Le Vent de la Chine n° 04(XIII)
28 janvier - 3 février 2008
La chute boursière, et après...
Le lundi 21/01 à l’ouverture de la bourse, glacée par la
chute des cours américaine, la Chine céda à la panique.
5% des 4000MM$ de capitalisation disparurent au 1er jour, 7,2% le 22/01, pour remonter
légèrement le 23/01à +3%. Même angoisse à Hong Kong, où
les valeurs chinoises furent les plus malmenées (-12% le 22/01), tel les assureurs China Life (-16%), Ping An (-12,5%), ou le Pékinois Air China (-25% en 2 jours), qui paie pour son opération inamicale sur son
rival shanghaïen China Eastern. Tout ceci commençant à ramener
ces valeurs chinoises à des niveaux plus réalistes— « back to reality ».
Les banques sont étrillées, ICBC, la banque de l’industrie
et du commerce, à 38% sous son
plafond d’octobre, et la Banque de Chine à –35%. Subprimes? Pas seulement! Les mauvaises
dettes des quatre sœurs ont baissé l’an passé de 7,51% à
6,7% : moins par la vertu de leur gestion que par l’explosion de leurs encours, surtout immobiliers, souvent mal
sécurisés. En somme, même en Chine, le noroît se lève. Et l’on comprend à
présent pourquoi la Banque de Chine vient de recevoir un quota de prêts annuel,
écourté de 20MM$ : au vu de ses résultats de l’an passé, et de pertes encore
secrètes à dévoiler !
Après 23% perdus en bourse de Shanghai depuis le 16/10, l’Etat réagit. La CBRC (China Banking Regulatory Commission) crée un groupe de travail « subprimes » avec les banques, pour
prévoir l’étendue des dégâts. CBRC et CIRC (China Insurance Regulatory
Commission) autorisent l’achat de parts d’assurances par les banques.
Puis une dernière mesure sème la perplexité: des ventes records de titres sont annoncées (21/01) à Shanghai, pour 20MM€, dont trois-quarts
à Ping An, 3MM€ au charbonnier Chenergy, 2MM€ à China Railway
Construction. Tentative osée vu la déprime
actuelle, et signe que l’Etat veut redonner confiance aux actionnaires, tout en
épongeant les liquidités excessives. Selon Louis Capital Market, Pékin garde au chaud deux instruments
pour soutenir sa bourse et lui éviter la disparition de 50% de sa
capitalisation :
① avec ses 1300MM$ de réserves, acheter massivement, et
② autoriser enfin le fameux «train express» des investissements directs, en
bourse de Hong Kong, au HKSE, permettant aux Chinois d’acheter chinois hors
Chine.
Toutefois, le prix à payer pour ce dépannage chinois,
sera aux limites du supportable. Vu la baisse du taux d’intérêt US à 3,5% (22/01), l’Etat perdra cette année, sur
ses avoirs en bons du trésor américains, 49MM$, soit plus que sa note globale au
titre des Jeux Olympiques. Tout en exacerbant les spéculateurs, avec sa monnaie
vulnérable…
Bizarre, comme après des années de croissance sans histoire, tant d’événements
se bousculent. L’appel du monde paysan à la réforme foncière (cf p.2), la panique boursière, les
signes d’un dégel proche à Taiwan (cf p2), l’envergure donnée aux Congrès du Peuple municipaux et provinciaux (voir ci-contre). Tout ceci arrive à la veille du Chunjie, fête du printemps (7/02), l’entrée dans l’année du rat, 8 mois avant les JO, rendez-vous
mythique où l’opinion attend la fin d’un cycle, le passage à un stade inconnu de
son évolution. Surtout, ces péripéties sonnent le signal de la fin d’une croissance
non-durable : l’obligation de quitter un modèle de vie à l’américaine, inadapté
à ce continent.
Petit Peuple - Lijiang : le cadeau qui tue, de Zhang Chao
A Pékin, Zhang Chao était de nature nonchalante, paresseuse même (ce qui est rare en Chine), et
en faisait le moins possible, sans penser au lendemain. Autre rareté : quoique issue d’un foyer pauvre, elle était sans ambition,
indifférente à l’avenir. Au terme d’études sans lustre conclues par un petit bac en 2005, elle avait décroché une place en
école de tourisme à Lijiang, Yunnan, jungle touristique aux mœurs des moins austères.
