins
de 40 jours des Jeux Olympiques, la fièvre olympique monte.
C’est
l’ère des «fadas des Jeux», qui se donnent corps et âme à une
promotion volontariste. Ainsi Sun Dingguo (30 ans), du Zhejiang, s’est fait tatouer le
corps de 36 sigles de disciplines olympiques, et sillonne le pays sur son
pousse-pousse pour recueillir des signatures. Fièvre aussi chez ces 1000
couples pékinois qui ont réussi, en jouant des coudes, à figurer sur la liste
des «mariés du
8/8/2008», pour
l’ouverture des Jeux. L’immense majorité des Chinois attend le jour de gloire, de
voir le pays battre les USA pour passer 1ère nation
sportive : déjà PricewaterhouseCoopers (PwC) leur promet
88 médailles d’or, battant les USA d’un petit disque en métal jaune.
Acte de courage : la
Chine a fait bannir à vie Ouyang Kunpeng, son meilleur espoir de brasse, et son
entraîneur, pour dopage aux stéroïdes.
C’est Hu Jintao qui le dit, Pékin est
prête, et peaufine les derniers détails de ses Jeux.
① A compter du 20/07, pour deux
mois, la circulation
alternée éradiquera de
l’asphalte pékinois près de la moitié des 3,3M de voitures. En compensations
aux chauffeurs, il en coûtera 186M$ à la mairie.
② Pour
éviter toute jonction entre esprits forts, des intellectuels shanghaïens
reçurent consigne de ne pas se montrer à Pékin durant les Jeux.
③ D’ultimes
frappes seront lancées pour faire disparaître toute drogue dans les sept villes
des Jeux.
④ Pour
le cas d’un attentat à l’avion fou, l’APL, l’armée
populaire de libération, a installé sans discrétion, près du grand Stade Nid
d’Oiseau, deux camions lance-missiles sol-air Hongqi 7.
⑤ Le TGV Pékin Tianjin vient de faire ses premiers tests (350km/h, Siemens) : dès août, il réduira le trajet à
moins de 30 minutes, depuis sa nouvelle gare du Sud. Un réseau Wifi gratuit couvre 100km², avant de mailler
toute la ville d’ici 2010.
Côté médias
étrangers, la Chine refuse toujours à des groupes comme NBC ou France-TV, le droit de transmettre en direct et celui de
transmettre dans Pékin, de l’extérieur des sites olympiques. Dénonçant ainsi sa
parole, et un droit payé en MM$. Le Comité international olympique (CIO) poursuit les palabres et promet des
progrès. Le CIO a par contre regretté (25/06) que lors
d’une cérémonie placée sous son égide, le Secrétaire du Tibet Zhang Qingli ait appelé à « écraser » le
séparatisme : le CIO a prié la Chine, à l’avenir, de faire une meilleure
séparation entre sport et politique.
Face à l’inéluctable
baisse de fréquentation, les sponsors font contre mauvaise fortune bon cœur, et
tentent de voir si leur investissement sera récompensé. La presse mondiale
s’interroge sur cette fête du sport si soigneusement préparée mais dont l’image
s’est abîmée : à 40 jours des Jeux, on espère encore le coup de baguette
magique, ou de courage politique, pour rétablir la confiance réciproque.
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