Le Vent de la Chine n° 17(XIII)
19 - 25 mai 2008
Le Sichuan, province martyre
Tremblement de terre Sichuan
Pékin vient de promulguer trois jours de deuil
national du 19 au 21/05, et trois minutes
de silence lundi 19 mai à 14h28, heure de Beijing
Le séisme de force 8
frappa Wenchuan (Sichuan) le 12/05 à
14:28.
En 150 secondes, il réduisit
en miettes des villes telles Beichuan ou Yinxiu. Cinq jours après, moyennant les efforts
désespérés de 130.000 soldats et secouristes, moins de 1000 victimes avaient
été sauvées. 32.000 cadavres étaient dénombrés, et 220.000 blessés—les emmurés
étaient encore 10.600. La pluie battante avait freiné les opérations et laissé
les rescapés seuls face au froid nocturne et pic de chaud du jour, la soif, la
faim et leurs blessures. Les villages isolés ne furent atteints qu’en trois
jours –certains s’étaient vus parachuter des colis de secours. Le 17/05, Beichuan, déjà détruite, était évacuée suite à une crue du
lac voisin, et l’épidémie menaçait…
De trop rares équipes
étrangères (Japon, Russie, Corée) furent
admises après 70h, privant le sauvetage des aides offertes par 142 pays : comme
à Tangshan en 1976 (240.000 morts), voire en Birmanie, suite au
cyclone Nargis, le réflexe était de ne compter
que sur ses propres forces…
A ce détail près, l’action
publique fut admirable. Dès 16h le 12/05, le 1er ministre Wen Jiabao s’envolait
vers le Sichuan pour consoler et soutenir, rejoint (16/05) par le Président Hu Jintao. Comme tous les medias, la CCTV avait changé sa grille
normale pour une émission spéciale, et diffusait en boucle des appels à la
solidarité.
L’effort porte ses fruits.
La Chine se mobilise, sur internet, via China Mobile, dans les
entreprises et universités, engrangeant 860M$ de dons sino-étrangers. Après les
décennies (héritage de Révolution Culturelle) de « chacun pour
soi », la Chine redécouvre la compassion.
Enfin, cette réaction
atypique de l’Etat chinois, a de quoi interpeller. Parmi les forces qui
poussent au changement,
① Pékin
joue la transparence, comme un test politique en temps réel. En
laissant travailler (plus) librement la presse, il prépare des milliers de
familles angoissées au sort fatal de leurs proches, et aide à lutter contre la
rumeur.
② Par son action tangible, le pouvoir
veut aussi prévenir les critiques, pour ces 8000 écoles aux murs «de tofou» (construites par corruption), et les
morts évitables qui s’en sont suivies.
③ Enfin 2008, l’année du Rat a été
fertile en catastrophes, tels le gel-record en février, la sécheresse au Nord (cf p.2), l’accident ferroviaire d’avril, puis ce séisme à «88
jours» des Jeux Olympiques : jour normalement de chance, mais cette fois de
malédiction. Il n‘en faut pas plus au public, pour s’adonner à la superstition:
les Dieux peuvent retirer au prince son «mandat du ciel» (son droit à
régner), et le signal de ce retrait, serait justement l’apparition des
désastres naturels… Par son action volontariste, le régime veut éviter aux
citoyens de tirer de mauvaises conclusions !
Séisme : secousses limitées sur l'économie
Le cœur est lourd, mais Pékin reste conscient de sa «chance»: à 90km près, c’était Chengdu qui était
rasé, avec cette fois des millions de victimes. L'épicentre du séisme fut
montagnard, ce qui limite les dégâts, selon AIR Worldwide à 20MM$.
Raison
d’espérer : le barrage des 3
Gorges a tenu, tout
comme (jusqu’à ce jour) 391 autres, quoique endommagés -l’Etat vient de
débloquer 7,6M$ pour assurer la maintenance d’urgence.
Côté
industriel, c’est autre chose. 8,74GW de centrales électriques (+de 1% du total) sont touchées, tel le barrage de Taipingyi
(760MW), du groupe Huaneng : seuls 4GW ont été rétablies.
