Le Vent de la Chine n° 07(XIII)
25 février - 2 mars 2008
Un dégel à risques...
Le
printemps revient. Camions et tanks libèrent les routes, 4000 électriciens
réparent les pylônes, les paysans du Sud préparent de
nouvelles semailles. Mais ce redoux semble éveiller un danger autrement
perfide : une soif du gain insensible aux appels à la discipline, comme
en témoignent ces incidents de la semaine !
① A Wu’an (Hebei, à 350km de
Pékin), sous couvert d’ « élevage de sangliers » prospérait une mine
de fer clandestine. Or, suite au gel et aux coupures
d’électricité, 1800 mines à travers le pays,
étaient chargées de grisou et 600 inondées, source
d’un danger aigu. A Wu’ an le 17/02, une galerie a explosé,
causant 24 morts et 5 blessés — propriétaire et patron sont
en fuite.
② Le 19/02, Niuheliang (Liaoning) voit 26 paysans arrêtés
pour avoir dynamité un site de temples, autels et tombes vieux
de 6000 ans : vestiges néolithiques de
culture Hongshan classés, qui
étaient pressentis pour entrer au patrimoine de l’Unesco. Ces pirates, eux aussi,
cherchaient le minerai de fer, très cher payé à
présent. Les fermiers sont en prison, et 14 cadres « sous enquête ».
③ Alors que la
pénurie de charbon est dramatique, l’export de houille bat son
record depuis 13 mois, avec 5,75Mt vendus hors frontière soit une hausse
de 75%. Cette hausse est atypique et soudaine, apparue le mois dernier alors qu’en
décembre, elle n’était que de 0,4%.
④ Au Heilongjiang, Le Soir de Daqing, quotidien, vient d’avouer
avoir publié une photo truquée, d’anti-lopes courant sous
la voie ferrée Qinghai-Lhassa. Avec ce cliché bidon, Liu Weiqiang
avait gagné en 2006, un
concours de la CCTV.
⑤ Le Yuan Ming Yuan, l’ancien Palais d’Eté de la dynastie Qing avait
été mis à sac en 1860 par la soldatesque
franco-britannique : jamais rebâtis, ses vestiges sont sacré dans
la mémoire collective comme symbole de la résistance au
colonialisme. Or, la nébuleuse industrielle Hengdian vient de transgresser
l’interdit en annonçant son clonage à l’identique
1500km plus au sud, au Zhejiang. En 5 ans pour 2MM€, sur 400ha, les 126
pavillons et portiques dessinés par les jésuites, resurgiront.
Ainsi, dit Xu Wenrong,
le PDG
(ancien paysan), « ce sac honteux sera oublié,
laissant place aux espoirs de paix »… Mais des critiques
s’élèvent contre ce coup de show business, tel Ruan Yisan, historien à
l’université Tongji (Shanghai) : « transplanter ailleurs le
témoignage d’une époque, n’a pas de sens».
NB : cette accumulation de
gestes mercantiles, interpelle. L’Etat doit freiner brutalement la course
à la fortune, dont il avait lui-même donné le signal 30 ans
plus tôt. Mais comment refermer la boite de Pandore? La nouvelle
bourgeoisie est d’autant plus sourde à ses prières, qu’elle
sent venir la fin d’une époque. Message perçu 5 sur 5 par
les industriels coréens en Chine, dont la Chambre de
commerce vient de recenser près de
30% songeant au départ, et 86% pessimistes sur l’avenir—ils
étaient 33% en mars 2007. Mais ces entrepreneurs ne comptent
évidemment pas sur la capacité de réaction du pouvoir,
bien réelle, quoique invisible, ni sur son (sans doute) dernier moyen
pour briser la spirale négative : la réforme politique !
Quand les Athéniens s'atteignirent...
