Le Vent de la Chine n° 13(XIII)
14 - 20 avril 2008
Pour oublier Lhassa : Bo’ao...
Après
les déboires de la torche Olympique à Londres (7/04), Paris (8/04, 5 extinctions), voire San Francisco (9/04) ou Buenos Aires (11/04), la crise du Tibet s’essouffle.
Partisans des droits de l’homme à l’étranger, et pouvoir socialiste campent sur
leur position. La seule question de fond désormais semble être : Pékin préférera-t-elle le compromis, et dialoguer avec le Dalai-Lama comme le lui demande l’Ouest, ou bien risquer
des Jeux Olympiques sous tension (cf. rubrique «politique»).
Pour l’heure, la Chine tente de
changer de sujet : pour ceci, le Forum de Bo’ao (11-13/04, Hainan) est l’idéal, avec son parterre de célébrités (Ban Ki-moon le Secrétaire général
de l’ONU, J. Chirac, T. Blair) et de chefs d’Etats de
tout niveau (Pakistan, Qatar, Suède). L’existence même de
ce forum asiatique, depuis 2001, est un succès : Pékin a su imposer au monde « son » propre Gotha
mondain de la finance, de l’industrie, de la politique.
Mais pas que
mondain. Un enjeu s’y joue: les accords bilatéraux de libre échange (ALE) vont-ils primer sur le round global de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) à Doha enlisé depuis des lustres? Pékin
semble miser sur les ALE, et la négociation avec chaque état séparé (plus petit
qu’elle) plutôt qu’avec les blocs comme l’Union européenne (UE) ou les USA- les seuls plus gros qu’elle!
Avec la 1er ministre Helen Clarke, l’ALE sino-néo-zélandais fut
signé le 7/04, 1er pays de l’OCDE (Organisation
de Coopération et de Développement économique) à
sauter ce pas. Cela se fit dans la discorde: son propre ministre des affaires
étrangères W. Peters crie son hostilité. Certes,
l’accord procurera aux insulaires 180/280M$ de marché neuf (sur des échanges de 7,5MM$ l’an
passé). Mais la Chine parvient à garder
4% de ses tarifs douaniers!
A Pékin et Bo’ao (9-13/04) Kevin Ruud, le nouveau 1er ministre australien doit arbitrer
le problème du minerai dont la Chine est 1ère cliente. Australie et Brésil
viennent d’imposer des hausses de 70%. Pékin veut se protéger en faisant
racheter par son aciériste Baoshan 9% du minéralier BHP-Billiton. Ruud veut « l’amitié » avec la Chine
et surtout, la conduire dans le camp des 37 pays ayant promis de réduire leurs émissions de gaz
à effet de serre… Ce qui suppose, en retour, des concessions: tel cet accès
réclamé par Pékin, aux bases minières australes! Les pays ont convenu d’un rendez-vous annuel de coopération
environnementale–à suivre.
A noter en tout
cas le remarquable discours de Ruud aux
étudiants de Beida, en chinois, autour des relations entre Chine et monde : en une audacieuse rupture, il
osa récuser le terme d’«ami» (朋友, pengyou),
traditionnellement octroyé par la Chine à ses partenaires étrangers, qui les
ligote de facto en un terrain « poli »
d’acceptation et de silence. Ruud y substitua le terme du VII. siècle avt JC,
d’«ami critique» (諍友,
zhengyou),
définissant celui qui ose aider l’autre –au risque de l’importuner- à surmonter
ses faiblesses.
Signalons encore, à Bo’ao, la rencontre de Hu Jintao
avec le prochain n°2 de Taiwan Vincent Siu, et avec Michelle Bachelet, la Présidente chilienne. En addendum à leur ALE de 2005,
ces 2 pays signent un accord sur les services (tourisme, transports, telecoms, finance) : renforçant des ponts entre
pays émergents et Chine, et sautant les canaux des puissances, Europe, Japon et
USA !
Grippe aviaire—la Chine joue franc-jeu
Dans le
combat entre la grippe
aviaire et l’humanité,
on observe sur le terrain chinois un « progrès » dans
chaque camp.