Sous ces tropiques, elle s'amollit davantage, passant plus de temps à
s’amuser qu’à étudier. Son pécule étant loin de suffire, elle bossait à
mi-temps en boite de nuit, payée
aux boissons qu'elle extorquait des clients—et s’en faisait entretenir. On l’a
compris : Zhang était de celles sur qui les hommes se retournent, et avait tôt
appris à user de son pouvoir.
Sur
cette pente, les 1ers mois, elle
crut pouvoir arrêter, et finir ses études. 18 mois après, criblée de dettes, elle sauta le pas dont on ne revient pas,
acceptant de se faire ertaitai (二太太), épouse n°2 de Mu Hongzhang,
39 ans, directeur des ponts et chaussées, séparé de sa femme par le travail.
Dans l’attente d’une improbable réunification familiale, il avait acquis une
villa : il y installa sa « poule », lui versant chaque mois, selon son degré
d'extase, des primes allant jusqu'à 30.000¥.
Aux
yeux de la ville, la belle Chao vivait dans le meilleur des mondes possibles. Mais sous ses airs délurés, elle
souffrait, sachant que sa place de rêve n’était que balle enrobée de sucre (糖衣炮弹, tang yi pao dan) : elle
n'avait plus que 15 ans pour amasser de quoi vivre le
reste de son existence, une fois que «comme à la fleur, la vieillesse aurait terni sa beauté».
Même à cette lumière, rien ne peut vraiment expliquer la
férocité inouïe à laquelle elle traita son amant le soir du 19/12. A 1000 li d'entrevoir
le danger, le naïf barbon faisait étalage de richesse et l’excitait, tel le toréador,
à l’éventail
rouge des 3M¥ de son livret d’épargne. Pour faire la sourde oreille, dès qu'elle réclamait
le code d’accès. Cette nuit-là, sans crier gare, avec l’aide de deux de ses ex- (un étudiant,
un travesti), elle le
séquestra dans sa villa. Ensemble, par violence, ils lui extirpèrent le mot de passe.
A ce
stade, pour éviter l'irréparable, les complices étaient d’avis de le laisser
filer : elle l’égorgea, dit la chronique, pour «lâcher la vapeur de sa rage». C’est alors qu’espérant prouver son
innocence, un des gars saisit à la camera vidéo la scène atroce: Zhang Chao
découpant le corps en 260 lambeaux, pour supprimer tout risque d’identification
ultérieure…
Ne
s'improvise pas assassin qui veut : elle laissait aux enquêteurs une cible
facile, et se trouvait d'emblée suspecte. Elle accéléra
sa capture en tirant d'un distributeur 100.000¥ en billets neufs, qui la confondirent : au 5ème jour, elle était au cachot, et en aveux!
Depuis
lors, calme face au juge, elle n'a qu'une exigence: être exécutée par injection
plutôt que par balle, afin d'emporter son beau visage intact dans l'éternité.
Cet
acte gratuit, qui ne lui laissait aucune chance, fait mystère. Il laisse
soupçonner chez cette fille futile une autre forme d'intelligence, à la fois
supérieure et inaboutie. Avec la passion sauvage des jeunes à peine sortis de
l’adolescence, elle signifiait son refus d'une vie d'esclave sexuelle. Elle
voulait quitter cette terre sur un geste qui
donne à sa vie un sens, fût-il morbide.
Son
ultime demande exprime sa souffrance, et son erreur aussi : l'illusion de
n'exister que par le désir des autres. Sans avoir jamais su
qu'elle avait aussi une intelligence et un cœur à elle seule –contrairement à
son corps, propriété des autres !
Les Congrès du Peuple aux champs...
Cette année, le Parti communiste chinois met en valeur un rendez-vous
traditionnel jusqu’alors inaperçu : les 30 Congrès du Peuple des provinces chinoises, du 20 au 27/01, avec chaque fois quelques
centaines d’élus –770 à Pékin, 860 à Shanghai, 864 à Chongqing… Au demeurant,
la tâche de ces assemblées n’a pas varié : valider les décisions, et la
délégation locale des édiles, à la session de l’ANP, le Parlement, en mars
prochain.
