Le Vent de la Chine n° 16(XIII)
12 au 18 mai 2008
Un printemps oublié
Omnubilée par ses grandes nouvelles (angoisses terroristes, émeutes tibétaines,
attaques sur la torche olympique, pollution, corruption, emploi), la rue chinoise finirait par en oublier
d’autres moins spectaculaires mais aussi fortes, et qui occupent au moins autant les esprits :
① La pénurie en grain s’aggrave : le ministère des
chemins de fer vient d’ordonner l’envoi d’urgence (avant le 30/06) de 10Mt de blé et de riz du
Nord-Est (grenier du pays), vers le Sud. Il faut dire qu’en
4 mois, le cours du grain à l’import, a monté de 62,5% (Chicago futures /juillet).
A
ce prix, les ports ont du mal à résister à l’appel à la contrebande,
transbordant le riz de nuit en haute mer, avec des complices de Taiwan ou
d’Asie du Sud-Est. A Ningbo et Hangzhou en quelques semaines, cinq tentatives ont été avortées,
et 170t de grain saisies –mais pour une jonque stoppée, neuf autres passent… Le Conseil d’Etat ordonne aux autorités maritimes de redoubler de
vigilance. Presque chaque jour pour sa part, comme un mantra, la NDRC rappelle qu’elle détient dans ses silos «150 à 200Mt de grain dont 70%
de riz, assez pour 6 mois de besoins des
plus grandes villes ». Mais donne aussi
consigne, partout où faire se peut, d’importer (de l’huile), de stocker (de la viande). Prévoyant une pénurie
structurelle mondiale, elle prépare l’achat de «mines vertes » -de vastes terres arables en
Sibérie, Amérique latine. Une firme de semences de Chongqing
réserve 300ha de rizière en Tanzanie… Mais d’autres pays tels l’Australie
voient la démarche avec méfiance !
Reste
une dernière voie : les OGM. A Wuhan, le professeur Zhang Qifa
annonce la découverte du gène Ghd7, qui détermine à la fois le volume de l’épi, la durée de
floraison et la hauteur de la tige. Permettant de doubler la récolte - à condition de sauter le pas de
l’alimentation génétiquement modifiée!
② Au Guangdong,
face au déploiement de radars et
caméras contre leurs excès de vitesse, les conducteurs s’équipent massivement
d’un gadget électronique qui, au 1er signal, change les chiffres de la
plaque. Efficacité redoutable : à Yangjiang,
un policier admet que plus de 50% des véhicules filmés, plaques maquillées, s’avèrent impossibles à
identifier : à bon chat, bon rat !
③ On se demandait quel
prix payait Taiwan, pour ses ambassades qui sont
toutes dans des pays pauvres.
La
réponse vient de tomber, suite à la révélation de cet appel d’offres manqué, en 2006, à la Papouasie-Nelle Guinée. Comme dans un feuilleton de
série B, de très discrets intermédiaires étaient venus négocier, et un cachet
de 30M$ avait été déposé sur un compte à Singapour. Puis, Port-Moresby avait fini par rejeter l’offre :
c’est alors qu’un des négociateurs s’était évanoui dans la nature «oubliant» de rendre le magot. Pour cette
indélicatesse dévoilée trois ans plus tard, Chiou I-Jen le vice 1er ministre et James Huang
le ministre des affaires étrangères, démissionnent et sont sous enquête judiciaire,
interdits de quitter l’île. Ce scandale « applique la dernière couch e» à l’image d’incompétence et de
corruption du DPP, le parti indépendantiste, à
quelques jours de la passation du pouvoir au KMT, le Kuo
Min Tang. Les experts, sur ce sujet, se posent deux questions simples :
dans l’échec de 2006, et dans sa révélation en 2008, Pékin tire quelles
ficelles?
Petit Peuple - Shuangmiao : le piège à filles
Aux
aurores d’une nuit blanche, en septembre 2006 à Shuangmiao
(Zhejiang), Li Rifu
réveilla sa femme et ses fils, leur servit un bol de zhou (bouillie de riz), avant de les charger à bord de son tricycle à essence. Puis ils s’en
furent pétaradant vers Taizhou
la grande ville (Zhejiang), direction
le garage Geely.