En gaz, la CNPC coupa sa production de 6Mm3, dont 1/3
seulement a été restauré. Devant ouvrir en 2010, le complexe pétrochimique de Pengzhou
(distillation et craquage d’éthylène, à
5MM$), qui venait
de causer manifestations et arrestations à la capitale provinciale Chengdu, est remis en cause, le temps d’une
nouvelle étude sismique.
Des cimenteries telle Huixing (Lafarge) sont à l’arrêt. Anhui-Conch, 1er cimentier du pays (69Mt de ciment/an) envisage de faire venir le produit par
barges, moyennant un surcoût de 15% sur un prix déjà le plus haut du pays. Vu
le renforcement des normes et les inspections sévères à attendre à l’avenir,
prédit son directeur Guo Jingbin, les besoins seront prodigieux : tout doit être rebâti, le détruit et
le rescapé, les écoles, les maisons, les routes, à 400¥/t…Anhui-Conch
veut donc rajouter à son parc productif dans l’Ouest, 50Mt de capacité sous 5
ans. A partir de septembre, il veut ouvrir dans 5 provinces. La catastrophe,
par ailleurs, donnera peut être quelques années de sursis aux milliers de
petites cimenteries indépendantes polluantes, qui assurent toujours 45% de la
production nationale…
La
province va aussi freiner sa capacité en métaux non ferreux. Hongda, la fonderie de zinc à Shifang (100.000t/an de capacité), a fermé. Cette perspective, le 15/05, fait baisser le
London Metal Exchange—le cuivre de 130$/t, à 8105$/t,
suivi du zinc, du nickel et du plomb.
L’agriculture,
aussi, est touchée. Le Sichuan, grâce à sa forte masse paysanne, était gros
fournisseur national en céréales (7,3% du riz), légumes et viande (11,6% du porc) : la bourse de Chicago s’attend à un raffermissement de l’effort
chinois, déjà net, d’import de grain et d’huile—et donc, à une
« exportation » de l’inflation chinoise sur les prix mondiaux.
Face
à cela, la bourse joue au ludion, à +2,7% le 14/5 et -1,6% le 15/5. Signe de
surchauffe continue, avec+400MM$ investis de janvier à avril dans les villes.
La reconstruction ne fera rien pour refroidir ce bouillonnement : la vie
continue !
Pour cause de JO: le Nord au pain sec et sans eau
L’ académie des sciences sociales, la CASS, donne
l’alarme : la sécheresse de la Plaine du Nord (200M d’habitants) s’aggrave. Au Hebei, c’est la pénurie pour 250.000 habitants.
La
solution envisagée est le canal Sud-Nord, rêve de dérivation des eaux du Yangtzé vers le Fleuve Jaune. Lancé en 2002, devant coûter à l’époque
60MM$ (mais bien
plus depuis!), il doit,
via trois routes distinctes (Est, Centre et Ouest), abreuver le nord de 48MM de m3/an du Yangtzé– 1% du débit.
Le problème est que
cette solution technocratique ne peut guérir la sécheresse, symptôme très peu «naturel» dû à un lourd surpeuplement. Le Nord chinois consomme l’eau plus vite qu’elle n’arrive. Faute de
pluies, on pompe. La Chine du Nord compte 2M de
puits profonds, dont les trois quarts non potables (engrais, minéraux remontés des entrailles
de la terre). La croûte
terrestre s’effondre par subsidence, comme à Ningbailong où apparut en juin‘06 une crevasse de 8km de long, endommageant de
nombreuses fermes. Ce qui n’empêche le Hebei de compter déjà 33.000km² de sol
aride. En cause : le réchauffement climatique, l’augmentation de la population
et de ses exigences de mieux-être, le tournant vers l’agriculture intensive, et
le développement d’une industrie lourde imprudemment favorisée en ce milieu
impropre.
Or, le tronçon Est, en cours d’ouverture, comporte 2
défauts.
