Le Blog d'Eric MEYER
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Visite furtive à Jietaisi
23 novembre 2009 | 14:59 | Exprimez-vous! (5 commentaires)
Voici l'hiver enfin, le bel hiver au soleil doux, aux froids francs qui ne nous font ni chaud ni froid, emmaillottés que nous sommes dans nos doudounes, chapkas et gants.
Enfin l'oubli du réchauffement global. Temps à souvenir d'enfance, même les cieux gris à neige nous ramènent subrepticement à ceux qui planaient sur Paris et sa banlieue en des années tendres, avec copains ou parents.
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De chutney, d'Amora, et d’énergie nucléaire - 'CO² mon amour'
16 novembre 2009 | 11:32 | Exprimez-vous! (4 commentaires)
Belle surprise hier soir, dans ma cuisine. Détaillant d’un œil distrait l’étiquette du pot de chutney de mangue et citron « Maharajah ». La jarre n’affiche en fait pas moins de trois stickers, en comptant celui de la traduction en mandarin, pour les données alimentaires légales obligatoires. Celui-ci, tristounet, est en noir et blanc- réglementaire. Tandis que l’affichette du côté pile, comme vous pouvez voir, est rouge feu, aux tons correspondant bien à la réaction de vos papilles subjuguées. Fièrement, elle annonçait son origine en tout bien tout honneur, « Product of India ».
La surprise vint en tournant le pot pour détailler l’affichette du verso : loin d’être un des Etats de l’Inde, une de ses métropoles emblématiques (Bénarès, Hyderabad, Bangalore, Mumbai, Delhi) ou folklo-nostalgique (Chandernagor,Pondichéry, Goa, Karical, Mahé), le lieu de production était Xinding, banlieue de Zhuhai, l’arrière-cour chinoise de Macao.
Mais alors, où était le « produit de l’Inde » ?
A cette révélation, les idées se bousculèrent dans la tête. La production chinoise de pickles indiens en disait très long sur l’avancée de la pénétration indienne et du pouvoir d’investissement de cette puissance chez son voisin -quoique le succès commercial d’une telle entreprise soit aléatoire. Mais les Indiens, partageant cette qualité avec les Chinois, ne vont pas dire que l’eau de la piscine est trop froide – et je me comprends-, mais ils vont au charbon et tentent de s’exporter par tous les moyens, poussés par la nécessité et par la puissance de leur démographie. Savoir si le produit marchera ou non : demain est un autre jour. Energy is mine.
Tandis que nous-mêmes, Français, restons à des années lumières de produire notre moutarde de Dijon au Céleste Empire, ou la crème de cassis. D’ailleurs, le symbole est parfait, Amora, premier producteur national du « moult-me-tarde» et propriétaire des grandes marques de ce délicieux condiment, loin de s’exporter en Chine, se contentait l’été dernier d’imploser doucement, en une faillite posant la question de notre capacité future à assaisonner nos viandes et composer nos sauces pour salades.
Au demeurant, le pickle en question n’était en soi nullement frauduleux. Excellent, sublime, capable de marier les aromes flamboyants en une poésie évocatoire des cimes du Tibet, des senteurs riches et sourdes d’une jungle de bas-Népal, des citrons et des mangues, des épices pimentées de Ceylan. Made in Zhuhai. Ce qui frappait, était cette prétention de marquer « Product of India ». En droit international des marques, cette affaire là est tranchée (comme le citron) depuis des lunes. La moutarde de Dijon ne peut en aucun cas être produite à Chicago, pas même à Lyon. L’Alsace a perdu depuis quelques années le droit dont elle jouissait depuis des décennies, de dénommer Tokay un de ses crus de Pinot gris : la Hongrie l’a rapatrié jalousement, au terme d’un procès retentissant. Un produit alimentaire ne peut en aucun cas se réclamer de son nom d’origine, s’il est « re-»produit hors de son berceau traditionnel. Et moins encore, fabriqué dans un autre pays. Manquant encore de tradition d’échanges internationaux, les Chinois peuvent ignorer ce détail. Mais les Indiens, formés depuis un siècle et demi au moule de l’anglophonie planétaire, en aucun cas. Aussi, je me dis que l’entrepreneur propriétaire indien, a probablement gentiment roulé l’administrateur tutélaire chinois dans la farine, en lui faisant gober son appellation fallacieuse. Cela fait du bien de découvrir, au hasard de la vie en Chine, quelqu’un de plus doué que les Chinois dans l’art de la contrefaçon, et sur leur propre territoire !