On ne perdit pas de temps –le contrat était prêt depuis des lustres. D’un blanc immaculé, la King-Kong Geely fut avancée. Après inspection, le grossiste-fleuriste tira d’un cabas 63.000¥ (par liasses
une à une recomptées), reçut les papiers du véhicule, les clés. Puis tous passèrent à bord - sauf Fenyang, l’aî-né, de
corvée pour reconduire la moto au village. Fier
comme Artaban, le nouvel aristocrate caracolait au volant de son automobile…
Li réalisait un rêve
collectif. Le choix du modèle avait exigé 18 mois de palabres avec le clan
entier. Chaque parent avait mis son grain de sel, et craché au bassinet du
financement – à charge de revanche. Ils avaient âprement négocié jusqu’à la
couleur du véhicule. Li l’aurait voulu noire. Mais ses fils avaient décidé: l’auto serait
blanche (teinte 1000
fois plus branchée), ou ne serait pas!
Une fois à bon port,
la King-Kong reçut pour 1ère mission
d’aller chercher les vivres, puis les convives d’un fastueux ban-quet pour la
grande famille : pour fêter l’admission des Li à la classe moyenne.
Puis telle
Shéhérazade, la King-Kong fit le miracle qu’on attendait d’elle : marier
les fils! Dans les mois qui suivirent, Fenyang (24 ans) conquit Jin Ya, vendeuse chez
China Mobile et d’excellente famille : inlassablement, il la trimballa à bord
du carrosse, échangea avec elle (à l’arrêt !) les 1ers baisers, soupirs de feu, joues embrasées.
Puis il l’épousa en 4ème vitesse,
avant de repasser le volant à Xiaopeng, son cadet (22 ans), qui venait de trouver chaussure à son pied et piaffait de courtiser à son tour. Quand la voiture était libre, le
père la prenait pour livrer ses gerbes et passer ses commandes : dominant ainsi
ses partenaires de la tête et des épaules !
Aussi, comprenez le,
ce n’est pas à Li ni à ses enfants qu’il
faut aller chanter la chanson de la voiture-catastrophe,
de la pollution, de l’ère de l’après-pétrole. Ils
vous traiteraient d’hypocrite, ayant eu un siècle pour jouer au roi de la route,
avant de prétendre priver la Chine de son joujou motorisé, quand c’est son tour
d’en profiter… Que personne n’aille gâter la fête : demain, c’est encore
loin…
Hélas, pour Li et
pour les siens, demain était moins loin qu’il ne croyait. Trop enivrés par leur
nouvelle déesse, le fleuriste et sa femme, depuis des ans, refusaient
d’admettre leurs douleurs lancinantes au bas ventre, qu’ils traitaient par le
mépris : ce fut pour découvrir, bien tard, qu’ils souffraient tous deux
d’un cancer. Pour payer leurs opérations, les chimio, il fallut s’endetter,
revendre la voiture … Le cancer de sa femme fut maté, mais celui de Li
s’obstine. Une ultime opération est imminente, du genre, cette fois, «ça passe ou ça casse»…
Qu’importe ? Li
marche vers le billard, avec la foi qui déplace les montagnes. A l’instar du « bœuf d’argile qui entre dans la mer » (泥牛入海 ni niu ru hai), il
risque de s’y perdre. Mais niant le proverbe, il n’a nul doute de sa capacité à
remonter la pente, reprendre ses affaires, guérir. Il voit déjà sa prochaine
voiture: plus grande, plus chère, l’instrument idéal pour achever son grand-œuvre,
gagner la partie de sa vie entière !
(NB : comme source de cette histoire, merci
à Keith Bradsher, du Wall Street Journal).
RdV - Shanghai : le Forum asiatique des femmes
15-17
Mai, Shanghai, Forum asiatique des femmes : Yan Lan (Gide), Yee May Leong (Orange Business)
Clara Gaymard (GE Fr),
Christine Ockrent…
12-14 mai, Canton : Interbake, Salon des équipements en
boulangerie, services, ingrédients
13-15 mai, Canton : Expo Bio, sur les biotechnologies
14-16
mai, Shanghai : SIAL/ Packtech/Foodtech, Salon int’l
de l’alimentation, et du 15 au 17 mai, OilChina
Argent - Wahaha : le torchon brûle
Wahaha : le torchon brûle
Fin avril, dit la rumeur, Zong Qinghou, le flamboyant patron de Wahaha (la filiale félonne de Danone, ayant créé
39 filiales clandestines ) comparaissait devant
la Cour
populaire suprême.