Sans être une surprise, la mauvaise
conjoncture de janvier fut douloureuse : coût des 3 semaines de tempête, où
l’inflation atteignit 7,1%, plus que toute l’année 2007. Désormais, celle-ci
n’est plus circonscrite à un ou deux secteurs, mais généralisée: +30%
au pétrole, 17,3% à la sidérurgie, 14,3% au
charbon, 10,4% à la nourriture. C’est un record depuis
11 ans, que ne compensent guère d’autres signaux plus positifs, tel le
tassement sur la courbe de l’immobilier (« que » +6,8% à Shanghai en
2007, à 19,1MM€), ou sur le surplus commercial à 13,25 MM€ en
janvier - record depuis mai. Ailleurs, la croissance demeure fulgurante et intenable,
comme les 47% de progression des ventes automobiles chez FAW (First Auto Works) en janvier, avec
166.000 véhicules écoulés, dont 146.000 voitures (+58%).
D’autres
nuages noirs persistent, maintenant la bourse entre orange et rouge. Ainsi, l’IDE (Investissements
directs étrangers) a plus que doublé en janvier, à 109,8% (7,6MM€). D’autres investisseurs frappent aux portes, comme le fonds Blue
Ridge qui vient placer 986M€ dans des secteurs; tels énergie, commerce,
immobilier et technologie… Cet afflux d’argent chaud signifie que les mesures de l’Etat pour
prévenir les rachats industriels étrangers ne suffisent plus à contenir
l’avalanche de crédits, délogés par les « subprimes »
de leurs terrains de chasse traditionnels à l’Ouest.
Dans ce
contexte, alors que le RMB monte plus vite que jamais (à 7,14¥/1$ au 21/02), économistes et experts monétaires s’affrontent sur l’hypothèse d’une réévaluation forte et unique (dont l’ampleur pourrait être +20%) sous 60 jours, qui mettrait un terme à
la stratégie des petits pas poursuivie depuis deux ans.
Jonathan
Anderson, d’UBS, voit à la racine de l’incontrôlable surplus commercial
chinois, la distorsion de
concurrence due à un
yuan sciemment sous évalué afin de promouvoir l’emploi par l’exportation. Aussi
pour lui, une méga réévaluation est à exclure, car elle tuerait les PME, cœur
de l’export.
Mais Michael Pettis,chef économiste à l’UNDP, (United Nations Development
Program) désigne comme source
du même surplus, non le cours du yuan, mais la politique systématique de crédit abondant
et à bas prix, qui aurait
« fait perdre le nord » à la pompe aux investissements. Comme
Anderson, Pettis attend d’énormes dégâts comme suite
à une réévaluation massive, mais lui croit que Pékin n’aura pas d’autre choix,
comme électrochoc aux capitalistes, signal indiscutable que la limite est
atteinte.
Le vrai danger d’avenir, selon lui, est de passer d’une forte
sous-évaluation du yuan à une forte sur évaluation, sans que le capital ne
cesse de s’y déverser, alimentant une croissance sans profits: comme advint au
Japon des années ‘80!
Match de catch : Canton contre Chongqing
De janvier à décembre, 1000 PME de chaussures
ont fermé au Guangdong, tuées par la hausse des matières 1ères, des salaires,
la nouvelle loi du travail et la suppression de la restitution à l’ex-port. De même, la montée du ¥ permit à la chaussure vietnamienne de
concurrencer la Chinoise, jusqu’à son marché intérieur.
Le
mauvais temps aussi, a joué son rôle : suite au déficit électrique (d’1Gw/jour au 18/02, après la destruction
jusqu’à fin mars des lignes à haute tension du Hunan et du Guizhou), seules les industries
« prioritaires » (moins polluantes et gourmandes en énergie) restent alimentées –moyennant coupure
de 30%.
Par
ailleurs, selon la FHKI, ‘(Fédération des industries Hongkongaises), d’ici
l’été, 14.000 des usines créées par des Hongkongais dans la province fermeront
faute de personnel. Durant les fêtes de Nouvel An, les
ouvriers migrants ont réfléchi : après le phénoménal engorgement des transports
qui vient d’avoir lieu, l’écart salarial entre Guangdong (1000¥ /mois) et les régions
du centre (850¥ /mois), ne couvre plus le coût de leur voyage au foyer natal, au demeurant,
dangereux et inconfortable !