En décembre 2007, dans le Jiangsu, un homme de 24 ans et son père de 52 ans avaient contracté le virus
H5N1: le jeune (employé dans
un marché de volaille) était décédé. Soigné aux antiviraux et à un vaccin expérimental, le
père avait réchappé. Vite, le centre épidémiologique national CCDC (China’s Centre for Disease Control) avait soupçonné un cas très rare de contamination directe du père par le fils. En l’occurrence,
c’était aussi un des 1ers cas où les
autorités sanitaires communiquaient en temps réel avec les instances de l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé).
Le 8/04, le CCDC
confirme la transmission d’humain à humain : une 1ère en Chine– qui enregistre 29 cas déclarés de grippe aviaire dont 19
morts (au monde, ces
chiffres sont de 379, et 239 décès). Le virus cherche la faille dans la cuirasse de l’espèce humaine. Or,
l’autorité chinoise, soutenue par l’OMS et la
revue spécialisée The Lancet, conclut à une victoire sans lendemain du H5N1 : du fils au père, il n’a pas
muté, et d’autre part, la transmission est restée limitée, 91 autres personnes
en contact du fils malade, ayant été épargnées. Sous réserve d’inventaire,
cette infection malheureuse n’est donc pas significative.
Pas question,
pour autant, de baisser la garde—d’autant que le fléau avance toujours, dans
les élevages : la dernière épizootie, 6ème de l’année,
vient d’avoir lieu à Zhuba (Tibet) - les procédures d’urgence ont été
lancées. Aussi, sans attendre,
① Pékin a approuvé un vaccin co-développé
par le laboratoire local Sinovac-Biotech et le CCDC, à partir de souches prélevées au Vietnam -de nombreux laboratoires
à travers le monde, dont un vietnamien et GlaxoSmithkline sont dans cette course. Sinovac a aussi reçu la licence de production massive.
② Ministère de la santé et OMS lancent un
projet triennal mixte dirigé par Zhao Yuechao, doté de 1,5M$, pour réduire en Chine
l’impact du changement climatique. A l’ordre du jour : renforcer le bouclier de surveillance et de contrôle des éléments pathogènes, promouvoir l’économie d’une eau
toujours plus rare, renforcer les réactions aux catastrophes naturelles et leur
alerte
anticipée. 4 villes-pilotes, surtout dans l’Ouest, sont en cours de
sélection.
③ Enfin l’autre nouvelle menace n’est pas oubliée, celle du SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) qui avait causé la perte de 800 vies en 2003 entre
Asie et Amérique. Au terme d’une campagne quadriennale sino-allemande dotée de
2M€, les savants menés par les professeurs Rolf Hilgenfeld et Jiang Hualiang ont annoncé la découverte de cinq éléments efficaces contre le virus, susceptibles
d’entrer dans la composition d’un futur vaccin.
L’éolienne céleste a le vent dans les pales
Encouragés
par la loi sur les
énergies renouvelables (de 2006) qui vise 15% d’électricité de source
non fossile dès 2020, les industriels locaux et d’ailleurs se sont lancés dans
la course à l’équipement en fermes à
vent. En 2007, les éoliennes ont vu quasiment doubler leur capacité en Chine, à
6,05M kW : l’objectif de 2010 était atteint 3 ans à l’avance, et le pays
passait au 5ème rang mondial, encore loin derrière
l’Allemagne (20,62M kW).
Dans ce bras de fer
des moulins à vent, face aux ténors étrangers, les Chinois firent mieux que se
défendre. Depuis Urumqi (Xinjiang), Goldwind, sous licence allemande, a empoché en
2007, 45% des commandes nationales, autant que l’ensemble des étrangers, tels Vestas
(Danemark), Gamesa (Espagne) ou Suzlon (Inde). La force
de l’offre chinoise tient à son bas coût, et au protectionnisme –la loi impose
70% de composants locaux dans les fermes à vent de plus de 50 MW). Mais cette industrie locale monte en
force : dépassant la puissance moyenne de 750 Kw, des
groupes comme Goldwind ou Sinovel Windtech lancent des turbines de 1,5MW – Goldwind vient d’ailleurs de racheter 70% de Vensys
AG (Allemagne), son bailleur de technologie.
Pour l’avenir, les
ambitions ont le ciel pour limite : la Chine veut exploiter de plus en plus son
potentiel de vent (offshore et terre) évalué à 3000GW (=3000 centrales nucléaires classiques), pour prendre
la tête du peloton des nations. Dès 2020, trois provinces pilotes, Mongolie Intérieure, Jiangsu et Gansu devraient être équipées de turbines d’un
total de 30 GW. Vu les progrès techniques chinois, il est question de dérégulation.
