Le Vent de la Chine n° 20(XIII)
16 au 22 juin 2008
Séisme et contre-réforme...
Le pouvoir politique chinois a
partiellement migré, vers Dujiangyan, l’épicentre du séisme. Peu de
leaders qui ne s’y soient montrés, après le 1er ministre Wen Jiabao et le Président Hu Jintao. Les derniers grands visiteurs en
date étant le ministre de la sécurité publique Zhou Yongkang
et Li Changchun, patron de la propagande, venus
se recueillir au berceau de la solidarité nationale, mais surtout colmater la brèche démocratique qui s’était déclarée à la suite du
drame.
Li venait vérifier que les journalistes chinois étaient rappelés par leurs
rédactions, et les étrangers expulsés du
Sichuan. Zhou devait enrayer la vague des «rassemblements illégaux» des foules ayant perdu leurs enfants, les « convaincre » de ne pas porter plainte. Or, le
12/06, une plaque érigée trois jours avant à 8km de Beichuan,
était détruite par 200 parents réclamant des comptes—certains furent arrêtés.
Le lendemain, d’autres incidents étaient reportés.
Ainsi l’élan
d’ouverture constaté au lendemain du séisme, est terminé. Par sa gestion vive
et volontariste de la crise, le Parti communiste a fait le plein de légitimité
-l’image de «Wen-Shushu» (oncle-Wen) dirigeant les secours, s’est
gravée dans les esprits. Dès lors, nul besoin de changer. Au contraire, on
renforce la censure: toute nouvelle sur les écoles de tofou est bannie. Le 4/06, CCTV, a même
osé présenter une manif hongkongaise de commémoration de la nuit du 3 au 4 juin
1989, comme une marche de soutien aux
sinistrés du Sichuan!
Ailleurs, en ultimes
préparatifs aux Jeux olympiques, c’est le grand nettoyage: des barrages
surgissent sur toutes les routes d’accès à Pékin en quête de Tibétains,
Ouighours et migrants –démarche trahissant la hantise d’attentats. Idem, une
campagne est en cours pour éradiquer les églises protestantes à domicile (voire d’autres, lamaïstes,
islamistes etc). On signale un regain de
tensions au Xinjiang, telle l’attaque, semaine passée,
d’un poste de police à Sangong. Tension palpable aussi au
Tibet : Pékin reporte les palabres
prévues le 11/06, peut-être en juillet. Le ministre Yang Jiechi rappelle que le Dalai Lama devrait «cesser de fomenter la sécession» au Toit du monde. Inquiets, USA et
Union Européenne craignent que Pékin ne fasse de cette accusation vague un prétexte
dilatoire, et re-lancent un appel conjoint au retour au tapis vert…
Enfin, neuf maisons de TV se plaignent (29/05)
d’un risque de reniement par Pékin de sa promesse de laisser émettre en direct depuis Tian An Men et la Cité
Interdite: toujours pas de fréquences accordées, ni de dédouanement des camions
émetteurs. Le CIO, le Comité olympique, admet que les conditions imposées par
la Chine sont « impraticables ». Et ce jeu du chat et de la souris laisse dès à présent deviner que
ces JO seront « à nul autre pareil » !
Ainsi, un
raidissement politique est perceptible depuis le séisme, avant les JO. C’est le
signe de la formidable réactivité de ce régime, saisissant l’occasion sans
perdre une seconde, et déployant une énergie extrême pour mener un recadrage
dont il n’aurait pu rêver deux mois plus tôt. L’enjeu est historique : en
renforçant le contrôle de son opinion et sa légitimité, le Parti cherche à
réussir, ici et maintenant, là où l’URSS a échoué. Et à force d’audace,
d’assurer sa pérennité de régime monopartiste
autoritaire - à condition de franchir d’abord la vague de la colère des parents
ayant tout perdu !
Après séisme : l’heure de la reconstruction
Le 10/06 fut pour l’armée l’occasion
d’une victoire au Sichuan : le lac sismique de Tangjiashan fut dégagé à coups d’obus : au rythme de
6500m3/h, les 2/3 des 250Mm3 de boue accumulée s’écoulaient en 24h vers Beichuan, cité sacrifiée.
