Le Vent de la Chine n° 01(XIII)
7 - 13 janvier 2008
Hong Kong triomphe mal à l’aise...
Spécial Hong Kong
En ces 1ers jours de
2008, c’est Hong
Kong qui
retient l’attention, après que le Parlement
chinois ait annoncé (2/01)
que la RAS,
la Région administrative spéciale,
n’élirait, qu’en 2017 son
chef de l’exécutif au suffrage universel, et son Legco
(l’assemblée
locale, de 60 députés),
qu’en 2020 – au mieux.
Depuis le retour à la Chine en 1997, l’opposition pan-démocrate, majoritaire dans
l’opinion mais divisée, réclamait la date de 2012. Trois semaines avant, Donald
Tsang,
l’actuel leader avait annoncé la couleur, dans un rapport remis à Pékin : « l’opinion
espère 2012, mais 2017 serait acceptable »... Cependant, dans le panorama politique de Hong Kong,
rien n’est simple !
Avec huit lignes sillonnant sous terre et mer, son métro est le meilleur du monde, toujours à l’heure,
doté d’une carte de paiement Octopus
d’avenir, valable
pour les bus, ferries et trams. Son aéroport est une success
story,
à la croissance de 20%/an - trafic fret de 3,5Mt l’an
passé, 35% de ses exportations en valeur. Sa bourse est la 6ème
par la taille, mais la 2de
en
valeurs nouvelles, derrière
New York. Armée de tels outils, cette métropole de 7M d’habitants a créé
en Chine 12M
d’emplois et
maintenu depuis 2005 un taux de croissance de 7% : elle est la 12ième
puissance économique mondiale…
A l’HKTDC,
bureau de promotion commerciale, Helen
Chan explique
ce bilan flatteur, par des décennies de politique libérale éclairée : une traque
intransigeante de la corruption par l’ICAC
(Independent Commission against corruption, la très populaire police des affaires), une administration légère mais compétente,
des taxes et impôts bas, et un programme systématique d’éducation continue ayant permis en 12 ans aux diplômés
supérieurs de passer de 19 à 32% des actifs.
Mais d’autres données manquent à l’appel :
① Pékin s’efforce de préserver Hong Kong des crises cycliques qui déferlent depuis 10 ans sur l’Asie (1997-
«vendredi noir» monétaire, 2003-SRAS, 2005-grippe aviaire), pour lui faire oublier ses rêves de démocratie :
il lui offre des M de touristes, et un cadre d’investissement préférentiel.
② La richesse
est aux mains d’un club restreint d’entrepreneurs tels Li
Kashing
ou Tung
Cheehwa,
qui ont reçu en 1997 les
clés de la ville : plus que la Chine, ils sont les 1ers opposants au partage de son pouvoir.
Or, l’arrangement commence à gripper, faute d’une
représentation adéquate de pans entiers de la société insulaire. Mal partagée,
la croissance ne suffit plus. Prostitution et mafia remontent, avec la
pauvreté, tandis que reculent l’anglais et la liberté d’opinion : faute d’un
message clair du pouvoir, la presse est désorientée.
Mais l’opposition se prépare, guettant l’occasion de lancer une méga-manifestation, comme
elle l’avait fait en 2005 et 2006 : 500.000 citadins avaient forcé Pékin à
renoncer à un projet de loi réprimant l’opinion… Ainsi, la Région
administrative spéciale, de plus en plus, laisse le sentiment que l’actuel
compromis fragile sera toujours plus dur à maintenir, entre ces trois
composantes que sont le Parti communiste, les magnats, et une rue, toujours plus éduquée, et qui (à
l’instar de toute bourgeoisie naissante)
réclame sa part des pouvoirs. De ce bras de fer de David et Goliath, dépend
l’avenir de cette ville-phare, synthèse de l’Est et de l’Ouest en Extrême Orient, qui va devoir bientôt, prouver
sa capacité à maintenir sa différence !
Hong Kong Int’l Terminals—port mirage
Avec ses 400ha de quais hérissés
de grues-portiques, HIT – Hong Kong International Terminals- symbolise
l’économie privée ayant fait Hong Kong.