Seule
parade, le Guangdong doit accélérer le passage vers sa prochaine étape de
développement, les services. Pour ce
faire, il améliore son environnement, à commencer par l’ordre public. A Canton, 420M€ (17,8% du budget) iront
en 2008 dans la police, l’achat de cameras vidéo (déjà 212.700), pour contenir la délinquance de sa population migrante: Shenzhen
compte 11M d’âmes dont 70% de migrants, et 9 fois plus de vols que Shanghai…
C’est évidemment la chance pour le centre et l’Ouest, de se
développer enfin, en réorientant vers ses propres villes-satellites et zones
industrielles, la fuite de ses bras et cerveaux.
Telle Chongqing, dans ses montagnes, à 2000km de la mer.
Municipalité reculée, et en retard d’investissements, elle a pourtant de beaux
atouts comme son marché direct de 100M d’âmes ou son énergie abondante, celle
des barrages (3 Gorges…), et son GNL, aussi source d’une chimie
encore dans les langes.
L’ex-Ministre
du commerce Bo Xilai en est le
nouveau secrétaire du Parti. Dans ses bagages, il a apporté à la ville un
statut de «zone
expérimentale» lui
permettant d’accélérer le projet de couverture sociale aux migrants, et plus de
liberté d’investissement. En ce pays où tout est politique, Bo
pourrait être l’atout n°1 de la ville-province : un battant, et « sur la touche », venant de rater un train vers le
pouvoir suprême, sa seule chance de rebondir tient dans la réussite du pari
qu’il s’est imposé: « inverser d’ici 2020, le rapport entre campagne et ville, aujourd’hui de
70 à 30 ».
Pour ce
faire, la crise systémique que traverse la Chine, la fin probable de l’argent
facile et du « tout pour la côte », pourrait être sa chance, terrain plus favorable pour rebrasser les
cartes !
Réforme politique - deux hirondelles ne font pas le printemps!
Plus encore que l’armée, le Parti
communiste demeure la grande muette, aux 80M de membres toujours alignés et non critiques.
Mais les choses évoluent : selon la CASS (Académie
chinoise des Sciences Sociales), dès fin 2007, 55% d’apparatchiks
intermédiaires étaient demandeurs de réforme politique, contre 40% en fin 2005.
Le 17/02
vit la sortie en kiosque d’un rapport excitant et
décevant à la fois. Sous l’autorité de l’Ecole du Parti, « Prendre d’assaut la forteresse » se veut un «plan intégral de réforme du système
politique». En 12 ans,
selon Zhou Tianhong et Wang Changjiang, la Chine se muerait en une «société civile moderne», tandis que l’«état de droit» et la «démocratie mature» attendraient quelques décennies de
plus.
① le Parti devrait
partager des compétences civiles avec les ONG, media et églises.
2] L’ANP, l’Assemblée nationale populaire, serait
souveraine pour la fixation du budget de l’Etat et son audit.
3] Les membres du Parti devraient devenir
égaux avec les citoyens devant la loi.
Avec tels axes, ce document reste très en
deçà de la démocratie occidentale : ni élections, ni multipartisme, et le Parti
se réserve le processus stalinien de décision par l’”élite”. Il
contient même des contradictions intenables. Wang
propose le renforcement de la démocratie interne et
de campagnes électorales à tous les niveaux parlementaires, tandis que Zhang,
l’économiste, préconise la suppression du niveau de base, le
seul où un zeste de suffrage universel ait été saupoudré… Au moins, les auteurs
tentent de remédier aux excès du système, et appellent avant tout à la liberté
de presse. Par là-même, ils évoquent un puissant et
secret débat interne sur la démocratie: sujet qui cesse d’être iconoclaste.
Confronté à cette effervescence, le pouvoir
reste impassible en apparence, confirmant la réticence du n°1 Hu
Jintao à mettre le doigt dans l’engrenage des
réformes - le spectre de Gorbachev hante... China Daily chante les louanges des auditions
publiques (consultations
populaires). He
Guoqiang, patron de la CCID (Commission centrale d’inspection de la
discipline), entonne la vieille antienne, jamais réalisée, d’“établir
un système loyal, éradiquant la corruption à la racine”. Pékin
garde le cap d’une modernisation exclusivement technocratique, peaufine son
projet de super
ministères,
mais on sait déjà qu’il ne sera pas mur pour la session du Parlement en mars. Ministères,
provinces et Grandes entreprises d’Etat, font barrage pour le retarder. Et
pourtant, rien ne prouve qu’un super ministère, une fois en place, soit plus
“vertueux” qu’eux, plus capable de défendre d’abord l’intérêt de la nation,
plutôt que les privilèges des fonctionnaires : ainsi,
avant même d’être en activité, ce projet de Wen
Jiabao d’administration plus propre et
compétente, souligne à la fois ses lacunes, son urgence, et les puissants
freins conservateurs à toute réforme politique. Au moins, la tentative aura le
mérite de clarifier les choses : pour réformer, il faut déconstruire !
