Le Vent de la Chine n° 15(XIII)
28 avril - 11 mai 2008
France-Chine—orage et embellie
Le
week-end du 19/04, quelques milliers de Chinois crièrent devant l’ambassade de
France, les Carrefour de 8 villes, bientôt relayés par
des manifs à Paris, Londres, Los Angeles. Actions
parfois insultantes («Français, taisez-vous !), apparemment inspirées
par le régime.
Face à l’étranger, cette
action ne fit rien pour apaiser la crise autour des JO. Elle semble avoir visé de faire taire la
contestation, en s’attaquant à un (seul) pays protestataire. Elle permet aussi
d’éviter la critique interne, pour avoir exploité ces Jeux comme vitrine
idéologique. Car ce périple de la torche à travers tous les continents, nullement dans la
tradition olympique (tenu la 1ère fois en 1936 lors des JO de Berlin) servait plus la cause du régime
que celle du sport -le Comité int’l olympique
n’était pas en faveur, et l’opinion mondiale l’a boudé, ce que Pékin n’avait
pas prévu. Enfin, la contre-attaque offrait un exutoire à l’humiliation
ressentie, mais aussi à la chute de la bourse (-50% depuis octobre) et à l’explosion des prix alimentaires (+50% en 12 mois, +25,5% en mars).
Parmi d’autres
puissances, la France fut prise pour cible, car la plus faible en terme de
puissance d’affaires, et une de celles qui s’était montrée les plus incisives, envisageant le
boycott de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques et sifflant le passage
de la flamme à Paris (7/04). Mais ce choix préparait aussi
l’opinion intérieure au dialogue, annoncé le 25/04, avec le Dalai
Lama : même après le sabotage du relais de la torche à Paris, et la distinction
par sa mairie du Dalai et du dissident Hu Jia comme citoyens d’honneur, la France faisait un « ennemi »
bien peu plausible. Par contre, en la montrait du doigt, Pékin occultait l’ennemi le plus évident: le Dalai, avec qui elle s’apprêtait à négocier...
Bravant la frange va-t-en-guerre de l’opinion française, le Président
N. Sarkozy opta sans retard pour le
désamorçage de la bombe. En mission de réconciliation, Ch. Poncelet (Président du Sénat), J.D. Levitte (émissaire du Président) et JP. Raffarin (ex 1er ministre) vinrent multiplier excuses et regrets et prendre leur distance de B. Delanoë, le maire de Paris. Quant au
boycott, il sera «discuté avec les 27 Etats membres
de l’Union Européenne», et sans doute abandonné. Raffarin résuma: « la politique chinoise de la
France n’a pas changé ». Dès lors, le 1er ministre chinois Wen Jiabao pouvait confirmer que la Chine «chérissait sa relation» avec l’Hexagone, et laver Carrefour
de tout soupçon : ni anti-JO, ni pro-indépendance du
Tibet, mais utile à la Chine. Ce qui
hélas, n’enraya en rien la lame de fond d’actions nationalistes contre
la chaîne : 8 manifs le 25/04, le réseau SMS bruissant de mots d’ordres,
notamment un boycott national du 1er
au 4 mai, fête de la jeunesse. Clairement, la rue au galop, le mors aux
dents, n’écoute plus personne.
Les
24/25, à Pékin, la Commission européenne (son Président JM. Barroso
et 9 commissaires) vinrent négocier sur le Tibet et les prochaines conventions mondiales de l’Organisation mondiale du commerce
(round de Doha) et de Kyoto-II (contre le réchauffement climatique). C’est à Barroso
que Hu Jintao communiqua la
décision d’entrer en discussion avec le Dalai. Une 1ère historique, et un risque très
atypique, justifié par la nécessité de rétablir son image et la sérénité
nécessaire au succès des Jeux !
Où flamme olympique et Tibet se rejoignent
Cahin-caha,
la flamme olympique a poursuivi son chemin, sous de fréquents dérapages.