La reconstruction démarre, à rythme hallucinant. Signé Wen Jiabao (8/06), un décret du Conseil d’Etat fournit un cadre légal en neuf chapitres et 80 articles couvrant
tous les aspects, du financement à l’audit, en passant par les normes anti-sismiques, le développement
durable (en profiter
pour fermer les PME polluantes et dangereuses) et les aspects moraux: « toute commune est tenue de fournir aux
victimes une assistance
psychologique ». Le plan-directeur de reconstruction est aussi annoncé. Venu de Taipei, le professeur d’architecture Hsia Chu-joe plaide pour que Dujiangyan
soit rebâtie en style local, afin d’assurer sa vocation touristique
future : chance à prendre, pour cette ville classée à l’Unesco, dont le réseau millénaire de contrôle des eaux de la rivière Min est resté
indemne.
Toutes
les provinces se livrent à un concours de générosité -chacune dans son secteur
alloué. Ambulances, poids lourds aux plaques de tout le pays se suivent sur les
routes, ces derniers chargés de lavabos, tentes, panneaux et tous matériels
pour les logis provisoires de 20m². Les décombres sont aplanis au bulldozer,
des villes d’agglo de 100.000 habitants apparaissent dans la nuit. Dans les
villages de montagne, les paysans reçoivent 2000¥ en cash pour acheter bois, briques, tuiles pour
rebâtir. Pour éviter les fraudes (alors que 10MM€/an sont imputés à la région), des centaines d’auditeurs sont
dépêchés sur place—déjà 15 cadres indélicats ont été suspendus : ici, Pékin ne
plaisante plus ! Pire : toutes les écoles du pays devront être testées (combien à rebâtir), et des milliers de
villes établies sur le cours d’un torrent, devront être déplacées.
Autre
urgence: désamorcer la colère des familles ayant perdu au moins 9000 enfants.
Pour les décès, les primes de «condoléance», sont fixées à 3500€, payables par
tranches, sans compter les aides aux funérailles et les primes de chômage. Le
collège de Xuankou, où gisent 44 enfants, est classé comme mémorial. De même, le ministère de l’Education et la ligue des jeunesses communistes (fief de Hu Jintao) organisent d’atypiques « élections nationales » des jeunes les plus héroïques. Les dotations privées
affluent de l’étranger aussi, comme Vinexpo-Asia qui met aux enchères les 2000 bouteilles
de son dernier salon (cf rubrique « argent »), et des primes ou galas par la NBA ou
les Houston
Rockets.
En
somme : le pouvoir n’épargne aucun effort pour exacerber la solidarité de la
société chinoise, et la montrer comme grande famille cordialement unie. Il est
jusqu’alors très convainquant, avec un seul accroc au tableau : les parents !
D’une pénurie à l’autre
① Au printemps, la crise alimentaire a fait voler tous les prix sur les marchés, causant une insupportable
inflation vivrière (plus de 20%). Mais au plus fort de la
pénurie, quand les acheteurs, au sud, raflaient tout le riz des rayons,
quelques trains expédiés du Dongbei, et une visite de Wen Jiabao à Hong
Kong, rappelant l’existence d’un stock de 200Mt de réserves, ont suffi à
rassurer. L’imminence d’une récolte annoncée excellente (comme partout au monde) semble -pour l’instant- dissiper
le spectre de la disette. On doit ici saluer la clairvoyance de ce régime aux
racines paysannes. En misant, depuis toujours, sur l’autonomie vivrière, il
s’est retrouvé moins frappé que d’autres l’an dernier, quand la spéculation
mondiale et la sécheresse frappèrent les filières alimentaires.
Ce qui ne veut pas dire que tout aille bien
: la Chine commence par endroit, à manquer de paysans (ils partent à la ville, qui paie
mieux!),
et elle consomme deux fois plus d’eau que ses réserves renouvelables. La vraie
crise est pour demain. Mais la Chine a déjà ses plans d’avenir qui passent par le passage de l’eau au prix de marché, et celui des cultures
céréalières aux OGM.
② L’autre pénurie, celle de l’énergie, a été une des causes de la
débâcle du 10/06 en bourse de Shanghai (-7,7%) : l’actionnaire savait que la
Chine en 2008 importerait 150Mt de brut à 130$/baril ou plus, revendu à 40%
sous le prix moyen mondial, ce qui coûtera au moins 100MM$ à l’Etat. A présent,
sur la côte, les pétroliers Sinopec et CNPC tardent à approvisionner les
88.000 stations : les queues s’étirent devant les pompes.
