Le Vent de la Chine n° 02(XIII)
14 - 20 janvier 2008
2008 : l’angoisse des Chinois
«Nous sommes prêts !», affiche le Comité Olympique
chinois, évoquant les immenses efforts déployés, les dizaines de MM$ dépensés
pour préparer ces Jeux Olympiques qui se veulent les plus fastueux de
l’histoire. Nonobstant, bien des signes disent le souci dans lequel le monde
chinois attend cette fête, et les temps qui lui succéderont.
La ville est traumatisée par l’inflation toujours plus haute (6,9%, record de 11 ans), et les hausses des vivres de 30
à 70%, dit la CASS, l’Académie
chinoise des Sciences Sociales. Souvent, les familles
n’achètent plus que la moitié de la viande qu’elles prenaient 12 mois plus tôt. 66% des
citadins, 56% des paysans voient dans la valse des étiquettes leur 1er souci, le coût du logement, la
sécurité des produits. Le Conseil d’Etat prend des mesures (gel du prix de l’eau, de
l’énergie, des transports, blocage à 8%/an des prix des vivres). Mais sont-elles applicables,
alors que la pénurie est cyclique et mondiale? Suite aux mauvaises récoltes de
2007, Chine, Russie, Argentine, UE et Australie n’exportent plus de blé : le
marché se contracte en peau de chagrin !
Quoique soutenu par de récentes
politiques préférentielles (école gratuite, abolition de taxes), l’agriculteur souffre du gouffre grandissant
entre son revenu (3321¥ en 2007, +8%) et celui du citadin (+13%, 10.346¥). Plus encore, si on le
compare à des industries, telles celles des technologies de l’information
qui gagnent 4,69 fois plus que lui en 2007, contre 2,71 contre 1 en
1978. Le paysan est aussi las de voir le cadre lui voler sa terre dont il n’a
que le «droit d’usage», pour y bâtir et partager le
profit avec le promoteur, violant la loi et la constitution. Aussi le paysan
prend son droit en main, construisant et vendant sans permis: c’est le
phénomène du petit propriétaire, qui toucherait déjà 40% de
l’immobilier. Le 9/01, l’Etat dénonce la pratique, au nom de la protection des
terres arables. Mais après les années de passe-droits aux promoteurs, entre
temps milliardaires, son argument ne porte pas. Pour autant, Pékin n’ose faire
démolir, par peur –fondée– d’émeutes. Agronomes et juristes estiment la
réforme foncière prioritaire et urgente —mais l’Etat campe sur sa tradition.
Le nouveau riche s’inquiète d’un effondrement de la
bourse, face au ralentissement de l’économie mondiale et
de la compétitivité du textile, alors que le citoyen ne dépense plus, en 2007,
que 36% du PIB : taux le plus bas depuis des décennies — les gens préfèrent
thésauriser.
Le cadre redoute autour du 8 août (jour d’ouverture des J0) la montée de M de provinciaux
pour exprimer leurs doléances, face au monde. D’où le durcissement de la
censure et de la police, les multiples arrestations (telle celle de Hu Jia), et la destruction à l’automne
dans Pékin, du dernier « village pour pétitionnaires ».
Chen Zhu, ministre de la
santé, annonce (7/01) en 2007, la
hausse des investissements publics de santé de 277%, à 6,3 MM€, et promet
d’offrir un accès égalitaire aux hôpitaux… d’ici 2020. Il veut doubler la part de
l’Etat dans la sécurité sociale rurale, à 80¥ par paysan – lequel devra aussi
doubler sa contribution à 20¥. Ainsi elle assurait en 2007,
730M de fermiers (86%), et en trois trimestres, remboursa 2,2MM€ pour 263M de
visites médicales… Toutefois, dans le climat tendu décrit plus haut, ce type
d’annonce trahit une intention spéciale : celle de rasséréner l’opinion et la
tenir en patience, d’urgence !
L’empire du Milieu des salles obscures
Au moment des Jeux Olympiques, dans 207 jours, les
cinéphiles Chinois obnubilés par le sport, vont-ils se visser à leur petit
écran? Ou bien ravis par leurs tonnes de médailles, voudront-ils sortir, se
mêler à la liesse, et se payer une toile? Tel est le pari que doivent affronter aujourd’hui les maisons de
production en Chine.