Le 17/04
à New Delhi, 35 petites minutes de marche écartèrent
toute possibilité d’incident : la torche était entourée par 16.000 policiers et
soldats. Prudente, Bangkok (19/04) organisa son relais au sein d’un grand hôtel, sur invitation pour
quelques poignées de happy few. Djakarta suivit l’exemple, guichet fermé pour
5000 hôtes. Canberra (23-24/04) revit les
tensions de Paris ou Londres: la marée rouge de milliers d’étudiants chinois
appelés à « défendre la flamme » (50 bus,
T-shirts, drapeaux rouges payés par Pékin) écrasèrent dans leur masse quelques 100aines de pro-tibétains, tandis que les «gardiens de la flamme » jouaient à pousse-pousse avec la police
: l’opinion australienne en ressort choquée. A Nagano (Japon, 26/04), l’annonce de discussion directe
sino-tibétaine, réduisit la tension: le temple de Zenkoji qui avait refusé d’accueillir la torche,
tint un culte pour les récents morts de Lhassa, et la course de la flamme eut
lieu à peu près normale, hordes pro– et anti-chinoises séparées par la
police...
L’étape de l’Everest
se prépare à être le pic mondial… de la controverse. Invoquant l’incertitude
météo et l’effort physique pour les reporters, le BOCOG amputa de moitié (22/04) leur séjour
tibétain. Les journalistes invoquèrent le risque de mal de l’altitude, à devoir
rejoindre pour 3 jours seulement un camp de base à 5150m. Alors en plein chaos,
l’autorité emmena certains invités, en laissa d’autres, tandis que sur l’autre
versant, le Népal, zélé, avertissait qu’il ferait tirer à vue sur tout
dissident alpiniste.
Pendant ce temps,
sur ce front du Tibet, les nouvelles se suivent telles les giboulées,
contradictoirement optimistes ou pessimistes. la
presse réimprime ses articles positifs, parfois vieux d’années. Mais depuis le 7/04, on n’a plus revu Jamyang Kyi, présentatrice de TV et chanteuse
tibétaine arrêtée. Pékin annonce la reprise du tourisme sur le plateau, avec 4
groupes (chinois) attendus
imminents. Mais le 26/04, il poursuit les accusations au pontife lamaïste, jugé
au Quotidien du
Peuple « hérétique aux commandements du bouddhisme ».
Pékin annonce aussi
570M¥, investis
dans la conservation du patrimoine culturel du plateau, ainsi qu’un projet de
« rééducation » des cadres, mais on ne sait s’il prétend corriger les
actes de vexation religieuse ayant abouti au soulèvement, ou bien les seules
aspirations séparatistes. Tout ceci suggérant, au sommet, un débat qu’on devine
très partagé sur cette question cruciale, engageant les JO, mais surtout
l’avenir du « Toit du monde » et la relation avec le monde.
Zimbabwe : la traversée de tous les dangers
Frappante
découverte le 17/04 au port de Durban (Afrique du Sud) : le cargo chinois An Yue Jiang prétendait décharger 77t d’armes pour le
Zimbabwe—munitions, 3000 obus, 1500 têtes de
bazookas.
T. Mbeki, le Président de la République avait permis
le transit des armes, destinées à la garde prétorienne de son homologue R. Mugabe. Payée 1,245M$ au groupe militaire Polytechnologies, la cargaison «de la honte» devait
permettre au dictateur de se maintenir après des élections du 29/03 probablement
perdues, dont il reporte depuis la publication des résultats.
Pour la Chine, les
suites furent embarrassantes. Les dockers locaux refusèrent leur travail et
deux jours plus tard, un juge local interdit le déchargement, forçant le navire
à reprendre la mer. Dès lors, les voisins, Zambie, Angola, Mozambique interdirent au bâtiment l’entrée dans leurs eaux, et la fédération internationale des dockers a relayé la consigne de boycott : privé
de façade maritime, Harare ne peut
prendre possession de sa commande !
A ce moment
historique critique pour Pékin, on doute que la «découverte » d’une vente
d’armes chinoises à une dictature africaine, soit le fruit du hasard. Il aurait
plu être aidé par la CIA et les USA, qui coordonnent le blocus auprès des Etats
riverains. Assez vite, en tout cas, l’image de la Chine commença à souffrir sur
le continent africain, et Washington comme l’Union Européenne, firent appel
auprès de Pékin pour qu’il rapatrie sa cargaison indésirable.
