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Le Blog d'Eric MEYER

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Fleuve noir Rio Tinto

30 mars 2010 | 15:02 | Exprimez-vous! (3 commentaires)

Bonjour bonjour,
Et merci d’abord à toux ceux qui ont réagi à mon dernier message : Guillaume Blaize, P.de Schepper, et surtout à Renata, pour leurs intéressants commentaires. Je prends bien volontiers quelques coups de griffe au passage: c’est la loi du genre démocratique.
J’ai surinterprété et tiré par les cheveux un proverbe chinois ... J’ai déployé une grille de lecture de la Birmanie, à partir d’un simple trip touristique de deux semaines ... oui, oui, j’avoue ces fautes et bien plus encore. Rien ne saurait grisailler mon humeur, puisqu’après dix bons jours de tempête de sable et de pollution éolienne, tellurique décrite comme « dangereuse » par le site de l’ambassade des Etats-Unis (« twitter.com/beijingair », avec proxy uniquement depuis la Chine), le soleil charmant et bon vivant se presse à ma fenêtre…
Comme j’ai été lourdement absent ces deux dernières semaines, je vous livre en compensation, à vous qui ne vous lassez pas et ne me quittez pas, un peu de matériau brut autour de l’affaire Rio Tinto d’abord. Ecoutez, si vous le voulez, mon passage sur les ondes de Chine-Hebdo, l’émission de BFM qui semble le meilleur rendez-vous radiophonique en langue française sur l’actualité du pays de Confucius (excusez les « heu » et les reprises – c’était en fin d’une journée usante, et cela s’entend).

Rio Tinto, groupe multinational de minerais, a attendu lundi 29 mars le verdict  du procès que l’Etat chinois intentait à quatre de ses employés emprisonnés depuis août dernier à Shanghai. A peine le jugement prononcé, qui les condamnait à de lourdes peines de prison (de 7 à 14 ans), il les a licenciés.
Ce faisant, Rio Tinto sous-entend qu’il souscrit aux conclusions de la justice chinoise – quoique le procès ait été pour sa majeure partie secret-, et avalise totalement la culpabilité de ses hommes, pour laquelle il n’a aucune tolérance.
A nous autres Européens, le jugement apparaît choquant, car il remet en cause toute une tradition de solidarité entre employé (même coupable) et patron face à la loi, ainsi que le soupçon ancien (peut-être un peu supérieur, et post-colonial) de l’Occident vis-à-vis de la Chine, de sa démocratie et de sa justice. Laquelle ne nous a pas aidé à la comprendre, dans ce procès, en le tenant à huis clos pour l'essentiel.

On comprend que Rio, premier producteur mondial de minerais devant Vale de Rio Croce et BHP-Billiton, ait besoin d’une réconciliation express avec un client insatiable, ayant importé l’an dernier 628 millions de tonnes de minerai de fer sans parler des autres. Client, au demeurant, avec lequel il s’apprête à développer, en milliards de dollars, d’autres gisements de cuivre et or en Mongolie, de fer en Guinée. Un client avec lequel il a une communauté de destin sous forme de partage du monde. 
Mais dans nos pays, supposément (selon la morale), l’homme passe avant les profits.
Le soupçon n’est pas atténué quand on apprend que le groupe, pour assurer sa réconciliation express, a fait appel à Henry Kissinger qui, à 86 ans, a toujours les meilleures entrées à Pékin. Le prix Nobel de la Paix a négocié pour Tom Albanese, le PDG de Rio, une entrevue avec le vice premier ministre Wang Qishan, et préparé entre eux la liste des desiderata chinois. Autant le dire : le retour en grâce du « Fleuve Rouge » de Rio Tinto, semble tenir davantage du Fleuve Noir -humour grinçant.

Un mot bref sur les quatre condamnés. Aux dernières rumeurs, ils seraient coupables, au moins sous le chef d’accusation de corruption. Ici, je vous offre cet extrait à parâitre dans Le Vent de la Chine numéro 13 :
  « Toute l’affaire repose sur le système légal d’import du minerai, réservé aux 30 grands groupes sidérurgiques.
Barrées d’un marché crucial à leur survie, des dizaines d’autres aciéries monnaient en sous-main le rachat de ce minerai livré aux grands groupes. En Chine, Stern Hu et ses 3 collègues détenaient le «robinet» de cette richesse australienne. La thèse de l'accusation chinoise, selon laquelle ils auraient accepté des enveloppes pour faire bifurquer vers des petits une partie de la manne destinée aux grands, n'est pas insoutable - des fortunes passant sous leur main, peut-être n'ont ils su résister à la tentation. Le second chef d'accusation, celui d'espionnage industriel, n'est pas moins plausible. L'an dernier, tous ces clients petits ou grands leur donnaient accès à une mine d’infos en or sur ce tumultueux marché. Ils pouvaient en faire profiter leur entreprise Rio Tinto, alors plongée dans les négociations de fixation du nouveau prix annuel. On se souvient que les négociations avaient été interrompues, au grand bénéfice des vendeurs de minerai. Le juge expliquait ensuite, que les indiscrétions des 4 accusés avait causé « 1MM¥» de préjudice aux fondeurs chinois.
 »