Le même problème se reproduit dans l’électricité, ou 62 centrales thermiques ont
fermé (1%
du parc).
Faute de charbon, dont le prix, aligné sur le cours mondial, ne cesse de monter (33% depuis janvier) : Quatre provinces dont le Hebei
ont moins de 7 jours de réserve, et la Chine
tourne avec 44Mt de stock, soit 11 jours. Vendant l’électricité à prix
bloqué, les centrales tournent à perte et préfèrent n’acheter que pelletée par pelletée. Dans cette pénurie, joue la
distance –les centaines de km de voies ferrées entre les mines et les centrales
: le réseau est engorgé.
Autre problème : les trois clients prioritaires de l’Etat,
qui privent d’autant le reste du pays: le Sichuan (pour accélérer sa reconstruction), Pékin (pour les JO), et les paysans, pour la paix
sociale -c’est pour eux que le régime bloque pour l’instant le prix du
carburant. Résultat: Canton, début juin, doit fermer ses usines et
souffrir des baisses de tension de 200.000Kw/j. A tous les sens du terme, l’été
sera chaud !
Personne ne s’y trompe : après les Jeux,
viendra la libération
des prix du gaz, du pétrole et de l’électricité, alors que l’or noir sera
-peut-être passé à 200$/baril. Le moment pour la Chine, de réévaluer son modèle
de croissance, et l’Occident avec elle!
Les médias veulent prendre le large … en bourse
Faire des profits et par ceux-ci, s’affranchir de la férule
publique: telle est la dernière étape de la lente dérégulation de la presse, entamée au tournant du siècle. Pékin
avait alors ordonné aux 2000 journaux, 8000 magazines,
milliers de chaînes de TV et radio de se séparer des mairies et de se
concentrer.
Puis en
novembre 2007, l’Etat s’était dit prêt à accueillir en bourse
de tels groupes. Cette démarche était testée depuis 1994 avec Oriental Pearl (Shanghai), suivi de Shanghai Xinhua
Media en 2006. Mais l’Etat ne tolérait que l’introduction
des actifs non
éditoriaux, tels
l’imprimerie ou la pub mais pas la rédaction, au nom du monopole de
l’information au Parti (depuis 1942, Mao, discours de
Yan’an).
Mais
après 10 ans, certains conglomérats ont muté en d’immenses machines
performantes et diversifiées tel SMEG, propriété à
70% de la mairie de Shanghai, empire d’1,17 MM€ et 5200 jobs,
11 chaînes TV, 90 réseaux câblés, un portail internet,
29 chaînes radio, 5 centres sportifs et 14 centres culturels. Or, à présent, de
tels groupes savent que leur entrée partielle en bourse, sans la rédaction (à la fois leur cerveau et leur locomotive), n’est pas bonne. Pas plus que ne l’est
leur dépendance envers l’Etat, pour leur autonomie et l’attractivité de leurs
produits journalistiques. Et d’autre part, ils ont déjà assez de relations pour
négocier leur émancipation, dans l’intérêt bien compris de tout le monde. Aussi
la nouvelle formule consiste à rassembler un bouquet de journaux+TV+radio +service internet, en une filiale boursière à 100% privée, dont ils ne conservent qu’une
minorité des parts. On crée ainsi de nouveaux géants riches et indépendants. Ce
qui, à y regarder de près, signifie la fin du
monopole du Parti sur la presse.
Précurseur
: Century Publishing, 1er éditeur
shanghaïen, 1MM¥ d’actifs en 13 éditions, des journaux, un réseau de distribution, va
entrer en bourse, avec l’aval de la mairie et de la GAPP, tutelle du
livre (General
Administration of Press and
Publication) : il vise 400M$.
Parmi les autres 13 groupes en attente comptent China
Business Network (journaux, TV, radio), et Toonmax TV, chaîne de dessins animés. Mais il y a
loin de la coupe aux lèvres. Jusqu’à quatre tutelles, aux intérêts
contradictoires, sont impliquées et se disputent : les quatre
dernières tentatives, de ce fait, ont été rejetées. Restent à régler les
questions de la place de la censure, et des rênes que la maison-mère
pourrait vouloir garder sur ces structures neuves.
Toute l’effervescence traduit une mutation.