La liesse s’annonce pourtant mise en sourdine par une censure d’acier sur
les réalisateurs, comme en tout domaine culturel. Les consignes sont claires :
c’est de Chine qu’il faut parler, et sous le mode glorieux. Parmi les titres en
préparation, une locomotive a été commanditée par le régime : Chibi, de John Wu, tiré du roman les Trois Royaumes, Xème remake de la bataille de la fameuse
Falaise rouge, perdue par Cao Cao en l’an 208,
qui lui ferma à jamais la route de Chine du Sud et la chance de réunifier le
pays. Cette production, à grand spectacle et à 80M$ (record de Chine), de China Film Group s’apprête à truster toutes les salles. Tous les autres auteurs, se
demandent comment récupérer les miettes du marché. Peut-être avec The One, de Hou Yong, histoire
véridique d’un athlète qui échappa à l’occupation nippone en Mandchourie pour
aller gagner aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1932…Très sino-centrés, les
autres titres en tournage, s’appelleront Nankin, Nankin!, l’incident
Shinjuku, et le retour du dragon (autre épisode des Trois Royaumes).
En attendant, la frontière est fermée aux films étrangers —vu le risque que
le public les préfère. Seule la poursuite du bonheur, chez Sony, peut préparer sa sortie chinoise pour
le 17/01. Qu’on ne s’y trompe pas, pour autant, le cinéma en Chine reste une
affaire qui marche, avec 3900 salles pesant déjà 400M$ l’an dernier (+15%). Imax, le dragon canadien des salles obscures,
vient de vendre à Wanda l’installation de dix salles, avec grands écrans de 22
x 13,5m.
Deux films viennent d’être censurés : primé à Bangkok en février 2007, Lost
in Beijing, de Fang Li, était sorti en Chine expurgé de scènes choquantes : le voici interdit,
et ses auteurs privés de tournage pour 2 ans, suite à l’apparition sur internet
des scènes censurées, notamment de viol. Tandis que Lust, caution!, l’œuvre mondialement acclamée de Ang
Lee, passe aux
grands ciseaux…Artistes (Gong Li) et cinéphiles réclament un système de référençage,
qui donnerait plus de liberté de choix aux adultes — mais au détriment du
pouvoir de la censure !
NB : La même vague de pudeur frappe l’internet : la SARFT, tutelle de l’audiovisuel, veut protéger les 162M de surfeurs, dont
70%, de moins de 30 ans : contre leurs propres désirs, et la découverte du
corps, continent inconnu !
Refonte ambitieuse de l’administration
Non à la démocratie de
l’Ouest, mais Oui à l’efficacité de l’administration : tel
semble être le mot d’ordre de Pékin, qui prépare la refonte du gouvernement pour terrasser ses dragons de
l’incompétence et de la corruption. Pour ce faire, Wen Jiabao,
le 1er ministre, veut recombiner en super ministères, les 28 ministères et commissions, et les 48 agences et bureaux. Selon
les modèles du Japon (12 ministères), des USA (15), du Royaume
Uni (17).
D’ici mars, à présenter à la session du Parlement, l’ANP,
le ministère des
transports (MOT) cumulera transports et chemins de fer, aviation civile et postes. Le ministère de l’Environnement et de la
construction (MOEC) fusionnera SEPA (l’agence
nationale de protection de l’environnement), construction, les min. de
l’eau, du sol & minerais. Le ministère de l’énergie (MOE) coiffera les organes de gestion de la houille (noire, et blanche), des hydrocarbures, du nucléaire, des
renouvelables. D’autres fusions « sur le feu », concerneraient les tutelles financières des banques (CBRC) de la
bourse (CSRC) et des assurances (CIRC), celles de la monnaie (finance et taxation), et un vaste ministère vert, agriculture + forêts.
Sur cette réforme, peu de détails circulent. L’objectif
est d’accélérer la définition des politiques en supprimant redondance et rivalités—atteindre
plus de cohérence par une vision globale. Et d’enrayer la voracité des cadres
qui, en 30 ans, ont quintuplé leur part du budget de l’Etat, de 4,7% (5,5MM¥) à 19,2% (651MM¥).