Car de toute manière, pour rester sur le marché, aucun équipementier ne peut se
permettre de produire hors-Chine, pour des raisons de
coût. Cette logique ne s’applique pas qu’au marché local mais aussi mondial—car
des Goldwind ou Sinovel ne tarderont pas à exporter, à grande
échelle. En attendant, d’ici 2010, ce sont 4000 MW de capacités qui seront
commissionnés en Chine même sur appels d’offres.
C’est ce qui attire Siemens, annonçant le 31/03, l’ouverture en 2010, d’une usine
de turbines de 1000MW, sans doute avec Shanghai Electric (son partenaire traditionnel). Anticipant une forte croissance en Chine, Siemens voit large, pensant
faire passer sa part de fournitures dans les éoliennes sur marché chinois, de 8
à 15% en trois ans : le parc équipé
Siemens triplera en capacité, à 4,5GW.
Sans compter le
marché offshore qui s’annonce (Jiangsu, Fujian, Guangdong), futur champ de bataille «navale» des compagnies pétrolières, dont Cnooc et Total. Siemens achetait en 2007 le Danois Bonus, pour devenir n°1 mondial de l’offshore éolien.
Depuis, il négocie en Chine ses partenariats, mais ceci est une autre histoire!
La Chine face au marché du renseignement
L’affaire
qui suit est là pour rappeler, par la bande, l’immensité du marché du renseignement en Chine dans les 2 sens, pays espionnant
et espionné.
En mai 2007, Wo
Weihan,
patron d’une firme de recherche médicale, reçoit de la cour intermédiaire de
Pékin la peine capitale, verdict confirmé en appel (24-03) -il croupissait en prison depuis 3 ans. Wo
est accusé d’avoir fourni à Taiwan des
informations tirées de revues militaires, notamment sur des ébauches de
missiles, des jumelles de vision nocturne et des données sur la santé d’un
leader. Il aurait fait la taupe durant 14 ans, via une organisation-écran du KMT (Kuo Min Tang), «Grande Alliance pour la réunification sous les 3 Principes du peuple», moyennant divers cachets d’un montant global
de 0,4M$. La seule chance de Wo, est d’avoir séjourné
8 ans en Autriche (1990-’97), et que sa femme et ses filles aient un passeport
autrichien. Aussi toute l’Autriche se mobilise, jusqu’à son Président Heinz Fischer (7/04). Pékin
pourrait faire casser le verdict par la Cour suprême, qui révise
systématiquement les peines capitales…
Mais la Chine
a ses propres soucis d’espionnage hors du pays. Elle vient de proclamer son innocence sur 4 affaires :
① En avril 2007, le VdlC (n°13/XII) évoquait Chi Mak, chinois d’origine, haut placé dans l’industrie militaire californienne
qui avait vendu les plus secrètes technologies des forces US, sous-marin, radar
ou satellites… A 65 ans, il vient d’en prendre pour autant que la durée de son
activité grise : 24 ans.
② « Greg » Chung Dongfang, sino-américain de 72 ans, ancien de Rockwell puis de Boeing, fut arrêté en février (VdlC
n°6) pour vente
de secrets sur la navette spatiale.
③ Tai Shenkuo
et Yu
Xinkang,
de la Nouvelle Orléans, et Gregg Bergersen, du département de la Défense, furent en même temps accusés (VdlC
n°6)
d’intelligence à propos du contrat américain de livraisons militaires en
milliards de $ à Taiwan, en suspens depuis des années.
④ Enfin le 5/04 Chao Tawei (chinois) et Guo Zhiyong (Sino-US) viennent d’être pris à l’aéroport de Los Angeles, emportant dans leurs valises dix cameras à
captage thermique (produit de Flir-Systems), sans la licence appropriée. Guo avait
forcé sa chance, ayant déjà réussi à passer en 2007, trois outils du même type,
dans lesquelles l’Amérique voit des usages possibles en matière militaire, y
compris nucléaire…
Taiwan face à Chine, la Chine face à
toutes les puissances, depuis des décennies, toutes maintiennent leurs filières,
pratiquent le « grand jeu »
pour capter des renseignements stratégiques ou technologiques. La Chine, en
plus, collecte aussi des secrets industriels « à façon » pour ses
grands groupes. Avec de temps à autre, inévitablement de la casse...
