Le Vent de la Chine n° 19(XIII)
9 au 15 juin 2008
Trois vieux problèmes—pas réglés, mais...
Après
le séisme, la vie reprend—la Chine retourne à sa routine. Trois vieux démons
viennent la hanter cette semaine, dossiers ignorés depuis des décennies. Mais
signe de mutation historique, tous sont en effervescence, porteurs d’embryons
de solutions!
① Avec Taiwan, depuis l’arrivée aux affaires du
Président Ma Ying-jeou
(20/05), c’est « l’amour ».
En
Chine du 31/05 au 5/06, Wu Poh-hsiung, l’insulaire chef du Kuo Min Tang,
reçut la vague promesse que l’armée gèlerait le déploiement de
missiles contre l’île (qui sont déjà 1300), et préparerait leur
démantèlement –dont Ma fait justement une pré condition à toute discussion.
D’autre part, le Bureau des affaires taiwanaises reçoit un chef plus jeune (55 ans) et dynamique, Wang Yi, vice ministre. Enfin, Pékin
offre de négocier tambour battant (11-14/06) la réouverture des lignes aériennes directes, voire un siège à l’OMS, l’organisation
mondiale de la santé…
Le
chef de l’Etat taiwanais de son côté, fait preuve de la même bonne volonté en
rouvrant le mausolée de Chiang Kai-shek, qu’avait fermé son rival
indépendantiste, Chen Shui-bian. Et déjà se profilent de gros
contrats, le raccordement à Taiwan au réseau chinois de cartes de débit UnionPay (pour ravitailler les millions de futurs touristes chinois), l’installation à Xiamen de Hon Hai, n°1 mondial de l’électronique,
qui ouvrira une usine d’écrans LCD avec 40.000 employés sur 800.000m², au prix « de milliards d’Euro »...
② Sur le 19.
Anniversaire du massacre de la Place Tian An Men (4/06/1989), Ma Ying-jeou s’est adressé au leadership en termes ambigus, mi
critique, mi louangeur, marquant sa volonté de rappeler publiquement cette
date-phare, mais d’éviter de blesser le régime... Cette année encore, sur le
continent, tout a été fait pour occulter la commémoration, sur internet (100.000 policiers virtuels), et sur la place. Intimidées, les 128 «mères de la Place » (ayant perdu leur enfant la nuit fatale) cessaient «provisoirement» d’exiger la révision du verdict
officiel sur le printemps de Pékin (celui d’«activité contre-révolutionnaire»), dans l’espoir d’une
hypothétique pension -car bon nombre d’entre elles vivent proches du besoin.
Des voix de l’étranger ont réclamé l’élargissement des 130 dissidents de
l’époque encore en prison—le pouvoir s’en est « indigné ». On voit ainsi la
survivance de l’intransigeance officielle, mais avec deux légers progrès. Des
dissidents se disent «plus à l’unisson » avec le régime, souhaitant
s’associer à l’action nationale d’aide aux sinistrés du Sichuan. Et d’autre
part, c’est à ce moment, 10 ans après sa mort, que sort l’évaluation du
massacre par l’ex-Président Yang Shangkun : 15.000 arrêtés, 70 exécutés,
600 morts par balles… C’est un voile levé sur un très lourd secret d’Etat.
Amorce d’un dégel ?
③ Au Tibet 90 jours après les émeutes, règne
la tension. 80 nonnes auraient été arrêtées depuis le 14/05 à Dragkar Ganzi, Sichuan, et la Chine dénonce trois
tentatives d’attentats à la bombe—16 arrestations
depuis le 14/05.
Protégé de Hu Jintao
et déjà l’homme fort au Toit du monde, Zhang Qingli vient d’être promu Secrétaire
provincial. Enfin, pour cause de « reconstruction au Sichuan », Pékin vient de repousser la 2ème ronde de palabres avec le Dalai Lama, fixée au 11/06… Seule nouvelle non négative : à
Lhassa, les autorités affirment préparer la réouverture du Tibet au tourisme
étranger, pour début juillet !