La presse a mis l’accent sur ces assemblées : suite à la
consigne donnée par le XVII. Congrès d’octobre, 2007 d’intégrer les 100 M de travailleurs migrants, leur
donner logis, emploi, éducation, et surtout (c’est l’idée nouvelle), des représentants. Priorité à l’intégration des
défavorisés, dernier avatar de la société harmonieuse du Président Hu Jintao. Par les temps qui courent, elle semble fort raisonnable. On peut aussi
voir un autre mobile à cette promotion des parlements locaux.
Ils représentent pour la plupart, des 10aines de millions
d’âmes et de vastes territoires qui en Europe, auraient été des Etats. Si à l’avenir, Pékin devait refondre son
appareil pyramidal, écrasant et inefficace, c’est sur ces structures
intermédiaires qu’il devrait s’appuyer, pour forger un système d’une
philosophie entièrement nouvelle, inspirée de l’autonomie à l’espagnole, ou du
fédéralisme à l’allemande.
Pour suivre les consignes au
sommet, le Congrès de Pékin s’est adjoint deux députés migrants aux titres
prolétaires indiscutables —une laitière de 42 ans, un éboueur de 27 ans. Tout
en réduisant d’un tiers ses élus cadres (à 62), et doublant
ouvriers et paysans (à 49). Shanghai a
introduit un migrant du nom de Hong Gang. Canton est allé plus loin, en plaçant Hu Xiaoyan, sa migrante issue d’une autre province,
sur la liste de sa délégation à l’ANP : c’est une première !
Pour le reste, quels que soient les rêves de ces
enceintes, de se métamorphoser en moteurs d’une démocratie future, c’est le
traintrain socialiste qui domina, chaque Congrès approuvant les promotions et
les plans annuels décidés au sommet. Un leitmotiv est le thème de brider
croissance et « intensité
énergétique». A Jinan (Shandong), le Congrès vise une hausse de PIB de
10%, celle d’intensité d’énergie, de 4,5%. A Nanning (Guangxi), il guigne un PIB de 11% (au lieu de 15 cette année) et une économie d’énergie de 3,5%. D’autres priorités visent à brider
la croissance démographique, enrayer la valse des prix alimentaires et du logement, pour ce
dernier, en multipliant la construction d’HLM.
NB : Tant de mots
d’ordres répétés à l’infini, ne plaident pas pour l’éveil des initiatives
locales. Pas plus que l’ignorance, manifeste chez ces édiles, des soucis
locaux, comme à Shanghai, le refus de l’extension du Maglev.
Quoique clairement exprimé, le désir de représentation populaire accrue, reste
au stade velléitaire !
La Chine au pied du mur de la réforme agraire
La proclamation par les fermiers de Fujin (Heilongjiang) de l’abandon du collectivisme terrien, s’est vite répandue sur internet. 40.000 autres ont adhéré dans la
province, suivis de 120.000 paysans ayant signé des chartes similaires dans le
Shaanxi, le Jiangsu et à Tianjin. Dans l’ombre, une coordination évoque 13
provinces sur le point de suivre. Ces paysans réclament le partage individuel,
ou bien par coopératives à 10 ou 20 familles.
Face à ce défi, le gouvernement reste encore sans réponse :
① Il
sait que les villes exproprient par an 335.000ha dont 40% arables, et autant de
surfaces confisquées au noir. Économistes
et cadres centraux savent que ces confiscations illégales sont la cause n°1 des
émeutes, et le premier obstacle à l’enrichissement des campagnes, au
remembrement de grandes fermes et coopératives, assez riches pour s’équiper aux
dernières technologies -économiser l’eau, valoriser les produits… Sans réforme
foncière, la campagne lancée depuis 2003 par le Président Hu Jintao et le 1er ministre Wen Jiabao pour combler l’écart de croissance entre
ville et campagne, s’éternise sans gagner la partie. Même le potentiel
productif s’essouffle, dit Huang Peijing, agronome/ député hunanais,
du fait d’un exode rural laissant les campagnes veuves de leur force de
travail.