Ce groupe
de cinq terminaux contrôle 60% du trafic de la ville, sous la propriété de Li Kashing. Hutchison, sa maison-mère, est le 1er groupe portuaire mondial. Créé en 1969, HIT gère 14 quais (dont deux en
JV avec la chinoise Cosco). Ses 5km d’appontement lui permettent de traiter 18 porte-conteneurs
par jour, et 7M de « boites » de 20 ou 40 pieds/an. Port en eau
profonde, ses 15m de fond accueillent les plus grands bâtiments, d’une capacité
de 9600 « boites ». Jour et nuit, toute l’année, 1500 employés sont
présents sur le site, derrière leurs ordinateurs ou leurs grues, tandis que 5 à
10000 camions par jour font leur rotation au bord du quai. Avec de tels
chiffres, et la barre des 100M de boites franchie dès 2006, HIT s’impose sans
peine comme 1er port mondial privé.
Au fil des ans, son handicap est devenu son atout. Depuis
1985, son district de Kwaichung est spatialement saturé. Aussi HIT a-t-il dû trouver autre chose. 14
barges lui permettent de traiter le trafic transbordé du delta des Perles. Son
système de gestion nGen (next generation terminal management system) lui permet de raccourcir les délais au maximum. Chaque aire de stockage
consiste en de longues allées, empilant sur six niveaux par cinq les «boites»,
que 200 grues à 5M$ pièce soulèvent à vitesse hallucinante pour les déposer sur
les camions en attente. Le bal a été coordonné des semaines à l’avance, par
intranet avec l’armateur et le client, grâce à une simulation informatique pour
trouver le meilleur terminal pour tel bateau et telle cargaison. Tout cet
équipement garantit aussi une grande souplesse : tel conteneur se présentant au port sans réservation, est chargé sous deux heures vers le continent demandé !
Aujourd’hui, cette recherche paie : à l’heure du pétrole
à 100$/baril, les armateurs plus que jamais, votent pour les ports qui les
freinent le moins - et ceux qui taxent le moins. Or, Hong Kong, port franc,
n’exige ni licence, ni quotas, ni taxe d’import. Aussi, depuis l’an 2000, son
volume de transbordement vers la Chine augmente de 15,6% /an, malgré une
réglementation très protectionniste : l’avenir est radieux.
Autre profit: entre Europahavn en Hollande, Harwitch en Angleterre, la Pologne ou Panama, Hutchison administre voire possède 50 terminaux étrangers, dont 11 en Chine, équipés des mêmes grues, systèmes
informatiques qu’à Kwaichung.
Ils sont de plus interconnectés, offrant aux armateurs une
incomparable promesse de gain de temps. Seul souci de HIT : la concurrence montante
des ports chinois, Shenzhen, Shanghai, qui progressent encore plus vite
(20%/an), riches de leurs crédits d’Etat, achetant à marche forcée des ports à
l’étranger : prouvant leur capacité à retenir vite les leçons du maître
hongkongais !
Anson Chan, ex- et future leader de Hong Kong?
Sous Chris Patten, dernier gouverneur de sa Majesté, Mme Anson Chan dirigea la dernière administration
britannique du « Rocher ». Depuis 1997, elle se maintenait hors de la
vie politique. Or, en novembre, elle rentre en lice, se fait élire au « Legco », le Parlement hongkongais, et entre en conflit
avec le pouvoir local… Notre interview exclusive :
VdlC : Mme Chan, pourquoi avoir quitté votre retraite ?
AC : Je n’ai pas entièrement quitté la vie publique –depuis 2006, je
participe au groupe central de réforme constitutionnelle. Mais depuis 1997, je
ne vois plus venir aucun progrès vers la
démocratie : j’ai fini par m’inquiéter, et décidé de réagir.
VdlC : Dans quelles
conditions avez-vous fait campagne ?
AC : A
l’automne, le Président du DAB (Democratic Alliance for Betterment of Hong Kong), le parti au pouvoir, est décédé. Pour son siège au Legco, je
me suis présentée contre Regina Yip, la candidate de Pékin, et ai fait campagne pour la défense des libertés, et le suffrage universel pour
2012. Malgré une lourde différence de moyens financiers, j’ai gagné, et 55% des électeurs se
sont prononcés, record absolu !
VdlC : quelle chance voyez-vous d’une
alternance au pouvoir ?
AC : Nulle à court terme. La vie politique est
figée, système bloqué.
VdlC : Pourquoi?