Face à la presse le 21/04, on
vit la Chine faire marche arrière… à sa manière. Signé l’an passé, avant les
élections, le contrat était « de bonne
foi », « licite », « pratique commerciale normale ». Mais
dans la mesure où les voies d’accès au Zimbabwe étaient bloquées, l’armateur Cosco « réfléchissait à faire faire machine
arrière » au navire : grand seigneur, Pékin
rapatria…
Si la Chine, tout en sauvant
la face, cède, c’est d’abord car ce repli permet d’interrompre la polémique,
tout en lui laissant la lati-tude, à l’avenir,
d’acheminer son matériel par d’autres voies. Mais surtout, elle doit éviter de
laisser s’accumuler les problèmes de droits de l’homme. Sur son sol à Shahe (Hebei, 5/04), des 10aines de séropositifs contaminés par l’hôpital local, furent anesthésiés de
force et arrêtés, alors qu’ils tentaient de porter leurs doléances auprès du 1er ministre de passage. A Saixi (Yunnan, 9-13/04), la police tira sur des villageois Miao tentant d’empêcher l’ouverture
d’une mine de tungstène. Près de Haikou (Hainan, 20/04), elle combattit des paysans bloquant l’expropriation de 15.000ha de
leurs terres, où la mairie voulait installer un golf…
A mesure qu’approchent les Jeux
Olympiques, la Chine voit se renforcer l’urgence d’une bonne image: à l’heure
des choix, il apparaît plus fa-cile de concéder sur le
Zimbabwe, que sur des émeutes locales!
JO Beijing 2008 - Jour J-102
ª Les opinions de l’Ouest et de Chine
lancent des campagnes contradictoires.
Les
lobbies américains harcèlent le sponsor, les pro-tibétains
sont après Coke, et “Dream of Darfur” après Omega, en quête de concessions
humanitaires. Les patriotes chinois ne
perdent pas une seconde pour imprimer T-shirts, casquettes et écharpes
déclamant “中国加油
« Allez la Chine » ou « Shut up CNN » !
ª Pour avoir traité la Chine de «cinglés et
voyous», CNN se voit attaqué en cour de
Pékin par 14 avocats du cabinet Huanzhong qui, invoquant
des souffrances «spirituelles» et psychologiques, réclament 100¥ chacun –encore heureux qu’ils n’aient
pas été 100M à se porter partie civile… Par ailleurs, le 23/04, 100.000
internautes attaquent ensemble son site.
ª Le ticket olympique est arrivé, “fusion (dit le Bocog)
de culture chinoise antique et
d’esprit olympique”, aisé à décrypter, impossible à contrefaire, rapide à
contrôler… Dès le 5/05, la 3ème et dernière tranche en vente en Chine
sera émise: 1,38M de billets pour 17 disciplines, 244 matches, y compris
athlétisme, volley, football, lutte, aviron… aux agences de la Banque de Chine, ou
sur le site du Bocog.
ª En basket féminin, la Chine défit
d’abord les “Opale”, championnes du monde australiennes (20/04, par 67à 64), puis les “Hautes fougères” néo zélandaises (22/04, par 99 à 73)
Argent - Tudou.com - La 'patate' chinoise a la frite
Tudou.com—La « patate »
chinoise a la frite !
Trois ans après sa création, la start-up
shanghaienne Tudou («patate») est mûre, avec dans son cabas 50% du
marché du partage des vidéos amateurs, extraits de films et clips TV.
Il bat YouTube
(filiale Google), du fait de son offre en mandarin, au plus grand marché du monde (220M d’internautes), d’une alternative quotidienne à la TV
censurée, moraliste et mortelle. Dès août 2007,
il fournissait chaque jour 55M de clips pour 3 milliards de minutes de
diffusion, le double du portail anglophone.
Quoique suivi de rivaux sérieux -56.com et Youku, Tudou a peu de problèmes de financement, les
plus grands groupes (Intel, Coke…) faisant antichambre pour annoncer sur son mécanisme de vidéo-pub, lancé dès juillet 2007, avant Youtube. Quelques défis demeurent, telle la censure qui
n’admet ni porno, ni paris, ni de politique : Tudou
figurait en mars parmi 32 distributeurs à s’être fait tirer l’oreille par le
censeur Sarft (State Administration of Radio, Film and Television).