② Adopter cette réforme est risqué, touchant aux
fondements idéologiques du régime et à la source 1ère de l’enrichissement personnel des cadres ruraux : elle exige une audace
encore absente.
Il se trouve qu’il y a 30 ans, une 100aine de paysans
de Xiaogang (Anhui) cassaient leur
«commune
populaire» pour se
partager les lopins. La province avait réprimé, mais quelques mois plus tard,
depuis Pékin, Deng Xiaoping
avait réagi.
Reprenant l’idée à son compte, il avait créé l’actuel droit foncier, compromis
où la terre reste publique mais l’usage est alloué
aux paysans pour 30 ans. Aujourd’hui, la base se réveille, pour exiger d’aller plus loin !
Car l’administration rurale a prospéré sur ce terrain corrompu.
Surdéveloppée, sans contrepouvoir, elle reste sourde aux tentatives de Pékin
pour enrayer les confiscations. Le ministre du sol Xu Shaoshi a épinglé 3700 cadres, coupables d’abus
sur 1,3M d’ha—300 sont déjà condamnés. Mais la légèreté du nombre, et des peines
(amendes,
confiscation) prive
l’action de toute valeur dissuasive : le 22/01 à Wuming (Guangxi), à coup de
police armée et de 12 pelleteuses, la mairie chasse son village de ses 100ha de
masures et de potagers… A titre de réponse au problème national, Pékin vient
encore de promettre d’augmenter de 20 à 30% le montant de l’indemnisation. Mais
vu le climat délétère, la réaction n’est elle pas du type, « trop peu, trop tard » ?
Taiwan - la nouvelle donne
Les législatives du 12/01 à Taiwan, viennent de changer toutes les
perspectives concernant la Chine : DPP (indépendantiste au pouvoir) comme KMT
pro-réunification, rament désormais dans le même sens, celui du rapprochement.
C’est que le DPP et son leader ultra Chen Shui-bian ont été étrillés, ne recevant que 27 des
113 voix au « Yuan législatif » (Parlement). Or, pour l’autre enjeu, crucial, des présidentielles du (22/03), tout n’est peut être pas perdu
pour le camp « indigène », à
condition de convaincre l’opinion de ne pas mettre tous ses œufs dans un seul
panier. L’opinion vient de dire qu’elle ne voulait pas d’une séparation «au
forcing» avec le continent. Pour éviter le conflit, et pour tenir compte de
l’intégration économique, moteur de sa richesse : en décembre, ses exportations
ont monté de18% grâce à la Chine, qui vient de dépasser les USA comme 1er fournisseur et client (comme avec le Japon). Les choses sont claires : «on ne mord pas la main qui vous nourrit »!
Aussi Frank Hsieh, le candidat du DPP propose de « reculer » les 2
referendum programmés par Chen pour le 22/3, scrutins symboliques qui devaient
décider si Taiwan devrait tenter d’entrer à l’ONU sous son nom propre plutôt
que sous celui de «République de Chine» - Pékin étant évidemment hostile à ce projet qui la provoque. Hsieh suggère aussi, en cas de victoire, de faire 1er ministre Ma Ying-jeou, son rival du KMT. Ce qui serait normal, le KMT disposant désormais de
la majorité au Yuan législatif. Mais une telle cohabitation à Taiwan, n’est pas
dans les mœurs.
Côté KMT, Ma offre de rétablir les liaisons aériennes, à commencer par des vols charter de
week-end dès cet été, à temps pour les Jeux Olympiques. Et d’engager des négociations pour un plan de paix formel, voire une réunification sous trois conditions qui, si
appliquées, changeraient profondément le visage du pays et reporteraient la
réunification à des décennies plus tard…
Dans l’attente du scrutin présidentiel, le gouvernement de Chen, respectant
le verdict des urnes, met les bouchées doubles pour sortir d’ici le Chunjie,
un plan
d’assouplissement des investissements de l’île sur le continent (déjà quand même 100MM$, tandis que ses
expatriés atteignent le million). Ainsi, pour acheter un bien en Chine, citoyen ou firme insulaire ne
devront plus déclarer la source des fonds, et pourront obtenir de leurs banques taiwanaises
jusqu’à 50% du financement.