JO Beijing 2008 - Jour J-165
Ø
Calqué sur le modèle européen,
l’Asie se dote d’un jeu de Rugby des 5 nations (21/02). Sponsorisé par HSBC, il sera financé pour
l’organisation des matches, par 0,5M$/an de la tutelle IRB (International Rugby Board).
Les 5 nations “initiales” sont Japon, Emirats, HK, Corée et Kazakhstan : car
contrairement au “6 nations” d’Europe, la cuillère de bois (queue
de classement) sera reléguée chaque an née, laissant place au meilleur des 20
autres pays, dont la Chine.
Ø
Après
le retrait de Spielberg de son poste de consultant artistique des JO pour cause
de clause de conscience, Pékin contre-attaque, “Il n’a pas démissionné”,
accuse la propagande chinoise, “puisqu’il n’avait jamais formellement pris
le job”. Par ailleurs, un mini Parti hollandais, l’Union chrétienne, est le
1er à préconiser un boycott -celui des cérémonies. La Chine ne ramène pas la
sérénité au débat, en tenant (19/02) le procès de Yang Chunlin,
dissident ayant réuni 10.000 signatures de fermiers contre les JO—on attend le
verdict.
Ø
Le
ministère de la sécurité reste en alerte (17/02) face à de possibles agressions
bio chimiques ou nucléaires lors des JO. Peut-être suite au coup de filet
sanglant du 27/01 au Xinjiang, contre un réseau séparatiste ouighour : 2 morts,
15 arrestations.
Argent - Acier : deux années de chauffées à blanc
Acier—deux années chauffées à blanc
Ce n’est pas
annoncé, mais tout le monde le dit : le prix du minerai de fer importé en Chine va augmenter de 65%.
Hausse qui ne pose aucun problème au producteur, assuré de
la reporter sur l’usager, vu la demande chauffée à blanc, et vu que 55% des
383Mt de minerai importé en 2007, sont ressortis du pays, transformés. Aussi Shagang (Jiangsu), Laigang (Shandong) ou Baotou (Mongolie Intérieure)
haussent leurs tarifs de 100-400¥/t.
En 2007, le cartel local de l’acier a fait 13,8MM€ de
profits (+50%). Baosteel (Shanghai) vient de
signer pour 10 ans avec BHP, pour
s’assurer 94Mt de minerai en plus.
En 2008, selon CISA (China Iron and Steel Association), la Chine produira
520Mt (+6,3%) exportera 52Mt (-27%, suite aux plaintes euro-US devant l’OMC – l’organisation mondiale du commerce), et utilisera 434Mt (+11,87%). Les grands groupes poursuivront leur
cavalcade en dévorant les155Mt de capacités libérées sous 3 ans par les
petits.
Enfin, l’étranger arrive : Kevin Ruud, le 1er ministre australien vient négocier avec Sinalco qui veut porter sa part dans Rio Tinto de 12 à 19,9%. Autre mineur australien, Midwest refuse de se
faire racheter (1,2MM$) par Sinosteel. Le Russe Evraz réussit à racheter 51% du sidérurgiste Delong pour 1,5MM$ : Arcelor-Mittal n’est plus le seul étranger au club aciériste
chinois !
Etranger - IPhone—aller et retour Chine
Iphone :
Aller et retour-Chine
Sur les 4M de Iphones vendus dans le monde en 2007, 10% au
moins le furent en Chine, et 50% plus cher qu’aux US, (jusqu’à 600$).