Un autre effet espéré, est la reprise de contrôle sur les
lobbies. Les superpétroliers Sinopec,
CNPC et CNOOC, si puissants, ont obtenu en septembre d’être maintenus hors du joug de
la loi anti- monopole, tout en augmentant leurs prix à tout va, sans regard
pour les 10aines de MM$ de profits engrangés par le seul
jeu du cours mondial. De même, les super ministères sont supposés se faire
mieux obéir des provinces. Par exemple, le MOEC pourrait empêcher
la création à outrance de villes et usines en des sites menacés - déjà, l’on
annonce le gel de l’urbanisation dans 4 provinces aux sols fragiles : Tibet,
Guizhou, Ningxia et Qinghai… A vrai dire, on voit mal comment le super ministère
se fera mieux entendre d’une province ou d’un lobby sûr de sa force, de ses
appuis, ni comment il jugulerait la corruption –au pire, celle-ci, consistant en marges sur des budgets, pourrait se
muer en « super-corruption »!
Ici intervient une autre initiative, qui renforcera les
chances de Pékin de se faire obéir. Depuis début 2007, la CCID (Commission centrale d’inspection de la discipline) a
reçu le droit de nommer depuis Pékin ses hommes en provinces. Auparavant,
c’était le Secrétaire du Parti qui le faisait. Ainsi, la police interne du
Parti en province, ne rendra compte qu’à Pékin. C’est un progrès. Mais il ne
suffira pas. Manque avant tout, la séparation du Parti et de l’Etat, et l’indépendance
du pouvoir judiciaire : une réforme qui affaiblirait le Parti en renforçant l’Etat : le
régime n’y est pas prêt !
Entre deux Li, la guerre des ailes
Les experts se grattent la tête,
pour tenter de donner un sens au contretemps au mariage entre China Eastern (CEA) et Singapore Airlines (SIA), deal de reprise d’un quart du chinois
par l’étranger, dynamité (8/01) par 78% des
actionnaires de China Eastern.
C’est Air China qui joua les trouble-fête. Son
ex-boss Li Jiaxiang, promu Président de la maison-mère CNAC (China Nat'l
Aviation Corp), rêvait d’un super
transporteur de taille mondiale. Déjà détenteur de 12% de China Eastern, le groupe pékinois entraîna les actionnaires dans
une fronde, leur promettant 32% de plus que Singapore Airlines (offrant 5HK$ la part).
Air China est motivé par des considérations commerciales. En cas de
victoire, il détiendra 50% du marché aérien shanghaïen, en plus de son
portefeuille de lignes nationales et internationales. Mais il semble également être tenté de protéger la « grande muraille
aérienne » chinoise, même si ses transporteurs perdent de l’argent.
Quel a été le rôle de l’Etat? Force est de
constater que la tutelle financière SASAC, qui avait autorisé l’affaire, n’ont
pas donné au moment crucial, le signal qui aurait freiné les actionnaires dans
leur fronde.
Air China n’a pas perdu de temps pour annoncer qu’il « tiendrait sa promesse sous 15 jours ». Cathay, son allié Hongkongais et l’immémorial rival de Singapore
Airlines, pourrait mettre la main à la pâte. Mais Air China parle aussi déjà de
règlement partiel en échange d’actifs, afin d’éviter de débourser du cash—
moyen où SIA est évidemment imbattable.
Li Fenghua, Président de China Eastern, est le plus fâché de l’échec, et nie à l’avenir
toute volonté de travailler avec la rivale pékinoise : pour lui, China Eastern et Air China, sont à égalité de compétence et de
performance de marché. L’argent n’est pas tout : seule SIA et non Air China peut aider
China Eastern à faire le saut technologique qui lui
manque.
Toute cette affaire recèle bien des contradictions.
① Soucieuse
de saine gestion et de modernité, une Chine officielle a approuvé cette entrée
d’un étranger dans une de ses chasses gardées du business. Puis une autre,
cocardière, a approuvé le torpillage de l’opération.
② Pour
ce faire, Air China a dû s’appuyer non sur l’Etat, mais sur les actionnaires de
la bourse de Hong Kong—et donc utiliser l’étranger comme instrument de défense
protectionniste !