① Son
débit est trop faible. D’une capacité d’1,6MMm3, les deux réservoirs de Shijiazhuang ne contiennent que 600Mm3, dont un
tiers promis à Pékin, JO obligent, notamment pour lui permettre de lessiver ses
lacs et canaux. Pour sa part, le paysan du Hebei s’est vu dire que pour son
irrigation, il ne devrait compter que sur les précipitations, c'est-à-dire
rien, ou presque.
② Autre
faille du système : le droit de l’eau n’a pas été réformé. Le bénéficiaire ne défraie pas les provinces
donatrices, ni celles traversées, qui ont pourtant l’obligation de préserver
une ressource pure, parfois au prix de la fermeture de leurs usines riveraines
du Fleuve Jaune. Depuis des années, la bataille des compensations financières
entre provinces reste un dialogue de sourds —le Shaanxi, spolié, met en garde
contre un risque de soulèvement populaire.
On est donc dans une
situation explosive : la Chine du Nord
ne peut ni renoncer à sa plaine à blé, ni trouver sa ressource en eaux d’ici 20 ans, date de
l’épuisement annoncé de sa nappe phré-atique, accéléré par la
disparition des 35000 glaciers du pays. C’est maintenant qu’elle doit réagir, prévient la CASS, et elle n’y est absolument pas prête. Des choix déchirants sont à
l’horizon : fermer les usines grosses buveuses d’eau? Passer à l’irrigation high tech (70% d’économie, mais
hors de portée des paysans)? Symptôme clair, en tout cas, d’une économie non
durable !
Aéronautique : préparation au décollage
En
février 2007, le Conseil d’Etat relançait un rêve vieux de 40 ans : le
développement d’un avion de 150 places ou plus, 100t au décollage et d’une
autonomie de 5000km (VdlC n°12/XII).
Quatorze
mois plus tard, le 11/05, il concrétise, en présentant à Shanghai la CACC, (Commercial Aircraft
Corporation of China), la compagnie de R&D, de fabrication et vente du futur Jumbo. La CACC
dispose d’un capital de 2,7MM$, dont 32% versés par la SASAC (tutelle des
grands groupes publics), le reste par Guo Sheng (électricien), les avionneurs Avic-I
et Avic-II, les fournisseurs Baosteel,
Chalco et Sinochem.
La CACC doit
fort à la Costind, la commission nationale de technologie
militaire, qui lui
fournit son Président Jin Zhuanglong et son CEO Zhang Qingwei : la Costind
est la meilleure ressource technologique nationale, et la CACC prépare une
version militaire du jumbo. En contrepartie du financement public, elle doit
fournir l’APL voire peut-être, les armées des pays pauvres d’Asie ou d’Afrique! Le projet est à très long terme :
la CACC veut d’abord recruter des talents étrangers, faire former des
ingénieurs hors du pays, faire ses armes dans la recherche, au budget pressenti de 5MM€. Ce n’est
qu’en 2015 que le 1er appareil
devrait sortir de sa halle, pour être commercialisé en 2020. Pourtant, c’est
dès l’automne (avec 6 mois
de retard!) qu’Avic-I s’apprête à tester son ARJ-21 de 70-100 places. Mais par rapport à lui, le jumbo chinois représente un
saut technologique, car plus lourd et complexe, nécessitant matériaux
composites et moteurs sur les ailes.
Le projet
relance donc l’aventure des années 1970, du Y-10, clone du
Boeing 707. Deux modèles avaient vu le jour, moins fiables et plus chers que
leur original, et vite abandonnés. Ce qui est visé, est l’indépendance technologique, et la reconquête d’une part du marché
intérieur estimé sous 20 ans (pour commencer), à 100 gros porteurs par an, d’une valeur de 350MM$. Le projet a aussi
pour but de baisser les coûts d’achat des appareils aujourd’hui
euro-américains, dont les coûts s’enflamment, grevant déjà de 25% celui du
billet d’avion en Chine. Donc, offrir aux chinois, et aux autres, des
transports à meilleur prix.