Face à une demande exponentielle en information d’un public toujours plus
éduqué, le secteur s’amplifie et professionnalise tant, que l’Etat n’est plus
capable d’en assumer le monopole, aux jours désormais comptés. Déjà annoncée,
l’étape suivante parachève d’ailleurs l’abandon de la vulgate marxiste :
l’accès de ce type d’investissement aux étrangers !
JO Beijing 2008 - Jour J-53
ª 18.000 billets pour la nocturne de basketball, le 18/08 : tous vendus, emportés par les fans
de Yaoming, l’homme le plus “in” de toute la Chine, en raison de son
talent, sa taille (2m25) et sa fortune (56M$/an, amassés en clips publicitaires). A une foulée derrière se trouve Liu
Xiang,
ex-recordman du monde de 110m-haies qui vient d’être détrôné par le Cubain Robles.
ª Déjà 4000
petits 奥运 (Aoyun, « Jeux-zoles »), dont 700 furent baptisés dès 1993,
lors de la 1ère candidature de Pékin, et 550 en 2001,
quand la capitale remporta les Jeux de 2008.
ª Par la semaine
fois depuis
mai, la flamme olympique passe au Tibet (12/06). Un passage
secret, écourté de 3 à 1 jour, tandis que les moines étaient assignés à
résidence… Le Dalai Lama recommande à ses fidèles de
ne pas soulever d’incidents.
ª Adieu, ticket de métro! Pékin inaugure la
carte magnétique, sur les 140km de ses cinq lignes. Avant d’ouvrir dans trois
semaines, ses trois dernières lignes («N°10», «Olympique», «aéroport»).
ª Tous en chœur ! Le Bocog a créé la manière «sympa et civilisée » d’encourager ses athlètes. Sorte d’Ola à 4 temps qui sera répétée au foyer par des centaines de millions de
téléspectateurs, et lancée dans les stades par les noyaux des volontaires. «Aoyun / jiayou » (= «JO, du nerf !»), deux applaudissements, deux pouces en l’air, Zhongguo jiayou, « Chine / du nerf ! »
Argent - Vinexpo Asia—Un salon mémorable
Acier : un géant sort du moule
La fusion de l’aciérie chinoise va plein gaz.
Voici Hebei Steel, né de Tangshan –n°3 national
et de Handan, à eux deux, 31,75Mt. Hebei Steel passe en tête club des aciéristes chinois, devant le
Shanghaïen Baosteel - 26Mt, avec ses dernières emplettes cantonaises, Shaoguan (1,6Mt) et Guangzhou (4,4Mt). D’autres
monstres existent, comme Anben (Anshan
+Benxi, dans le Dongbei, 22Mt, né en 2005), ou Shandong, né en mars de la fusion de Jinan et Laiwu, 23,7Mt. Ensemble, les dix plus gros font 37% de
l’acier du pays. Sous 12 ans, ils doivent atteindre 70%.
Hebei Steel vise une capacité
de 50Mt. Mais sa fusion semble avant tout politique, et pas forcément mature :
aucun détail financier n’a filtré. La province voulut bloquer le passage de ses
fleurs d’acier sous le contrôle de Pékin (Shougang, déjà en JV avec Tangshan sur le site de
Caofeidian en construction), et de Shanghai (Handan visé par Baosteel). Enfin si la province renforce sa
position de 1ère base sidérurgique du pays avec 100Mt/an
et 20% du tout, on peut s’interroger, pour l‘avenir, sur le sens d’un tel
positionnement dans une zone semi-aride, en pleine désertification, laquelle
dépensait dès l’an dernier 190M€ dans la lutte anti-sécheresse...
Vinexpo-Asia : un salon mémorable !
Vinexpo-Asia, le salon du vin
les 27-29 mai à Hong
Kong, a reçu 8.868 visiteurs, 29% de plus que
lors de l’édition de 2006.
Il aurait peut-être été plus juste de l’appeler Vinexpo-Chine, car les 45% d’acheteurs de Hong Kong et de
Macao travaillaient en partie pour la réexportation vers le grand voisin, en
plus des 25% de Chinois venus directement.
Sur 692 exposants, 50% étaient Français, avec prédominance bordelaise (port
d’attache de Vinexpo), mais on voyait aussi de belles participations espagnole, italienne,
allemande et latino (Chili-Argentine).Selon Chr. Chateau, patron de l’Union des Côtes de Bordeaux au nom prédestiné, «le marché chinois n’est pas encore mûr, mais il faut commencer à y
entrer pour en bénéficier dans quelques années»: de 1995 à 2005, le Chinois a porté sa consommation à 0,4l soit +144%,
(et près de 600M de litres, 9ème rang mondial).