«Made in China» pour le compte d’Apple, ces appareils ont fait l’aller et retour vers l’Amérique- le retour en
contrebande sur commande de Chinois immigrés, destinées à leurs familles au
pays. A destination, ils ont été craqués pour les rendre utilisable sur tout réseau, sans l’abonnement de l’opérateur
(co-exploité avec les fournisseurs de
réseau). Pour la maison de Steve Jobs, le
préjudice serait déjà d’1MM$, sur base d’un abonnement de 2 ans à tarif
occidental -4 fois ses profits de la vente aux Chinois.
C’est China Mobile qui a délibérément dévoilé le pot aux roses, un mois après
l’interruption de ses palabres avec Apple, faute d’entente sur le tarif, et son
partage. Retournant le couteau dans la plaie, Ch. Mobile ajoute qu’en Chine où
20% des portables neufs se vendent à plus de 4000¥, le marché des Iphones
serait le meilleur du monde, estimé à 28M d’appareils : dans le créneau du
« smartphone », plateforme de jeux,
musique, et du réseau internet de 2,5G, Iphone serait
de loin le plus avancé et le plus populaire en ce pays... La nouvelle a choqué la multinationale qui
croyait à un volume de détournement quatre fois moindre. Ainsi China Mobile,
qui vient en janvier d’ajouter 7M d’abonnés à son réseau, le portant à 376M, a
des chances d’atteindre son but : forcer Apple à retourner à la table de
négociation.
Deux lignes ferrées
pour la Libye
Une des forces de China
Construction Railway, (CCR) est d’être une grande
firme d’Etat, habituée aux petits salaires pour ses cheminots et aux contrats
sans concurrents à travers l’empire, tel celui de la ligne Golmud-Lhassa,
ouvert l’été dernier. Sans compter les contacts de son gouvernement, qui lui
permettent de régner sur les marchés internationaux en Afrique, Proche Orient
et Asie, 12,4MM$ d’affaires en 2007 (janv. à nov.).
Le 14/02, dans la logique du moment, CCR obtient
d’émettre pour 4,5MM$ d’actions en bourse de Hong Kong et de Shanghai, dont les
ventes débutent le 25/02. Selon un plan soigneusement arrêté, 8 jours avant la
date fatidique, elle publie son dernier succès à un appel d’offres hors frontières
: deux lignes ferroviaires en Libye, l’une côtière, Est-Ouest de Sirt à Khums (352km à construire en 4 ans), l’autre Sud à Ouest (Sebha-Misurata, 800km à monter en 3 ans), pour
transporter vers la mer le minerai de fer. Valeur du contrat : 2,6MM$, sans compter la plus-value sur le cours
du titre !
La
Chine compte ses Louis d’or
En Chine, le nouveau riche n’a jamais hésité à payer son prix les valeurs
sures, surtout en période d’inflation. Quoique le cours de l’or s’envole,
valeur refuge en période de subprimes (948,6$ l’once au 21/02), le pays a
consommé 326t en 2007 (+26%), dont 302t en bijouterie.
La production locale progresse, aidée par l’investissement étranger :
mais avec 270t extraites l’an dernier, il lui a fallu faire rentrer 56t de l’extérieur.
Tout ceci fait de la Chine le 2d consommateur (derrière
l’Inde, 773t) et 2d producteur, talonnant à 2t près l’Afrique du Sud qui risque son trône
incontesté depuis 1905!
RdV - Pékin, Salon de la décoration
29
février – 3 mars, Beijing : Build and Decor, Salon de la décoration
01-02 mars. Beijing :
CIEET, Salon de l’éducation
Petit Peuple - Yingkou: un film « X » vierge
Au lycée
n°1 de Yingkou Liaoning), Zuo Ya, étudiante émérite, avait son avenir tout
tracé. Son seul souci –bien de son âge- étant la découverte de l’autre sexe. En
2006, le lycée les avait gratifiés d’un cours maladroit où la prof de
biologie, s’aidant du cliché d’une femme nue, avait effleuré les rudiments
techniques de l’amour, tandis que les gars ne cessaient de glousser et les
filles interdites, de s’observer en biais. Puis dès 2007, le cours avait été
annulé, renforçant le malaise de Zuo Ya. C’est que sa classe comptait 4 à 5 petits couples, 25%
de leur groupe, qui ne cessaient de chuchoter et se faire des oeillades.