Faisant
contre mauvaise fortune bon cœur, les groupes mondiaux de l’aéronautique comme Airbus, Boeing ou Bombardier ont assuré de leur soutien. Car la CACC, comme pour l’ARJ-21, se dit
prête, et devra confier à l’étranger 40% de l’appareil.
Il n’empêche
: par ce projet, la Chine va franchir
une étape-clé dans son escalade de la chaîne de valeur industrielle : dans 12
ans, personne n’en doute, le paysage aéronautique mondial aura changé en
profondeur—le marché aura été redistribué. Et l’Empire du Ciel, portant bien
son nom, aura réussi un pari que le Japon, tout géant industriel qu’il soit,
n’aura pas osé lancer !
JO Beijing 2008 - Jour J- 81
ª Le séisme de Wenchuan
change l’atmosphère des Jeux : hors du pays, la critique laisse place à la
solidarité, et à l’intérieur, la parade de la torche olympique est “simplifiée”
: dotée à chaque étape d’une minute de silence, et amaigrie de quelques
discours.
ª A 80 jours des Jeux. Le pouvoir se
mobilise toujours plus contre le risque d’attentat. 130.000 médecins et
infirmières reçoivent une formation aux soins, suite aux attaques nucléaire, biolo-gique ou chimique contre les visiteurs des Jeux. Le
public lui, a d’autres soucis : le panier de la ménagère, les risques de
séisme...
ª Suite au désastre, les groupes
étrangers donnent : PSA= 1M¥, Carrefour=2M¥, Schneider =3M¥, Texaco, 1,4M$. L’athlète Li Yongbo (badminton) offre100.000¥ et Yao Ming (basketball),
500.000¥. Record, ex-aequo à Sir Run Run Shaw, nabab de HK, et au concert sino-allemand de
Chongqing : 10M€ !
ª Maître Hongkongais de fengshui, Raymond Lo a expliqué la
source des misères de l’avant-JO: un conflit entre le Cheval (signe astral de Wen
Jiabao et Hu Jintao) et le Rat, signe des JO. Pour équilibrer les
forces, R. Lo offre la solution: que Wen et Hu
portent en scapulaire, une figurine de boeuf—l’ami du rat !
Argent - Tourisme : Ctrip explose ses ventes
Minerai
de fer : le grand jeu planétaire…
Le club des affaires publiques chinoises (Sasac, les sidérurgistes, Chalco, la CIC) ose s’attaquer à BHP-Billiton, 1er minéralier mondial. Rassuré par son nouveau rôle de
dépanneur d’une finance mondiale affaiblie par ses « subprimes », la Chine n’hésite plus. Triple objectif : ①
placer son argent de manière à créer de la plus-value,
②
garantir son import de minerai de fer et
③
empêcher la fusion BHP-Rio Tinto. Chalco tenterait d’acheter 9% de BHP, dont 25% pour un fonds de pension australien et 25% à un
groupe non spécifié.
Entre-temps, une seconde bataille se joue,
sur ce front des ressources mondiales. La Chine accuse Rio de retenir depuis
deux ans 12% du minerai contracté à long terme, pour le lui imposer au marché«spot» à prix double. Par rétorsion, la Chine boycotte le
minerai australien, refusant d’émettre les licences d’import. Rio dément, parle
de plainte à l’OMC, l’organisation mondiale du
commerce. Ce que ce combat-là dévoile, est la tentative par Rio et BHP de
maîtriser les tarifs de transport, source de gras profits supplémentaires. Et
en attendant, Rio vend sur le marché libre, 15Mt depuis janvier, contre rien
les années précédentes… Preuve, à tout le moins, que posséder 9% de Rio, pour
la Chine, ne lui permet aucun droit de contrôle !
Tourisme :
Ctrip explose ses ventes
1er fournisseur chinois de voyages en
ligne, Ctrip bat
toutes les prévisions, en postant au 1er trimestre +52% de profits et un chiffre d'affaires de 52M$ - ce, en
dépit d’un fort gel hivernal et de l’envolée des coûts.