Sans
prendre directement partie sur son conflit avec Danone, l’État se porterait
partie civile contre l’escroc
milliardaire, lui reprochant des détournements d’actifs publics (Wahaha ayant démarré comme
firme de la province du Zhejiang), une évasion fiscale (cf VdlC n°14) et une corruption active -pour avoir payé les juges de Hangzhou
pour bloquer les actions de Danone contre lui.
Dans le prétoire, il
serait question d’un fort montant (230M$?) payé par Danone en 2007 pour la
rétrocession de Ever Maple Trading, sa holding de
Wahaha aux îles Vierges, qui écoulait en Chine les «vrais-faux» produits Danone, par Hongsheng
Beverage et Hangzhou Food& Beverage Co interposées.
Son passeport
confisqué, Zong risquerait 20 ans de prison au minimum
et la confiscation de ses avoirs.
NB : dès novembre 2007, Latham & Watkins, le cabinet juridique californien
défendant Zong dans l’action intentée par Danone à la
cour de Los Angeles, s’était retiré, «afin de ne pas
entacher sa réputation ». En résumé : le torchon brûle.
Surchauffe : la médecine chinoise
ne marche pas
Infirmant les prédictions de
la presse, les dernières données confirment le maintien de la surchauffe en Chine.
① En 2008, selon l’institut Antaike (Pékin), la Chine va lancer pour 3,8Mt de
capacités nouvelles de fonderies d’aluminium, au lieu des 2,2Mt prévues (+73%). Notamment par des firmes telles Chalco ou CPIC (China power Investment Co). Or, ce secteur est un des
plus voraces en énergie. D’autre part, pour nourrir ces monstres, la Chine
deviendra importatrice nettement plus vite que prévu, exportant ainsi son
inflation : depuis le 1/01, l’aluminium a monté de 21% en bourse de Londres
(LME), à 2.930$/t.
② En avril, sur 12 mois,
l’indice des prix à la consommation (l’inflation) a monté de 8,2%, dit Bloomberg.
Presque le double des 4,8%
de l’objectif de l’Etat. Dans cet indice, les aliments entrent pour 33% - en
mars, ils avaient monté de 21%. Les prix “usine” eux, ont monté de 8,1% :
record en 3 ans. Au FMI, D. Strauss-Kahn affirme que la Chine “doit aller plus loin et plus vite, afin d’éviter au monde de nouveaux
dérapages des grandes devises”. Or, depuis début mai, le yuan ne monte plus: “probablement”, croient deviner les experts de J.P. Morgan Chase, “le temps de dévaluer les mérites d’une réévaluation forte et unique”. Action qui bien sûr, n’empêche pas
l’inéluctable renforcement des deux autres potions amères, la hausse du coût du
crédit (+7,47%) et des réserves bancaires (+16%).
JO Beijing 2008 - Jour J - 88
ª Par –30°, le 8/05 à 9:16, 19 alpinistes chinois dont au moins 8
Tibétains conquirent l’Everest (8843m). Expédition de prestige, destinée à
renforcer l’image du Tibet chinois, et d’un esprit d’équipe entre Tibétains et
Hans : Huang Chungui (Han)
arriva 1er, suivi de Ciren Wangmu, (Tibétaine), qui alluma la torche.
ª Le 5/05, la vente de la 3ème et dernière tranche de billets
(1,38M) par internet, permit de vérifier l’engouement
local : en 48h, tout était parti. Détail insolite : ces billets furent remis
sans délai—mais ceux vendus en 2007, ne seront livrés qu’en juin !
ª Soucieux que ses Jeux se déroulent
dans l’ordre, le CIO durcit sa lecture de la charte olympique : aucun message, verbal ou par badge
ou T-shirt, ne sera toléré des athlètes. Tout contrevenant perdra son
accréditation, son visa, et risque la détention temporaire. Une décision mal prise
par les athlètes de tous pays.
ª Incroyable, mais à en croire le Morning Post (HK), c’est arrivé : à Shenzhen le 8/05, deux 民工 mingong (manoeuvres) se seraient rués sur la torche et
l’auraient éteinte, avant de crier “mission accomplie”. Dans la rixe, des spectateurs
auraient été blessés. Chargée en minibus kaki, la torche n’aurait été rallumée
qu’une heure après. On ignore la raison de l’attaque des agresseurs.