AC : Même les milieux d’affaires le disent : plus de 50% des projets d’Etat ne seront pas remplis, vu la crise de pouvoir. Soupçonné de partialité, l’exécutif se voit refuser ses budgets par le Legco. Nos politiciens qui vont à Pékin, défendent souvent
leurs propres intérêts et en tout état de cause, n’accèdent
qu’à des interlocuteurs de niveau intermédiaires. Les démocrates sont même sur liste noire. Aussi,
Pékin et Hong Kong ne se parlent pas : c’est dangereux !
VdlC : Concrètement, quels risques ?
AC : Un effondrement de la bourse, sous l’effet d’une perte de confiance des
petits porteurs. Une bouffée de colère des nouveaux pauvres, suite à
l’explosion des prix alimentaires.
VdlC : Comment êtes-vous
vue par le pouvoir central ?
AC : Ils pensent que je les affronte… Ils ne savent pas trop quoi penser, car
je suis à l’écart des pan-démocrates… Leur crainte est
que je me porte candidate comme chef de l’exécutif, ou que je crée un Parti… En fait, c’est Hong Kong-même qu’ils ont du mal à comprendre,
société multipartiste, un système qui leur est inconnu.
VdlC : qu’allez-vous faire à l’avenir
?
AC : Je veux qu’on fasse plus à Hong Kong contre la disparité des fortunes,
pour l’environnement, et pour la réforme constitutionnelle. Je ne veux pas que
ma ville fasse marche arrière, mais au contraire, par ses réformes, qu’elle
montre le chemin au reste du pays.
VdlC : Vous considérez vous plutôt
Chinoise, ou citoyenne de Hong Kong?
AC : Je me suis toujours vue comme Chinoise, fille de ma nation !
Wolf, la plus chinoise des lingeries françaises
Avec son bureau de 30 actifs à Kowloon, Wolf-Lingerie prouve que Hong Kong conserve son rôle d’interface entre Chine et Occident :
savoir-faire et investissements peuvent atterrir en toute sécurité en Chine, avec le soutien des services et des lois du Rocher.
Fondé en 1947, le groupe strasbourgeois vient de fêter son 60. anniversaire, en rachetant Innée, réseau de 15 boutiques de luxe entre Pékin, Shanghai et Canton, créé
peu d’années plus tôt par Fargo, PME
française de la Région administrative spéciale.
Au début des années 2000, Wolf avait investi 5M€ dans une
usine sur 20.000m² à Dongguan (Canton), employant 1000 cousettes. Ce centre peut produire 12M de culottes et soutien-gorge /an, de qualité moyenne à haute (jusqu’à 60€ au détail). En France-même, Wolf maintient 140 actifs en son
centre de la Wantzenau. La moitié du design, et la distribution internationale se font depuis Hong Kong. La clientèle de Hong Kong, l’Australie, la Corée, l’Amérique latine et (dernièrement) les USA, monte doucement, assurant désormais 30% des commandes. Une autre usine existe en Indonésie, en joint-venture.
« Même pour
notre marché français, explique Terry Rodderick, le manager australien, Hong Kong nous aide : nous avons en
France 48 marques, le plus grand nombre au monde. Grâce aux foires de HK et
Shanghai, nous avons l’accès le plus rapide aux nouvelles machines et aux
textiles. Encore pour quelques années, la France reste
leader sur le design. Mais pour la production, c’est ici que ça se passe ». Sur ce produit
culturellement très connoté, l’origine française est un atout évident : « en Chine, ca commence juste, mais il y a
un énorme marché à prendre ». Rémi Wolf, patron du groupe (fils du fondateur) en est si conscient qu’il prépare en
Chine, sous 18 mois, une autre usine au même nombre d’employées.
Mais en ce pays champion du monde du piratage, et détenteur de milliers de
PME ou groupes de lingerie, comment protéger ses modèles? Le choix d’une usine
propriétaire plutôt que de commander à façon est une 1ère défense - car ainsi, Wolf contrôle toutes ses étapes de production. Une
autre, est l’achat des accessoires et tissus auprès des meilleures maisons
chinoises. Enfin, tout piratage identifié par la firme est suivi d’une plainte
en justice, puis de saisies, dans les cas les plus flagrants.
L’écart entre les effectifs sino-hongkongais et en France en dit long sur
la stratégie de la firme alsacienne. « Nous étudions en permanence les opportunités de développement en France,
dit Wolf, mais aucune
d’entre elles ne nous offrent de perspective de retour sur investissement avant
3 ans »… Autrement
dit, pour assurer l’avenir, cette ex-PME doit désormais viser une présence
mondiale—via-Hong Kong !