Problème aussi de piratage - comment
expurger à 100% ses 20.000 clips inédits /jour? Déjà attaqué en justice, Tudou s’est allié à Microsoft pour faire le concours du meilleur clip anti-pirate, avec pour prix… (peu cher payé ! ) un
logiciel Windows-Vista sous cellophane, dédicacé par
Bill Gates. La prochaine étape devrait être le passage en bourse.
Riz : la Chine tend un bol à ses
voisins
Le cours mondial du riz a triplé en 12 mois (327$/t en
avril 2007, 894$t le 23/04 et +2,3% le 23/04).
Les agences mondiales d’aide
alimentaire ne trouvent plus à acheter. Inquiet, le PAM (Programme
alimentaire mondial) évoque un «tsunami
silencieux» sur 100M de vies -déjà des émeutes
agitent Egypte, Sénégal, Haiti…
Or, la Chine produit 1/3 du riz de
la planète et avec 50Mt, détient 50% des stocks. 6ème exportateur, elle vend peu : 1,32Mt en
2007 (+7%) soit 4% du
commerce mondial. La tentation est grande de conserver ses réserves : le monde,
les années suivantes, sera-t-il davantage capable de faire face à la demande?
C’est pourquoi en mars, Pékin
commençait à pénaliser l’export, annulant le remboursement des 13% de taxe à
l’export –tout en la réduisant à 5%. Cependant Yang Hongzhou, Président de la Cofco, gros trader public,
annonce (24/04) que
l’export au 1er trimestre, a
augmenté de 39%, et que des contrats (et donc quotas) supplémentaires sont au four. Certes, l’intérêt commercial de ces
ventes à prix d’or, d’un riz souvent vieux et de qualité moyenne, a pu aider. Mais la décision est avant tout politique : la chance de
rendre les voisins redevables, tout en évitant des émeutes hors frontières.
Mais l’alarme est lancée: bientôt, la Chine va devoir envisager
① d’accélérer l’exploitation
d’un riz OGM miracle, et
② de remettre en cause son
programme de distillation du grain en éthanol, où elle a fort investi.
Etranger - Economie d’énergie : l’étranger porte la torche verte
Économie d’énergie:
l’étranger porte la torche…verte !
Preuve de son avance technologique et financière, la
grande distribution étrangère déploie des efforts inédits en économie d’énergie, se
préparant ainsi à l’inéluctable réajustement des tarifs de l’électricité, que
la concurrence locale alors subira de plein fouet.
Le VdlC n°13 décrivait le
plan global de Wal-Mart, mesurant le coût en CO² des produits, puis offrant aux producteurs les
solutions identifiées ailleurs sur Terre. Carrefour n’est pas de reste. Dès 2004, avant la loi de 2007, il introduisait les
sacs plastiques recyclés. Aujourd’hui, il annonce une coupe de sa facture
énergétique de 20% (par rapport à
2005) dans ses 20 surfaces prévues pour 2008.
Il le fera grâce à des technologies nouvelles en surgélation, climatisation et éclairage, dont ce
sera, pour le groupe, la 1ère mise en service mondiale. Déjà deux magasins
sont aux normes nouvelles : Pékin (Wangjing) et Wuhan (Guanggu), où 1,2MW et 50.000m3 d’eau seront épargnés.
Idem Ikea prépare son 5ème magasin à Tianjin, 0,6Mm², pour 60M$ d’investissement avec promesse (comme pour tous ses dépôts dans le monde) d’une coupe d’au moins 20% d’énergie par m². Même souci chez les
industriels, tel Nokia dont le dernier « campus vert» de Yizhuang (son QG de 70.000m² de bureaux, labos et usine pour 60M$), est truffé de 30 gadgets verts. Parmi ceux-ci, ces « parois vitrifiées respirantes», qui réduisent la consommation d’énergie de 20%, et de 37% en eau. Ou
encore, l’intégration des fonctions, qui supprime les émissions de CO² liées au transport et à l’emballage.
Pour ces traits futuristes, Yizhuang s’est vu
accorder le label LEED -(« gold »), le plus exigeant du genre aux USA.