Santé : giboulée et … embellie
Signalé à Singapour, à Taiwan et en Asie du Sud Est depuis
l’hiver, l’entérovirus
EV71 frappe.
Au 10/05, 28.000 enfants sont atteints de troubles
intestinaux, cloques aux mains, aux pieds et à la bouche—34 sont décédés. Le
foyer d’origine est l’Anhui (5151 cas). Shanghai
dénombre 2000 cas, et Pékin 1442 -deux
écoles maternelles y ont été fermées. Les cadres de l’Anhui se sont vus
reprocher d’avoir caché le phénomène. Mais côté national, on a réagi vite—le
ministère a tiré la leçon de l’affaire du Sras (2003) qui avait
causé 774 morts, ainsi qu’une lourde perte de face pour Jiang Zemin. Les boucliers épidémiologiques ont été
dressés, l’alerte nationale est lancée
depuis le 4/05, et le ministre Chen Zhu avertit « toutes les communautés » de renforcer l’hygiène et
l’isolement. C’est que ce mal peu meurtrier mais
sans vaccin connu, n’atteindra pas son pic avant juin, à la belle saison. Certes selon l’OMS, ce virus ou
plutôt, cette famille de 20 virus « HFMD » est connu, et ne constitue
aucun risque pour les Jeux Olympiques. Mais Pékin se serait passé de ce
problème supplémentaire…
Côté tabac, Pékin serre sa ceinture d’un cran. Au 1/10/07, suivant l’exemple des lieux publics, les taxis étaient déclarés «zone tabagique libérée». Au 1/05 /2008, c’est au tour des hôtels et restaurants de se voir imposer de sérieuses
limitations à la fumerie : les
non-fumeurs se voient réserver 70% des restaurants et pourront dénoncer (téléphone n°12320) les patrons transgresseurs. Ils
encourent jusqu’à 5000¥ d’amende - et 10¥ aux fumeurs en zone interdite. 100.000
inspecteurs battent la campagne pour faire respecter
le règlement… Après 60 ans d’immobilisme, le tournant
est abrupt - mais la Chine est au pied du mur. 1M (bientôt 2) de chinois fumeurs meurent par an:
coût insupportable pour la société !
Enfin,
la récente volonté de transparence en matière de santé n’apparaît nulle part plus
claire que dans la 3ème étude du ministère de la santé, réalisée en 2 ans à partir des fiches de 210M de citoyens. Depuis 1978, le cancer du poumon a quintuplé, celui
du sein doublé. Cancer,
attaque, troubles cardiaques/pulmonaires, blessures/poisons sont les grandes cause de décès, 85% en
ville (dont 47%
attribuables aux deux 1ers). Le Chinois a 5 fois plus d’attaques que
l’Européen. Sans mystère, la ville de Chine jaune (Ouest) connaît, par nombre
d’habitants, 25% de morts de plus que celle de la Chine bleue (Est). D’autre part, le paysan meurt 19% plus que le citadin. Et non du cancer comme en ville, mais de l’attaque
cardiaque ou cervicale — lui n’a aucune chance d’être admis en hôpital, pour y
recevoir le geste qui sauve... Ici, se devine le prix à payer par la nation, en pourcentage de
croissance perdu, pour l’absence d’un
système de santé rural fonctionnel !
Tibet, débacle printanière
Plus qu’un sommet, la rencontre entre quatre diplomates du Tibet extérieur et du Département du Front uni (Shenzhen, 4/04) fut une reprise de contact.
Depuis 2002, Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen côté tibétain, Zhun Weiqun et Sitar côté parti communiste chinois avaient
connu six rencontres, toutes infructueuses. Cette fois, Jeux Olympiques obligent, Pékin
voulait convaincre de sa bonne foi. La rencontre n’est plus secrète mais au grand jour : concession forte, vu la qualité de l’interlocuteur, gouvernement en
exil d’une ethnie
réunifiée à la patrie par
les armes. Avant la rencontre, le
Président Hu Jintao
espérait un «bilan
positif », et rappelait que « la porte du dialogue était ouverte ».
Après
coup, les deux camps affichent la satisfaction –le soulagement. Lodi décrit une ambiance de franc-jeu inattendue.
Manifestement,
des offres ont été faites. Une 2de rencontre est
convenue, qualifiée de « formelle ». Et ce n’est qu’un
début, promet Pékin!
Pourtant, apparemment, de part et d’autre, on a parlé
clair. Les Tibétains ont exigé, libération des prisonniers, droit de visite, même de la presse étrangère, et la fin des campagnes de rééducation.