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Autre chose : je suis passé ce samedi sur France Inter, dans l’excellente émission de Denis Cheyssoux, « CO2 mon amour ». .jpg)
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Cela s’est passé dans ma rue...
09 novembre 2009 | 14:06 | Exprimez-vous! (5 commentaires)
Deux choses se sont passées dans ma rue sous mes yeux cette semaine, à Pékin, dans l’avenue du Stade des travailleurs, celle de l’anneau de béton construit par Mao pour le méritant prolétariat, restauré pour les JO, et qui depuis peu abrite de nouveau des matches de football homériques laissant toute la circulation ambiante paralysée. L’avenue du Stade des travailleurs est au demeurant une artère extrêmement passante et prospère, rutilante de néons et d’enseignes en plastique, d’une propreté nickel -merci aux centaines de petites femmes masquées, balais et pelles au bout des bras, qui vibrent du matin au soir comme des abeilles autour de leur reine.
Une artère toute de béton vêtue (il reste peu de la brique d’antan), aux centaines de restaurants et de grands magasins, de boutiques, d’hôtels et d’administrations, et des sites de beau linge tels, à notre carrefour avec le troisième périphérique, la tour de la Fédération des écrivains et le quartier résidentiel des diplomates à Sanlitun. Devant chez nous s’aligne aussi l’enclave des trois restaurants islamiques (suite à quelle tractation politique en très haut lieu ?) le turc (Turkish mama), le libano-syrien (« Mille et une nuits ») et l’iranien Rumi.
Juste devant le Rumi, sur une centaine de mètres et sur le passage piétonnier s’éparpille cet après-midi tout un clan tibétain, aux individus reconnaissables aux pommettes bistrées, aux grands yeux ronds, aux longues robes, fichus et tabliers pour les femmes. Devant chacun, une forte toile est étalée à terre, sur laquelle reposent des centaines de colifichets. Le genre d’attirail de tous les camelots du monde, qui peuvent les rembarquer en deux secondes en saisissant chaque angle de la bâche avant de prendre leurs jambes à leur cou à la moindre approche de la maréchaussée.
Parmi leur marchandise, en vrac et sans m’arrêter, j’identifie des bracelets d’ambre, des colliers d’argent et d’émaux ou de pierres semi précieuses jaunes, vertes laiteuses, rouges, veinées, moirées, craquelées, toutes ciselées et grossièrement taillées ; des châles genre Pashmina ; des petits bols à prière en bois tourné et argent martelé ; des bagues et boucles d’oreille en argent battu ; un Tangka ou fresque sacrée du Bouddha de 40cm de hauteur, réalisée sans inspiration mais avec immense travail de broderie sur soie aux couleurs trop vives. Pour couronner le tout, la fourrure tout à fait authentique, aux reflets jaunes fauves, incendiés, d’un grand loup du Qinghai. Le pelage est complet, jusqu’au fouet de la queue et aux ongles et coussinets des pattes. Je m’émerveille de voir ainsi étalée à la vente, au cœur du quartier le plus policé de la ville la plus cultivée et légaliste de la Chine, la dépouille d’une espèce protégée. Personne ne semble s’en choquer.