Air Liquide occupe le terrain
Dans leur course à la productivité, les groupes
industriels, notamment pétroliers délèguent toujours plus à l’extérieur la
production des gaz (azote, hydrogène etc) : c’était ce qu’attendait Air Liquide, n°1 mondial de ce métier, depuis « 1916 » sur sol chinois, qui s’étend
toujours plus vite, avec un chiffre d’affaires de 250M€ en 2007.
En 2005, AL achetait à Qingdao (Shandong), une unité de séparation des gaz de
l’air (ASU), qu’il
remettait à niveau moyennant 20M€. C’était pour fournir en azote, à long terme
une raffinerie de la Qingdao Refining&Chemical, filiale de Sinopec
: contrat signé le 20/03/08. En avril, Air Liquide récidive à Tianjin, 3ème bassin industriel du pays, où il a déjà
investi plus de 200M€ dans plusieurs ASU ainsi qu’une JV avec Tianjin Soda.
Cette fois, il crée une entreprise mixte pour 45M€
d’investissement (à 50/50%), afin de fournir en gaz industriels TPCC, une autre filiale du pétrolier. Comme à Qingdao, AL reprend à son
compte la «vieille» ASU, et en montera une plus performante, de 1000t/j pour
les besoins de la raffinerie et du craquage d’éthylène. L’avenir est tout aussi
vibrant. Air Liquide suivra ses clients locaux dans leur marche vers l’Ouest,
Sichuan ou Xinjiang par exemple, et y investira « au moins » 300M€/an de 2007 à 2011, le triple de ses invests
de 2004 à 2006 : c’est le moment d’occuper le terrain !
Orica, l’alternative aux
« explosifs » chinois
Avec ses
mines et ses routes en plein développement, la Chine « mange » de l’explosif : son marché
vaut 2,5MM$/an et croît de 10%/an. 1er producteur
mondial de ce type de produits,
Orica l’australien
ne pouvait pas laisser passer cela. D’autant que la clientèle cherche du savoir
faire pour obtenir des déflagrations de plus forte puissance. Orica s’associe (24/04) avec Nanling pour bâtir une usine dans le Hunan. A l’horizon 2010, ce sont 40 M de détonateurs qu’il sortira. Pour 47M$ d’investissement,
Orica reçoit 51% des parts—majorité
nécessaire pour protéger sa technologie. L’affaire lui promet de décupler, à
10%, sa part du marché. Probablement bien plus, vu le plan de l’Etat pour
dynamiter les producteurs semi-clandestins non
certifiés. Ils sont 400, qui à terme, ne devraient plus être que 30.
Politique - Parlement : une fournée de lois en gestation
Taiwan : après les « boy
scouts », le retour des grisons
Elu le 22/03, Ma Ying-jeou, futur président nationaliste, forme son
cabinet, pour reprendre les rênes le 22/05: contrairement à son prédécesseur,
aux ministres souvent très jeunes, Ma s’entoure des économistes qui assurèrent
le décollage de l’île dans les années 1990. Rassurants pour Pékin comme pour
leurs électeurs (peu enclins à l’aventurisme), ils vont devoir inventer les outils législatifs pour dynamiser les
échanges avec Pékin, sans toucher au statu quo
politique.
Chimiste
de formation, Liu Chao-shiuan, 1er ministre,
sera assisté de Paul Chiu, expert financier de 66 ans. Yiin Chi-Ming, 55 ans, un des pères des filières insulaires
high-tech reprend l’économie et Mao Shih-kuo, les transports -sa spécialité. Aux
affaires étrangères arrive Ou Hung-lien, 68 ans dont 40 dans la diplomatie. Soit dit au passage, Ou aura une urgence : tenter d’éviter (tâche surhumaine !), la
défection du Paraguay, dans son maigre troupeau de 23 Etats
reconnaissant encore Taiwan.
Signe
d’embellie entre ces frères ennemis de la Chine, un 1er groupe de d’investisseurs chinois vint (22/04) en repérage de projets touristiques—Ma Ying-jeou
espère porter le nombre des visiteurs chinois, de 80.000 à 1M/an. La Chine pour
sa part, a retouché (23/04) son
appareil judiciaire pour permettre aux insulaires de recevoir directement les
pièces juridiques les concernant. Car les procès fleurissent, 4163 en 2007,
contre 3529 l’année d’avant : fruit des mariages d’hommes et femmes, ou
d’argent entre les deux rivages.