Apparent
paradoxe, Pékin en même temps
forçait le ton contre le Dalai Lama, accusé de «crimes monstrueux», de chercher à «noircir son
nom» ou d’être l’agent
des USA pour isoler la Chine, la diviser ou mener des attaques terroristes. La propagande dénonçait un Tibetan Youth Congress comme fer de lance de la clique du 14ème Dalai… Mais ces accusations
manquent de cohérence et donc de crédibilité : en Chine, en cas de palabres
avec un adversaire, il est classique de renforcer les attaques verbales, pour
se protéger, face à sa propre opinion intérieure, en cas d’échec.
Il
serait vain de chercher à deviner ce qui, de part et d’autre, fut proposé. Mais
il reste évident que si Pékin parvenait à inviter le Dalai
avant l’été, la perspective des JO en serait
bouleversée et bonifiée. Ce qui suppose, de la part du Dalai, de « sauver la mise » du Parti communiste
chinois, moyennant évidemment de fortes concessions...
La
brise printanière fut « inspirée » par
les pays de l’Ouest, en connivence ou non. Mais en tout état de cause, elle fut
la décision souveraine de Pékin, entre ses colombes et ses faucons.
Signe d’embellie, on vit le 1/05 le Tibet rouvert au tourisme -chinois, pour commencer. Décision préparée par les procès bâclés,
mais aux verdicts (cf VdlC n°15) moins lourds que ce qu’on aurait attendu
de la justice
socialiste, face à des faits de cette
gravité : 19
morts officiels, (203 selon le Dalai), 7 écoles
détruites, 5 hôpitaux, 120 logis, 908 échoppes).
Puis après des mois de tractations, l’Orchestre philharmonique national s’est produit au Vatican devant le Pape (7/05, Requiem de Mozart au programme!) : laissant deviner que la normalisation recherchée avec le Tibet
s’inscrit dans le tournant, en cours, de toute la politique religieuse du parti
communiste chinois !
Japon—timides retrouvailles
« Géant commercial, nain politique » - l’expression résume assez les relations sino-nippones, avant que n’ait eu lieu la visite de Hu Jintao à Tokyo (6-10/05). La visite
de Jiang en 1998 avait
été un fiasco : il n’y avait pas eu de
déclaration conjointe, et par la suite, le n°1
japonais Koizumi avait souvent visité Yasukuni, le sanctuaire négationniste : endommageant chaque fois la relation.
Aujourd’hui, ces
réactions épidermiques sont du passé. Les pays ont
fait de la réconciliation une priorité. Hu Jintao passe au Japon sa plus longue visite à un pays, après que l’an passé, juste nommé 1er Min., Yasuko Fukuda avait consacré à Pékin sa 1ère visite, tout en jurant d’éviter à l’avenir tout passage au mémorial.
Durant
la visite, Hu et Fukuda ont
suivi une intense série de débats et signé un genre de nouveau traité d’amitié,
promettant «une relation
mutuellement bénéfique»…Sur la question du gaz offshore en eaux
mitoyennes, déjà unilatéralement
exploité par Cnooc, une JV conjointe est dans les langes - peut-être en mer de
l’Est, en zone de Shirakaba (Chunxiao). Sur la question très sensible pour
Tokyo, du futur protocole de Kyoto-II, contre le réchauffement climatique, un Hu Jintao
encore frileux, se dit prêt à «étudier des moyens de participer à la réduction des gaz à effet de serre
de 50%, d’ici 2050 ». Voire, à soutenir la voie préconisée par Tokyo (mais pas par l’Europe!) de quotas modulables par secteurs, en fonction de leur efficacité énergétique.
Dans l’immédiat, les
konzern nippons Toyota et JGC (ingénierie) s’engagent à s’associer au pétrolier
chinois CNPC, à l’électricien Huadian pour réinjecter 1Mt/an de Co² de la centrale thermique de Harbin, dans le gisement de
Daqing en fin de cycle, et d’en fluidifier le pétrole,
augmentant ainsi le rendement de 2t/an.
Après cette visite
qui marque un tournant, reste entre Chine et Japon… la relation à rebâtir. Les
conflits territoriaux à régler, les questions de Taiwan, d’un siège permanent nippon au Conseil de
Sécurité. Et
par-dessus tout, la méfiance mutuelle, partagée en Chine par 70% des habitants.