③ Après
coup, un Chinois (China Eastern) repousse les avances
du compatriote...
Au demeurant, les actionnaires ont pris le risque que SIA
ne retourne pas au tapis vert. Percluse de dettes, China Eastern
avait le plus à gagner à l’affaire, vendant un risque immédiat pour un marché
futur. Si Singapore Airlines abandonne, China Eastern
et Air China pourraient rester cloués à leur palier de croissance sans profits,
et le titre China Eastern, voué aux turbulences !
Avec ses hésitations, le phénomène est l’indice d’une ouverture imminente de
cette aviation chinoise : une alliance étrangère ne sera plus longtemps tabou.
JO Beijing 2008 - Jour J-207
ª A toute vitesse, plusieurs écoles autour de Pékin,
préparent les 320 hôtesses qui rendront les médailles.
A Changping, 32 apprenties apprennent l’anglais (quelques formules), le maintien (un livre sur la tête, une feuille de
papier entre les genoux), la courbette (à 15, 30 et 45°), le port du plateau des médailles (coudes à 90°), et un sourire contagieux (une baguette entre les dents).
ª l’équipe suisse de dressage
hippique déclare forfait, et n’ira pas aux Jeux à Hong Kong. C’est sa Fédération
qui a tranché. P. von Grebel, le chef de l’équipe, a trouvé le risque
insupportable pour les chevaux, en raison du climat orageux et chaud en été,
des 11 h. d’avion et six semaines de voyage loin de leur logis.
ª Aramark, traiteur new yorkais, fournira les 3,5M
de repas attendus en 60 jours au village olympique. Mais il y a dispute sur le
choix du fournisseur, notamment de porc, qu’Aramark
voudrait étranger.
ª Les organisateurs
n’ont pas nommé les trois marathoniens de l’équipe chinoise après l’épreuve internationale
de Xiamen (6/01): ils gardent
le secret, pour maintenir tout le monde motivé.
Parmi les probables élus, comptent Zhou Chunyu (vainqueur à
Londres en 2006, 2:20:38), Zhu Xiaoling (4ème aux championnats du monde, Japon 2007), Zhang Yingying (18 ans,
vainqueur de Xiamen).
Argent - Telecom chinois—la grande valse débute
Telecoms
chinois — la grande valse débute
Le South China Morning Post l’affirme (11/01) : le grand
quadrille des télécoms, médité par la SASAC (State-Owned Assets Supervision
and Administration Commission) et le MII (le Ministère des industries de l’information),
est approuvé, recomposant le paysage de la téléphonie chinoise.
China Mobile avalerait
China Railcom.
La branche GSM d’Unicom irait à China Netcom, et la branche CDMA, à China Telecom. Trois groupes homogènes émergeraient, offrant en concurrence, sur tout le
territoire, leurs services fixes et mobiles. Les grands vainqueurs seraient China Telecom
et China Netcom, jusqu’alors enlisés dans leur marché du fixe qui s’étiole, relayé
par le mobile.
La valse des firmes est suivie de celle de leurs
leaders.
Wang Jianzhou, boss
de China Mobile, sera relayé par Xi Guohua, vice ministre de tutelle (MII). A China Telecom, le
boss sera Zhang Chunjiang, ex-patron de China Netcom. Wang Xiaochu, Président sortant, dirigera le MII. Unicom-Netcom sera drivé par Chang Xiaobing, commodore actuel d’Unicom.
Cela dit, ce grand plan ne dit rien sur les attributions de licences 3G, et ne sera d’application, en tout état
de cause, qu’après les JO. Autrement dit, tout porte à croire que le secteur
restera pour un temps figé dans ses structures trop petites, et ses rivalités
—compréhensible, vu l’enjeu immense !
Finance US à la
diète, chinoise à l’engraisse
Percluses de
mauvaises dettes «subprimes», les géants financiers
américains poursuivent leur retraite de Sibérie dans l’empire du
Milieu, permettant aux banques chinoises aux coffres bourrés de cash, de
récupérer leurs parts.
La CIC, bras
financier du pouvoir chinois, avait déjà
placé 5MM$ sur Morgan Stanley : le 8/01, ce dernier cherche repreneur
pour ses 34,4% dans la CICC, 1ère banque d’investissement
nationale, ayant
déjà traité pour 200MM$ de deals -prêts, fusions, participations. Il s’apprêterait à
réinvestir dans China Fortune, plus petit (48ème courtage
national).