JO Beijing 2008 - Jour J - 214
ª La préparation des Jeux
0lympiques s’accélère. Très à l’avance, la police annonce l’éviction place Tian An Men des colporteurs et mendiants. Dans cinq stations de métro, des
patrouilles avec huit chiens spécialement entraînés, recherchent les substances
incendiaires.
ª En vélo sur piste,
l’entraîneur D. Morelon (France,
ex-champion du monde) croit que sa sprinteuse Guo Shuang, « une des 5
meilleures mondiales », peut emporter la médaille d’or.
ª Avec son homologue de
l’ACC, l’UCI, union
cycliste internationale prépare un Tour de Chine dès 2009. Cette course annuelle attirera, espère le Président Pat McQuaid, les 18 à 20 meilleures équipes
professionnelles du monde, et rivalisera avec le Tour de France.
ª Le 28/12, on
rebaptisait CCTV5, la chaîne sport, en «la chaîne olympique». Mais la femme de Zhang Bing, le présentateur vedette, vola l’attention, saisissant le micro
pour l’accuser d’une infidélité conjugale « découverte 2h plus tôt ». Six jours après, sur youtube.com, le clip de 2’59’’
avait été visité 382.379 fois.
ª Dans sa course à la
coupe de monde de 2010, au tirage au sort, l’équipe chinoise de football est tombée dans le « groupe de la mort », rassemblant Irak et Qatar (meilleurs asiatiques) et Australie. Pour redonner du cœur au ventre, la Chinese
Football Association leur a promis plus d’1M$, en cas de qualification !
Argent - Bataille des airs sur Shanghai
Bataille des airs sur Shanghai
En septembre,
Singapore Airlines (SIA), avec Temasek, s’entendait avec China Eastern (CEA), de racheter 24% des parts du transporteur shanghaïen déficitaire, pour 920M$.
La tutelle CNAC –
China National Aviation Corporation - avait autorisé -Air China, qui détient
12% des parts de China Eastern, n’avait pas désarmé ! Entre temps, Li Jiaxiang, commodore d’Air China, est passé à la
tête de la CNAC, sa maison-mère, et milite en force pour convaincre deux-tiers
des actionnaires de rejeter le prix convenu (3,8HK$/part). Air China prétend —coup de poker–
racheter lui-même les 24% (avec le soutien non démontré de son propre partenaire Cathay Pacitic), à 5HK$.
En face, la SASAC (State-Owned Assets
Supervision and Administration Commission), co-propriétaire
et tutelle financière des trois grands transporteurs chinois, défend le marché
conclu, soutenue en cela par China Eastern…
NB : Bien sûr, l’affaire
n’est pas que financière. Autour d’Air China, la CNAC rêve de reconstituer un
groupe national d’envergure
mondiale, moyennant, entre autres, le rachat de China Eastern. En cas de réussite, il contrôlerait 50% de l’aéroport de Pudong, et les lucratives liaisons Shanghai-Hong Kong, dont il veut, pour l’heure, barrer la route à
Singapore Airlines. Apparemment, son veto suffirait à torpiller le deal : réponse, mardi 8/01, à l’assemblée
des actionnaires !
SAIC,
Nanjing Auto : la fin de la guerre des Rover
Après trois ans de galère, Nanjing Auto (NAC) jette l’éponge, et se vend à SAIC (Shanghai Automobile Industry Co).
Rover, son dernier espoir, ne l’a
pas sauvé.
Entre 2004 et 2005, lors de la faillite du constructeur britannique, Nanjing
Auto avait réussi à « souffler » au rival shanghaïen la marque MG et la chaîne de Longbridge—SAIC n’avait pu obtenir que les licences de Rover 25 et 75, écrémées de leur marque (propriété Ford). En août 2007, NAC avait donc sorti une MG7, et SAIC, son clone de Rover 75 renommé Roewe. Mais de son modèle sport, NAC n’a pu vendre, en Chine, que 3000
unités, et sa tentative de céder jusqu’à la moitié de ses propres parts,
n’avait pas abouti. Dès lors, il ne restait qu’un repreneur
possible, le redouté SAIC. Action précédée de la fin de sa coopé avec Fiat.