ANP : une fournée de lois en gestation
A trois
mois des Jeux Olympiques, la session bi annuelle du Bureau du Parlement (l’ANP), qui
vote les lois nouvelles, prend une tonalité distincte.
On sent une brise de participation : tout projet de loi sera dorénavant
soumis aux masses pour consultation, et après décembre, la loi électorale offrira aux 700M de ruraux autant de députés qu’aux 600M de citadins - aujourd’hui,
la proportion est de 4/01.
Un projet de loi fait sa 1ère apparition, l’arbitrage des litiges fonciers ruraux, recours futur aux M de cas d’expropriation illégale. Mais l’ANP a omis
à l’agenda 2 textes très attendus : la loi de rectification des actes illégaux, et l’amendement n°7 à la loi criminelle, qui auraient supprimé le droit
discrétionnaire d’envoi de suspects jusqu’à deux ans en camp de travail sans
jugement. Une priorité publique depuis 18 mois, la fiabilité des produits alimentaires, voit poindre à l’horizon sa
transcription législative.
Après le scandale des raviolis aux
pesticides exportés au Japon, ce texte offre un protocole ferme pour suivre
toutes les étapes de transformation du produit (le produit de base n’est pas couvert). La loi vise son innocuité, sa traçabilité,
et son rappel s’il est détecté vicié. Elle punit les contrevenants de 715$ à
14.300$ d’amende, et d’une peine de prison de 3 ans à perpétuité. L’opinion a
jusqu’au 20/05 pour s’exprimer. Le vote n’aura pas
lieu avant décembre.
RdV - Beijing 2008, le compte à rebours, à moins de 100 jours
30
avril : Beijing 2008, Jour J-100
et
La
flamme olympique entre en Chine
Petit Peuple - Huailai—la pêche au mari
A Huailai (Hebei), aidée par Mme Zhang sa mère, Xiaohua cherche mari- mais «pas trop vite»! Un mélange d’indolence et de désir de face lui dicte patience. La
mère-elle, est pressée. L’honneur n’attend pas: Petite-fleur est mère divorcée, à
25 ans, qui seront bientôt 30, l’âge des vieilles filles. Une dangereuse
horloge égrène son compte à rebours.
6 mois avant, Xiaohua
avait toujours son mari, et son métier, à la caisse de leur dispensaire privé. Ils échangeaient chaque jour cris et horions. L’homme
en aimait une autre: tous les prétextes étaient bons pour claquer la porte et rejoindre l‘amante. Xiaohua tombait dans le panneau, en rajoutait même, faisant une montagne de
toute broutille, afin de lui jeter son infidélité au visage.
Après divorce, pour survivre, Xiaohua a migré à Changping,
vendeuse en magasin de chaussures. «Bon boulot», fait-elle, pragmatique,
«mais qui
manque d’hommes». Une fois
par mois, elle reprend son bus 999 et change
à Yanjing, pour aller voir son fils chez la
grand-mère.
Cherchant mari pour sa fille, la mère Zhang
appelle tous ses pistons, manie tous les arguments:«nul besoin d’un Pékinois.
Ni qu’il soit beau ni riche, ni qu’il reconnaisse l’enfant –je m’en arrangerai,
moi. Il pourra lui refaire un môme, si ça lui chante» (sans enfreindre, NDLR le
planning familial, qui impose ‘un
enfant par couple’, mais pour la femme, ‘un enfant par mariage’).
Xiaohua-elle ne voit pas les choses pareil
–c’est, avec sa mère, son seul différend : le mari devra apporter logis et
emploi stable, mais surtout accepter son fils – pas question de le laisser à sa
mère.
Pour
accélérer les choses, elle s’est inscrite à une agence de Yanjing,
a passé les tests, s’est faite photographier. Ses chances sont plutôt
bonnes d’ailleurs, car récupérer un héritier mâle tombé du ciel, est parfois vu
comme une bonne affaire. Elle est en outre d’un physique agréable et sur le
marché du mariage, les filles sont les plus rares. Et puis el-le se dit
« prête ». Comme dit l’adage, «pour que vienne le –futur, le passé doit s’effacer»
(旧的不去,新的不来, jiude bu qu, xinde bu
lai»). Pas plus mauvaise formule que le français « une de perdue, dix de retrouvée»!