Aussi
pure que naïve, Zuo Ya
n’était en rien jalouse. Mais sa tante, gynécologue, était là pour lui conter
l'explosion des avortements dans son hôpital, des fausses couches et grossesses
sauvages. Et ses copines disparaissaient du lycée, pour réapparaître vendeuses
ou bonnes, leurs cœurs et leurs corps gâchés à jamais ! De ce mal, les
parents étaient en partie responsables, avec leur propension à «garder la vérité sous cloche» (讳莫如深 hui mo ru shen), et ignorer les appels à
l’aide.
C’est pourquoi en 2007 après son bac, Zuo
Ya décida de briser
le mur du silence: elle tournerait un film d'éducation sentimentale, qu'elle
posterait sur internet !
Tout de suite, elle
trouva fa-ce à elle une ville en fièvre, tel un nid de guêpes dérangé d’un coup
de pied. Plutôt que d’en parler et faire des vagues, les esprits vieux-jeu préféraient laisser s’envenimer le mal social.
Enthousiaste, la frange moderniste défendait le remède imaginé par Zuo Ya. Sans opinion mais
pragmatique, la majorité comptait les points: telle sa mère, pas hostile sur le
fond, mais qui déplora qu’avec sa maudite lubie de s’occuper des affaires des
autres, Zuo Ya ait obtenu
un score médiocre au bac, la forçant à redoubler.
D’accord en
principe, ses co-pains de classe voulurent bien financer son projet, voire
prêter jusqu’à 3 caméras digitales. Mais au grand jamais, ils n’acceptèrent de
se porter volontaires comme acteurs : « les parents se fâcheraient », prétexta l’un d’eux, qui craignait en fait, de dévoiler à la caméra
son ignorance sur les manières dont le
corps exulte.
Zuo Ya
tint bon. Elle trouva un ami pour rédiger le scénario –tragique à souhait, mais
dépourvu de toute scène torride. Un collège technique lui fournit deux chambres
comme décor, et l’aida à convaincre quelques uns de ses apprentis de tenir les
rôles : moins maniérés et plus pauvres, ils furent surtout sensibles à l’appât
d’un petit cachet.
Surtout, à force
d’obstination téléphonique, Zuo Ya
sut convaincre un magazine féministe de consacrer un reportage à sa démarche:
depuis, les fonds affluent, les techniciens bénévoles aussi – la sortie sur la
toile est imminente.
De son aventure, Zuo Ya a beaucoup appris. A vaincre ses
peurs, et à aider les adultes à conjurer les leurs. Voyant leur jeunesse
refuser cette fausse fatalité qui n’était en fait que lâcheté, les bonnes gens
de Yingkou retrouvent leur courage, acceptent de décaper leurs relations de leur
chape d’hypocrisie : à défaut d’avoir été les auteurs du changement, ils
sont prêts, désormais, à s’en faire les alliés !
Politique - Chine-Vatican—les enchères montent
Chine-Vatican -
les enchères montent
On se rappelle (VdlC n°6) la désignation de Jean Tong Hon, futur évêque de Hong
Kong, réputé plus proche de la Chine.
Le timing de l’envol de
cette colombe semble avoir été calculé: quelques jours après (19/02), Ye Xiaowen, ministre des cultes, rencontre à Washington
le nonce apostolique Pietro Sambi, puis suggère publiquement que le Vatican a « presque » satisfait à ses deux conditions à la normalisation. L’abandon de Taiwan est accepté, le
principe de la primauté de l’Etat sur les affaires religieuses intérieures, est
«négociable» par Rome. Ce qui change tout. Car ces
positions de la Curie sont depuis longtemps connues : en les admettant, Pékin
se dévoile prêt à accorder le concordat auquel il se refuse depuis 57 ans. A sa volte-face, Deux raisons viennent à l’esprit.
① Pékin a pris la leçon du faux départ de ses Jeux Olympiques, sous l’angle de
son image de marque:il multiplie les gestes pour remonter la pente -telle
l’annonce d’une nouvelle mission au Soudan pour tenter d’accélérer un règlement
de la question du Darfour. Or quel
meilleur signal donner au monde, qu’une réconciliation avec la chrétienté,
surtout si elle se traduit en actes par une visite papale en Chine.