Ebranlé, l’Etat aborde le plus dur : l'après-séisme
Après le drame du Sichuan au terrible bilan (près de 90.000 morts/ disparus, 375.000
blessés, plus de 12 millions de sans abri), administration, volontaires et armée parent au plus pressé. Vite, le
génie de l’APL, l’armée chinoise, a réussi à creuser
un déversoir au lac de Tangjiashan monté d’1,7m/j, menaçant 1,3M
d’habitants, dont 250.000 évacués - le 7/06, ses 220Mm3 commençaient à se déverser…
Face à
ce danger majeur, d’autres risques demeurent : on vient d’évacuer 5000t de
produits chimiques à l’air libre et 100 sources radioactives. Epoch Times, journal dissident aux USA
suggère qu’une ogive nucléaire aurait sauté sur son missile, en pleine montagne
dans son silo souterrain.
Les
coûts du séisme se précisent : 20 à 30 MM€, huit ans d’efforts seront un minimum
pour rattraper des pertes industrielles de 20MM€, dont 97% concentrées entre cinq
villes. Les banques ont perdu 5MM€ en prêts sur actifs détruits. L’Etat a
promis 7MM€ dès cette année, dont 2,5 aux firmes - l’aciérie Panzhihua reçoit de la Banque de Chine 2MM€ de prêts, et le cimentier Anhui Conch, une rallonge de 0,5MM€. Chaque province
riche doit assister un des districts sinistrés: tel le Guangdong qui parrainera
Wenchuan, à l’épicentre. L’aide privée et étrangère atteint 4MM€ au 3/06. Mais
comment éviter la corruption, alors que déjà des détournements sont épinglés,
et des fraudeurs, condamnés en procédure express, à 7,5 ans de prison? Trop
d’instances concurrentes se partagent la gestion de ces fonds. L’Etat promet la
vigilance, et donne en exemple son bureau des 华侨 huaqiao (Chinois de la diaspora) : protégé par 4 protocoles anti-détournement, il veut convertir ces
dons, en 3 à 5 ans, dans 100 écoles et autant d’hôpitaux.
Face à leur désespoir, dans leurs villages de
toile, les gens cherchent le réconfort où ils peuvent : dans la religion,
notamment, bouddhisme, christianisme et islam qui connaissent un regain de
fréquentation. Entre les 1800 orphelins et les innombrables parents ayant perdu
leurs enfants, l’Etat s’apprête à reconstituer des familles –d’autres
retrouvent le droit à d’autres enfants, d’autres celui à une opération de déstérilisation.
Mais
rien de ceci n’empêche l’éveil de la colère : l’heure des comptes, pour
l’effondrement de 7000 classes en tofu, construites sans architecte, ni ferraillage, ni sable,
contrairement aux édifices de l’administration, qui ont tenu. Des milliers de
familles tentent de déposer plainte, s’opposent à la police, qui les disperse.
L’Etat offre 100€ de pension par an et par disparu… Des cadres, tel Lin Qiang, n°2 de l’éducation au Sichuan, tentent
d’ouvrir le dialogue, implorent leurs hommes d’accepter de reconnaître leur
responsabilité—et les victimes, de leur faire confiance : seule chance d’éviter
le clash, avec cette population désespérée!
Chaises musicales téléphoniques
Elle
couvait depuis quatre ans, la refonte des télécoms. La voilà
qui sort (24/05) et l’on comprend mieux les années de tractations, vu la
complexité du partage de quatre marchés nationaux (fixe, sans fil, net, satellite) entre 6 groupes qui s’échangent des
branches ou meurent, pour renaître en trois. 10 ans après la dernière refonte,
la philosophie a évolué, du modèle commercial « monopole d’un service » à la « concurrence multiservices »- la reconnaissance du « client-roi ». Par
contre, tout ce monde demeure sous la triple chape d’acier du contrôle
financier, administratif et policier : information
et communication demeurent l’instrument n°1 du leadership. Aussi l’étranger,
quoique technologiquement dominant, reste à la porte. Enfin, quoique ces
échanges impliquent des transferts d’actifs en dizaines de MM$, pas un Yuan
physique n’est dépensé: tout se fait par échange de titres, à l’amiable, entre
membres du même club...
Pour cette refonte,
il était temps!
Avec ces
règles désuètes, les opérateurs fixes comme China Telecom étaient saignés à mort (moins 880 000 clients en avril). A l’inverse, ceux sans fil
caracolaient, tel China Mobile empochant 8MM€ de profits en 2007.C’est donc sans enthousiasme, pour un
montant secret que China Mobile s’offre Railcom, déficitaire, (l’ex-réseau fixe des chemins de fer).