JO Beijing 2008 - Jour J-116
ª Zhang Yadong,
entraîneur des nageurs chinois, voit noir après l’explosion de
records mondiaux par des équipes d’Europe et Australie : « nous n’avons aucun or garanti», dit-il, sans retard démenti par
d’autres cadres! Jusqu’alors, Wu Peng semblait vainqueur assuré en 200m papillon,
et Qi Hui (femme) en brasse.
ª Les 12 “men in blue” gardiens chinois de la flamme hors
Chine, n’ont rien fait pour l’image de leur pays, brusquant public, police et
athlètes locaux. A Paris, D. Douillet le judoka les traita de “robots”. A Londres, Sebastian Coe le coureur, les traita de “mafieux” et les “bobbies”, de “Schtroumfs”. D’autres pays hôtes futurs comme
Japon, Australie et Inde, se promettent de les interdire!
ª Même scène, mais vue d’en face ! Jin Jing, unijambiste de 28 ans est sacrée par
internet (et surtout, la propagande” “Ange en chaise
roulante”, après avoir sauvé la torche d’un Parisien anti-Jeux Olympique… Jin était au chômage : mais à Shanghai, son bercail, les firmes se battent désormais, pour lui offrir
un emploi!
ª L’équipe grecque d’haltérophilie ne remercie pas son fournisseur chinois de complément nutritif : positifs au test antidopage, les 11 athlètes risquent la
radiation. L’entraîneur Christos Iakovou est suspendu. Mais l’affaire se corse
: l’usine s’est entre-temps excusée de son “erreur” !
Argent - L’ 'arbre' à pneus » colonise le Xishuanbanna
Pétrole : CNPC poursuit ses
investissements étrangers
CNPC (la compagnie nationale pétrolière), le Goliath chinois
de l’or noir, poursuit sa longue marche vers de
nouvelles réserves, utilisant ses 544MM$ d’actifs en bourse (n°1 mondial).Mais ses résultats de l’an
dernier ne l’aident pas: la CNPC n’a réalisé que 27,5MM$ de profit…
Auprès
de la Syrie, le groupe vient de s’engager (2/04) à bâtir à Deir Ezzor une raffinerie de 100.000 barils/j.
d’ici 2011, pour 1,5MM$ dont 1,25MM$ à sa charge. Selon son vice Président Li Xinhua, il s’apprête à développer 30 gisements
cette année, surtout en Russie et Afrique –en 2007, la priorité allait au
Venezuela. Ses projets sur les 5 continents sont déjà 69. En Chine même, son partenaire Chevron se lance (7/04) dans
l’exploration gazière à Chuandongbei au Sichuan, et CNPC en 2008 exploitera 4 raffineries d’une capacité de
10Mt.
A
perte, comme le n°2 Sinopec, qui fait seulement 5,5% de profits supplémentaires contre 30% en 2006
: impossible de gagner de l’argent quand les coûts d’exploitation augmentent de
30%, le pétrole grimpe
à 110$/baril,
et le prix reste bloqué à la pompe. Les aides de l’Etat (12,3MM¥ en mars pour Sinopec) n’y changent rien. Pékin s’apprête donc -presque immédiatement -à alléger des trois-quarts
sa taxe aux importations, et Sinopec à « diversifier la production » - cap vers le haut de gamme !
*
L’« arbre à pneus » colonise
le Xishuanbanna
Le Xishuangbanna, petite région tropicale du sud du Yunnan en bordure lao-birmane, perd
sa forêt humide, qui ne recouvre plus qu’une minorité de son sol aujourd’hui,
contre 70% en 1976.
Coupable : l’hévéa dont la province multiple les plantations, sur demande de l’industrie
chinoise du pneumatique, passée 1er exportateur en triplant sa production de 2000 à 2005.
Le Yunnan truste 334.000ha, ou 43% des plantations
en arbres à latex. L’écosystème fait les frais de l’opération : les 5000
espèces de plantes locales menacées de disparition, tout comme la faune -
éléphants d’Asie, tigres, léopards, singes gibbon, qui ne trouvent plus leur
habitat, leur alimentation, et ne parviennent plus à se reproduire. Et ce n’est
pas fini.