Tout ceci permet très logiquement au citoyen taiwanais
de rehausser sa cote d’espérance d’un climat meilleur : 47% croient désormais
que les relations se seront embellies d’ici décembre—c’est le record
d’optimisme, depuis 2003 !
JO Beijing 2008 - Jour J - 193
Dopage : les Jeux de Pékin vont-ils battre la triche?
Ex-champion
d’aviron, l’avocat d’affaires Guillaume Jeannet (cabinet Gide, Pékin) en est certain : les Jeux de Pékin seront les plus propres de l’ère
moderne, grâce à un arsenal de moyens inédits pour tester les sélectionnés
olympiques sans préavis, où qu’ils s’entraînent. Grâce au centre chinois
anti-dopage qui fera 230 tests/ jour (25% de plus qu’à Athènes, près du double de Sydney), sur près de la moitié des 11.000
athlètes en lice.
Mais le professeur allemand Mario Thevis, chef de labo anti-dopage, annonce
l’arrivée de substances permettant au sportif de secréter ses anabolisants
naturels : indétectable, tout comme l’échange du sang (saturé d’oxygène en altitude, surgelé,
réinjecté dans l’organisme à la veille de l’épreuve). Face à de telles armes, la « tolérance zéro », principe des jeux de cet été,
peut être mise en échec.
NB : L’enjeu de ce bras
de fer entre argent et courage, va beaucoup plus loin qu’un flot de médailles,
et même, que des centaines de milliers d’euros qui vont avec. En cas d’échec,
des hommes tels le Dr américano-HKgais J. Chang, Président de la Commission médicale des
Jeux Asiatiques, réclament la légalisation du dopage : ce qui
diviserait le sport mondial en deux
circuits irréconciliables !
Argent - Le commerce en ligne bat celui en boutique
Le commerce en ligne bat celui en boutique
Les internautes
chinois poursuivent leur croissance effrénée, venant de franchir le cap des 210
millions et s’apprêtent à prendre incessamment la tête mondiale.
Cela a ses conséquences sur le commerce : l’an dernier, les achats réalisés
sur la toile, ont atteint 5,6MM€, en hausse de 90%. 55M de surfeurs ont mis la
main à la carte de crédit, soit près d’un sur quatre, dit le Centre national de
recherche sur l’internet. Et dans ce métier, plus on est gros, et plus l’on
gagne.
Taobao, la galerie marchande
du groupe Alibaba (propriété à
40% de Yahoo) a vu ses ventes progresser de 156%, et
atteindre 4,1MM€, soit près de 80% du score du pays. Ses acheteurs et vendeurs
qui étaient 30M en 2006, sont passés à 53M l’année suivante (chiffres du groupe), soit quasiment la totalité. Pendant ce
temps, Carrefour, un des très gros acteurs en Chine avec plus de 100 grandes
surfaces, restait loin derrière, avec « seulement » 2,3MM. Il faut
dire que Taobao/ Alibaba
fait le détail mais aussi le gros (fournissant les petits commerces), l’occasion (sans garantie !) et la vente aux enchères. La dépense par acheteur a
aussi bondi de 45%, à 77€ : la confiance, comme l’appétit, vient en mangeant !
Etranger - Maersk, vent debout…
Maersk, vent debout
Anodin en apparence, un
incident mineur déclencha l’émeute à l’usine Maersk de
conteneurs de Machong (Canton, 14/01).
A la cantine, un soudeur
migrant avait sauté la queue. Les vigiles le taxèrent de 200¥, puis de 1000¥, vu son
insoumission. Des coups furent échangés : par 100aines, les ouvriers chassèrent les gardes,
mirent à sac le bâtiment administratif, le bloc des vigiles. Le non-dit, ici,
tient aux soucis de Maersk, qui doit supprimer des
milliers d’emplois aux
US, et cherche à rattraper en Chine le manque à gagner.