Pour 200M€, SAIC reprend (26/12) tous les actifs automobiles de NAC,
sous la forme de 5% de ses actions cédées à Yuejin, sa
maison-mère, pour 75% des parts de Dong Hua, la JV fondée à l’occasion.
NB
: La dépouille de Rover est réunie,
sous l’étendard SAIC, qui va
pouvoir utiliser Longbridge comme sa plateforme
européenne, et relancer une seconde
fois MG —cette fois, avec les moyens.
Petit Noël : relance ouatée d’une banque d’Etat
Le
31/12 est une excellente date pour poursuivre le désendettement des banques
publiques, dans l’ombre de la trêve des confiseurs, à l’insu des agioteurs.
La CIC, la China Investment
Corp. bras investisseur de l’Etat chinois, né 4 mois avant avec 200MM$ de dot, a placé 20MM$ sur la CDB, la banque de développement, banque « politique » destinée à financer des
projets publics.
Deux semaines avant, elle avait misé 5MM$ sur Morgan Stanley, dépannant
ainsi sérieusement (on ignore à
quel prix !) la 2de banque d’affaires américaine qui avouait 9,6MM$ partis
en fumées dans l’aventure des subprimes. Ce renflouage de la CDB, suite à une confidence récente de Li Yong, le vice-ministre des finances permet de dévoiler en
filigrane, le chèque que la banque de l’agriculture, l’ABC, serait sur le point de recevoir : 47MM$, soit la moitié de ses
100MM$ de prêts irrécupérables.
Etranger - Microcrédit international à Nanchong
Microcrédit
international à Nanchong
Nanchong est une ville et un
district pauvre du Sichuan, aux 7,25M d’âmes et 118.000 PME pauvres, dans
l’agriculture, la sériciculture et les moulins à huile. Parmi tant d’autres,
c’est un candidat idéal pour implanter une agence de micro-crédit, selon le
modèle bangladeshi de la banque Grameen et son
auteur le prof. M. Yunus primé en 2006 par le jury Nobel.
A l’appel de la Banque
centrale, Microcred
SA, société mixte française a relevé ce
défi. Financée par l’IFC (bras commercial de la Banque mondiale), des agences publiques française, allemande et
européenne, Axa, Société Générale
et AIG, elle a ouvert le 24/10 sa 1ère agence locale, au capital de 7M€. Ses interventions vont de 500 à 7500€, et de 3 à 18 mois, pour
un taux d’intérêt immuable d’1,1%/mois. Au 30/11, ses 18 agents,
le plus souvent sur le terrain, avaient traité 40 dossiers et prêté 74.205€.
Après 90 jours, 100 contrats étaient approuvés, sous trois jours ouvrables de
délai. Pour l’instant, Microcred est obligée de se
limiter aux prêts, ce qui réduit sa capacité d’intervention, faute de pouvoir
se financer. Mais ce goulet d’étranglement va bientôt disparaître, avec la
licence promise pour étendre ses services aux dépôts des particuliers.
NB : Depuis
Dacca, le 28/12, le professeur Yunnus
annonce le fulgurant progrès de son réseau bangladeshi,
à 2500 agences. Ayant atteint une profitabilité de 150%, il serait
dès lors en état de racheter la plus grosse firme du pays. A ce
rythme, la pauvreté au Bangladesh serait vaincue dès 2030 - par le micro-crédit !
Conflit Danone-Wahaha
- Mr Zong à
qui perd gagne ?
En décembre
2007, défaites en série pour Danone devant sa filiale Wahaha et son boss Zong Qinghou.
A Hangzhou, la cour d’arbitrage attribue à Wahaha la propriété de sa
marque, quoique cédée depuis 15 ans à la maison
mère française. A Guilin, la cour dénie à un directeur Danone-Chine, de
diriger des filiales Wahaha. A Urumqi, elle déboute Danone dans sa plainte
contre une filiale irrégulière. A Hangzhou encore, fort de 10.000 membres, le
syndicat-Wahaha attaque Danone, réclamant 1M€ de
dommages : la justice gèle les actifs de certaines filiales de Danone.
NB : les victoires de Zong interviennent
après la visite de N. Sarkozy en Chine en novembre dernier : les
deux Présidents veulent régler l’affaire, où nul Etat n’a à gagner. Danone est
soutenu par un team de fonctionnaires. Pékin mène une enquête serrée sur Wahaha, en quête de fraude fiscale. Sur leur pression, les
deux groupes viennent de
geler leurs actions en justice, en Chine et ailleurs, afin de discuter du prix
de la reprise des filiales pirates. Dans ces conditions, les victoires
judiciaires de Zong, semblent un geste « pour la
face » du capitaine, dont le vaisseau prend l’eau !