China Unicom, n°2 du portable, reçoit la branche fixe
de Netcom (23,8MM$), mais cède à China Telecom sa
branche portable CDMA (15,9MM$). Ainsi, China Unicom
peut désormais se mesurer «à armes égales» (au GSM) avec China Mobile. Tandis que China Telecom paie –un peu trop cher-, son ticket d’entrée au
gras marché du portable, et espère rassembler d’ici quelques mois 100M de
clients. Il récupérera une subvention de 30 à 45% du coût de cette reprise,
ainsi que Satcom, l’opérateur de satellites. Et
il cherche un « investisseur stratégique ».
Le grand
chambardement mettra 4 mois (ou plus) à se
réaliser. L’artisan de la réforme voit le confort d’un usager désormais doté
d’une facture unique – au risque de décevoir d’autres attentes, telle la
qualité de connexions ou la liberté du choix des services..
Déjà évalué à
105MM$, le marché des télécoms chinois voit devant lui des lendemains qui
chantent, avec 60% de la population restant à abonner au mobile. Une fois les
fusions parachevées, il restera à Pékin à attribuer les 3 licences de 3G : sa
propre création TD-SCDMA (la moins désirée, déjà octroyée à China Mobile avant les J0), l’européenne WCDMA et l’américaine
CDMA-2000.
Bien des
risques demeurent: pour l’investisseur, celui d’un marché où l’acteur n°1 reste
l’Etat; celui de l’énorme avance de China Mobile sur des rivaux qui devront
s’endetter lourd pour s’aligner; et surtout, l’incapacité de ce système
dirigiste, à absorber vite les progrès techniques de l’étranger, faute d’en
tolérer jusqu’à présent la concurrence, malgré les engagements donnés à l’OMC, l’organisation mondiale du commerce.
Face à l’inflation, Pékin ne dit mot... et consent
Une série rare
d’accidents frappe la Chine de 2008 : le gel du siècle en janvier, l’explosion
émeutière à Lhassa en mars, la catastrophe ferroviaire de Zibo en avril, le
tremblement de terre en mai. Voilà qu’elle se poursuit par un orage inédit en
12 ans : une hausse de + 8,2% de l’inflation, dépassant les 20% dans
l’alimentaire.
Tout se passe comme si ces «signes du ciel» avaient ébranlé la confiance du pays.
L’indice des
directeurs d’achat, qui
décrit les commandes des usines, a chuté de 59,2% en avril à 53,3% en mai,
presque au seuil de la récession (50%) : pour les
patrons, les niveaux de prix et la demande prévisible ne justifient plus
l’effort stakhanoviste de hausse de la production des années précédentes.
Avec -4% des ventes
d’appartements au 1er trimestre
contre +16,6% douze mois plus tôt, l’immobilier sombre dans la morosité. Sentant
le vent tourner, Morgan Stanley met en vente son parc shanghaien de 101 appartements (+ de 20 000m²) pour 110M€ - avouant ainsi sa foi en
une tendance baissière.
La bourse elle-même a repris sa dégringolade, à son plus bas niveau en 6 semaines
(-2,5% au 4/06),
du fait des
pressions de l’Etat sur les prix de l’acier (Baosteel s’est engagé à ne
pas gonfler ses prix au 3ème trimestre, afin de soutenir la reconstruction au Sichuan) et du charbon (Shandong, Shanxi ont bloqué sur leur sol
les prix du charbon-vapeur).
Mais ce faisant, on entre dans une courbe maléfique :
la baisse du pouvoir d’achat entraîne celle de la consommation, et consolide la
dépendance envers l’export tandis que des masses de «hot money» (100MM$ en avril, selon StanChart) fusent vers la Chine, dans l’attente de
la réévaluation inéluctable. Tandis que les PME les plus faibles succombent au
travail de sape des hausses des salaires et des matières 1ères.
On note le souci constant du pouvoir, de ne toucher à
nul levier de l’export. Le pétrole à la pompe vaut la moitié du cours mondial
–les pétroliers touchent un chèque pour leur manque à gagner. Le ¥, en deux mois, n’a augmenté que de 0,9%
par rapport au US$ - et pas d’enchérissement des taux d’intérêt… L’objectif
clair est annoncé par la Banque centrale : maintenir un
Yuan bas pour limiter la baisse attendue de l’export - les experts annoncent une baisse de
l’excédent commercial, de 10% du PIB en 2008, à 9,5% en 2009.