② La réconciliation avec les églises, figure en
filigrane du plan de réforme politique de l’école du Parti (cf
p.2). Cependant,
face à cette rarissime concession socialiste, le Vatican réagit de manière
inattendue : à son tour, soudain, il inverse sa position, et prend ses
distances, estimant une mission pastorale du Saint-Père «impensable» pour
l’heure, faute de pouvoir visiter l’église de l’ombre, en plus de l’officielle.
Manière de dire que pour cette réconciliation, le régime lui aussi, devra faire
des sacrifices !
3Com,
Bain-Huawei - acquisition compromise
2,2MM$, c’est ce que Bain capital LLC et Huawei devaient payer pour sauver 3Com le
producteur américain de serveurs dans la tourmente de l’explosion de la bulle internet en 2000. Mais soudain (20/2), le CFI, l’agence chargée d’autoriser les ventes de valeurs technologiques à
l’étranger, exprime ses «doutes» sur cette
vente qui offrirait à Huawei le logiciel
sécuritaire Tipping-Point.
Ce verdict tombe après qu’éclate le scandale de «Greg» Chung, ancien de Boeing accusé d’avoir livré à la Chine des technologies classifiées. La presse
US présente ce verdict comme une leçon : en tolérant des transferts illégaux,
la Chine sacrifierait des chances bien plus importantes de rachats licites.
Bain et Huawei vont—peut-être– reformuler l’offre de
rachat –amputée cette fois du logiciel à problème. A moins que 3Com ne fasse
faillite d’ici-là: après la décision du CFI, la part se traitait à 2,87$ soit
–23%. A son zénith en, 2000, elle valait près de 22$!
NB :
Pékin crie à la discrimination déloyale, rappelant le veto du Congrès au rachat
d’Unocal par Cnooc en 2005.
Course de vitesse pour le
Kosovo
Entre la déclaration d’indépendance du Kosovo et sa reconnaissance par Taipei, ne se sont écoulées que 48h. Et encore
J. Huang, son ministre des affaires étrangères précisa (20/02), que la décision avait été retardée pour laisser le 1er mot à des puissances comme USA ou France. La suite du film s’est
déroulée selon un scénario usé. Huang justifia ce
choix «conforme à sa
stratégie d’amitié avec tout pays croyant en la liberté et la démocratie», tout en murmurant que l’île «aiderait» l’Etat enclavé, «s’il le demandait». Pristina inscrivit Taiwan sur sa liste
internet des 17 Etats assurés de sa gratitude, puis
l’en retira: des palabres triangulaires étaient engagées. Pour des raisons
claires (risque de
précédent pour Taiwan, Xinjiang, Tibet), Pékin était contre la sécession du Kosovo, mais il lui fallait avant
tout sauver les meubles.
Le 28/12, la Chine a
prouvé sa «puissance du chéquier» supérieure à celle de Taiwan, en rachetant la
voix du Malawi à 6MM$ (selon Taiwan). Mais elle a d’autres arguments tels ses 18 « bérets bleus » prêtés à
la force de paix de l’ONU. En place depuis 2004, elle peut les envoyer le mois
prochain—ou bien pas. Même, dans un cas récent, Pékin fit veto à l’envoi de
telle force, vers un Etat votant pour Taiwan : à bon entendeur, salut !
Dernière nouvelle : Star Wars 1à1
Sans grande conviction, Chine et Russie avaient tenté
d’empêcher l’Amérique à son tour, de détruire un satellite dans l’espace (la Chine l’avait fait l’an dernier, sans
prévenir). Sans grande
vraisemblance, Washington maquillait l’affaire en «élimination sécuritaire d’un vaisseau
spatial devenu dangereux ». Le 20/2, le tir a eu lieu, par un missile tiré depuis une frégate
« Egée ».
Fataliste, Pékin
n’en fait pas une affaire, mais demande le partage des données scientifiques
collectées - et le Pentagone accepte. Un point partout - le terrain est mur,
peut-être, pour négocier un accord de non armement de l’espace !
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