RdV - A Shanghai, le China Luxury Mart
7- 9 janvier, Beijing : Salon de la photographie
professionnelle
10
janv. Shanghai : China Luxury Mart
Petit Peuple - Yiliang, un Da Vinci Code chinois...
D’une main de fée immatérielle, Gu
Ya, paysanne de
32 ans du Yunnan traçait des arabesques et losanges, les déformait et les
étirait en 3 dimensions à la manière d’un Maurits
Cornelis Escher. Ses volutes et frises colonisaient le papier, diaprées,
triomphantes, tranquilles, inquiétantes à la fois.
Fin 2006, après 3 ans, avec 1000 dessins en ses cartons, Gu quitta Yiliang son village,
pour aller les soumettre à Li Dekun, chef de l’association provinciale de peinture. L’homme de l’art resta
muet de saisissement: cela ne ressemblait à rien de ce qu’il connaissait. Cà et
là, il croyait bien identifier la tête d’un poulet, une récolte, le pont du
village. Mais bientôt, l’incertitude déferlait, balayant la supposition: il n’y avait là ni ombres ni couleurs, ni référence
aucune à la peinture occidentale, ni à la tradition chinoise. Pourtant, la technique
du trait était parfaite, la composition magistrale.
Sur les sources de son talent, Li enquêta-en vain. A son école, Gu Ya n’avait
jamais reçu de cours d’art. Jamais elle n’avait tenté de dessiner. Jusqu’à ce
beau jour de 2003 où prise de fièvre,
elle s’était armée d’un bloc et d’un stylo, pour composer à traits furieux et
inspirés, trois jours et trois nuits face à des parents atterrés. Enfin, quand Li questionna davantage, elle se mit à balbutier en un jargon
inconnu : l’affaire décidément, dépassait l’entendement !
Appelé à l’aide, l’expert Yang Pinggang descendit de Pékin :
son verdict ne fit qu’épaissir le mystère : « en apparence, dit-il, ses dessins respirent l’anarchie. Mais à l’échelon supérieur, les figures sont liées, porteuses d’une logique,
d’un message inaccessible faute d’en avoir les clés. Or, le bagage primitif de l’auteur n’aurait jamais pu lui permettre de commettre d’œuvres si complexes. Tout se passe comme si une vie supérieure avait annexé
son être, « faisant danser ses pieds et ses mains» (手舞足蹈, shou wu zu dao) !
La découverte passionna la Chine. D’autres savants vinrent sonder l’artiste, espérant découvrir le Graal.
Ils ne purent qu’enregistrer des heures de son sabir confus… Pour ne pas perdre
la face, ils affirmèrent à tout hasard, qu’il recélait des traces d’anglais,
japonais, vietnamien et d’esperanto !
En une ultime tentative pour démêler l’embrouille, on fit appel à la
presse, à l’internet. Une ligne téléphonique fut ouverte, où des milliers de
Chinois y allèrent de leur avis sur ce génial cas de « Da Vinci Code », chez eux en Chine…
Le VdlC craint que tous ne fassent bien des
efforts pour se cacher une vérité simple, mais inavouable. Selon Freud, il
arrive que l’inconscient prenne le dessus, en cas de névrose, par exemple. Chez
un être soumis à une terrible pression, la conduite inconsciente est un dernier
recours pour sauvegarder son identité et intégrité.
Or, Gu appartient aux
Chinois les plus opprimés. Elle est femme, victime fréquente de discrimination –malgré le slogan maoïste qui prétend lui attribuer « la
moitié du ciel ». Elle est paysanne, d’un monde
moins éduqué, plus violent qu’à la ville. Et elle est de l’Ouest, région la moins riche et émancipée.
D’ordinaire, pour éviter la vie sous cloche qu’on lui réserve, la paysanne fuit à la ville, à l’usine. Gu Ya a trouvé une
solution meilleure : elle a inventé un avatar, qui lui permet de vivre dans son monde à elle, à travers l’art.