Pour «faire quelque chose», Pékin annonce du bout des lèvres, l’ouverture de la bourse aux firmes
étrangères et un accès plus large pour les chinoises, aux places étrangères :
ceci, pour alléger la pression à la réévaluation et couper l’herbe sous le pied
aux fonds spéculatifs. Mais on est loin du compte : alors qu’une phase de
vaches grasses s’achève, Pékin tergiverse sur des réformes pourtant préparées
depuis des années, pour préparer son industrie à la donne (moins gaspilleuse, plus écolo) de demain...
JO Beijing 2008 - Jour J-60
ª Pékin affiche sa hantise quotidienne
d’un “risque sécuritaire sans précédent” lors des Jeux, et s’équipe : 204 chiens pour sa
brigade cynophile, 5M$ de matériel policier des USA. Pour les étrangers, il
émet un code de conduite en 57 points, restreints les visas, suspend tous les festivals. Résultat
inévitable et sans doute attendu : pour les Jeux, seules 44% des hôtels sont
réservés !
ª Wei Sheng, médecin, a planté dans son crâne et sur
son torse 2008 épingles aux couleurs olympiques. Il bat ainsi son propre record
“Guinness” de 1790 aiguilles en 2004. Un autre supporter s’est fait tatouer sur
le front les 5 anneaux de Coubertin.
ª Sharon Stone a tout gâché. Après avoir accusé la Chine
d’avoir provoqué le séisme par le mauvais karma de sa répression à Lhassa, elle est déclarée persona non grata en Chine, y compris au festival du cinéma de Shanghai, cette semaine. Tandis que Dior, craignant à juste titre des
retombées pour le groupe en Chine, l’a rayée de sa campagne de charme dans le
pays.
ª A Vienne, en visite le 30 mai, le
Président français Nicolas Sarkozy a déclaré publiquement que “boycotter les Jeux Olympiques, n’était
pas une bonne chose”. Et la rumeur parisienne assure que
son avion pour Pékin est déjà réservé !
Argent - Haixin «cherche aciérie à acheter, désespérément»
Haixin : «cherche aciérie à acheter,
désespérément»
Le
grand plan de restructuration des aciéries entre en approche finale.
D’ici
2010, dix groupes doivent assurer 50% de la production. Toute firme
n’atteignant pas 10Mt/an, sera inéligible aux droits préférentiels de la NDRC (émission d’obligations, ouverture de nouvelles unités) - donc condamnée. Sous le couperet, 1000 PME se résignent
à l’inévitable, mais les 70 hauts fourneaux dépassant le 1Mt/an paniquent pour
rattraper le peloton destiné à survivre. Tel Haixin, second aciériste du Shanxi, de m. Li Zhaohui.
Cette
année, Haixin fera 5,8Mt, mais prétend en atteindre
15Mt sous trois ans: en achetant à tour de bras des plus petits que soi. Avec
son conseiller McKinsey, M. Li épluche les listes des aciéries à remettre, des
mines australiennes à racheter, et surtout celle des étrangers partenaires
potentiels. M. Li n’a pas le choix : pour doubler sa capacité sous trois ans, Haixin doit trouver 1,5MM€.
NB : Haixin prépare l’entrée en
bourse pour 2010. Autant par patriotisme que dans l’espoir de faire valider un
partenariat étranger ce que Pékin qui n’aime guère, Haixin
figure au sommet de la liste de sa province, des donneurs aux victimes du séisme.
Etranger - Dongfang Electric, Phoenix qui renaît de ses cendres
Matières 1ères : shopping hors frontières
En période de coup de feu sur les matières 1ères, la stratégie chinoise d’achats de
réserves à travers le monde est plus que ja-ais
d’actualité, à tout prix, payé sur les abondantes finances de l’Etat et des
firmes.
① En Australie, Sinosteel inflige un revers peut-être décisif à Murchison, son rival pour la reprise de Midwest: il porte sa part du minéralier de 33 à 40%, surenchérissant à 1,3MM$
et surtout, acceptant de renoncer au contrôle majoritaire. Midwest est une
position à prendre : sous 5 ans, sa production de 1,1Mt de minerai de fer
annuels devrait passer à 16,5Mt.