Par rapport à 2006, il a doublé
son volume de ventes (100M$), tout
en conservant la même marge bénéficiaire (31M$). Il détient 52% de son marché. Ses ventes de billets d'avion ont
explosé (+68%), tout comme
celles de voyages organisés (+67%).
La clé du succès tient à
l’association du tourisme,
phénomène sociétal sans précédent (100MM$ /an,
90M d’actifs), et d’un internet aux 221M
d’abonnés. Le tout permettant au professionnel comme à l’usager, de gérer son
voyage sans quitter son écran. Mais rassembler ces deux formules ne suffit pas.
En témoigne l’expérience d’e-Long (filiale d’ Expedia, US) qui demeure n°2 dans la même période, avec seulement 10%, et perd de
l’argent ! Avec 3000 hôtels locaux, 2000 étrangers et tous les transporteurs
aériens locaux, Ctrip ne cesse d'investir dans de
nouveaux produits tels son site en
anglais, ou son partenariat actif depuis octobre 2007 avec Baidu, moteur de recherche pour les hôtels. Dans cette course à l’avenir, Ctrip au 1er trimestre, a augmenté de 36% ses dépenses en recherche et marketing.
Acier: Shougang
se refait une réputation
On savait que l'aciériste Shougang
accélérait, pour les besoins des JO, le déménagement de sa forêt de hauts
fourneaux de Pékin-Mentougou : 70% des capacités ont
été transférées sur le site de Caofeidian, port en eau
profonde du golfe de Bohai (Hebei), à 220 km de la capitale.
JV à 51/49% avec Tanggang, l’aciérie de Tangshan, l’invest est de 9,7MM$. Caofeidian veut devenir la plus grande base de production
d'acier du pays. Il se veut aussi plus écologique, avec une consommation d'eau
d’un tiers de la moyenne nationale, et un filtre anti-poussières au sommet de
son haut fourneau parmi les plus grands du monde (5500m3). Ce super-outil
aurait dû mettre Shougang à l’abri de tout souci sur
son marché, mais des achats agressifs des concurrents Bao-steel et Wugang l’ont forcé à reprendre son bâton d’investisseur.
C'est à Shunyi en banlieue,
qu'il ouvre (10/05) une unité de laminage de 916M$ - à froid, dit-il, « plus écologique » —comme pour
faire oublier qu’il brûle encore 12% du charbon de la capitale, 1er producteur de CO². Sa nouvelle chaîne se
targue d’une capacité annuelle de 800.000t de tôles et 700.000t de tôles
galvanisées pour l’automobile, pour seulement 18000t d’émissions de poussières
par an. Marché porteur : la Chine qui consommait 28,5Mt de ces tôles revêtues
en 2006, en nécessitera 84Mt en 2010.
NB : c’est avec ce genre de produit sophistiqué que
l’indien Mittal
pourrait espérer s’imposer sur ce marché, ce qui peut
expliquer aussi la raison de ce choix d’investissement !
Petit Peuple - Changle - 52 ans de fugue
Le jour
de ses noces en automne 1942 à Changle (Sichuan), Xu Chaoqing, 16 ans, frotta de
l’index la gencive de Liu Guojiang
(6 ans): c’était une de ces croyances
paysannes, selon laquelle sous le doigt d’une mariée,les dents des enfants poussaient
plus vite. Ce que l’ingénue ne soupçonnait pas, est que son geste ravirait à
jamais le cœur du bambin.
Dix ans plus tard,
son mari décéda. Pour Xu Chaoxing,
l’avenir se présentait sous de bien sombres
auspices, car qui voudrait désormais d’une veuve, affligée de surcroît de 4 orphelins.
Pour survivre, il ne lui restait que la perspective de souillon – du village.
Même les beaux-parents l’avaient laissée tomber : elle était seule, désormais !