Mais tout ceci n’est que le signe du passé : les gouvernements ont compris et
accepté qu’ils n’avaient pas le choix. Comme pour donner le ton, pour remplacer
Ling Ling, le panda du zoo de
Tokyo mort de vieillesse (à 22 ans) fin avril, Hu apportait dans ses valises deux de ces ours blancs et
noirs : symbolisme à l’asiatique, de volonté de doubler l’amitié !
Avec la Corée du Sud, Pékin
convient (5/05) de miser 64MM$ dans
un Fonds Monétaire Asiatique complété
par 16MM$ de l’Asean. Il s’agit, entre Etats de la zone, de créer un outil
pour résister aux
attaques des fonds de pension. Les US étaient contre, par crainte de voir souffrir le FMI—leur propre fief.
Mais ils n’ont pu empêcher l’Asie, notamment la Corée, de reprendre un peu de liberté.
Etranger - L’assurance britannique en pleine gloire
Les entrechats de Mittal
Fort de son rachat d’Arcelor, Mittal
assurait l’an passé 13% de la coulée
mondiale d’acier, mais seulement 0,7% de celle de Chine, qui veille au grain,
ne laissant pas l’étranger acquérir des parts significatives dans sa sidérurgie.
Ce qui ne signifie pas que cette dernière ne demeure insensible aux chants des
sirènes indiennes !
En mars, Lakshmi Mittal, le PDG proposait à Angang, n°2 chinois
(16Mt produites en 2007), d’en acquérir «25 à 30%», pour pas moins de 5,6MM$. En mai (8/05), Zhang Xiaogang, patron du groupe d’Etat ne dit pas non, mais
fait une contre-offre : Mittal
ne devrait racheter que 2%, sous forme d’un investissement mixte dans la mine
ou les aciers spéciaux. Le but de la manœuvre est explicite: se lier dès maintenant, à un niveau acceptable par Pékin,
dans l’attente d’une dérégulation qui permettrait une participation plus forte,
voire une reprise intégrale.
Au même moment (2/05), le même Arcelor-Mittal,
en bourse de Hong Kong, cède à 17,4% du groupe
sidérurgique Oriental, dont il avait racheté 92% entre décembre et février. Une transaction
opaque, via deux banques européennes qui font écran (pour des acheteurs secrets), avec
clause de droit de rachat. A cette vente, Arcelor-Mittal
est tenu par le règlement de la bourse de HK qui impose 25% de marché « libre » sur toute valeur cotée chez elle.
Mais cette vente au rabais (qui a fait
chuter le cours de 4,8% ce jour-là), peut avoir
un autre but : convaincre le régulateur chinois de donner son feu vert à une
reprise partielle, à défaut de totale !
L’assurance britannique en pleine gloire
La plus
vieille maison d’assurance au monde, Lloyd’s cingle vers
la Chine, poussée par... les catastrophes naturelles, comme les trois semaines
de gel au sud, en janvier, qui imposent déjà
pour 613M$ de demandes de remboursement.
Or, la
plupart des assureurs locaux, privés de réassurance (un «concept nouveau» en Chine, selon Lord P. Levene, Président de Lloyd’s), doivent assumer
ces charges seuls. N°1 mondial, la Lloyd’s réassure 71 assureurs sur les 5
continents, et en partage le risque avec 1300 investisseurs. Elle arrive en
Chine derrière Munich-re et Swiss-re, déjà titulaires de la licence. Seul obstacle à sa croissance : vu le
risque croissant des catastrophes prévisibles, Lloyd’s s’interdit de casser les
prix !
De son
côté Aviva, n°1 de l’assurance britannique accélère
le pas. Présente en Chine depuis 2003, en JV avec la Cofco, elle vend ses assurance-vie, retraite
et produits d’invest. A ses 4500 courtiers déjà
présents en Chine, elle veut en ajouter 1000. Grâce à ses 45 bureaux dans 27
villes, surtout à la côte, elle réalisait 500M$ de recettes en 2007. Mais qu’on
ne s’y trompe pas : face à des groupes tels China Life (638.000 employés), Aviva est un « petit joueur », comme tous les étrangers qui, ensemble, n’atteignent que 8% du marché
national. Aussi Aviva qui aujourd’hui maîtrise 8,9% du marché « JV »,
espère atteindre 10% de 10 provinces, d’ici 2010!