Par ailleurs, Citigroup négocie avec la chinoise China Develpment Bank (CDB) pour une participation de 2
MM$—le prince saoudien Alwaleed est aussi sur les
rangs. En fonds, la CDB vient de recevoir 20MM$ frais de l’Etat central...
Etranger - Hôtellerie Made in China : dormez en conteneur !
Tchouc-tchouc pour Hambourg
Le 8/01, un train très spécial s’ébranle de Pékin-Ouest.
Venu d’Allemagne, sans fenêtres, ni cloisons, mais portant quelques centaines
de conteneurs sur les plateformes. Il s’agit d’un convoi-test, en route vers Hambourg, via les deux Mongolie, Russie, Belarus
et Pologne, destiné à démontrer la faisabilité de la liaison en dépit des
différences techniques tel l’écartement des rails.
Le même
jour, à Pékin, les autorités ferroviaires des six pays ont signé un accord-cadre pour lancer ce service
régulier, après simplification des procédures de douanes, transit et changement
d’essieux. Les 9780km du trip inaugural doivent être parcourus en 18 jours. Chef
du projet à la Deutsche Bundesbahn,
Hartmut Mehdorn espère à l’avenir, réduire le délai à 15 jours - soit 40% du temps
d’acheminement par mer via l’océan Indien (20.000km). Ce qui justifiera le
surcoût inévitable de ce nouveau service, compromis entre le bateau et l’avion
!
Made in China : dormez en
conteneur !
En Grèce antique, Diogène
dormait dans un tonneau. L’idée a été reprise par Travelodge, la multinationale de
l’hôtellerie bas de gamme, qui prépare des établissements assemblés à partir de
conteneurs.
L’idée est brillante : La Chine
compte profusion de boites de 40 pieds, usagées, ne
valant plus que le prix de l’acier. Il suffit de les réaménager, équiper (en Chine) de fenêtres, sanitaires, avant de les
charger comme conteneurs sur un navire, et de les assembler sur le site
d’implantation choisi. Par cette stratégie 10% moins cher et 25% plus rapide
que la construction d’un hôtel en dur (12 semaines
de montage, au chrono), Travelodge pense devenir 1er hôtelier londonien pour les JO de 2012. La
solution permet d’installer pour tout événement des hôtels temporaires mais
confortables et à bas prix -19£/nuit - quitte à les déplacer ailleurs, l’événement
passé.
Pour 5M£, un hôtel expérimental
de 120 chambres (86 conteneurs) vient d’ouvrir à Uxbridge, en banlieue de Londres. Seuls
l’ameublement et la décoration sont locaux, le reste made in China. Pour les
suivants, Travelodge compte faire réaliser cette
finition en Chine aussi. Pour des raisons transparentes, aucune information n’a
encore filtré, sur les coordonnées du transformateur chinois.
Politique - Iter : la Chine, soutien massif
Trop
d’enfants, cuit
Depuis l’été, la politique de l’enfant unique se durcit et, tente d’enrayer la dérive nataliste. Dans la seule
province du Hubei, en 2007, 1678 fonctionnaires et/ou
communistes ont été convaincus d’avoir conçu un enfant hors planning. 500
d’entre eux ont perdu leur carte du Parti, 395 ont été licenciés.
Province natale de Mao, le
Hubei, il faut dire, est économiquement en retard, aux 59M d’habitants-paysans,
serrés sur 185.000km² au cœur du pays. Ce qui explique que la province ait vu
naître, selon le même rapport, au moins 93.000 bébés imprévus—illégaux. Sur
l’ensemble du pays, selon les experts, l’excédent est évalué entre 3 et 10M par
an, dont une bonne part forme la population grise, non
déclarée. Les autres contrevenants furent taxés selon leur richesse.
L’amende-record atteignit 70.000€ - mais le nabab parvint à transiger à 10.000€.