L’appétit chinois en caoutchouc naturel (2,35Mt en 2007), exige d’ici
2010 une hausse de production de 30%, à 870.000t, pour un prix triplé en 10
ans, soit 2815$/t actuellement. Avec ce caoutchouc naturel et celui
synthétique, la Chine produisait l’an dernier 330M de pneus, pour moitié
exportés, sous les noms des trois marques mondiales – Michelin, Bridgestone et Goodyear, et d’outsiders tels GITI et Triangle, qui détenaient chacun 1 à 1,2% du marché asiatique dès 2006.
Premier rappel volontaire de jouets
chinois en Chine
Le
tsunami de scandales sur la sécurité de produits chinois à travers le monde en été 2007 a fait l’effet d’un électrochoc
sur le monde industriel et sa tutelle - inspirant une campagne musclée de 4
mois sous la férule de Mme Wu Yi - nommée
d’urgence patronne nationale de la qualité.
Il
généra aussi un règlement de l’AQSIQ (la tutelle) qui imposait aux firmes sous peine
d’amende le rappel
volontaire de tout
produit défectueux. Le 10/04, il a fallu huit mois pour voir apparaître la
firme assez audacieuse pour étrenner le texte : Huanxi, fabricant de jouets à Yiwu (Zhejiang), rappelle
18.000 joujoux sortis des machines entre le 20/06/07 et le 1/03. Motif: des
petits éléments détachables, risquant d’être avalés par le poupon et de
l’étouffer. Par voie de presse, Huanxi avertit ses
clients, orchestre le remboursement via le détaillant, let communique par n° de
téléphone d’urgence et internet.
NB : pour inaugurer l’éveil chinois à la responsabilité, on aurait attendu toute autre ville que
Yiwu, « caverne des 40 voleurs », poupon
d’acier du piratage d’où partent chaque jour 1000 conteneurs des produits les
moins chers du monde, vers les pays les plus pauvres. Comme quoi le non
conformisme et le dynamisme sont en Chine des vertus universellement partagées
Etranger - Wal-Mart veut mettre ses fournisseurs au vert
Intel : 10ème bougie en fanfare
Pour Intel, le géant du semi-conducteurs, présent dans trois ordinateurs sur
quatre à travers le monde, la décision stratégique consistait à produire en
Chine, osant le risque de voir disséminer son savoir faire.
Ce fut chose faite dès septembre 2007 en posant la 1ère pierre de Fab’68, son usine
de Dalian à 2,5MM$,
opérationnelle en 2010 -à temps pour se tailler la part du lion sur un marché
des «puces» sur le
point d’atteindre 28MM$. Mais pour le groupe, cette pénétration se mène
conjointement sur un autre front, celui de l’investissement direct dans les
entreprises du marché.
Dès 2005, il avait créé son Intel Capital
China Technology Fund. Ses 200M$ lui
avaient permis de prendre pied dans 28 startup chinoises,
dont Neusoft
et A8 Music. Le 8/04, il remet çà avec une 2de tranche de 500M$ - la plus grosse mise du fondeur hors des frontières
américaines. Il interviendra dans le monde des média, des réseaux sans fil et
des technologies «propres». Déjà 2 investissements sont bouclés, sur Holdfast Online, qui héberge des jeux sur internet, et Newauto Video Tech, expert en
systèmes digitaux pour stations de TV, numérisation de chaînes radio online, et prestataire de services durant les JO. En dix années de présence
chinoise, Intel a su donner du canon à dollars, étant entré dans 70 entreprises
locales et ayant créé 6000 emplois directs, entre ses unités de recherche et
d’assemblage. Un groupe qui a su prendre à temps le train d’une Chine future, à
la pointe du progrès digital !
Wal-Mart veut mettre ses fournisseurs au vert
Révolution en Chine : Wal-Mart veut guider ses partenaires vers une production «verte».
Le n°1de la distribution a
commencé par mesurer le coût de production en énergie de certains produits tels DVD, lait ou bière (leur émission en CO²). Puis en
octobre 2007, il réunira 1000 fournisseurs pour offrir des économies
identifiées ailleurs - car cette campagne est globale. Le but est d’aider à
réduire les emballages de 5% d’ici 2013, en créant une base de données des progrès techniques.
L’efficacité énergétique devrait monter de 25% sous 3 ans, et celle des TV à écran plat, de 30%.