Face au marché mondial «mature» (+1%/an), celui de l’Asie voit des
lendemains qui chantent, avec une croissance de 8%/an et (selon R. Beynat, commissaire général du salon), un
doublement sous 3 ans—surtout grâce à la Chine. Ne pas s’y tromper, toutefois:
95% du vin bu en Chine, est produit sur pla-ce. Notamment par trois grandes
marques qui ont, ou ont eu une JV française, Dynasty (Rémy Martin), Changyu (Castel), Dragon Seal (Pernod-Ricard, qui a cédé ses parts).
Aujourd’hui, ces grands misent sur le haut de gamme, et l’export : c’est
l’arroseur arrosé… de vin, et l’élève qui rattrape le maître !
Énergie : Huaneng ne perd pas le souffle
Huaneng, 1er électricien du pays investit 130M€ dans un parc éolien à Wenchang, au nord de Hainan, pour générer 120mW et épargner 35000t de
charbon/an.
Inspirée par la loi du
renouvelable et l’envol des prix du charbon,
l’orientation «renouvelable» devient sa priorité n°1. Il bâtit une série de barrages sur le Mékong (Yunnan), d’une capacité de 15.000mW. D’ici
2010, entre ses projets solaires, hydro, éolien et de biomasse, sa capacité
doit atteindre 13.000mW - l’équivalent de 13 réacteurs nucléaires. Huaneng met un pied dans le nucléaire : de type graphite-gaz, sa mini centrale (200mW) de Shidaowan
verra ses travaux débuter en 2009 à Rongcheng (Shandong), au coût de 300M€, en partie importée.
Déjà présent en Australie (50% du groupe
OzGen, pour 227M$, depuis 2003), il
investit dans la mine en Mongolie Intérieure , et dans le Gansu (énorme projet d’exploration, équipement
et ligne ferrée pour 6MM€). Il s’offre
aussi pour 2,5MM€, le groupe singapourien Tuas, 25% de l’électricité de la
république insulaire (2670mW). Huaneng annonce encore 13% de son
portefeuille hors-énergie,
dont 8% dans la finance...
Privilège des grandes entreprises d’Etat (aux financements illimités), cette
stratégie, lui permet d’être le seul des électriciens nationaux, au 1er trimestre, à n’avoir pas perdu d’argent.
Etranger - Coup de noroît pour la mode en Chine
Coup de noroît pour la mode en Chine
C’est AT Kearney qui le dit : en 2008, la Chine n’est plus qu’au second rang des pays
émergents pour le commerce de luxe, derrière le Brésil.
A cette désaffection, bien des raisons concourent : le coût exagéré du
bon site et du bon vendeur, les 15-20% de taxes, la concurrence anarchique d’un
marché de 84MM$, dont 83% de francs-tireurs.
Ce qui a incité en 2007, Vacheron Constantin (montres, groupe Richemont) à fermer 123 boutiques. Le Chinois riche n’ouvre plus grand sa bourse
: 45 à 90$/mois, sauf à l’étranger (pour le duty free). Le plus
inquiétant est un rejet subtil mais net du goût « européen à 100% » : à ce qui
semble, tout le luxe mondial va devoir réviser sa copie, en produits, et en
image de rêve !
RdV - Pékin, Salon international du tourisme
16-19
juin, Canton : Salon
de la machine-outil et des technologies et équipements
de moules
17-19
juin Shanghai : Transport Logistic China
19-21
juin Canton : Salon international
des technologies de l’identification et produits RFID
19-21
juin Pékin : Salon international du tourisme
Politique - Travail d’enfants et JO ne font pas bon ménage
Taiwan Chine —
audace, nouveau départ
Après 59 ans de séparation, Taiwan et la Chine rouvrent leurs liaisons
aériennes.
Le 13/06, Chiang Pin-kung, négociateur du Kuo Min Tang signait l’accord historique à Pékin. À partir
du 4/07, du vendredi au lundi, 36 vols relieront les deux rivages, côté Chine :
Pékin, Shanghai, Xiamen, Nankin, Canton, et en face 8 villes, dont Taipei,
Kaohsiung, Taitung et Hualien.