② Plus osé, Jiangxi Copper et China Metallurgical emportent pour 30 ans la concession de la
mine de cuivre d’Aynak en Afghanistan, prospectée dès les années ’80 par
l’URSS. Nul ne s’était jusqu’alors risqué à l’exploiter, en raison des
infrastructures importantes nécessitées, une centrale thermique de 400MW et une
ligne ferrée, à travers des zones d’insécurité… Les deux
compagnies paieront 808M$ selon une source, 3,5MM$
selon une autre. La mine doit être ouverte sous
60 mois -la ligne ferrée ira du Xinjiang au nord, au Pakistan (4000 km via Tadjikistan) -il s’agit donc
aussi d’un projet politique arrimant l’Afghanistan à la Chine. Jiangxi Copper paiera 20% du projet, mais rachètera au moins 50% de
la production. Il y aurait, sous la roche, pour 11Mt de cuivre pur.
③ Au Niger, pays enclavé où elle exploite déjà deux gisements, la CNPC, la compagnie nationale pétrolière,
ose s’engager pour 5MM$ sur le bloc d’Agadem, pour en explorer puis exploiter les 324M
de barils de réserve. L’an dernier encore, ce pétrole était considéré inexploitable.
Mais aujourd’hui, à 130$/baril… Il faudra construire un pipeline jusqu’à Zinder (600km), et une petite
raffinerie (20.000 barils/j) pour les
besoins locaux. Le reste revenant en Chine via le Nigeria.
A Hong Kong,
l’ICBC passe et gagne
1ère banque en Chine, dans la botte
des 10 majeures mondiales, l’ICBC reçoit le
2/06 l’agrément de l’autorité boursière à Hong Kong pour une banque d’investissement destinée à préparer les entrées en bourse de HK (HKSE) de groupes
chinois en parts « H ». Ce type d’émissions d’au moins 100M€ était
jusqu’alors l’apanage de géants américains tels Morgan Stanley.
L’ICBC tient déjà sur le rocher deux branches de courtage (dont ICEA, filiale
conjointe avec BEA), mais
manque d’un réseau international. Elle aura donc moins de problèmes à trouver
ses clients (parmi les 2,72M de firmes chinoises ayant
un compte chez elle) qu’à les
servir… D’autre part, il se trouve que
jusqu’au 28/05, l’ICBC était au coude à coude à Hong Kong avec China Merchants pour la
reprise de Wing
Lung,ban-que
familiale. Alors que la surenchère s’envolait, Pékin était intervenu, imposant
un prix max. (à 2,85 fois la valeur comptable, soit
4,5MM$), puis un vainqueur, Merchants.
Dans ces conditions, la licence à l’ICBC apparaît un
lot de consolation, octroyé moins par HK que par la Chine. Moyennant une légère
entorse au principe de non-ingérence de «一国两制, «un pays deux systèmes».
Dongfang Electric,
Phoenix qui renaît de ses cendres
Sous le séisme, Dongfang
Electric a perdu son usine de Hanwang, 500 hommes et 700M$ d’actifs.
Mais le soutien public arrive : pour ses 1ers besoins, ce n°2 national des turbines à vapeur recevait de sa tutelle SASAC (State-Owned Assets
Supervision and Administration Commission), 71M$. Puis le
24/05, il annonce une commande de 648M$ du groupe Huaneng pour six centrales thermiques de 660Mw
ou éoliennes, destinées au Shaanxi. Un autre contrat important, lui vint d’un
autre électricien, Huadian.
Par
ailleurs, à plus longue échéance, Donfang Electric s’est vu confier, avec son partenaire Alstom, la fourniture des turbines géantes de
1,75Gw chacune, destiné aux deux réacteurs nucléaires commandés en 2007 à Areva pour le site de Taishan
(Guangdong). Il y en a pour 300M€ à partager. Pour
l’heure, Dongfang tente de se réorganiser, et délègue
à la concurrence en Chine et ailleurs certains contrats sur son carnet de
commande, afin de pouvoir honorer ses échéances. Une phase de redistribution
qui pourrait profiter à Alstom, son partenaire
historique !
RdV - Canton, Salon int’l pour les tissus, fibres textiles
09-11
juin, Canton : Salon int’l pour les tissus, fibres textiles, habillement, confection et
coloration de textiles
10-13 juin, Pékin :
Salon transmission et du contrôle industriel
11-13
juin, Shanghai : CRC Expo, sur le
commerce de détail
11-13
juin, Qingdao : Salon du carton
ondulé et de l’emballage
Petit Peuple - A Xiaishu - Jing Buchun, le rêveur de lumière
A Xi’aishu (Hebei), comme en
beaucoup d’autres villages, il n'y a pas que le blé ou le pré que
l’on « fauche », mais aussi les tracteurs et
charrettes, les bols et baguettes, les bœufs et moutons, tout le peu que les paysans
possèdent est dérobé – par eux-mêmes, entre eux.