La Chine a cette qualité rare, de vivre et laisser vivre (ou mourir, en ce cas) sans poser de questions. De telles bandes de braconniers ou receleurs des montagnes se ramifient à travers Pékin, Shanghai, Shenzhen et toutes les métropoles, dans la bienveillance générale. Chacun a son existence à condition de ne pas interférer dans les affaires de l’Etat ou de ses forces. Tant que l’activité n’entre pas en conflit avec les affaires particulières de tel ou tel puissant ou ne remet pas en cause l’existence du Parti, ces derniers prendront un soin extrême à ne pas se mêler de leurs affaires. Du moins est-ce ainsi qu’il me semble… Cela ne vous interpelle pas quelque part, cet air de libertés anarchiques extrêmes, de volonté de respect de l’autre (ou peut être, cet air d’indifférence bénigne) au cœur de la capitale du socialisme post-stalinien ? Le plus libre des deux, entre Europe et Chine, est-il celui qu’on croit ?
L’autre chose vue. Pour les Jeux Olympiques, la capitale a dépensé des fortunes pour verdir toute la ville, y compris notre rue : réinvestir tous les espaces de trottoir vide, le tour des arbres afin de les doter de nacelles de béton artistiquement maquillé en troncs d’arbres. Le tout rempli de terre d’accueil pour parterres de fleurs et plantes de rocailles, souvent d’un effet réellement élaboré. Au passage, les banlieues sont pleines de leurs fournisseurs, de fermes nouvelles, nurseries à gazon, arbustes et buissons de luxe. Les journaux racontent souvent ces histoires édifiantes de paysans du Shanxi ou du Sichuan ayant réussi, au prix d’années de privations et de recherche, à accrocher leurs patinettes au cul de la locomotive verte : à faire fortune en rendant à la ville un reflet de très artificielle nature. (et je me comprends !)
Or : voilà pas qu’hier, dans la rue, des hordes de jardiniers municipaux étaient là à suer de tous leurs pores, à déterrer tous ces buis, troènes, mini charmes, bonsaïs de hêtres ou de bouleaux, de cèdres, pins parasols, ginkgos, saules et paulownias. Arrachées à leur substance nutritive, à l’air libre, leurs racines pleuraient. Bien des feelings zigzaguaient dans ma caboche.
Agronomiquement parlant, ces gens à chapeaux chinois avaient amplement raison. Le premier gel venait d’avoir lieu. Même si nous étions ensuite remontés sous 48h, et demeurions à 9-15 degrés, nous étions bel et bien en train d’entrer à coup de cisailles thermiques dans l’hiver, où ces arbres n’avaient plus leur chance de survie. A moins de tout emballer dans de la paille, et de chauffer d’une manière ou d’une autre, qui serait insoutenable et non durable.
Sous l’angle émotionnel, il y avait une différence crue entre l’approche chinoise et la mienne. Au regard d’Occidental, ce qui a servi mérite le respect, et la vie plus encore. Tout ce qui vit doit être protégé et soutenu. Il est indigne de tuer ce qui ne t’est plus rien.
Mais en Asie, on est plus sélectif. Toute vie doit servir un sens hors d’elle-même. Ce qui ne sert plus, doit disparaître, ce qui sans doute ne signifie pas mourir mais être recombiné et réutilisé dans une autre vie. Ces arbustes seraient hachés pour devenir terreau, ou brûlés et leur cendre passée dans de l’engrais. L’Occidental que je suis, cependant, ne supportait pas la phase intermédiaire, la souffrance de la transformation. Je jugeais de toutes mes pauvres forces la sévérité du jardinier assassinant ces plantes. Un jardinier insensible, sans âme du tout.
Et pourtant, qui, des deux, avait raison ? Bien entendu, le Chinois, sur toute la ligne. Car à laisser l’arbuste décliner lentement, le spectacle péricliter irrémédiablement, qui ou quoi avait à y gagner ?