L’objectif
final est d’éliminer tout déchet au sein du groupe, et toute énergie fossile. Rien que dans les cartonnages à travers le monde, Wal-Mart
aurait déjà fait économiser 3,4MM$. Pour un groupe hier affublé d’une image de «gaspilleur», Wal-Mart opère une formidable volte-face, tout en aidant
l’Etat à juguler sa pollution. C’est l’occasion aussi de tenter de grignoter
des parts de marché au rival Carrefour, qui poursuit son expansion au rythme d’une 20aine de surfaces par an.
NB : Face aux donneurs de conseil étrangers, l’industriel local a souvent
la tête dure. Mais Wal-Mart a un argument
« massue » : il génère 30% de l’export des biens de consommation, et
10% de l’import américain de Chine - 30MM$ en 2007 !
RdV - Le rendez-vous de la Foire internationale de Canton
15-30
avril, Canton : Foire int’l de printemps
15-17 avril, Shanghai : Conférence sur la logistique dans l’industrie automobile
16-18
avril, Dongguan : Salon int’l
de la chaussure et du cuir
16-19
avril, Pékin :
Asia Pacific China Police:
17-20 avril, Pékin : Salon du plastique et du caoutchouc
Petit Peuple - Anshan—fable olympique
Qu’est
ce qui fait qu’un être né dans la poussière, accède à un destin de héros et de
mécène? La compassion sans doute -et chez Bai Jian, le
coup de baguette magique de l’école !
Son
établissement pourtant, dans le Dongbei, n’avait pas
de quoi rêver : ni chauffage (par –20°!), ni tableau noir, mais un sol en terre
battue pour des enfants venus pieds nus. Jian faisait
ses 5km aller retour tous les jours.
Mais cette adversité
renforça sa rage de s’instruire : moyennant les sacrifices indicibles de ses
proches, il entra en Ecole Normale en ‘92, fut diplômé en ‘95, nommé prof de
gym au collège n°2 d’Anshan (Liaoning), où il est toujours. A 22 ans, il obtenait
un salaire de 2000¥, un
appartement de fonction de 60m² : la vie était belle...
Et bien non! Au lieu
de sortir, s’amuser, se marier, dès ‘96, il recueillit un enfant de la rue, un
autre, 24 au total en 12 ans. Ils revenaient de loin: rejetés par des parents
pauvres, certains délinquants, c’était l’écume de la ville
que recueillait notre mécène -les filles dans une chambre, les gars dans
l’autre.
Joindre les deux bouts est un casse-tête.
A son salaire, s’ajoute l’argent du nettoyage de l’école, du ramassage des
cannettes, des ventes de GSM de stylos et de leur échoppe. Logeant avec
toute la troupe, ses parents font bouillir la soupe, sa sœur organise les
équipes de travail, leur habillement –100% faux Nike, faux Adidas. Jian est bien sûr endetté au-delà du possible,
mais n’en a cure: 债多不愁 « zhaiduo bu chou », trop de dettes ne démangent plus !
Aux temps de noroît,
quand arrive une grosse facture (d’université, d’enterrement d’un des parents), des amis tombent toujours du ciel pour
l’aider, tel celui qui lui prêta (sie
die) une
fourgonnette, ou ce businessman anonyme qui lui versa 100.000¥ pour éponger (une partie de) ses dettes ! Et c’est ainsi qu’à 34 ans, Bai Jian
est parrain de 9 enfants à (ou sortis de) l’université, 3 au travail, 11 encore à sa charge.
Cependant
en 2006, l’histoire de Jian prit un nouveau tour, à mesure que fut connu son apostolat
: élu un des 10 « meilleurs profs du Liaoning, il reçut20000¥ qui lui permirent de payer l’inscription en fac d’un ou deux de ses
poulains, il fut nommé porteur local de la torche olympique (parmi 11500 autres). Puis on l’invita à Pékin comme «porteur national»: ce qui le rendit de facto candidat
porteur de la vraie flamme, dans le monde !
Sur place, l’attendait
une scène burlesque. Riches et bien en cour, ses rivaux (un businessman, un philanthrope attitré,
un travailleur modèle, une brochet-te de pin-up) étaient tous gominés, financés, avec
troupes de pom-pom-girls pour exécuter les « chants et danses de leur région ». Jian lui, n’avait qu’une étudiante
mi-muette et sourde. Par charité, autant que par admiration, les organisateurs
lui dénichèrent 20 étudiants bénévoles qui, écoutant sa saga, devinrent ses
ardents fans.