« Ce sont les gars de la préfecture d’à
côté », claironne
le maire Yang Wengong : « nous sommes à la frontière, c’est trop
tentant. Une fois le coup fait, ils se replient chez eux - on ne peut pas les
poursuivre ».
C’est sans doute
vrai, mais ça n’explique pas tout. Au fond, qu'est ce qui pousse un pauvre à en
dérober un autre ? Et sur-tout, que peut-on faire ?
Ce genre de
questions, Jing Buchun,
fermier, se les ressassait depuis sa jeunesse. Il l’avait constaté, les vols
avaient lieu à la faveur de la nuit, faute d’éclairage. En 1987, il eut l'idée
de rétablir la pratique antique des vigiles : apprivoiser la nuit par des
rondes à heure fixe. Tenir le voleur à l’écart avec sa lanterne. Avertir le
distrait de boucler sa porte, d’enchaîner son «bœuf de fer»…
Pour quelques 100aines de ¥, il planta au sommet du village un
puissant haut-parleur, puis instaura le rite, immuable depuis 20 ans, de parler
aux bonnes gens à minuit sonnant, pour les encourager à protéger leurs biens
sous la Lune. Harangue suivie d’une marche solitaire de 3 heures à travers les
rues et ruelles désertes.
Au début, on ne peut
pas dire que son initiative ait ravi tout le monde en cette bourgade de 20.000
âmes. Les insomniaques furent dérangés par ses appels intempestifs. Même si
bientôt, la majorité admit « ne plus pouvoir se passer de son appel qui rassure ». Bien des citoyens dérangés par son appel
à le suivre dans ses marches, préférèrent leur confort : ils le laissèrent
tomber un à un. Sa femme-même, espérant l’arracher
à son duel avec les moulins à
vent, le traita de vieux fou. C’est qu’outre sa
croisade de vigile et son labeur aux champs, Jing devait s’astreindre à 1000 petits jobs tous moins
lucratifs les uns que les autres, pour payer les études de ses 4
enfants: il aurait mieux fait, pensait-elle, de s'occuper de ses affaires, et
renoncer à un héroïsme qui – tout le
monde sait ça – n’apporte que des coups de bâtons.
Au nom de cette vérité, des
intrus s’introduirent chez Jing durant sa ronde, pour
lui piquer deux poêles à charbon : tentative de
dissuasion, qui échoua! Une autre nuit, il prit sur
le fait deux larrons à moto, mais eut le dessous : ils l’étrillèrent, le
laissèrent pour mort. Depuis, il ne sort
plus qu'avec deux lampes de poche- dans l’espoir de faire croire qu'il est
n’est pas seul...
Mais rien de tout
cela ne peut décourager Jing, le héros d’acier :
depuis peu, en plus de ses rondes, il se lève à l'aube, pour balayer sa rue.
Enfin, à l’âge de 62
ans, un miracle est venu : un journaliste, curieux de rencontrer l’altruiste
obstiné, a rencontré tout le village, et même sa petite-fille, la seule au
fond, qui croie en lui, et l’appelle : « Grand-père, le seul homme, ici !»
Au reporter, Jing a pu confier son rêve secret : que la grand-rue soit
enfin éclairée, aménagée, pimpante et humaine. Que le voisinage en conçoive
joie et dignité, et perde l’envie de se détrousser. Seulement alors, le vieillard promet de raccrocher ses lampes au râtelier,
et de ne plus aller «travailler en tenue d’étoiles et de lune » (披星戴月 pi xing dai yue) : passer ses nuits blanches pour
le compte de l’humanité !
Politique - Gaokao - Lycéens : la journée des braves
Gaokao—Lycéens : la journée des braves
Du 7 au 9/06 en Chine, c’est le week-end décisif,
bilan de neuf années d’études « marche ou
crève » : le gaokao, concours
d’entrée aux universités, où réussissent autant de jeunes qu’il y a de places,
soit 5,95M pour 11M de candidats.