Selon Voice of America, Maersk
aurait poursuivi une politique dure et non négociée, d’amendes aux
travailleurs, d’horaires alourdis. Il aurait exigé le rattrapage sans paie des
5 jours de congés hors Chunjie
: vexation mal ressentie. Selon Han Dongfang, dissident
et expert du droit du travail, réfugié à Hong Kong, l’incident de Maersk n’est nullement isolé dans le delta des Perles:
chaque jour y verrait le débrayage d’au moins un groupe de plus de 1000
employés, sans compter un nombre de conflits plus petits. Les horaires sont
souvent durs et la sécurité limités (40.000
doigts/an, perdus en accidents). La
non-négociation est la règle, et pour protéger une situation d’investissements
fragilisée, les autorités, le syndicat unique ferment les yeux. Dans le conflit
Maersk, la police ne serait intervenue que pour
conduire à l’hôpital le soudeur et un vigile, blessés. Depuis, la mairie locale
poursuit une « procédure de
conciliation ». Ainsi dans la province, réchauffent les éléments d’un cocktail social
explosif !
Qualité
alimentaire—Exit ISO-9000, entre le rabbi…
Mordechai Grunberg, rabbin américain, est un homme
fort occupé. Avec sept experts de la Orthodox Union (qui certifie 400.000 produits à travers
le monde pour la clientèle américaine), il
inspecte les firmes alimentaires chinoises pour octroyer à leur produit le
label kasher. Il décrypte
les livres de comptes, visite l’usine, pratique les inspections surprises. Le
groupe religieux vérifie la conformité aux règles de la
diététique biblique, mais aussi à certaines normes actuelles : ainsi, depuis
2001, toute certification kasher en Chine, implique l’apposition d’un code-barre assurant sa traçabilité, ce que la loi chinoise n’impose que depuis
septembre. Les rabbins ne pratiquent aucun test de labo, mais travaillent à
leurs règles pragmatiques, validées par des décennies de travail. Le corps des
inspecteurs est petit, soudé, et ses décisions (accord, rejet, exigence de modifications) sont sans appel: rejeté par l’un, aucun industriel chinois ne peut
espérer gagner auprès de l’autre.
Or, de la
sorte, cette filière juive constitue une chance inespérée pour
l’interprofession chinoise.
① Car,
presque seule à le faire, elle offre des règles claires, et la garantie de succès,
une fois effectuées les modifications au processus de production ou de
conditionnement : celles-ci réduisent à presque rien les plaintes, une fois le
produit exporté.
② Après
l’humiliation de l’été 2007 (les scandales
à l’export des fruits de mer, dentifrice, croquettes pour chiens/chats etc),
l’alimentaire chinois se refait une honorabilité « minute » aux USA,
avec ce label. Dès maintenant, la moitié des
2,5MM$ de ces exports est kasher, du fructose
au thon congelé, de la boisson énergétique aux colorants. Le marché a augmenté
de 150% en deux ans, et le nombre de certificats a doublé à 150/an. Désormais,
en Chine, la demande en rabbins est si forte, que les exportateurs paient pour
les faire venir !
RdV - Dans l'attente du Nouvel An chinois
La Chine en
hibernation, en attendant le Nouvel An chinois
Politique - Les taxes carbone chauffent
Les taxes carbone chauffent !
Bruxelles sonne l’alerte : en Europe, le grand plan énergétique est adopté, irréversible, quoique
faisant grincer des dents des lobbies tels le sidérurgique ou le charbonnier,
qui craint y voir « la fin de la filière houille ».
Dès 2013, transporteurs aériens et pétroliers
paieront 20% de leurs quotas d’émissions de gaz à effet de serre (aujourd’hui gratuits) puis 100% en 2020. Pour les secteurs
vulnérables à la concurrence mondiale tels métaux et ciment, la décision
viendra en 2010. Et en cas d’échec aux palabres de Kyoto-II pour des réductions
contraignantes des émissions, des taxes seront « étudiées » pour l’export des pays tiers.
Sans attendre, M. Bartenstein, ministre autrichien de l’économie fait un appel bruyant à cette
écotaxe européenne sur l’acier ou la voiture, de Chine ou d’Inde—au nom de
l’égalité de conditions de concurrence !
Petite chasse aux mauvais sécuritaires...