Un
trait étonne, en cette histoire inachevée: c’est la mère
qui veut remarier sa fille, et qui la lance, telle un soldat, dans sa prochaine
bataille.
L’union est conforme aux intérêts
du clan, pour couper court aux racontars, voire éviter que la jeune mère ne
soit à sa charge. Des concepts tels «Amour», «affinité», «bonheur» ou quête de
soi, restent extérieurs à l’affaire.
Mais en
fait, l’abîme qui sépare Xiaohua de la modernité, s’oppose
moins à l’étranger, qu’à la ville. Sourde à la mutation de la Chine, la
campagne garde ses traditions anachroniques, comme bouclier ou circuit de
réserve. Si le prodigieux essor chinois venait à vaciller ou culbuter, c’est
par le village que reprendrait la vie chinoise !
Pékin perd son credo de non intervention boursière
Face à l’effondrement des valeurs fiduciaires,
l’Etat avait jusqu’à hier un credo de n’intervenir que sur les banques, pas sur
la bourse. Sa priorité était de stabiliser
les prix. D’où, pour assainir le marais de
liquidités et combattre l’inflation, sa récente décision (VdlC n°14) d’une hausse des réserves bancaires, et sa marche forcée de
revalorisation du ¥uan (équivalent à 17%/an, au 1er trim.).
Ce dogme vient de subir une
série d’accrocs. Le 23/04, la taxe aux
transactions vient d’être rabaissée de 0,3 à 0,1%.
Quoique cet outil vieux d’un an, ait déjà fait tomber 22MM€ dans l’escarcelle
de l’Etat. Très populaire, l’annonce fit rebondir l’index de 7% le lendemain.
Une autre disposition vint renforcer l’effet : le cloisonnement des parts
autrefois hors-commerce, privatisées depuis ‘06, qui
s’apprêtaient à entrer sur le marché : afin d’éviter la dilution du titre, ces
parts (320MM€, 40% de la capitalisation libre), se voient imposer un mécanisme
spécial de vente et achat.
D’autres outils boursiers
entrent en lice, comme le 2d tableau des valeurs à risque, lancé à Shenzhen fin mars - l’équivalent chinois du Nasdaq
de New York. Des millions de firmes familiales attendent cet instrument pour
échapper au mont de piété et ses intérêts abusifs, banquier exclusif de 65% des PME.
Le nettoyage accéléré par
l’Etat, des banques de l’agriculture (ABC) et du développement (CDB), sert aussi la relance de la bourse, en
lui préparant ces titres nouveaux, élargissant la palette des valeurs disponibles.
Idem, l’arrivée des valeurs étrangères en bourse de
Shanghai et Shenzhen se dessine. A ce jour, ces places restent encore l’apanage
de firmes 100% chinoises. Mais la rumeur s’amplifie, de l‘entrée prochaine d’Euronext, la bourse européenne, filiale de celle de New York.
Tout en redynamisant les deux
corbeilles, la tutelle CSRC innove dans l’action
disciplinaire. Tel dans les fonds mutuels, pour en
renforcer la crédibilité –placement « de père de famille », qui
occupent déjà 23% de la capitalisation, et 250MM€. Deux gestionnaires de fonds
viennent d’être interdits, l’un (CIFM), à vie, l’autre (CSFM), pour 7 ans,
pour le même délit d’initié, dit, en chinois, « le nid à rat » -technique
consistant à négocier en privé, les valeurs du portefeuille du fonds. Le profit
(150.000€ dans les 2 cas) a été confisqué, alourdi d’une amende de 50.000€.
L’Etat met la
crise à profit pour préparer le paysage financier de demain, revivifié. Mais
deux éléments manquent—opportunités en voie d’être ratées : on ne voit ni
réforme accélérée de la Sécurité
sociale, ni réforme des prix des matières 1ères-eau, gaz, électricité, pétrole, pour
refléter le coût réel, et mettre fin à des décennies de tradition de gaspillage
à prix « socialiste »...
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