Dans les 2 filières (littéraire et scientifique), les jeunes
affrontent une liste de questions à réponses multiples, garantissant une équité
de façade. En réalité, les villes ont bien meilleure chance (70%), et certaines provinces font mieux que
d’autres, tel le Xinjiang que la jeunesse «han» veut fuir pour rejoindre la côte : là, le taux de réussite avoisine
les 100%.
Mais tandis que la société veut son «gaokao» et
l’université qui va avec, l’Etat voit que sur les 4,95M de diplômés sortis en
septembre 2007, 29% sont restés sans emploi. Il tente donc de conseiller, en
alternative, les filières professionnelles. Parmi ceux qui rateront leur bac,
un sondage révèle que 50% se résigneront à faire plombiers ou cuisiniers, 27% redoubleront et 23%, les plus riches iront à l’étranger ou dans des
facs privées qui, en douceur, donnent des diplômes équivalents… A cette
session, 96.000 jeunes ne sont pas conviés : ceux du Sichuan sinistré, à qui
l’on prépare une session séparée. Angoissés, fragilisés, ils obtiendront la
voie royale : un quota spécial de 2% dans tout établissement, des points de
bonus, des bourses… Tout pour repartir du bon pied !
Inde-Chine : petite lutte entre
« amis »
Entre Inde et Chine, la
jeune amitié (8 ans) n’a pas éteint un contentieux ancien, sur le tracé des
frontières.
En janvier, la
visite à Pékin du 1er ministre Manmohan Singh avait permis la création d’une commission, pour traiter ces
revendications territoriales. Ce qui n’empêche Delhi, à la veille de la visite
du min. des affaires étrangères Pranab Mukherjee
(5-7/06), de réitérer une fin de
non–recevoir aux visées chinoises sur le Sikkim, annexé par
Delhi depuis 1975. Pour le reste, l’entente cordiale fut de rigueur.
A défaut de son
homologue Wen Jiabao (appelé d’urgence au Sichuan sur le site du séisme), Mukherjee
rencontra le vice Président Xi Jinping, pour préparer les exercices militaires conjoints de décembre, un coup de
fouet aux échanges de 40MM$ en 2007 à 60MM$
d’ici 2 ans, pour ouvrir des zones économiques communes et inaugurer un Consulat général à Canton.
NB : comme pour illustrer la confiance encore
fragile envers son voisin, Delhi rouvrait (2/06) la base aérienne de Daulatbeg
Oldi, la plus haute du monde (4937m), fermée depuis 1966. Il annonçait aussi la réouverture prochaine de deux autres bases au Ladakh oriental, toutes à la frontière chinoise. Stratégiquement parlant,
explique un expert militaire indien, Daulatbeg ne
vaut pas grand-chose. Mais durant le dernier conflit indo-pakistanais
(1999), la Chine aurait tenté «24 fois» de s’en emparer, et « en face, 13
projets du même type sont en cours– nous nous sommes réveillés tard».
Fièvre française toujours, mais bénigne
!
Le passage de la flamme olympique à Paris a laissé des traces. De multiples efforts français publics et privés,
démonstration d’amitié, compassion et aide à l’après-séisme,
ne peuvent dissiper une brume de ressentiment.
Ainsi, le Bureau du tourisme de Pékin a notifié aux agences le retrait temporaire de la France, sur
la liste des destinations
touristiques privilégiées, ordonnant de facto aux agences de cesser la vente de voyages vers l’Hexagone. Les grands
tours opérateurs chinois (CITS, CTS) confirment des annulations vers Paris en juillet, juin étant déjà
engagé. En France, commerce, hôtellerie et voyagistes pâlissent, craignant de
perdre une part des 700.000 touristes chinois de l’an passé, qui dépensaient
entre 1000 et 1500€ en sorties et magasins (on en attendait 800.000 cette année).
Mais selon nos sources, les choses sont
plus nuancées. D’abord, l’interdit ne vaut que pour la France, non pour
l’Europe. En pratique, tous les tours atterrissent à Roissy—et les touristes,
même par patriotisme, ne vont pas se priver d’un tour aux Galeries Lafayette.
D’autre part, l’interdit, pour l’instant, ne vaut que sur Pékin, et ne serait
élargi à l’ensemble de la Chine, que (nous dit-on) en cas de geste inamical de Paris (la
mairie), envers la Chine, avec une personnalité étrangère...
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