A l’émission TV de
sélection, sa filleule, qui lisait sur les lèvres, oublia tout le protocole et hurla:
« vas-y, papa », reprise en chœur par les 20 étudiants.
Et finalement, Bai Jian remporta les 2 hit-parades, dans
la salle comme à l’audimat : il était plébiscité porteur mondial !
L’histoire ne dit
pas sa réaction à Londres ou à Paris, en voyant tant d’incompréhensible
hostilité aux JO et à son pays. Mais elle nous interpelle, comme signe du
chemin accompli par ce pays en 20 ans: des trésors de bonté qu’il peut renfermer,
sous sa gangue de formalisme et d’idéologie passée !
Politique - Chen Liangyu, condamné à 18 ans
Crise
Olympique/Tibet - statu-quo et journée noire
Le 10/04 marqua un pic dans la crise de confiance sino-étrangère, suite aux les violences du 14/03 à Lhassa.
Pour la 1ère fois, Jacques Rogge, Président du Comité int’l
olympique (CIO), qui concluait 2 jours de session à Pékin, sans doute las de
s’exposer à la critique, rompit son silence pour évoquer un « engagement moral » de la Chine à améliorer ses droits de
l’homme. K. Ruud évoqua un « problème significatif au Tibet »: aux deux, leurs interlocuteurs
répondirent de se cantonner à leurs dossiers.
Le même jour, des rumeurs persistantes suggérèrent
que contrairement aux espoirs, Lhassa resterait fermé jusqu’après les Jeux Olympiques,
peut-être jusqu’à octobre, et même Louise Arbour, la haut-commissaire de l’ONU aux droits
de l’homme se vit refuser l’entrée fin avril. Raison possible au revirement :
la visite de journalistes à Labrang (Xiahe, Gansu), une fois de plus interrompue par un
groupe de lamas dissidents. Pour combler le tout, un porte-parole du ministère
de la sécurité publique prétend dévoiler l’ultime tentative terroriste, 35
Ouighours arrêtés à Pékin, qui auraient préparé le kidnapping de touristes et
journalistes des JO—ni preuve ferme, ni coupables (ni noms) n’ont été
présentés.
Chen Liangyu, condamné à 18 ans
Le 11/4 sort à
Tianjin le verdict contre Chen Liangyu, ex «roi» de Shanghai
déchu fin 2006, suite au détournement de 300M€ des fonds de pension
shanghaïens.
Au
dernier décompte, en mars, la Cour des comptes corrigeait le montant à son décuple –3MM€. Le fond du problème, bien
sûr, était ailleurs : Chen tenait la « tête du Dragon» (surnom de la métropole du Yangtzé), pour le compte de Jiang Zemin, résistant au pouvoir de Hu Jintao. Et c’était Zeng
Qinghong, le vice Président, qui avait négocié sa chute —en échange de son
propre départ en douceur.
A 62
ans, Chen est condamné à 18 ans de réclusion
criminelle, et à une amende de 40.000$.
Son
jugement avait été précédé 4 jours plus tôt par celui de Zhang Rongkun, 16ème magnat
national en 2005, accusé avoir bénéficié des largesses occultes de Chen, son protecteur. Frisant la 40aine, Zhang est mis à l’ombre pour 19 ans. Sous bien des aspects, le
scandale de Chen Liangyu se
présente comme l’insolite remake d’une affaire-miroir, dix ans plus tôt. A commencer par le
patronyme. En 1997, Chen Xitong, «roi» de Pékin
était enfermé pour fraude : son lotissement sur Chang’
An, l’Oriental Plaza, avait dépassé du décuple (à 2MM$) le plafond
autorisé par le Conseil d’Etat. Et surtout, ce Chen
était le dernier lieutenant de Deng Xiaoping, qui résistait au pouvoir du nouveau maître, Jiang Zemin.
Chen avait alors écopé de 18 ans lui aussi -l’équivalent,
apparemment, de la peine capitale pour les grands de ce monde ! Par
comparaison, deux caissiers de la Banque de l’agriculture (ABC) viennent d’être fusillés
pour quelques M$ détournés et perdus au jeu !
Un avis, un commentaire, des questions? Contactez-nous.