Iter
: la Chine, soutien massif
ITER, projet international
de recherche expérimentale en fusion nucléaire commence à se construire à Cadarache (France,
région PACA). Six
puissances s’y sont engagées sur 35 ans reconductibles et 11MM€ dont l’Union
Européenne paiera la moitié et la Chine 10%, tout comme les US, la Russie, le Japon et la Corée. Soit
pour Pékin, 1,1MM€, promesse publiée le 8/01.
Un tel effort est unique dans l’histoire, et sa raison est simple: les
physiciens attendent de la fusion, une fois maîtrisée, une génération
d’électricité illimitée et propre. Mais dans les recherches nationales, les
quatre dernières décennies ont été décevantes. Les réacteurs expérimentaux sont
trop petits. Aucun Etat n’a les moyens de construire seul le Tokamak, ou tunnel annulaire aux
dimensions suffisantes pour accélérer le plasma à la vitesse de fusion. En
attendant de trouver la formule gagnante, chaque Etat paiera surtout en nature
-ainsi, pour les USA, en tuyauterie cryogénique et en machinerie à confinement
magnétique. Il paiera aussi en savants, tout comme Pékin qui doit en fournir 30
(12 sont déjà
sur place), selon Luo Delong, vice directeur. Que la Chine ait voulu
coopérer à part entière, démontre ses ambitions : en retard sur plusieurs pans
de cette recherche, ITER lui permettra en peu d’années, de rejoindre le peloton
de tête.
Taiwan - le retour du balancier
Le 13/01, le scrutin législatif à Taiwan se solda par une victoire raz-de-marée du Kuomintang (KMT). Sous la houlette de Ma Ying-jeou (maire de Taipei, homme populaire), le KMT a emporté 81 sièges, contre 27 au DPP (Democratic Progress Party). Victoire qui traduit un jeu de forces
contradictoires.
L’irrésistible poussée de l’identité insulaire, est plus que contrebalancée par la chute de son poids dans le monde, au profit de la Chine. Le DPP paie
aussi pour les démêlés en justice du clan Chen Shui-bian - la promesse non
tenue d’une gestion propre, et pour un indépendantisme dont l’opinion approuve
l’idée (seuls 14% se
disent Chinois), mais non
l’agressivité. Pragmatique, elle veut concilier paix, prospérité, et modus vivendi avec le Continent. Pékin s’est gardé de
faire pression directe.
Il a toutefois racheté à prix d’or deux
pays nains alliés de l’île, îles Marshall et Malawi, 6MM$ pour transférer l’ambassade de ce
dernier de Taipei à Pékin. Prochain RV, et le plus important : les
présidentielles du 18 mars, opposant Ma à Jimmy Hsieh pour le DPP—pragmatique et modéré. L’un comme l’autre désormais
pourraient négocier avec Pékin sous certaines conditions. Preuve que ces
dernières années, sur le ring entre les deux Chine, Pékin a marqué les points.
A plus long terme pourtant, c’est l’île qui gagne, en renforçant sa démocratie.
Nul doute que Pékin se serait senti plus confortable avec un seul et même Parti
vainqueur aux élections, auquel un jour ou l’autre, il eût pu se substituer !
Corée du
Nord / un dégel de tous les dangers?
Insolite, ce scénario
offert par deux centres politologiques à Washington (l’institut américain pour la
paix,
et le centre
d’études stratégiques internationales) : en cas d’effondrement politique du pays du matin calme, les troupes chinoises franchiraient la frontière
de la rivière Yalu, de préférence « en coordination avec l’ONU » (sic), mais également sans,
si nécessaire, afin de s’assurer du contrôle des 10 bombes atomiques détenues
par Pyongyang. Ces fuites apparaissent, début janvier,
après que le régime de Kim Jong-il ait dépassé la date limite du 31/12 pour démanteler son infrastructure
atomique.
Au même moment, peut-être pour exprimer
son indisposition, Pékin reportait à des temps plus doux l’ouverture d’une
liaison aérienne avec Pyongyang.
Cependant qu’un 3ème analyste d’Amérique, le « Journal de l’armée US », éclaire à sa manière le scénario des deux autres : en cas de
disparition du petit régime stalinien, une coalition US/sud coréenne
s’ébranlerait sans attendre, pour occuper le territoire et battre de vitesse
l’armée chinoise. Vu sous cet angle, la prétention chinoise, supputée par les barbouzes
américains, d’aller récupérer l’arsenal atomique de Pyongyang, semble relever
du prétexte.