En fait, pas tout à
fait : Liu était là, qui s’offrit à l’aider. Bientôt,
il la seconda à la cueillette de champignons et dans le nettoyage des maisons
des voisins. Au risque de voir fuser les quolibets des filles de son âge,
déçues de le voir dédaigner leurs œillades -car Liu
était plutôt beau garçon. Comme disait Xu amère, «cela jase
toujours, devant la porte d’une veuve»
Un jour d’août 1956,
Liu eut la chance de sauver un des fils de Xu de la noyade : son geste les libéra. Le soir même, il la
demanda en mariage. L’affaire était pourtant dangereuse : le village ne bénirait
jamais cette union « ridicule ». En
morale confucéenne, l’homme se de-vait d’être « un père » pour sa femme – pas un fils !
Mais qu’avaient-ils
à perdre, Liang
face à sa passion, Xu
face à ses enfants à nourrir? Dans la nuit, ils décampèrent, pour ne plus
revenir. Une cabane de haute montagne leur servit de refuge, au milieu d’un
bois—le trajet tenait plus de l’escalade que de la marche.
Les 1ères années, la survie fut précaire, basée sur la pêche et la cueillette des baies. Puis
ils passèrent à la culture sur brûlis. Liu découvrit
des essaims sauvages, dont il alla vendre le miel au marché. Fin des années
’50, ils construisirent leur maison, aux
tuiles et briques de leur fabrication.
Ils devaient
toujours rester sur leurs gardes, face aux singes qui volaient leur récolte,
aux crues rares mais catastrophiques, ou au tigre gîtant non loin de chez eux
-par bonheur, il n’eut jamais l’idée de les attaquer, quoique dérangeant leurs
nuits de ses feulements.
Ils perdirent un
enfant, mais en firent quatre autres -c’est Liu qui à
chaque naissance, servit de sage-femme. De la sorte, sans s’en rendre compte,
ils traversèrent des décennies d’histoire révolutionnaire – pour eux, ni Grand
Bond en avant, ni Printemps de Pékin. Ils créèrent même un record digne du
Guinness : 52 ans après, leur escapade durait encore. Pour sécuriser
les allers et retours de sa belle, en vingt ans de labeur, Liang
avait taillé 6000 marches dans la roche, à la masse et au burin…
En 2006 enfin, leur
aventure fut contée dans les journaux, bientôt sacrée «plus belle histoire d’amour de l’année ».
Bonne fille -mais un peu len-te-,
la République populaire leur octroya l’électricité. Hélas pour lui, Liu n’eut pas le temps d’en profiter : ce mois de mars, il
vient de décéder d’une chute que ni son escalier, ni la lumière publique
n’avaient pu prévenir. Aux funérailles, derrière le cercueil, entourée des
trois générations nées de leur union, la vieille Xu
marmottait « sans toi, comment vivre » ? selon le proverbe 之死靡它 zhi si mi ta, « l’amour jusqu’à la mort » !
RdV - Pékin, Salon des hautes technologies
20-25
mai, Pékin : CHITEC, Expo
int’l des hautes technologies
20-22 mai, Dalian : Interphex, équipements pharmaceutiques
20-22 mai, Shanghai : China Beauty Expo, sur les cosmétiques
21-23 mais
Shanghai : Aquatech, sur le traitement de l’eau
22-25 mai,
Qingdao : Salon agro alimentaire
et emballages
23-25 mai, Suzhou :
Salon PME/PMI
Politique - Défense: Hainan—nouvel arsenal méridional
Défense: Hainan, nouvel arsenal
méridional
Annoncée par les services de renseignements
occidentaux depuis 2002, son existence est démontrée par photos-satellite juste publiées : la base de sous-marins nucléaires en cours d’achèvement à Sanya, au sud de l’île de Hainan.
Un outil dont l’envergure affiche les ambitions : l’armée,
l’APL, ne dispose que de 5 sous-marins nucléaires (et en construit cinq autres), mais a taillé dans la roche des abris
pour en abriter 20. La base pourrait recevoir, le jour venu, le porte-avions chinois et sa flotte de soutien. Armés de
missiles balistiques nucléaires, ces bâtiments ont une autonomie de 7.000 à
15.000km. La base dispose d’infrastructures inattendues, telle cette rampe de
démagnétisation des sous-marins destinée à compliquer leur détection. Elle sert
une stratégie qui se résume en un concept, «cap vers le sud», dont elle entend satisfaire quatre volontés :
① contrôler le détroit de Malacca et la mer de Chine, passages obligés entre l’Asie et le
reste du monde.