Chunjie oblige, Pékin
s’efforce de rehausser sa cote. N°2 de la supervision disciplinaire (纪律检查, jilüjiancha), Wang Wei annonce (22/01) des sanctions à 183 patrons et cadres, pour cinq accidents
ayant coûté 189 morts, tels la chute d’un pont en construction (août, Hunan), ou la rupture d’un circuit d’acier en
fusion (Liaoning,
avril).
Pour leurs actes de « déréliction, abus de pouvoir et corruption », 78 se retrouvent au tribunal, et 31
perdent leur poste et/ou leur carte du Parti. Li Yizhong, ministre de la sécurité au travail, dénonce la «gestion chaotique» de bien des usines, mines et chantiers,
et 101.480 morts en accidents de travail en 2007. Li fait aussi appel à la
dénonciation des cadres fauteurs de ces dangers mortels : sans doute de bonne
foi, mais naïf, en ce pays où le patron et le cadre peuvent aisément identifier
et briser leur mouchard... Li promet aussi d’enquêter sur l’accusation du
britannique Sunday Times, d’une construction du nid d’oiseau, grand stade olympique, ayant causé 10 décès au bas mot. Enfin, signe
de cette molle indignation publique face à ce fléau, la police recherche les
deux patrons en fuite d’une mine clandestine ayant explosé le 20/1 à Fenxi (Shanxi), entraînant
20 morts.
Couples—le divorce
s’emballe
Selon le Département des
affaires civiles (25/01), l’an passé, 1,4M de couples déchirés ont rendu leur contrat (+18,6%), 9,5M de couples ont convolé (+11,8%). La Chine se voit donc traversée d’un tsunami de divorces, par rapport à 1980 où ils
n’atteignaient que 341.000.
① Une raison tient au prix à payer pour le boom économique : les longues heures de
travail et de bus, la pollution.
② Les conjoints vivent moins
ensemble, chacun poursuivant sa carrière -parfois à des centaines de km. La
femme rattrape l’homme dans le monde du travail, et n’en dépend plus.
③ Surtout, l’enfant unique,
est choyé par toute la parentèle. Eduqué de manière plus moderne, son horizon
moral s’est élargi : pour lui, le mariage cesse d’être un devoir, et le divorce
une honte. Face à la poussée du moi, (tournant millénaire, aux conséquences
encore incalculables), la
sociologue Chen Xinxin conclut : « les jeunes
adultes ne renoncent pas au mariage, mais ne peuvent plus le concevoir
autrement que de qualité » :
avec tendresse, égalité, et partage !
Enquête aux sources de la corruption
Qu’est-ce au juste que la corruption en Chine?
Docteur en économie, Wang Xiaolu, vice directeur de l’institut national (privé) de recherche économique, a enquêté auprès de 2000 foyers aisés.
Conclusion : en 2005, le revenu gris, de source au mieux douteuse, atteint
454MM€, 26% du PNB -face aux 851MM€ de la masse salariale légitime. Ses cinq
sources sont le détournement de fonds publics (53MM€), le bakchich (123MM€), la vente de licences ou charges (47MM€), la vente de biens publics (70MM€), et l’abus de monopole (87MM€).
Le revenu gris serait l’apanage d’un petit nombre de
secteurs-rois. Finance, services publics, pétrole, tabac et
électricité assument 8% de l’emploi mais 55% des salaires. En outre, les avantages en nature permettent de
gâter les employés, avantages non-imposables qui peuvent dépasser plusieurs
fois la fiche de paie. Conséquence : 10% des citadins se partagent les trois-quarts
du revenu gris, et creusent un écart très supérieur au chiffre admis par
l’Etat, avec un revenu moyen de 9176€/an (contre les « 2743€/an » officiels), face aux 104€/an des 10% plus pauvres.
Wang ose conclure que pour enrayer cette fracture sociale, une « restructuration du système politique » est la seule solution
NB : pour la banque en 2007, le 19/01, l’audit
national épingle 81MM€ détournés - en recul de 58%
vis-à-vis de 2006. 12.687 employés ont été « punis », 177 banquiers
chassés.
Un avis, un commentaire, des questions? Contactez-nous.