Je notais que cette énergie vitale des Chinois, leur absence d’état d’âme s’appliquait à bien plus qu’aux plantes : aux animaux, et à eux-mêmes. La souffrance, connaît pas, ne l’exprime pas non plus. Marche ou crève. Tout ceci servait à réprimer l’expression de l’individu (dans le cas présent, de la plante), au profit de la collectivité, la ville. Symboliquement aussi, le jardinier avait quelque chose de Mao : semant la mort, du passé, il faisait table rase, et créait les conditions du printemps prochain, d’une replantation d’espèces vivaces et choisies, selon une discipline leur permettant de mieux prospérer malgré l’exiguïté de l’espace, le peu de terreau.
Mais en attendant, il allait falloir franchir de longs mois de froid, qui débutaient tout juste. J’eus alors l’impression de comprendre sous un angle nouveau le titre de l’écrivain Ba Jin, « un printemps dans l’hiver » : comme une promesse de redémarrage dans l’avenir, promesse payée par une souffrance dans l’instant.
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Sous la neige d'Halloween
01 novembre 2009 | 13:36 | Exprimez-vous! (2 commentaires)
De samedi à dimanche, vers minuit, la pluie commence – comme la veille, à même heure. Mais cette fois, pour de bon. La nuit de vendredi avait vu des heures de crachin, et une chute de température de 15° à 9°. Celle d’hier soir vit une nouvelle dégringolade à zéro ou presque, et donc la neige. Et pas n’importe laquelle : visez un peu le spectacle, au petit matin. Une chute de très gros et abondants flocons, virevoltant dans l’absence de vent. Et là, quand le temps s’y met, il le fait en grand. A 15h, la lame neigeuse diminue, mais tombe encore.
En bas de chez moi en me levant, jJ’ai vu ce matin un minot de 8 à 10 ans emmitouflé, chaudement habillé, en train de jouer dans l'espace-enfants. Il était seul. Avec application et presque rage, il tâtait de toutes les machines une à une, tobogan, pont de singe, explorant systématiquement cette nouvelle géographie physique de toundra glissante, glacée, immaculée. Je l’ai d’abord plaint, d’être si seul dans ce froid, sans nul copain avec qui partager tout cela. Et puis ensuite, j’ai trouvé le vrai vocable pour le décrire : il était fort, impérial dans sa solitude, et s’amusait comme un roi en son royaume exclusif, à dialoguer avec ses rêves. Regardez un peu…
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Cardin à Pékin : rêve kitsch, mais sympa
26 octobre 2009 | 08:03 | Exprimez-vous! (4 commentaires)
Vous êtes sur le 4ème périphérique de Pékin, à 17h30 en plein trafic tourmenté, écoutant à la radio une nana roucouler « wo dei pu deng nide aiqing », remake musical de jazz shanghaïen des années 30, quand un hologramme imprime sur une tour votre lieu de destination, « Pierre Cardin » au logo sobre en lumière tamisée. Une fois garés devant le parc Honglingjin, un des moins connus parmi la vingtaine que compte la capitale. Vous vous frayez passage vers le porche d’entrée noir de monde, vers la patte d’oie qui vous oriente vers la fête. Noir de gens qui pour la plupart n’entreront pas, dépourvus qu’ils sont du sésame magique, du carton carré, glacé d’invitation. A leur manière d’être, il se voit que la plupart des recalés ne sont pas des gens venus de loin tenter leur chance, mais les riverains, aux logements exigus et trop petits, qui viennent prendre leur bouffée d’air, ou se retrouver entre amis. Dans la section restée ouverte, les vieux chantent, jouent du « erhu » ou s’étirent la jambe en la posant le plus haut possible contre un arbre ; les jeunes, ados ou adultes sautent à la corde, ou jouent de ce volant ébouriffé de plumes de coq multicolores, que l’on s’envoie les uns aux autres du bout du pied. Au fait, comment s’appelle t’il déjà ? Voyons qui a de la culture chinoise contemporaine : un abonnement de 15 jours au vent de la Chine, à qui me trouvera le nom...
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