Les deux bords sont aussi convenus
d’élargir le tourisme chinois à 3000 visas quotidiens (10 jours max) et 1M/an,
contre 80.000 actuellement.
Un autre projet prendra plus de temps:
l’ouverture de «représentations
permanentes», sortes d’ambassades très spéciales, à
Pékin et Taipei.
NB :
les implications des accords pris sont importantes : économiques (le PIB
taiwanais va remonter en 2009). Tandis que le transport aérien Hongkongais et macanais va perdre.
Implications militaires : l’armée insulaire
s’inquiète que le KMT ait ouvert au touriste chinois ses deux bases de Taitung et Hualien, dernière
ligne de défense en cas d’attaque continentale… Enfin, c’est une sortie de
l’impasse où avait mené 10 ans de pouvoir du parti indépendantiste, le DPP,
sous l’angle des rapports avec la Chine—même si la liste des accords faciles,
risque d’être désormais rapidement épuisée.
Travail d’enfants et
JO ne font pas bon ménage
En été
2007, PlayFair, lobby de protection des travailleurs, avait gêné le Bocog, le comité national olympique, en
dénonçant des cas de travail d’enfants et de travail dangereux dans des usines
chinoises titulaires du label olympiques aux 5 anneaux : suite à quoi Kekit,
une de ces
firmes, avait perdu sa licence.
Le 10/06, PlayFair fait au CIO, le comité international
olympique, une «piqûre de rappel», par sa pétition de 12.000 signataires (99 nationalités), l’accusant (entre autres) de ne pas révoquer les licences des
firmes transgressant les normes.
NB
: Cette
action ne dénonce pas que la Chine, et vise surtout les jeux à venir de 2016 :
elle veut y imposer des critères d’attribution excessifs, pénalisant les
régimes non démocratiques…
Pas par
hasard, la pétition était remise à 48h du jour mondial de la protection de l’enfance. Or, le pouvoir admet ses torts. Tong Lihua, patron d’un centre pékinois d’aide à
l’enfance, reconnaît que le pouvoir n’applique pas ses lois, telle celle
réprimant l’emploi des jeunes de moins de 16 ans sous peine d’amende de 500€. La Chine reconnaît aussi les centaines d’esclaves des briqueteries du
Shanxi l’an passé, et les 1000 jeunes arrachés en avril à des usines du
Guangdong où ils travaillaient à 2,4¥/h : chancre social causé par la pauvreté, dit-elle.
Sur un
dossier au moins, la Chine est dite en progrès par l’Union Européenne. Pour sa 3ème visite en 12 mois, la commissaire Meglena
Kuneva déclare que «presque toutes» ses notifications sécuritaires ont été prises en compte. Tandis que Li Changjiang, monsieur sécurité des produits en Chine, annonce que depuis août
2007, 700 firmes de
jouets, aux normes de qualité insuffisantes (20%), ont perdu
leur licence d’exportation : on va dans le bon sens...
Droit—les petites
ailes des bases de données
Dès
2006, 92% des Chinois sondés par le Journal de la jeunesse, croyaient «probable» la fuite de leur dossier administratif
vers le secteur privé.
Deux ans après, 40.000 femmes
enceintes de Shenzhen confirment : entrées sur l’intranet de 70 hôpitaux, leurs
données personnelles ont fui dans la rue. Pour 1200€, tout le marché des produits et services périnataux a pu racheter le
sésame du marketing « voyou » : le CD de leur état-civil, nom, adresses (postale, e-mail), n° de téléphone, hôpital, date
d’accouchement. L’affaire a été révélée par les parturientes qui ne
supportaient plus les dizaines de SMS d’offres de
bricoles pour bébés : lait en poudre, poussettes, layettes, clubs de gym (préparatoire ou de remise en forme), nounous. Des futures mères angoissent
d’être ainsi «repérées». D’autres refusent la douche d’annonces
non sollicitées. Elles ne peuvent pourtant porter plainte : la loi actuelle ne
le permet qu’en cas de diffamation…
Jiang Hanping, patron du bureau municipal de la santé et du planning
familial, assume la responsabilité -l’enquête est ouverte. Remonter au corbeau n’est pas impossible : les re-vendeurs de CD promettent la
réactualisation mensuelle, suggérant un cadre ayant accès complet et permanent
à l’intranet. De même, le fauteur pourrait être un rescapé de la Révolution
culturelle, pour qui l’intimité était un préjugé bourgeois. Enfin, ce scandale
pourrait avoir pour résultat de tirer le législateur d’un long sommeil, depuis
2003, date à laquelle la loi de protection des données privées fut mise en chantier, sans aboutir, cinq ans plus tard…
Petit Peuple - Dujiangyan, les destins croisés du séisme
En 120 secondes, le séisme du 12/05 métamorphosa Dujiangyan (Sichuan): il gomma
les partitions des destins de millions d’hommes, d’animaux, de fleuves et de
monts. Il rebattit les cartes de la terre, et distribua son chaos absolu là où
régnaient des millénaires d’ordre précaire, fruit de civilisation.