Dans cette
perspective, que la Chine aille chercher des extra-terrestres pour expliquer ce miracle, témoigne de deux besoins inavouables : celui de merveilleux, pour
rêver d’une émancipation octroyée par les Martiens, et celui d’éviter l’autocritique,
face à son univers autoritaire et matérialiste !
Politique - Fukuda en Chine, Gulf Stream diplomatique
La loi du
travail, au travail !
Révisée en 2007 après deux ans de lourds débats, la
nouvelle loi du
travail est rentrée
en application au 1er janvier 2008. Elle porte la griffe populiste de Hu Jintao, en corrigeant la politique hyper
libérale de son prédécesseur.
Selon les chercheurs de la CASS (l’Académie chinoise des Sciences Sociales), en 15 ans (de 1990 à 2005),
les paiements aux travailleurs (salaires + régimes sociaux), en pourcentage du PIB, avaient baissé
de 53% à 41%, alors que les Grandes entreprises d’Etat et les nouveaux
milliardaires voyaient exploser leurs profits : une frange majoritaire des
salariés vivaient dans le précaire, recrutés par des agences-écran, en contrats à durée déterminée,
voire sans contrat.
La nouvelle loi bannit ces pratiques, et impose après 10 ans, une prime de départ d’un mois/ an presté. Ce texte comporte malgré tout des faiblesses, tel le fait de confier au syndicat
unique (d’une
indépendance douteuse,
cf Wahaha), le soin des négociations salariales
—même si la
maison n’a pas de syndicat. Mais c’est des patrons
chinois que vient la résistance : le groupe lainier Milo, ainsi, croit qu’elle alourdira ses
frais de 8% dès 2008, s’ajoutant à 32% en hausse d’énergie, matière 1ère et autres. La réaction occidentale est résumée par Harley Seydelin, Président de l’AmCham, la Chambre de commerce américaine : « bien sûr, la loi nous rendra la vie plus
chère… mais on peut vivre avec, et tout le monde aussi » !
Peine légère pour
une « balance »
Yu Zhifei, le flamboyant promoteur du circuit de Formule 1 et Grand Prix de Shanghai, en prend (3/01) pour 4 ans à l’ombre, pour prévarication de 100.000€, détournés sous
la forme d’une ristourne foncière. Il est aussi frappé d’une amende de 30.000€.
La peine est légère, sur recommandation du procureur, suite à sa coopération
avec la justice, pour lui avoir « révélé des faits inconnus ».
Son témoignage devrait être en effet précieux, car Yu Zhifei devait sa fortune à son
amitié avec Chen Weili, fils de Chen Liangyu, ex- « roi » (secrétaire du
Parti) de
Shanghai, déchu depuis le scandale des 400M€ détournés du fonds de pension
municipal - dont 100M€ sur son compte propre, dit
la rumeur. Le procès des Chen va bientôt s’ouvrir.
Fukuda en Chine,
Gulf Stream diplomatique
Entre Chine et Japon, le
réchauffement s’accélère, avec trois échanges de 1er ministres en 18 mois : Shinzo Abe en octobre 2006, Wen
Jiabao en avril 2007, puis Yasuo Fukuda, du 27 au 30 décembre 2007.
Jusqu’en 2006, Junichiro Koizumi, le bouillant 1er ministre
nippon choquait l’Empire du Milieu par ses passages au sanctuaire négationniste
de Yasukuni. Fukuda, lui, visite Qufu, la ville natale de Confucius, geste
remarqué et apprécié en Chine. Il rencontre tous les leaders chinois, renforçant la détente. Certes, aucune décision majeure n’a été prise, mais le dialogue est rouvert, sur tous les
grands sujets.
Le Japon s’engage sur la voie de la relecture de son
passé fasciste.
Ses grands groupes industriels retiennent des espaces à Binhai, la nouvelle zone éco-financière de
Tianjin. Les 1ers ministres
veulent au plus vite épurer le contentieux du partage de la Mer de Chine et de son pétrole. En environnement, le Japon veut bien former 10.000 (!!!) experts chinois en économie
d’énergie, transférer des technologies, acheter en Chine dès mars pour 15Mt de crédits carbone : face aux pluies acides chinoises, le Japon est aux 1ères loges.
Enfin, un enjeu est implicite : de bons rapports avec
Pékin, ouvriront à Tokyo la voie d’un siège permanent au Conseil de Sécurité. Prochaine étape du dégel, fin mars, Hu Jintao, va en visite à Tokyo !
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