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La Chine, du vers à la mite

14 mars 2010 | 11:34 | Exprimez-vous! (1 commentaire)

Je commence aujourd'hui directement en chinois : un peu dur, mais n'ayez crainte, ce ne sera pas long :
流水不腐
户枢不蠹 (liu suibu fu, hu shu bu du) :

« l’eau qui coule ne prend pas le vers, pas plus que la porte et le gond ne prennent la mite, tant qu’ils bougent»…

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La Chine, de la vis au clou, et du tournevis au marteau

08 mars 2010 | 16:42 | Exprimez-vous! (2 commentaires)

Le vendredi 5 mars, jour de l’ouverture de l’Assemblée nationale populaire où le premier ministre Wen Jiabao fit son discours de l’état de la nation, fut aussi le premier jour d’un front sibérien qui se poursuit encore ce lundi : c’était le temps idéal pour un 47ème anniversaire de l’appel de Mao à « étudier Lei Feng », héros passé de mode, que plus guère personne de nos jours, n’extrait plus de la poussiéreuse boite aux souvenirs révolutionnaires.En sa province du Hunan, Lei Feng, saint rouge, périt en  1962, écrasé par un poteau télégraphique que venait de déraciner un camion en marche arrière, dont Lei guidait la manœuvre.

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Souvenir birman, et « ma vie en rouge »

01 mars 2010 | 13:14 | Exprimez-vous! (9 commentaires)

       Bonjour à vous, à toi, ami lecteur, et veuillez excuser cette longue coupure de mon blog, son impardonnable silence. Il a pour cause dix délicieuses journées de découverte de la Birmanie, un des pays les plus surprenants du monde, qui m’a offert un saut dans un passé d’avant le moteur électrique.
Un monde où nos techniques perdent droit de cité, et tant bien même aurais je cherché à correspondre à travers la « toile » de l’internet, j’eus été bien en peine de le faire : le seul ordinateur rencontré sur mon périple, dans le hall d’un petit hôtel de Mandalay était vieux de dix ans, chauffait après 20 minutes, refermant alors sa lucarne crachotante et aléatoire sur certains sites lesquels évitaient studieusement ma messagerie.

La Birmanie est un  pays de fleurs, de villages, montagnes et rivières. Elle compte aussi, pour près de 50 millions d’âmes, des millions de carrioles à cheval ouvragées, dont le niveau de richesse s’évalue au cerclage des roues : teck simple pour les pauvres, fer du forgeron pour les moins pauvres, caoutchouc plein pour les « riches ».  Très strict, à 100% respecté, le règlement prévoit en fait deux routes : celle de gauche asphaltée pour les véhicules à moteur, et la piste de droite en pur sable ou terre, où les charrettes hippomobiles s’enfoncent copieusement en saison sèche, promettant l’embourbement irrémédiable à la saison des pluies à partir de mars. Les vrais riches, citadins ou militaires roulent en voitures sur la route de gauche, donc, et l’arriération se reconnaît au fait que la plupart des volants sont à droite, dévoilant un âge du véhicule antérieur à 2001, du temps où la Birmanie, ex-colonie de sa gracieuse Majesté, roulait  à gauche. Depuis, on a changé de côté,

 

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Chan et Zhou, deux hommes qui jouent et perdent

05 février 2010 | 10:00 | Exprimez-vous! (0 commentaire)

Que mes fidèles lecteurs me pardonnent une semaine de silence, qui ne va d’ailleurs pas tarder à se reproduire. C’est cette fin d’hiver qui s’éternise et augmente la charge du travail. Ajoutez une semaine de congés, et voilà pourquoi votre serviteur est muet – sauf à ce moment que je saisis pour vous, pour vous conter les histoires de deux hommes qui jouent toute leur existence sur un coup, mettant dans la balance leur liberté pour s’offrir la chance d’une fortune milliardaire. Et puis ils perdent.
C’est la version chinoise à l’état pur, de l’art de prendre des risques. Sans tremper l’orteil dans la piscine, et puis se plaindre que l’eau en est trop froide. 

Mais regardez plutôt, à Hong Kong, le dénouement du procès de Tony Chan, extraordinaire escroc qui défraie depuis tant d’années la chronique du « rocher ». J’en parlais en juin dernier dans Le Vent de la Chine n°21, en ces termes :

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Bon chat chinois prend la souris

Sortie du dernier essai d'Eric Meyer, le 7 février 2008
Interview exclusive de Eric Meyer sur
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