A cette humanité ainsi mise à l’épreuve, le flux de forces fatales
inspira toutes les formes de réaction, de l’héroïsme pur à la lâcheté abjecte.
Il permit aussi l’expression de scènes burlesques: tant cette humanité simple,
en cette région d’une douceur trompeuse, restait vulnérable, mal préparée à ce
déferlement infernal… En fin de comptes, cette minute d’apocalypse révéla les
êtres dans leur fibre humaine pure, noble ou médiocre mais sans fard, comme le
Ciel les avait fait !
A Dujiangyan, la secousse, à 14:28, surprit Jia Zhengyuan, ouvrière de 20 ans
dans sa chambre : elle venait de recevoir son après-midi de repos, son pied gauche s’étant foulé, et aussi en
raison de son anniversaire, le soir-même! A la 1ère vibration,
elle se rua vers la
porte, qui resta coincée: l’édifice s’amoncela sur elle, piège noir. Arriva son
frère, venu de leur village fêter avec elle : contre les débris, il mena
toute la nuit un combat sans espoir, manquant de la faire écraser en arrachant
les décombres. Le lendemain, arriva l’armée à la rescousse, 80 hommes, puis le
double, qui firent la chaîne pour extraire les moellons, pour étayer… 56heures
après, la fille sortait, affaiblie, mais vivante…
Jusqu’alors, Zhengyuan avait supporté son calvaire avec courage. Mais à l’air libre, ayant perdu du sang, elle
s’évanouit : c’est alors que pris d’un trait de génie, un des soldats
entonna zhu ni shengri kuaile (祝你生日快乐), l’universel hymne d’anniversaire, repris en chœur
par la troupe et le frère: initiative qui la ramena à la vie !
Encore à Dujiangyan, quand la secousse fit
onduler les murs de sa classe, le professeur Fan Meizhong,
jeune diplômé de Beida céda à une terreur minable
et s’enfuit, abandonnant à leur sort ses
40 collégiens tétanisés. Par bonheur, l’école, une des rares bien construites,
résista : il n’y eut pas de victimes. Mais depuis, ses élèves décidément
observateurs l’ont gratifié du sobriquet de Fan paopao (le petit trouillard qui détale).
Sur internet, Fan a tenté de justifier son
acte, affirmant qu’il était parti sauver sa fillette, seul être qui compte à
ses yeux. Fan est suspendu -le principal s’apprête à statuer sur son sort.
Fan ne fut pas le seul frappé de couardise :
quand vint la vi-bration épouvantable, n’écoutant que
son courage, le mari de mme Zhang détala
de leur logis à toutes jambes, laissant à sa meilleure moitié le soin d’assurer
seule sa survie. L’un et l’autre s’en sortirent indemnes : mais pas leur mariage !
Dès le lendemain, mme Zhang
traînait son poltron de mari au bureau des divorces.
A un jour près, ils y auraient rencontré m. Xing
et mme Feng, qui se
trouvaient dans la queue des divorçables, au moment
où tremblèrent les entrailles de la Terre : le vacillement de la tour de
21 étages, la terreur glacée au fond de leurs vertèbres leur fit instantanément
oublier leurs orages familiaux. Dans les bras l’un de l’autre, ils se
promirent, s’ils survivaient, de se remettre ensemble. Réfugiés sous une table,
rampant à travers les décombres, cahin-caha, ils descendirent les 21 volées
d’escaliers. Arrivés dans la cour, ils s’embrassèrent avec effusion, et se
réitérèrent leur promesse de ne plus jamais évoquer cette lubie de séparation,
si manifestement contraire aux vœux du ciel !
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