② protéger le «cordon ombilical» de son or noir importé,
③ exercer sa souveraineté sur les îles disputées
des Spratley et Paracelse,
④ contrebalancer
la 6ème flotte US et renforcer sa pression
militaire sur Taiwan.
Mais inévitablement, cette montée en puissance
offensive inquiète. Au nouveau port de profondeur, deux réponses fusent, celle
du Pentagone préconisant un effort accru d’ « interopérabilité » (sic) des forces américaines avec tous les riverains, Japon, Corée, Taiwan,
Singapour, Indonésie et Malaisie ; et celle de l’Inde qui achète à Moscou son second sous-marin nucléaire, tout en préparant
à étape forcée la naissance d’un avatar « made in India » !
Etranger - Commerce : les Etats-Unis peinent à payer leurs notes
Commerce : les Etats-Unis peinent à
payer leurs notes
Alors que le commerce extérieur
chinois connaît des ratés—le surplus commercial de février avait chuté de 63% à
8,56MM$, et à 58MM$ pour les quatre mois, un phénomène préoccupe le ministère du commerce : la multiplication
des défauts de paiements à l’export. Au 30/04, ce sont 100MM$ d’ardoise en souffrance que l’industrie chinoise doit supporter, la
plupart des Etats-Unis. Le chiffre augmenterait de 15MM$/an.
En cause, bien sûr, la crise des subprimes qui a fait perdre aux banques, à ce jour, 323MM$. Ainsi, la pénurie de
crédit outre-Pacifique pénalise la consommation des
ménages. Les secteurs les plus touchés, sont le textile (en cas de disette, on épargne sur le vêtement), et les fournitures de décoration ou d’équipement ménager - plus la
peine de viser de tels accessoires, si l’huissier est à la porte. Quoique deux
fois plus nombreux que 12 mois plus tôt, ces « chèques en bois » ne
devraient pas altérer les échanges entre les deux blocs, vu leur faiblesse dans
l’addition générale. On note d’autre part que l’essentiel de l’export d’acier
aujourd’hui, va vers l’Asie, et le commerce intérieur de détail, en mai, augmentait de 22%. Ces
trois données reflètent une tendance identique : les échanges chinois se
rééquilibrent différemment, moins vers l’Amérique voire l’Europe, plus vers
l’Asie, et vers l’intérieur.
Libre-échange: la Suisse, éclaireur de
l’Europe...
La Chine cultive de
front une vingtaine d’accords de
libre-échange (ALE) avec différents pays du monde.
Déjà
signés : Chili, Nouvelle Zélande, Australie avec lesquels l’Empire du Milieu
s’est engagée au démantèlement partiel, préférentiel des protections
douanières, s’accordant mutuellement des avantages qu’ils ne veulent pas encore
octroyer au reste du monde. En Europe,
c’est avec la Suisse que Pékin traite, pour un accord global concernant les
biens et les services. Pour en parler, la conseillère fédérale à l’Économie Doris Leuthard était 3 jours à Pékin (10-12/05). On en est, en fait, encore
aux balbutiements.
Préalable
à l’étude conjointe, l’étude de faisabilité de Berne est achevée. Tandis que
celle de Pékin traîne : son ministère de l’industrie tarde, préférant donner à
ses industries mécaniques, chimiques et de la pharmacie quelques années de
sursis pour monter à niveau. Côté helvétique, l’horlogerie de luxe se soucie
d’obtenir des garanties de recours contre le piratage de la propriété
intellectuelle. Par contre, Mme Leuthard détecte
« un potentiel » sur les marchés des deux bords, dans les échanges
d’équipements environnementaux - économie d’énergie et recyclage... Enfin, clairement, il reste encore un fort
débroussaillage à faire, avant même d’entamer les négociations. Mais cet accord
fera date, comme prototype de l’accord ALE avec l’Europe des 27 !
Un avis, un commentaire, des questions? Contactez-nous.