RdV - Shanghai, Salon du cosmétique
15-18 janv. Beijing : Salon de la fourrure et du cuir
15-17
janv. Shanghai : Salon des cosmétiques / Cosmoprof
16-18 janv.
Beijing : The Water Summit Asia
Petit Peuple - Pékin, Chengdu : fils et pères aux antipodes
① En décembre 2007, la
conscription militaire des triplés Yang fut au cœur de la rumeur dans toutes
les chaumières. Et pour cause: l’affaire avait été décidée pour eux, le jour de
leur naissance !
Dix-huit ans plus tôt, l’accouchement s’annonçait mal : leur survie,
comme celle de la mère, était plus qu’aléatoire! Heureusement, Hongqian le père était de la grande Muette, comme son père (pensionné): l’hôpital militaire 301, leur maison
attitrée, était le meilleur de la capitale. Aussi tout alla à merveille. Quelques semaines de
couveuse suffirent alors à rendre aux chétifs la force de remonter la pente.
Mais tout se paie! Dans cette famille d’officiers, on a son code d’honneur.
Sur le clan pesait une dette plus lourde que d’argent : 3 vies
sauvées, 3 vies à rendre! Aussi le 5/12, Yueqi, Yuelong, Yuegang marchèrent vers
leur destin sans maugréer, avec enthousiasme même. Au jour d’aujourd’hui,
entrer sous les drapeaux n’est pas donné à tout le monde. En plus de leur piston et de leur « dette », les
triplés se trouvaient répondre aux critères, ayant le bac, et la bonne taille -1,74m, 1,75m,
et 1,76m.
Bonne fille, « notre nouvelle grande Muraille » n’a pas voulu séparer nos 3 bessons, et les a affectés ensemble en
Mongolie Intérieure.
Bientôt sans doute, ils auront droit à une même école d’officiers, marchant
dans les traces de leurs aînés : 种瓜得瓜 (zhong gua
de gua), « un chien ne fait pas des chats » (en chinois, qui sème des pastèques, récolte des pastèques)!
② A Chengdu, Zhang Duan aussi semblait
devoir suivre la voie choisie par Nan, son père: le basketball, où il
excellait. Seul souci: Nan, divorcé, l’avait gâté. Externe en lycée sportif d’élite,
sustenté d’autant d’argent de poche qu’il en voulait, Duan, qui n’avait que 15
ans, succomba vite au démon du jeu vidéo, et s’y adonna plus souvent qu’à son
tour.
Alerté par l’entraîneur sur ses frasques, Nan eut le pressentiment que seules des mesures
extrêmes, pourraient arracher son fils à la spirale infernale.
Pour mieux le suivre, Nan, manager d’une firme de design très en vogue, quitta son job doré, son F6
de standing, se relogea près du lycée. Rien n’y fit. En décembre, Duan
vendit sa moto, 2 GSM et disparut avec 10.000¥
de cash. Battant la semelle, Nan le dénicha après 8 jours au Grand World café, les yeux hâves des 20h. de joystick qu’il
venait de s’infliger. Duan lui avoua que le patron l’avait attiré grâce à une carte de membre et un barbecue. Comme ce dernier refusait
de voir son père pour s’expliquer, Nan fou furieux revint le 25/12, armé de 5
l. d’essence, décidé à nettoyer ce lieu de perdition, qui ne dût son salut in extremis qu’à la police. Cette fois, le bureau des
affaires culturelles avait senti le roussi ! Il se remua, et taxa le Grand World de 5000¥, et menaça - mollement - de fermeture
les autres cafés, s’ils s’avisaient de recevoir des mineurs. Désormais interne,
Duan joue au basket à toute heure, avec pour sa semaine, des sous chichement comptés :
père et fils ont tiré la leçon de l’aventure.
On l’aura compris : dans ces deux histoires, les fils, face à leur
père, ont réagi de manière diamétralement opposée. Ils offrent ainsi une bonne
illustration du désarroi social, et de la confusion de l’autorité confucéenne
après 2500 ans d’existence, face à une mutation technologique et culturelle
sans précédent. Un tournant de civilisation !
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