Politique - Appel à « grâce » olympique
Nettoyage
de printemps
Par crainte de violences terroristes (cf
édito), et de
contestations durant les Jeux Olympiques, le ministère de la sécurité publique lance sa campagne la plus forte depuis 19 ans : arrestations, limogeages
ou procès de dissidents, religieux, chroniqueurs.
Vis-à-vis des étrangers, les octrois de visas sont restreints, et la recherche de ceux en
situation irrégulière a débuté –même à domicile. L’internet
est freiné et sa censure renforcée.
Parmi les actions les
plus spectaculaires, le Bureau national
des cartes lance une frappe,
par 8 ministères et bureaux d’Etat, pour bannir
de la toile 10.000 cartes géographiques prêtant à la Chine des
frontières fantaisistes (décrivant Taiwan comme indépendante), ou trahissant des secrets militaires - Google Earth
serait le 1er visé. Dans le même état d’esprit, Midi, festival de
rock pékinois, a été reporté. Comme à Kunming (Yunnan), ce congrès
mondial de juillet prochain, où 6354 anthropologues et d’ethnologues s’étaient pré-inscrits.
Curieusement, cette mise sous
cloche n’éteint pas toutes les protestations. Les 3 et 4/05 à Chengdu (Sichuan), des
milliers de gens «prenaient l’air» des rues, et des 100aines de milliers
de SMS circulaient pour tenter de bloquer la construction d’une unité de
production d’éthylène (5,5MM$) de la CNPC, la compagnie nationale pétrolière, à Pengzhou
à 30km au nord-ouest. Les raisons, probablement infondées : sanitaires, et
pour protéger la valeur de leurs propriétés.
NB: méthode de
dissidence déjà testée à Xiamen (contre une usine de paraxylène)
et à Shanghai (contre le Maglev).
Fruits
de saison législatifs
De nouvelles
lois entrent en activité ou se profilent à l’horizon.
① Au 1er mai, une loi de divulgation prend cours, imposant aux instances publiques, à tout niveau, d’informer
les personnes physiques ou légales qui le réclament, sur tout sujet les
concernant. Cela dit, le test d’application mené depuis 2004 entre Shanghai,
Canton et Wuhan, n’est guère concluant : les chances des citoyens d’obtenir
leur information pertinente, sont quasi-nulles. Ce qui n’empêche cinq retraités
de Rucheng (Hunan) d’attaquer dès le 2/05 leur préfecture
sur la base de ce texte, à propos de la privatisation d’un service municipal de
retraitement des eaux…
② Au
1/06, entre en vigueur la loi des avocats, effort louable pour donner de la crédibilité à l’appareil législatif,
en protégeant ses travailleurs : est consigné leur droit à rencontrer leur
client, compulser leur dossier, rassembler des preuves. Prison ou police ne
peuvent plus enregistrer les propos entre l’avocat et le client.
③ A
noter aussi ces ceux projets qui mûrissent. Un amendement se prépare, à la loi
de 1994 sur la compensation
aux innocents injustement punis. Aujourd’hui, l’Etat leur promet, mais ne paie pas toujours, 99¥/jour de
prison. L’assemblée médite un règlement sur l’achat des banques à l’étranger, qui
imposera aux banques commerciales, un rapport capital/actif de plus de 10%.
Appel à « grâce » olympique ?
Mécène énigmatique, le businessman US John Kamm est bien connu en Chine, militant depuis 20 ans pour la libération de
prisonniers, avec succès fréquents, attribuables à sa discrétion et à ses
contacts en très haut lieu dans l’appareil. Cette semaine (8/05), Kamm rend public l’appel soumis le 24/04 à Wu Bangguo, Président du Parlement (ANP), pour une grâce olympique aux «politiques» soumis à : une longue peine, ‚ presque achevée, ƒ «ne causant plus de risques pour la
société ».
Sans le dire, l’action vise les 60 à 100 hommes toujours en prison depuis
1989, suite à leur participation au printemps de Pékin. Cet appel pragmatique
vise le «dialogue» plus que la «critique», sur base de l’article 67 de la
constitution et de la charte olympique. Il a ses chances, vu le besoin de la
Chine de se refaire une image. Parmi les cas cités, figurent Liu Zhihua, Miao Deshun, Gu Xinghua (d’ethnie Miao), Wang Jun, Yu Rong, Wei Jingchun et Shao Liangchen.
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